Début du Dialogue politique libyen à Tunis : Tripoli et Benghazi sur la bonne voie

Au sujet de l’Exécutif qui va diriger la Libye, les débats penchent plutôt vers des compétences technocrates indépendantes

Le président tunisien, Kaïs Saïed, a ouvert hier à Tunis la conférence du dialogue politique libyen, en présence de 75 personnalités libyennes de tous bords et de Stephanie Williams, la représentante spéciale par intérim du secrétaire général des Nations unies pour la Libye. M. Saïed a insisté sur «le rejet de toute tutelle sur le peuple libyen, sous n’importe quelle forme et de la part de quiconque».

Le président Saïed a également mis l’accent sur «l’unité de la Libye, l’homogénéité des Libyens et leur capacité à résoudre seuls leurs litiges». Le président tunisien propose que «le prochain Conseil présidentiel et le prochain gouvernement de transition s’engagent à ne pas se présenter aux élections». La délégation de l’ONU compte parvenir à Tunis, d’ici samedi 14 novembre, à une feuille de route consensuelle, aboutissant à des élections le plutôt possible en Libye.

Processus politique

Stephanie Williams a estimé dans son allocution que «la route à cette conférence n’était pas facile… Et qu’il est temps pour que tous les Libyens travaillent pour une nouvelle Libye». Les échos provenant de l’entourage de la délégation de l’ONU disent que Stephanie Williams espère réussir un Sekhirat II à Tunis, en parvenant à dégager la feuille de route d’un nouvel accord politique avec un nouveau Conseil présidentiel, plutôt tripartite, représentant les trois régions historiques formant la Libye, à savoir la Tripolitaine (ouest), la Cybernaique (est) et Fezzan (sud). Laquelle proposition a régulièrement surgi des dialogues interlibyens, dans le cadre de multiples tentatives pour amender l’accord de Sekhirat, signé en décembre 2015 entre les belligérants libyens.

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Quant à l’Exécutif qui va diriger la Libye, les débats penchent plutôt vers des compétences technocrates indépendantes, qui essaieront d’améliorer le quotidien des citoyens, meurtris par d’interminables conflits armés. «La feuille de route pourrait être sympathique. Mais, le principal souci, c’est son application sur le terrain en présence de multiples groupes armés, aux agendas conflictuels», remarque toutefois le juge Jamel Bennour, l’un des pionniers de l’insurrection contre El Gueddafi, le 17 février 2011 à Benghazi. Lesquelles réserves ont été soulevées par certains participants libyens durant les séances de préparation à la conférence de Tunis, qui ont commencé en ligne depuis le 28 octobre.

Néanmoins, pour Mme Williams, ces réserves, objectives, ne devraient pas empêcher de trouver le meilleur consensus possible et viable entre les Libyens et avancer vers la paix dans ce pays meurtri par les guerres.

Par ailleurs, elle rappelle que les belligérants libyens sont déjà parvenus à signer, il y a deux semaines, un cessez-le-feu définitif, ce qui était inimaginable il y a quelques mois, en mai dernier par exemple. «Il est impératif de faire sortir les groupes armés étrangers de Libye, dans les trois mois, comme cela a été dit en marge de la signature du cessez-le-feu définitif, le 23 octobre», insiste la représentante spéciale de l’ONU, consciente du rôle très perturbateur de ces mercenaires, présents dans les deux bords. L’application de l’accord politique dépendra sûrement du consensus militaire.Advertisements

Processus militaire

La commission militaire est désormais appelée «comité des 10», formé de cinq militaires de chaque camp. Ledit comité a clos la 5e phase de ses négociations à Ghadamès, près de la frontière algérienne et tunisienne. Cette réunion fait suite à la 4e phase de Genève, tenue le 23 octobre dernier, qui a vu la signature du cessez-le-feu final. Ghadamès a permis de détailler les parties restant floues à Genève.

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Ainsi, il a été décidé de créer une sous-commission militaire, qui veillera au retour progressif des forces armées à leurs casernes et d’éloigner les groupes armés étrangers des lignes de front. Ladite sous-commission se réunira, le plutôt possible ce mois, à Syrte en présence du comité des 10 et de la délégation de l’ONU.

Le comité des 10 a par ailleurs établi son QG au complexe des salles Ouagadougou, à Syrte. Il a adopté des moyens de contrôle utilisant, entre autres, des observateurs internationaux. Les villes limitrophes de Syrte et de Hoon abriteront les travaux de la commission sectorielle des mesures sécuritaires d’apaisement. Il a été également décidé de réunir au port pétrolier de Briga le commandement des Gardes des installations pétrolières, des deux bords, en présence de l’ONU et du PDG de l’établissement national du pétrole, afin d’unifier ce corps.

Les recommandations de la réunion de Briga seront traduites au comité des 10 pour approbation. Il y a certes de l’avancement, même sur le terrain du consensus militaire. Mais, remarquent plusieurs observateurs des deux bords, la question de l’autorité de désignation du commandement de l’armée n’a même pas été abordée, pour éviter les différends. Pourtant, la paix en Libye passe par une réponse à cette problématique. Espérons que la conférence de Tunis apportera un début de réponse.

Source : El Watan/Mis en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée

Tribune d'Afrique

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