Tunisie : « II n’y aura pas de touristes cet été »

Une plage tunisienne

Malgré une situation sanitaire exemplaire et la réouverture des frontières, la saison s’annonce sous de très mauvais auspices. Explications.

Tunis-Carthage, l’aéroport qui a accueilli cinq millions de passagers l’an dernier, a repris ses activités commerciales depuis samedi. Durant la période de confinement, seuls des vols de rapatriement ont été opérés par la compagnie nationale Tunisair, une quasi-centaine. Le site a été mis aux normes coronavirus : marquage de distanciation au sol, Plexiglas, gel… Le pays veut sauver ce qui peut l’être de la saison touristique qui aurait dû démarrer. Dans une Tunisie dont « l’économie nécessite un plan de sauvetage », selon Elyes Fakhfakh, président du gouvernement, le tourisme pèse pour 14 % du PIB. Plus qu’un pilier, une voûte. Les frontières avec l’Union européenne sont à nouveau ouvertes. Les premiers avions se sont posés ce week-end. MarseilleParis-Charles-De-Gaulle, Genève… Mardi, une quinzaine de vols étaient programmés. Les familles se retrouvent après plusieurs mois d’absence physique.

« Trop de conditions contraignantes »

Mouna Ben Halima, PDG de l’hôtel La Badira, cinq étoiles à Hammamet, et membre du bureau exécutif de la Fédération tunisienne des hôteliers (FTH), ne se réfugie pas derrière de feints espoirs : son établissement, d’habitude complet, affiche avec la clientèle locale « 50 % d’occupation le samedi, 20 % les autres jours de la semaine », ce qui lui fait dire que « ça ne nourrit pas son homme ». Pour le reste, « il y a très peu de rotations aériennes programmées et trop de conditions contraignantes pour les pays classés orange, pays qui représentent les principaux marchés, lorsque la Belgique, la Russie et l’Algérie, « les plus gros marchés sont classés rouges ». Un test Covid-19, facturé 209 dinars (60 €), est nécessaire, une des recommandations inscrites dans le protocole sanitaire élaboré par les autorités (ministère de la Santé, ministère du Tourisme) et les professionnels du secteur (FTH). Sauver ce qui peut encore l’être ? L’Algérie sera absente cette année pour cause d’épidémie en hausse constante.

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L’Algérie fermée « jusqu’à ce que Dieu nous libère du fléau »

Après le double attentat de 2015, au musée du Bardo et à l’hôtel Riu à Port El-Kantaoui, le touriste occidental avait disparu des plages tunisiennes. Les TO avaient déprogrammé la destination Tunisie le temps que la situation sécuritaire redevienne optimale. Les touristes algériens avaient sauvé pour partie les années qui suivirent. Ils sont près de trois millions à franchir la frontière afin de passer un séjour tunisien d’une semaine en moyenne. Cette année, la Tunisie craignait que l’UE ne lui rouvre pas ses frontières, ce sera finalement Alger qui prendra la décision de conserver les siennes hermétiquement fermées.

Si la Tunisie a enregistré moins de mille deux cents cas et cinquante morts pour une population de près de douze millions d’habitants, le voisin algérien dépasse les treize mille cinq cents cas et neuf cents décès pour quarante-deux millions d’habitants. La pandémie a été, pour l’heure, totalement maîtrisée par Tunis quand Alger fait face à une situation exponentielle, inédite depuis l’apparition du Covid-19 en février : près de trois cents cas supplémentaires chaque jour, neuf décès, contre une centaine de cas journaliers il y a un mois. Certains services hospitaliers sont saturés à Oran, Blida notamment, provoquant de vives inquiétudes.

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a déclaré que les frontières demeureraient fermées « jusqu’à ce que Dieu nous libère du fléau ». Pour le secteur du tourisme tunisien, c’est un coup très dur d’autant que les Libyens, en proie à une internationalisation de la guerre civile, ne pourront pas être au rendez-vous. D’autres marchés importants sont également en proie à des situations sanitaires de mauvais aloi : la Russie qui représentait plus de 800 000 visiteurs en 2019.

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Les 2,9 millions d’Algériens présents en 2019, les 1,9 million de Libyens, la plupart des 2,8 millions d’Européens : le total des absents risque d’être meurtrier pour un secteur qui se remettait de plusieurs crises (la révolution de 2011, les attentats de 2015, la faillite de Thomas Cook). Sans oublier la diaspora, 1,4 million, qui risque de ne pas bénéficier d’avions nécessaires pour revenir en vacances.

Source: Le Point Afrique /Mis en ligne :Lhi-tshiess Makaya-exaucée

Tribune d'Afrique

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