Crise libyenne : Pressions américaines pour un cessez-le-feu permanent et la reprise de l’exploitation du pétrole

En Libye, les autorités de Tripoli et Tobrouk ont imposé un couvre-feu pour enrayer la progression du Covid-19

Les Américains travaillent sur l’établissement d’une zone neutre sur l’axe Syrte-Jofra. Les perspectives piétinent, faute de véritables concessions des deux principales parties.

L’Est libyen contrôle la majeure partie des plus importants champs et terminaux pétroliers de Libye. Des groupes loyaux au maréchal Haftar bloquent la production depuis le 17 janvier, pour réclamer une répartition équitable des revenus du pétrole, gérés par Tripoli. Ils réclament également de la transparence dans la gestion de ces revenus par l’Entreprise nationale du pétrole et la Banque centrale.

Les protestataires refusent que l’argent public soit remis au gouvernement d’union nationale, qui l’a utilisé pour ramener des mercenaires de Turquie. La récente rencontre de l’ambassadeur Norland avec le président du Parlement libyen, Aguila Salah, a porté sur «le désarmement de l’axe Syrte-Jofra et la permission à l’ENP de reprendre ses travaux de production et d’exportation de pétrole et de gaz, en leur garantissant une gestion transparente et une meilleure gouvernance, afin de permettre des élections fiables», selon le communiqué de l’ambassade américaine à Tripoli.

L’ambassadeur Norland a exprimé son soutien aux «aspirations» de Aguila Salah, exprimées dans sa proposition, émise en mai dernier, et son accord avec tous les Libyens «responsables, désireux d’une solution pacifique, pouvant rendre sa souveraineté à la Libye, tout en réduisant les tensions avec l’étranger». Norland appuie cette approche de solution libyo-libyenne et il est favorable au travail avec «les partenaires égyptiens», dans l’esprit de l’annonce du Caire du 6 juillet dernier et les recommandations du congrès de Berlin.

Hamid Essafi, le chargé de communication de l’Assemblée, a confirmé que la rencontre Norland-Aguila a porté sur «un cessez-le-feu permanent et l’éloignement des armes lourdes de l’axe Syrte-Jofra, jusqu’à la reprise du dialogue politique». Les Américains seraient donc favorables à cette approche, freinant l’élan du gouvernement de Tripoli, soutenu par Erdogan et ses «djihadistes». L’arrivée de Norland au Caire est survenue avec deux communications téléphoniques entre les présidents Trump et Al Sissi, ainsi que des discussions entre les deux staffs diplomatiques sur la situation en Libye.

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Enjeux

Les tensions sont très perceptibles en Méditerranée, depuis l’intervention directe turque en Libye, surtout après l’accord entre Al Sarraj et Erdogan de mai dernier, approuvé par le Parlement turc, et autorisant l’armée turque à se déployer en Libye. Depuis cet accord, les tensions sont devenues très vives, aussi bien autour de la Libye, qu’à propos des eaux territoriales au sein de cette mer fermée. La Grèce, l’Italie, Malte et l’Egypte ont exprimé des réserves sur l’accord marin turquo-libyen. Et la France a réagi, en soutien à la Grèce.

Le président Macron est allé jusqu’à évoquer la «responsabilité pénale» d’Ankara dans le conflit libyen. Le président français ne cesse d’attirer l’attention sur l’intervention militaire turque en Libye, le non-respect par Ankara des décisions onusiennes concernant les ventes d’armes à la Libye, ainsi que l’envoi de mercenaires en soutien au gouvernement de Tripoli. Pour sa part, le ministre turc des Affaires étrangères, Mouloud Oughloo, a critiqué les agissements français en Méditerranée, en déployant deux «Rafale» et deux bâtiments marins, en renfort à la Grèce. Le problème en Libye, c’est que la situation de ce pays intrigue toute la région, par les implications internationales des intervenants.

L’Egypte et les Emirats veulent couper la main des Frères musulmans en Libye, en essayant de bloquer l’expansion de l’axe Doha-Ankara. La France a peur pour la déstabilisation de ses anciennes colonies en Afrique noire, notamment le Niger, le Tchad et le Mali, par une éventuelle main tendue des terroristes venants de Turquie.

La Russie verrait d’un bon œil de reprendre pied dans cette zone très stratégique, alors que l’Italie ne veut pas perdre pied dans cette ancienne colonie. Enfin, l’Algérie et la Tunisie ont peur pour leurs frontières directes, et la stabilité régionale, après le passage de milliers de miliciens de Syrie en Libye. Les intérêts et les enjeux sont donc diverses et contradictoires. Ce ne sera donc pas facile de stabiliser cette Libye unie.

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Source : El watan /Mis en ligne :Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée

Tribune d'Afrique

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