Changement climatique : la jeunesse africaine mobilisée

A protester smiles during a demonstration for climate protection in Abuja, Nigeria September 20, 2019. REUTERS/Afolabi Sotunde

Lorsque Leah Namugerwa a eu 15 ans au mois d’août dernier, elle a décidé de planter 200 arbres plutôt que d’organiser une fête d’anniversaire. Cette jeune Ougandaise est l’une des activistes de la lutte contre le changement climatique dans son pays. Son histoire tourne en boucle dans les médias locaux. Normal, son modèle s’appelle Greta Thunberg. C’est donc tout naturellement qu’on la retrouve en première ligne ce vendredi 20 septembre, jour historique de mobilisation pour toute la jeunesse mondiale.

Des jeunes lanceurs d’alerte

« Si les adultes ne sont pas disposés à assumer le leadership, mes camarades et moi-même le dirigerons. Pourquoi devrais-je regarder que des injustices environnementales se produisent sous mes yeux ? »a déclaré la jeune écolière à Kigali, la capitale rwandaise, la semaine dernière, après avoir été ovationnée pour son discours sur l’urgence climatique. « Certaines personnes m’ont critiquée. Ils disent que, à mon âge et le vendredi, je devrais être dans une salle de classe et non dans la rue en train de faire la grève. Heureusement que mes parents m’ont soutenue. Ils m’ont encouragée. » Originaire du district de Mukono, dont les forêts ont été décimées ces dernières décennies en raison de l’expansion de la capitale ougandaise voisine, elle a organisé toute seule sa première manifestation pour la défense de l’environnement un vendredi en février cette année, dans une banlieue de Kampala.

Depuis, les chiffres ne sont plus du tout les mêmes. Des centaines de jeunes ougandais ont suivis son exemple. Arrivés par bus, en moto-taxis ou à pied, des écoliers ont commencé leur marche dans la ville de Wakiso, aux abords de la capitale Kampala. Ils arboraient des pancartes dénonçant l’échec de leur gouvernement à s’attaquer à la problématique du changement climatique. « Combien de personnes doivent mourir avant que vous n’agissiez ? » demandait sur un écriteau Cissy Mukasa, 12 ans, citée par l’AFP. « Cette fois-ci, le gouvernement doit agir », était-il aussi écrit.

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Peu d’Africains sont informés du changement climatique

Les changements climatiques constituent « le plus grand défi développemental de notre époque », et l’Afrique est le continent le plus vulnérable à ses conséquences, selon l’Union africaine et les Nations unies. En dépit de la contribution infime du continent aux émissions de gaz à effet de serre qui provoquent les changements climatiques, la plupart des pays africains ont volontiers ratifié les accords internationaux visant à les combattre, y compris la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, le protocole de Kyoto, et l’accord de Paris sur les changements climatiques de 2016.

L’accord de Paris vise à fédérer les actions partout dans le monde pour limiter une plus grande augmentation de la température et renforcer la capacité des pays à contrer l’impact des changements climatiques, y compris un engagement des pays développés à consacrer, d’ici à 2020, 100 milliards de dollars aux besoins relatifs à l’adaptation aux changements climatiques et à la réduction de leurs effets pervers sur les pays en voie de développement. Les résultats d’une vaste enquête Afrobaromètre, sur le changement climatique en Afrique et sa perception par les Africains, renseignent sur le degré d’information et les connaissances assez limitées des citoyens africains lambda sur la question du changement climatique.

Dans 30 pays africains sur les 34 enquêtés, les opinions indiquent que les conditions climatiques, en ce qui concerne la production agricole, ont empiré au cours de la décennie passée, le plus souvent à cause de la sécheresse. Parmi les Africains qui ont entendu parler du changement climatique, une grande majorité, dont 90 % des habitants d’Afrique de l’Est, affirme que « ces changements climatiques dégradent la qualité de vie dans leur pays ».

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La même enquête signale par ailleurs que moins de trois Africains sur dix sont « avertis des changements climatiques », en d’autres termes, s’estiment comme bien informés sur la question. À la lumière de ces résultats d’enquête, il apparaît une nécessité d’informer les populations africaines et « les rendre aptes à comprendre les menaces et soutenir les actions de riposte coordonnées au plan gouvernemental et international », conclut l’enquête.

L’Ouganda, un pays doté de trésors naturels, tels que les monts Rwenzori, d’animaux sauvages comme les gorilles des montagnes, et bordant le plus grand lac d’Afrique, le lac Victoria, est affecté par le réchauffement climatique. Il connaît des sécheresses prolongées, et des pluies plus intenses qui débouchent sur des inondations, des glissements de terrain et la propagation des maladies.

Appel

Ces jeunes Ougandais avaient répondu, comme des centaines de milliers d’écoliers dans le monde, à l’appel de la jeune Suédoise Greta Thunberg à boycotter les salles de classe, l’espace d’une journée, pour une très symbolique « grève de l’école pour le climat ». « Parlement, leaders politiques et religieux, pourquoi êtes-vous silencieux », avait inscrit sur une affiche Zedekia Wafula, 12 ans. Des missions diplomatiques ont distribué de l’eau et de la nourriture aux manifestants, pendant que des groupes de musique assuraient l’ambiance.

Des adultes, appartenant pour certains à des groupes de défense de l’environnement, ont aussi pris part au défilé. Au Kenya voisin, quelques centaines d’enfants et d’adultes sont également descendus dans les rues pour cette journée qui pourrait constituer la plus grande mobilisation jamais organisée pour appeler à faire face à l’urgence climatique.

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Source: Le Point Afrique/Mis en ligne: Lhi-tshiess Makaya-exaucée

Tribune d'Afrique

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