Formation du nouveau gouvernement en Tunisie Habib Jamli tend la main à tout le monde

Le chef du gouvernement nominé multiple les rencontres pour préparer la formation de son gouvernement. Nul n’est exclu, selon Habib Jamli. Les grands blocs parlementaires, Ennahdha, le Bloc démocratique et Qalb Tounes s’excluent néanmoins entre eux. Equation complexe.

Quinze jours après la nomination par Ennahdha de Habib Jamli à la tête du gouvernement, les choses ne semblent pas avancer malgré les dizaines de rencontres avec les différents acteurs politiques, les organisations nationales, et même les représentants de la société civile. Tout le monde est optimiste puisqu’on est encore au niveau des généralités.

Les observateurs craignent le moment fatidique de répartition des portefeuilles. Habib Jamli a déclaré, avant-hier, jeudi 28 novembre 2019, qu’il est encore très tôt pour se prononcer sur la composition du nouveau gouvernement, affirmant que «tout ce qui circule comme rumeurs actuellement n’est que de l’intox».

Le chef du gouvernement nominé explique qu’il préfère s’accorder avec les partis sur un programme à suivre : «Il est nécessaire qu’on prenne tout le temps possible, d’éviter la logique des quotas partisans afin de ne pas reproduire les échecs passés».

Pour lui, les négociations sont toujours en cours, notamment avec les partis réticents, le Courant démocratique et le Parti du Peuple (bloc de 41 deputés), voire même Tahya Tounes. «Je vous assure que la démarche est positive et j’ai grand espoir qu’on arrive à former un gouvernement équilibré qui bénéficie du plus large soutien possible», assure-t-il aux médias.

Le candidat à la Kasbah assure, par ailleurs, que sa position est favorable envers la probable participation de Qalb Tounes au gouvernement.

A LIRE AUSSI:   Crimes contre l’humanité au Tchad et au Soudan : trois arrestations en France dont un chef rebelle tchadien

Habib Jamli rappelle qu’il ne reçoit de directives d’aucun parti, même pas Ennahdha qui l’a désigné. Les islamistes se sont déclarés ouvertement opposés à la participation de Qalb Tounes de Nabil Karoui au gouvernement. «Ennahdha le sait très bien et Rached Ghannouchi aussi !» a-t-il insisté.

Attentisme

Il n’empêche que les échos parlent de fossé entre les déclarations politiques et les tractations sur le terrain. Habib Jamli serait sur le point de convaincre le Courant démocratique (22 députés), de Mohamed Abbou, d’obtenir le ministère de la Justice et celui de la Réforme administrative, alors que le ministère de l’Intérieur resterait aux mains d’un indépendant.

L’actuel ministre de l’Intérieur, Hichem Fourati, pourrait rester en poste, étant un vieux de la vieille au sein de ce ministère, sans coloration politique.

Le Parti du Peuple (16 députés) pourrait s’adjuger le ministère de l’Education. Qalb Tounes (38 sièges) ne serait pas impliqué directement, avec des personnalités connues. Mais, Nabil Karoui et son parti proposeraient quelques noms de personnalités qu’ils cautionnent.

La même approche serait proposée pour l’alliance de la Dignité (21 députés), qui serait, elle aussi, rejetée par les composantes fondamentales de ce Front. Pour les islamistes d’Ennahdha, la situation est très complexe, notamment pour les ministres qui étaient au gouvernement et qui ne veulent plus continuer à promettre.

Divergences

Tous les observateurs savent qu’Ennahdha était aux commandes avec Tahya Tounes, sous le gouvernement de Youssef Chahed, durant les trois dernières années. Les ministres Zied Ladhari et Ridha Saïdi constituent des piliers de ce gouvernement.

A LIRE AUSSI:   Côte d’Ivoire : si Gbagbo et Bédié sont candidats à la présidentielle, alors Ouattara le sera aussi

Le secrétaire général d’Ennahdha, Ladhari, était même pressenti, un certain moment, à la présidence du gouvernement.

Toutefois, suite aux dernières tractations politiques et le changement de cap des alliances d’Ennahdha, vers des partis populistes, le ton des islamistes a changé, provoquant la colère de ces deux ministres. Ladhari a présenté sa démission au président du mouvement.

L’ex-ministre assure qu’il n’est plus confiant quant à la nouvelle tournure des événements, à la suite des grandes décisions prises par le mouvement ces derniers temps.

L’ancien secrétaire général d’Ennahdha reconnaît son échec à convaincre les institutions du mouvement sur certains dossiers décisifs, en rapport avec la formation du gouvernement. Il n’est donc pas convaincu des choix effectués par son parti.

Ladhari est désormais convaincu que des erreurs du passé sont en train d’être répétées dans ce sens. «Je suis persuadé que le prochain gouvernement est notre dernière chance et qu’il n’y a plus aucune marge d’erreur. Le prochain gouvernement doit être un gouvernement de réformes et de réalisations et il n’y a aucune place pour l’amateurisme.

Il faut qu’il y ait une connaissance parfaite des dossiers, des défis du pays et de ses priorités», lit-on sur la page Facebook de ce ministre, présent dans tous les gouvernements formés avec la participation d’Ennahdha, depuis 2012.

Ladhari indique qu’il a souhaité voir désigner une personnalité indépendante et ouverte, reconnue par sa compétence et son audace, à la tête du gouvernement.

Mais, le Conseil de la Choura en a décidé autrement. «Je me trouve incapable de poursuivre le chemin, encore moins d’assumer une quelconque responsabilité dans ces conditions», a-t-il souligné, en annonçant sa démission.

A LIRE AUSSI:   Tunisie – Nabil Karoui : « Si je ne suis pas libéré, quel sens auraient ces élections ? »

La même attitude a été prise par le ministre-conseiller auprès du chef du gouvernement, chargé du suivi des projets et des programmes publics, Ridha Saïdi. Ce dernier a présenté sa démission de son poste à la Kasbah. 

Source: El Watan /Mis en ligne: Lhi-tshiess Makaya-exaucée

Tribune d'Afrique

Read Previous

Au Zimbabwe, l’imminence d’une famine « créée par l’homme »

Read Next

E-commerce, Fintech : l’Afrique se positionne