Charles Boamah : « Les 54 pays africains ont contribué à hauteur de 60% à l’augmentation du capital de la BAD »

Charles Boamah, Vice-président Principal, Banque africaine de développement (BAD). (Crédits : DR)

La Banque africaine de développement (BAD) vient de traverser une étape historique avec l’augmentation inédite de 125% de son capital général qui passe ainsi de 93 milliards de dollars à 208 milliards de dollars. Alors que la priorité de l’institution financière panafricaine se résume globalement à la réalisation des agendas 2030 et 2063, Charles Boamah, Vice-président Principal de la BAD, revient pour La Tribune Afrique sur les contours de cette septième opération d’augmentation de capital et sur les prochains défis du groupe.

La Tribune Afrique – Les pourparlers autour de cette augmentation de capital ont duré deux ans. Était-ce difficile de parvenir à un accord ?

Charles Boamah – Je ne dirai pas que c’était difficile, mais il y a eu des questions très importantes sur lesquelles nous devions parvenir à un accord. Une chose est certaine, la banque a bénéficié d’un très fort soutien de tous les actionnaires pendant tout le processus, car ces derniers croient fermement au rôle que joue et continuera de jouer la banque en Afrique. Ce qui était très important tout au long des discussions, c’était de bien comprendre l’orientation que la banque va prendre au cours des quelques années à venir, orientation en termes de sélectivité, à titre d’exemple. Nous avons eu beaucoup de discussions sur la sélectivité de la banque. Avec des ressources limitées et des besoins très importants, il faut être sélectif dans l’utilisation de ces ressources. C’est ce type d’échanges que nous avons eus.

Les apports supplémentaires respectifs de 1,1 milliard de dollars et 500 millions de dollars du Canada et de la Suède au cours du processus ont particulièrement été soulignés. Quelle part pour les 54 pays africains dans les 115 milliards mobilisés pour cette augmentation du capital de la BAD ?

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En fait, je tiens juste à clarifier que ces apports du Canada et la Suède ont représenté des capitaux temporaires qui ont permis de réduire considérablement l’écart entre le moment où nous avons entamé les discussions et le moment où il y a effectivement eu augmentation du capital.

Pour répondre à votre question, les 54 pays africains ont contribué pour l’essentiel à hauteur de 60% de l’augmentation de capital, ce qui correspond aux actionnaires, tandis que les 40% restant ont été apportés par les pays non africains.

Après cette levée importante de capitaux, quelle sera le prochain challenge de la BAD ?

A mon avis, le prochain challenge pour la Banque consistera essentiellement dans sa capacité à être sélective dans l’utilisation des fonds, que ce soit pour l’accompagnement du développement des infrastructures dans les pays africains ou toute autre action que nous mènerons. L’argent provenant de l’augmentation du capital est important. Mais, je pense que plus importante est la manière dont cet argent sera utilisé pour faire participer le secteur privé de manière très significative au développement de l’Afrique. C’est la raison pour laquelle nous avons à titre d’exemple le Forum sur l’investissement en Afrique qui se tiendra du 11 au 13 novembre à Johannesburg. Ce sont autant de pistes que nous explorons en utilisant nos capitaux pour attirer des capitaux privés de façon beaucoup plus substantielle.

Justement, la BAD s’engage de plus en plus pour le secteur privé récemment. C’est à croire que ce dernier occupe une plus grande place dans les prérogatives de la Banque. Qu’en est-il ?

En fait, quand nous parlons de secteur privé, nous faisons allusion à deux choses. Il y a d’une part le développement du secteur privé et d’autre part le financement du secteur privé. Les deux notions sont différentes. Le développement du secteur privé est tout ce que l’on fait dans un pays pour améliorer le climat des investissements du secteur privé. Donc, si nous aidons un pays à construire de meilleures infrastructures, améliorer le système bancaire, le cadre réglementaire, les systèmes numériques, … bref, tout ce qui rend un pays attrayant pour le secteur privé, nous ne sommes vraiment, à ce stade, en train de soutenir le secteur privé. Cette amélioration de l’écosystème des affaires est au bénéfice du pays, de sa population, parce que le secteur privé crée des emplois et fait bouger l’économie. En revanche, il y a le soutien direct au secteur privé comme lorsque la Banque africaine de développement prête au secteur privé à travers le Continent. Ces prêts permettent au secteur privé de faire plus d’affaires.

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Doit-on comprendre que le classement des pays africains dans le Doing business est important pour la BAD ?

Je dirais que certaines des actions que nous menons contribuent à améliorer le classement des pays. C’est ce que nous faisons, lorsque nous travaillons avec un pays à l’amélioration de son environnement réglementaire, nous contribuons par la même occasion à améliorer ses systèmes numériques, à renforcer ses institutions ou même améliorer ses infrastructures, notamment pour une meilleure production de l’électricité et une électricité moins onéreuse. Lorsqu’un pays propose un accès peu onéreux à l’électricité, évidemment le coût d’un intrant très important dans la production diminue, ce qui représente un avantage pour le secteur privé. Nous considérons qu’un tel pays est peut-être un endroit plus intéressant pour les affaires. Tout ceci pour dire que, de toute évidence, tous ces éléments que je viens de citer sont ceux qui constituent l’indice déterminant le classement du Doing Business. Ainsi, en contribuant à toutes ces avancées, nous contribuons à améliorer le climat des investissements, aidant les pays à progresser et, par conséquent, à attirer plus d’investissements.

Réaliser les objectifs des agendas 2030 et 2063 relève de l’urgence pour l’Afrique. Récemment un accent grave est mis sur la nécessité de mobiliser les ressources financières. L’aspect financier est-il le plus déterminant dans l’atteinte de ces objectifs de développement ?

Le financement constitue un facteur important, mais ce n’est pas le plus déterminant. Pourquoi dis-je cela ? Bien sûr, les différents agendas que nous avons sont pressants. En termes de besoins de financement, il faut annuellement jusqu’à 170 milliards dollars pour les infrastructures, c’est donc important. Cependant, le facteur encore plus important réside en réalité dans les réformes que doivent concrétiser les gouvernements et les différents changements qui devraient s’opérer même dans la manière de prendre les choses. Il est nécessaire que les pays africains s’approprient le programme de développement. Ce sont autant d’ingrédients très importants pour atteindre l’agenda 2030. Je ne minimise pas le financement. Mais, je dis que ce n’est pas suffisant. Il y a beaucoup d’autres choses à mettre en place. Et quand je parle de s’approprier le programme de développement, cela implique le grand public, le citoyen qui doit comprendre et embrasser cette vision. A mon avis, l’effort de tous est nécessaire pour le continent atteigne les objectifs de l’agenda 2030 et bien sûr ceux de l’agenda 2063 de l’Union africaine.

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Source: La Tribune Afrique/Mis en ligne : Lhi-tshiess Makaya-exaucée

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