Coronavirus : le Maroc entre relâchement et craintes d’un retour à l’isolement

Dans les hôpitaux, la situation sanitaire du Covid-19 est sous contrôle mais le pays enregistre une recrudescence de cas de contaminations.

Ni la vague de chaleur écrasante ni la marée de parasols multicolores le long de la plage d’Ain Diab n’ont découragé les Casablancais. Depuis le 25 juin, les surfeurs, les joggeurs, les familles, les promeneurs se croisent de nouveau par milliers sur les plages et les voies aménagées au bord de l’eau. Sans transition, la vie a repris ses droits.

Si le spectre d’un retour à l’isolement ne pesait pas sur le royaume, on finirait par oublier les cent jours ou presque de confinement drastique qui ont étouffé l’économie du Maroc et achevé le moral des familles. « Quelque chose me dit que nous allons être reconfinés », estime cette joggeuse matinale sur la Corniche de Casablanca, masque sur le visage, comme la loi l’impose désormais.

Faute d’annonces claires de la part du gouvernement, dont la communication se fait principalement via des communiqués laconiques depuis le début de la crise sanitaire, les rumeurs enflent, se dérobent puis réapparaissent. Est-ce le maintien de certaines restrictions, comme la fermeture des frontières, ou la montée en flèche des contaminations au moment où le pays relance son activité qui fait craindre le pire aux Marocains ?

« Il n’y a pas d’inquiétude à avoir »

Depuis fin juin, le royaume a ainsi enregistré un pic d’épidémie avec parfois plus de 500 cas de contamination au coronavirus enregistrés en une seule journée, portant à 15 194 leur nombre total. La plupart ont été découverts dans des unités industrielles, dont l’usine Renault de Tanger, où 93 cas ont été recensés. Plus de 700 cas ont également été signalés dans des usines de conditionnement de fraises dans la province de Kénitra, touchant principalement des ouvrières agricoles, dont plusieurs femmes enceintes, et suscitant de nombreuses interrogations sur les conditions de travail des ouvriers précaires, les plus touchés par l’épidémie. A la suite de l’apparition de ces foyers, des dizaines d’unités de production ont été fermées. Récemment, c’est la ville portuaire de Safi qui a été entièrement confinée après la découverte de près de 500 cas dans des sardineries industrielles.

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« La plupart de ces cas sont asymptomatiques », martèle-t-on dans les couloirs du ministère de la santé, à Rabat. « Il n’y a pas d’inquiétude à avoir. C’est logique : nous avons augmenté le dépistage depuis le déconfinement alors, forcément, les chiffres augmentent ! » En moyenne 20 000 tests sont réalisés quotidiennement contre 1 000 au début de la crise sanitaire, fin mars. Confiée à la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), le patronat marocain, une campagne de dépistage massif le 3 juin a permis de tester 125 000 salariés du secteur privé. L’opération a dévoilé l’existence de 680 cas « dont 97 % sont asymptomatiques », selon le ministère de la santé.

Au Centre hospitalier universitaire (CHU) Ibn Rochd de Casablanca, l’inquiétude est retombée. Avec seulement 1 642 lits en réanimation pour tout le pays, le personnel de santé redoutait une saturation des services. Les deux hôpitaux de campagne érigés à la hâte n’ont finalement pas été utilisés. « Nous avons réduit le nombre de services de réanimation qui accueillent les patients atteints de Covid-19. La structure qui les reçoit est désormais à 40 % de capacité », se félicite le professeur Kamal Marhoum El-Filali, chef de service des maladies infectieuses au CHU. La situation sanitaire semble donc sous contrôle : le pourcentage de patients ayant recours à la réanimation ne dépasse pas 2 % et le taux de létalité reste extrêmement faible (autour de 1,6 %) en comparaison avec les autres pays.

S’il est encore prématuré d’établir un lien avéré, les médecins estiment que le traitement « y est forcément pour quelque chose ». Le Maroc a décidé très tôt d’établir un protocole thérapeutique à base d’hydroxychloroquine et d’azithromycine, administré de façon systématique à tous les patients dès lors que le diagnostic est posé « qu’ils soient symptomatiques ou asymptomatiques », précise l’infectiologue.

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Un patriotisme qui s’essouffle

Un employé municipal désinfecte une rue de Safi, le 9 juin.
Un employé municipal désinfecte une rue de Safi, le 9 juin. FADEL SENNA / AFP

La réactivité des autorités marocaines, qui avaient décrété l’état d’urgence sanitaire le 20 mars quand le royaume ne comptait alors qu’une centaine de cas, a d’abord recueilli l’approbation générale. Dès le mois d’avril, le Maroc s’est lancé dans la fabrication de ses propres masques sanitaires, permettant de couvrir les besoins de la population et d’en exporter une partie. Près de 8 millions de masques ont par ailleurs été envoyés à quinze pays d’Afrique subsaharienne pour les aider à lutter contre la pandémie. D’ordinaire critiqué pour son manque d’interventionnisme, l’Etat a été plébiscité aussi bien à l’étranger que par les Marocains eux-mêmes, pris d’un élan patriotique durant les premières semaines de la crise.

Mais celui-ci s’est essoufflé. La fatigue liée à un confinement à rallonge et jugé trop autoritaire a ravivé les tensions sociales qui secouaient déjà le royaume. D’autant que les conséquences sur l’économie sont désastreuses. Le haut-commissaire au plan, Ahmed Halimi, a récemment déclaré que « l’année 2020 sera la pire pour l’économie marocaine depuis 1999 ». Une année également synonyme de sécheresse. Dans un pays avant tout porté par l’agriculture, les atouts industriels vantés par les ambassadeurs de la « marque Maroc » à l’étranger ne suffiront pas pour redresser l’économie du pays. Le tourisme non plus. En gardant son territoire fermé, le Maroc, pourtant sélectionné dans la liste des quatorze pays auxquels l’Union européenne ouvre ses frontières extérieures, met en danger un secteur contribuant à plus de 7 % de son PIB.

« C’est paradoxal : on nous rassure sur les chiffres sanitaires, mais on continue d’adopter des mesures ultra strictes. Si la situation n’est pas inquiétante, pourquoi on ne lâche pas ? Ce qui est clair, c’est qu’ils ont trop peur pour prendre des risques », déplore un hôtelier de Marrakech. Comme la ville ocre, plusieurs cités dont la très touristique Tanger sont toujours soumises aux mesures de confinement. Les autorités, qui viennent de prolonger l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 10 août, n’excluent pas de confiner d’autres régions.

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Source: Le Monde Afrique /Mis en ligne :Lhi-tshiess Makaya-exaucée

Tribune d'Afrique

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