Ebola: le constat pessimiste d’un responsable de l’OMS après une visite en RDC

Le Dr Michael Ryan, directeur exécutif chargé du Programme OMS de gestion des situations d’urgence sanitaire vient de boucler une mission de deux jours à Butembo, l’une des zones touchées par l’épidémie d’Ebola en RDC. Il décrit une situation délicate, rendue plus compliquée encore par les activités des groupes armés et la résistance des communautés locales.

Parmi les principaux obstacles à la riposte à l’épidémie d’Ebola en RDC, Michael Ryan, directeur exécutif chargé du Programme OMS de gestion des situations d’urgence sanitaire a d’abord décrit un contexte sécuritaire de plus en plus difficile.

« Ce n’est pas possible d’arrêter Ebola dans une telle situation de tensions au niveau communautaire, de manipulations politiques, et tous les groupes armés. La situation sur le terrain n’est pas assez calme pour faire les opérations de santé publique », a-t-il déclaré.

Samedi, le ministère de la Santé a rapporté que le chef de l’équipe des enterrements sécurisés avait été agressée à Bunia. Une autre équipe a subi le même sort à Butembo vendredi.

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Ce contexte difficile oblige les équipes à reprendre à zéro les efforts, comme a pu le constater Michael Ryan. « Le problème maintenant, c’est la réinfection des zones. On a arrêté la transmission à Béni, on a arrêté la transmission à Mangina, à Mabalako, mais on a encore un peu de transmission », note-t-il.

L’autre défi, c’est la contamination même au sein des centres de traitement. « On doit arrêter, absolument arrêter la transmission dans les structures de santé, a plaidé le directeur exécutif de l’OMS. Ça, c’est une catastrophe, c’est une vraie tragédie d’avoir des transmissions dans les endroits mêmes où les populations vont chercher des soins. »

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Depuis le début de l’épidémie, 102 agents de santé ont été contaminés ; 34 sont décédés.

Des mécanismes récurrents

La résistance à la riposte a rendu l’épidémie de plus en plus meurtrière. Dans le secteur de Béni-Butembo, plus de 200 personnes ont succombé au virus en quinze jours. Selon les derniers chiffres de l’OMS, depuis le début de l’épidémie en RDC, il y a eu près de 1 150 décès pour plus de 1 700 cas confirmés et probables.

Ce n’est pas la première fois que l’on assiste à une telle résistance à la riposte. En Afrique de l’Ouest, pour les épidémies d’Ebola entre 2013 et 2015, c’était aussi le cas. Il y avait eu des campagnes de désinformation, des attaques contre des centres de santé et même du personnel.

L’anthropologue américaine Adia Benton a travaillé sur ces épidémies. « Cela s’est produit au Liberia comme en Sierra Leone dans des zones où il existait déjà une défiance des populations à l’égard du gouvernement, explique-t-elle. Certaines populations croyaient vraiment que les informations qui étaient données à propos d’Ebola étaient fausses ou faisaient partie d’une conspiration qui les visait personnellement. »

La première attaque contre un centre de traitement Ebola a eu lieu en décembre au lendemain de l’annonce du report des élections à Beni-Butembo à cause de l’épidémie. À l’époque, les leaders communautaires ont su contenir la colère de la population. Ce n’est que deux mois plus tard que les attaques reprennent et deviennent quasi hebdomadaires. Ce qui joue aussi, explique l’anthropologue Adia Benton, c’est une mauvaise prise en compte du contexte des épidémies. « Ce qu’ils font à chaque nouvelle épidémie, c’est d’affronter l’ancienne épidémie. Ils regrettent le fait de ne pas avoir testé de vaccins, de médicaments, de ne pas avoir associé suffisamment vite les communautés locales. Ils engagent des réformes, mais ils ne les terminent pas et surtout ils ne prennent pas en compte le nouveau contexte dans lequel ils se trouvent », analyse-t-elle.

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Pour Adia Benton, c’est à la réponse de s’adapter, de reconnaître les erreurs commises et de s’appuyer davantage sur les communautés.

L’actuelle épidémie de fièvre hémorragique Ebola, déclarée en août dans les provinces du Nord-Kivu et d’Ituri, est la dixième et la plus grave enregistrée sur le sol congolais depuis 1976. Elle est la deuxième la plus grave au monde après celle en Afrique de l’Ouest de 2014-2016, qui avait fait plus de 11 000 morts en Guinée, Sierra Leone et au Liberia principalement.

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