Franc CFA : les réserves de change bientôt rapatriées

Norway’s Prime Minister Erna Solberg (R) meets with Patrice Talon, President of Benin for a bilateral meeting in Oslo on November 7, 2018. (Photo by Cornelius POPPE / various sources / AFP) / Norway OUT

Une partie du voile concernant la monnaie des pays de l’UEMOA vient d’être levée par le président Talon qui a confié que les choses devraient bouger « très rapidement ».

C’est dans un entretien à nos confrères des médias hexagonaux France 24 et RFI que le président béninois Patrice Talon s’est fendu d’une déclaration extrêmement importante à propos du franc CFA. Ce jeudi soir, il a indiqué que le « retrait des réserves de change du franc CFA » ne saurait tarder. « Très rapidement », a-t-il dit. En première ligne, il y aura la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qui bat monnaie actuellement pour les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), à savoir le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Selon le président Talon, celle-ci va « gérer la totalité des réserves de devises et va les répartir auprès des diverses banques centrales partenaires dans le monde ». Alors qu’il n’a pas donné de calendrier précis, le chef de l’État béninois vient de secouer le cocotier à propos d’une monnaie qui fait débat depuis de très nombreuses années. « Nous sommes tous d’accord là-dessus, à l’unanimité, pour mettre fin à ce modèle », a-t-il déclaré faisant référence au fait que 50 % des réserves de change du franc CFA sont déposées auprès du Trésor français sur un compte rémunéré dont les intérêts obligataires sont reversés tous les ans aux pays africains. En contrepartie, le Franc CFA a une parité fixe avec l’Euro (1 euro = 655,957 F CFA), ce qui est considéré par certains comme une forme de dépendance des pays de la zone franc à l’endroit de la politique monétaire européenne, une situation régulièrement taxée de « néocolonialisme ». Par ailleurs pour rappel, le système garantit aux pays africains concernés la possibilité de convertir le franc dans n’importe quelle autre devise mais aussi la stabilité de la monnaie et le transfert libre et gratuit de capitaux à l’intérieur de la zone monétaire.

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Un changement concerté sur le plan monétaire régional

Comment en est-on arrivé à cette déclaration ? Au-delà des débats houleux et passionnés autour de cette monnaie qualifiée de « coloniale » par ses détracteurs, la porte a été ouverte début octobre, le ministre français des Finances, Bruno Le Maire. Celui-ci avait déclaré que la France était ouverte à une « réforme ambitieuse » du franc CFA. Il avait dit attendre que les 15 pays qui partagent cette devise attachée à l’euro « décident ce qu’ils souhaitent », à un moment où l’Afrique de l’Ouest envisage de créer sa propre monnaie unique. « Nous sommes disponibles et nous sommes prêts », avait-il alors assuré, au terme d’une réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des pays de la zone franc. « Nous travaillons la main dans la main avec la France », avait par la suite affirmé le ministre béninois des Finances, Romuald Wadagni, lequel avait été le seul représentant africain à prendre la parole lors de la conférence de presse après la réunion au nom des pays de la zone UEMOA tout en rappelant que les pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) – dont le Ghana – se sont mis d’accord pour l’adoption à l’horizon 2020 d’une monnaie unique, l’eco, qui sonnerait le glas du franc CFA dans cette région.

Un apaisement souhaité sur le plan politique national

Au-delà de ses déclarations concernant le F CFA, le chef de l’État béninois a d’autre part fait un geste d’apaisement de la crise politique qui agite le pays depuis les élections législatives d’avril, auxquelles l’opposition n’avait pas pu présenter de listes de candidats. Patrice Talon a « souhaité » le « retour au Bénin » de l’ancien président Boni Yayi, qui se trouve actuellement en exil après que son domicile de Cotonou eut été encerclé pendant près de deux mois par les forces de l’ordre. De par la « noblesse de sa fonction » d’ancien chef d’État, son adversaire politique doit faire « l’objet de traitement particulier », a-t-il dit. « Le peuple pourrait mal le percevoir », a souligné Patrice Talon. « Boni Yayi a été impliqué dans ce qui s’est passé » lors des violences post-électorales qui ont débuté le 1er mai à Cotonou et ont fait plusieurs morts par balles, selon le chef de l’État, qui a ajouté lui « avoir fait comprendre ».

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Plus tôt dans la journée, le président béninois, fortement critiqué pour avoir engagé un tournant autoritaire dans un pays réputé pour être un modèle démocratique en Afrique de l’Ouest, a promulgué la nouvelle Constitution, déjà approuvée à l’unanimité par le Parlement et la Cour constitutionnelle. Parmi les réformes, on note l’impossibilité de faire « plus de deux mandats présidentiels à vie », ce qui exclut d’ores et déjà une potentielle candidature de l’ancien président Yayi (2006-2016). Le Parlement a également validé une procédure d’amnistie, qui permet de ne pas engager de poursuites contre l’ancien chef de l’État, ni contre les forces de l’ordre qui ont, selon le président Talon, agit pour se protéger. Il a expliqué que les violences post-électorales étaient « une responsabilité globale » du peuple béninois, mais qu’il en était de fait « le premier à (en) tenir la responsabilité ». Le président Talon a assuré que sa propre candidature à la présidentielle de 2021 dépendrait de son « état d’esprit », de « l’environnement politique » et de la réforme pour « renforcer les partis politiques ». Interrogé sur le fait que ses deux plus grands adversaires politiques de la précédente présidentielle de 2016 sont tous deux interdits de se présenter par des décisions de justice et vivent actuellement en exil en France, le président Talon a déclaré qu’ils « devaient se tenir responsables de leurs actes ».

Source:Le Point Afrique/Mis en ligne : Lhi-tshiess Makaya-exaucée

Tribune d'Afrique

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