Visite de Sissi à Paris : Macron évoque sobrement les droits de l’homme en Egypte


Emmanuel Macron et Abdel Fattah al-Sissi, le 28 janvier 2019 au Caire en Egypte. — Ludovic MARIN / AFP

Emmanuel Macron recevait lundi son homologue égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, partenaire stratégique de la France, pour faire le point sur plusieurs crises régionales.

Le président français, Emmanuel Macron, qui recevait, lundi 7 décembre, à Paris, son homologue égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, a plaidé en faveur d’une « ouverture démocratique » et d’« une société civile active » dans un pays accusé par les ONG de bafouer les droits humains, tout en refusant de conditionner le partenariat stratégique bilatéral à cette question.

« J’ai eu l’occasion d’évoquer, comme on le fait entre amis en confiance et toute franchise la question des droits de l’homme » et « je reste l’avocat constant d’une ouverture démocratique, sociale et de la reconnaissance d’une société civile dynamique et active », a souligné le président français lors d’une conférence de presse conjointe avec le président Sissi, arrivé la veille pour une visite d’Etat.Lire aussi la tribune collective : « La France ne peut rester silencieuse face à l’escalade répressive du gouvernement égyptien »

M. Macron a salué dans la foulée la libération jeudi de trois dirigeants de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), au terme d’une forte mobilisation internationale. Il a assuré avoir également évoqué « plusieurs autres cas individuels », dont celui de Ramy Shaath, défenseur des droits humains égypto-palestinien marié à une Française dont plusieurs ONG dénoncent la détention arbitraire depuis plus d’un an.

Depuis la destitution du président islamiste Mohamed Morsi par l’armée en 2013 et l’arrivée au pouvoir l’année suivante d’Abdel Fattah Al-Sissi, une répression croissante s’est abattue sur toute forme d’opposition, islamiste ou libérale.

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Les ONG appellent à manifester mardi à 18 heures devant l’Assemblée nationale. La France doit passer « des discours aux actes » au lieu de dérouler le « tapis rouge à un dictateur », en cessant en premier lieu « les ventes d’armes et de matériel de surveillance électronique » à l’Egypte au risque de se retrouver « complice de la répression », selon la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).

« Dialogue exigeant »

Mais après avoir refusé de « donner des leçons » à son hôte en octobre 2017, s’attirant les foudres des défenseurs des droits de l’homme, Emmanuel Macron s’est de nouveau abstenu de mettre trop de pression sur Le Caire. « Je ne conditionnerai pas notre coopération en matière de défense, comme en matière économique, à ces désaccords », a précisé le chef de l’Etat français, en estimant « plus efficace d’avoir une politique de dialogue exigeant plutôt qu’une politique de boycott qui viendrait à réduire l’efficacité d’un de nos partenaires dans la lutte contre le terrorisme et pour la stabilité régionale ».

Il en a profité pour saluer « la relation exceptionnelle et amicale » entre la France et l’Egypte, pays le plus peuplé du monde arabe avec plus de 100 millions d’habitants, considéré par l’Elysée comme un « pôle de stabilité » dans une région instable.

Les deux présidents ont affiché lundi leur convergence sur plusieurs grands enjeux de sécurité régionale, de la lutte contre le terrorisme à la crise libyenne, en passant par les rivalités avec la Turquie en Méditerranée orientale, et ont affiché un front commun contre les comportements d’Ankara.

Macron remercie Sissi de son soutien

Emmanuel Macron a par ailleurs remercié son homologue, « président d’un très grand pays arabe et musulman » de sa visite à Paris après une « campagne de haine » antifrançaise dans le monde musulman. La France a récemment fait l’objet d’appels au boycott et de manifestations après la défense par M. Macron de la liberté de caricaturer, à la suite de l’assassinat par un islamiste en octobre d’un enseignant français pour avoir montré en cours des caricatures de Mahomet.

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M. Sissi a rappelé lundi que l’Egypte avait condamné l’assassinat du professeur Samuel Paty par un réfugié russe tchétchène radicalisé. Mais il a aussi souligné le caractère « sacré » de la religion qui conserve, selon lui, « la suprématie sur les valeurs humaines ». Il a aussi pointé le risque, en critiquant l’islam, de « blesser des millions de personnes ».

Le président égyptien s’était entretenu plus tôt lundi matin avec la ministre des armées, Florence Parly, après une cérémonie d’accueil fermée à la presse, officiellement pour cause de Covid-19. Son cortège a ensuite été escorté par 141 chevaux de la garde républicaine jusqu’au palais de l’Elysée pour rencontrer Emmanuel Macron, qu’il reverra dans la soirée pour un dîner en format restreint.

Au fil d’une visite en grande partie fermée à la presse, le président Sissi ira déposer une gerbe devant la tombe du Soldat inconnu mardi à l’Arc de triomphe, poser la première pierre de la Maison de l’Egypte à la Cité internationale universitaire et visiter la Station F, l’un des plus grands incubateurs de start-up au monde.

Source : Le Monde Afrique/ Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée

Tribune d'Afrique

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