RDC-Rwanda : les chimères de la « balkanisation »

Des soldats congolais près de Goma, dans l’est de la RDC, le 25 octobre 2013 (illustration). © Kay Joseph/AP/Sipa

La vieille rengaine de la « balkanisation » a repris de plus belle depuis l’élection de Félix Tshisekedi, brandie par une opposition congolaise qui n’a aucun intérêt à ce que la paix revienne en RDC et qui attise la haine contre les Rwandais et les Congolais d’expression rwandaise. Une imposture pure et simple.

On croirait presque regarder un documentaire sur les guerres du XXème siècle dans les Balkans, montrant l’émiettement géographique de cette péninsule, jadis unifiée par l’empire Ottoman, en une myriade d’États. À la différence que la scène se passe dans les rues de Kinshasa en 2020 et que les manifestants ne sont ni Hongrois ni Turcs mais Congolais, et scandent : « Non à la balkanisation de la RDC ! »

Dans la région des Grands Lacs, le terme de « balkanisation » apparaît à la fin des années 1990, à l’époque des invasions de l’ex-Zaïre par le Rwanda et l’Ouganda. Les Zaïrois craignent alors que leurs deux voisins ne reprennent les territoires qui leur avaient autrefois appartenu avant le partage de l’Afrique. Il n’en sera rien.

Le concept refait surface après l’installation de Joseph Kabila au pouvoir, en 2001. Ses détracteurs l’accusent de dissimuler des origines rwandaises et d’être partie prenante à un grand complot international dont l’objectif serait de morceler l’État-continent tout en le dépossédant de ses provinces orientales, riches en minerais, au profit du Rwanda.

La récente accession au pouvoir de Félix Tshisekedi n’a apparemment rien arrangé. La vieille rengaine a repris de plus belle, alimentée cette fois par la coalition Lamuka, du candidat malheureux Martin Fayulu, officiellement arrivé second du scrutin présidentiel, mais aussi par la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui avait présenté ce dernier comme le véritable vainqueur de l’élection. Lamuka, tout comme la Cenco, n’a pas digéré la défaite électorale de Fayulu.

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Attiser la haine

De son côté, à peine élu, le président Félix Tshisekedi s’est efforcé de normaliser les relations avec le Rwanda, avant de déployer un important effectif des forces armées congolaises à l’est de la RDC pour combattre les groupes armés qui y sévissent. Les FARDC y ont enregistré certains succès, reprenant le contrôle de territoires jusque-là gangrenés par ces milices. De sorte que si projet de balkanisation il y a avait, les risques qu’il se concrétise tendent désormais vers zéro.

CETTE OPPOSITION PRÉFÈRE ATTISER LA HAINE CONTRE LES RWANDAIS ET LES CONGOLAIS D’EXPRESSION RWANDAISE AFIN DE SAPER LES EFFORTS DE RAPPROCHEMENT ENTRE LE RWANDA ET LA RDC

Mais l’opposition n’a aucun intérêt à ce que la paix revienne en RDC. Ces 25 dernières années, le climat d’insécurité dans l’est du pays a permis aux seigneurs de guerre de s’enrichir et de faire carrière dans la politique ou dans l’armée. L’ADF-Nalu, par exemple, que l’on croyait être une milice ougandaise, s’est avérée être un groupe autochtone nandé financé par un politicien déchu de l’ère Kabila, Mbusa Nyamwisi, qui vit actuellement en Ouganda.

Alors que la RDC est en passe de sortir d’un chaos qui aura duré plus de vingt ans, notamment grâce à une bonne coopération avec ses voisins de l’Est, cette opposition préfère attiser la haine contre les Rwandais – sous-entendu : les Tutsi – et contre les Congolais d’expression rwandaise, afin de saper les efforts de rapprochement entre le Rwanda et la RDC.

Imposture

Le drame est que la théorie de balkanisation est une accusation en miroir. Pendant que l’actuel coordonnateur de la plateforme d’opposition Lamuka et ancien Premier ministre Adolphe Muzito déclare ouvertement son intention d’attaquer le Rwanda et de l’annexer si possible, la même opposition accuse le Rwanda de nourrir une ambition de « balkanisation ». Alors qu’ils accusaient Joseph Kabila à l’époque, puis Félix Tshisekedi à présent de coopérer avec le Rwanda, eux-mêmes avaient collaboré avec Kigali par le passé. Une imposture pure et simple.

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De plus, à l’ère de la Zone de libre-échange de l’Union africaine, et alors que la RDC vient de demander à intégrer l’East African Community (EAC), la perspective d’annexion de territoires étrangers apparaît totalement farfelue.

Au lieu de proposer des solutions aux problèmes réels auxquels font face les Congolais, c’est-à-dire le chômage, le manque d’industrialisation ou la dégradation des infrastructures – autant de carences pouvant pousser une jeunesse désœuvrée à basculer dans la délinquance ou à s’enrôler dans les rangs les milices armées – l’opposition congolaise préfère pourtant échauffer les esprits de ses concitoyens autour de vieilles chimères.

Fustiger le Rwanda ou tout autre pays de la région n’améliore pas la productivité, cela ne crée pas d’emploi ni n’apportera la prospérité. Ceux qui parlent de balkanisation ne se sont visiblement jamais rendus à la frontière entre le Rwanda et la RDC, l’une des plus fréquentées au monde, pas plus qu’ils n’ont écouté le témoignage des vendeuses qui la traversent plusieurs fois par jour pour gagner leur vie.

La vraie richesse du Congo, c’est son peuple. Partout en Afrique, les ressources naturelles ne profitent qu’aux multinationales qui les exploitent et à quelques dirigeants, qui en reçoivent des miettes ainsi que des garanties de protection de leur régime. Avec Félix Tshisekedi, la RDC a une chance de devenir une nation pacifiée, qui va de l’avant. Mais cela doit passer par l’inclusion des diverses communautés qui constituent sa véritable richesse.

Désigner le Rwanda à la vindicte en le faisant passer pour l’ennemi commun est une lubie certes fédératrice mais aussi vaine qu’éphémère.

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Source: Jeune Afrique/Mis en ligne: Lhi-tshiess Makaya-exaucée

Tribune d'Afrique

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