Le dialogue interlibyen fait du surplace

Au sujet de l’Exécutif qui va diriger la Libye, les débats penchent plutôt vers des compétences technocrates indépendantes

Plus d’un mois s’est écoulé depuis la fin du round de Tunis du dialogue interlibyen, qui a abouti à des résolutions très générales. Depuis, des réunions virtuelles se sont régulièrement tenues, sous l’égide de la délégation de l’ONU, pour essayer de s’entendre sur un mécanisme de gouvernance,
notamment celui du choix des personnalités politiques et administratives de premier plan.

Les séances successives du dialogue ont montré d’énormes difficultés pour surmonter les différends entre les belligérants libyens. Par ailleurs, la proposition d’écarter les figures du pouvoir, en place depuis 2014, n’a pas recueilli les 75% des voix requis pour passer les décisions.

Ladite proposition, soumise à Tunis, a obtenu moins de 60% des voix, en ayant juste 43 voix favorables.

Cela a donné le ton sur les difficultés rencontrées par les Libyens pour s’entendre. Avant-hier, les membres du dialogue ont voté pour réviser cette majorité de 75% et la ramener éventuellement à 66%, voire 60+1%, soit 50 ou 46 voix sur les 75 membres du dialogue national.

La délégation de l’ONU propose, par ailleurs, que la majorité requise, au sein d’une même région, se limite à 50+1%, soit 20 voix pour la Tripolitaine, 13 pour la Cyrénaique et 8 pour le Fezzan. Ces diverses tractations paraissent complexes et cachent un jeu politique, selon le juge libyen Jamel Bennour, ex-pré- sident du Conseil révolutionnaire local de Benghazi, en 2012/13, d’autant plus que le corps du dialogue actuel n’est pas élu.

«L’ONU est en train de manipuler pour trouver les majorités nécessaires à la présidence de Aguila Salah, l’actuel président du Parlement, et la présidence du gouvernement au Misrati  Fathi Bech Agha, actuel ministre de l’Intérieur», pense le juge, qui croit fermement que «ce qui se passe en ce moment, c’est la suite de l’accord de Khalifa Haftar avec, l’autre Misrati, Ahmed Myitigue, le vice-président du Conseil présidentiel, qui a ramené en septembre dernier la reprise de la production pétrolière, en contrepartie d’une promesse de meilleure distribution  de ses revenus».

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TRACTATIONS

Pour le juge, l’arrière-plan du dialogue de l’ONU est orchestré par la France et la Russie, qui ont organisé le dialogue Haftar/Myitigue en septembre dernier.

Mais, «il n’est pas sûr que cela va marcher, puisque Turcs et Qataris semblent être ignorés dans ce process», toujours selon le juge. En parallèle avec le dialogue de l’ONU, d’autres réunions interlibyennes sont en cours, notamment celles des députés à Bouznika et Tanger, avant de passer à Ghedames, à l’intérieur libyen.
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Le Parlement libyen prévoit même de se réunir le lundi 21 décembre à Sabrata. Le hic, c’est que ces réunions se tiennent sans l’actuelle Présidence, qui appelle à la tenue des réunions à Benghazi, son siège officiel. Face à ce problème, les 121 députés, présents à Aghadir et Ghedames, posent la question de l’élection d’une nouvelle Présidence, si le président Aguila Salah ne fait pas le déplacement à Sabrata.

Mais, de l’avis général, le Parlement n’ira pas jusqu’au changement de son président, dans cette phase marquée par la recherche de réconciliation. «Le président Aguila Salah ne demande finalement que le respect du règlement interne, qui cite Benghazi comme siège du Parlement», rappelle le député Tarek Jerouchi.

Sur un autre plan, et dans le cadre de l’organisation des groupes armés et l’arrêt de la présence chaotique des armes, le ministre de l’Intérieur, Fathi Bach Agha, a appelé à l’intégration des «révolutionnaires» dans les unités du ministère de l’Intérieur.

Cette question d’intégration constitue, par ailleurs, l’un des principaux points de divergence entre Haftar et l’Ouest libyen, selon le politologue Ezzeddine Aguil.

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Le principal différend consiste dans le fait que, pour Haftar, les «révolutionnaires» peuvent rallier l’armée ou les forces de sécurité de manière individuelle, parce qu’ils relèvent de leur commandement hiérarchique, non de leur chef historique. Par contre, l’Ouest libyen obéissait à la loi des groupes armés (Kara, Tajouri, etc.).

L’armée était de rang inférieur par rapport aux «révolutionnaires», ce qui a toujours été rejeté par Haftar.

Fathi Bach Agha essaie donc de pallier cette défaillance. Mais, rien n’indique que les groupes armés vont accepter ses consignes. L’avenir nous le dira.

Source:El watan/Mis en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée

Tribune d'Afrique

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