Crise politique en Tunisie : Le président Saïed face à des choix difficiles

Rached Ghannouchi, leader du mouvement Ennahdha, donne du fil à retordre au président Kaïs Saïed

Le président Saïed aura, encore une fois, la lourde responsabilité de choisir celui qui va diriger la Tunisie, pour la période à venir, après la démission de son premier candidat, Elyes Fakhfakh, après moins de cinq mois de gouvernance.

L’article 98 de la Constitution tunisienne charge le président de la République de désigner le remplaçant du chef du gouvernement démissionnaire. Et c’est le cas.

Saïed a, encore une fois, demandé aux partis et blocs parlementaires de proposer des noms, parmi lesquels il pourrait choisir. Il peut toutefois désigner quelqu’un d’autre. Les tractations entre les partis se déroulent en catimini. Tout le monde a peur de l’échec.

Choisir la mauvaise personne équivaut à son échec à obtenir la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), ou à diriger le pays, ce qui signifie d’aller vers des élections législatives anticipées. C’est d’autant plus délicat que la Tunisie traverse une grave crise économique, approfondie par l’avènement du coronavirus. Le choix de Saïed doit permettre d’ouvrir la voie sur le rétablissement du pouvoir de l’Etat.

Du côté des partis, la prudence est de mise. Le parti Chaâb (16 députés) n’a pas nominé de candidat. Il a juste adressé une lettre au président de la République mentionnant les qualités que devrait réunir le chef de gouvernement, notamment l’intégrité et la droiture. Le bloc Karama (19 députés) a refusé ce mode de choix des candidats. Le parti Ettayar (24 députés), partenaire de Chaâb au sein du bloc démocratique, a présenté trois noms, qui sont ses trois ministres au sein du gouvernement Fakhfakh.

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Il s’agit de Mohamed Abbou, Mohamed Hamedi et Ghazi Chaouachi. Le président du bloc national (10 députés), Hatem Mliki, a indiqué s’être présenté en tant que candidat, ainsi qu’un autre député du bloc, Ridha Charfeddine, le président de l’Etoile Sportive du Sahel, ainsi que Mohamed Fadhel Abdelkefi et Hakim Ben Hamouda.

Le parti Tahya Tounes a, lui-aussi, présenté les noms de Mohamed Fadhel Abdelkefi et Hakim Ben Hamouda, avec les noms de Sonia Ben Cheikh, Khayem Turki et le président de la Fédération de football, Wadii Jari. Pour ce qui est des islamistes d’Ennahdha (54 sièges) et de Qalb Tounes (27 sièges), ils ont présenté Mohamed Fadhel Abdelkafi et Khayam Turki. Le Parti destourien libre (16 députés) ne se considère pas concerné par la gouvernance.

Paysage politique fragmenté

Les noms de Mohamed Fadhel Abdelkefi et Khayem Turki émergent certes du lot et pourraient obtenir la majorité à l’ARP. Toutefois, le nom de Abdelkefi a été associé à une affaire de malversations touchant Tunisie Valeurs, dont il est le PDG. Et comme en politique, notamment après le cas d’Elyes Fakhfakh, le président Saïed serait plutôt rigoureux sur le devoir d’exemplarité, lui qui veut que cette nouvelle Tunisie rompre avec les méthodes du passé.

Abdelkefi avait démissionné de son poste de ministre du Développement dans le gouvernement Chahed, en 2017. Il serait mal vu de reprendre la tête d’un gouvernement tunisien, même s’il a été blanchi par la justice. Les mêmes propos sont valables pour Khiyam Turki, qui allait être nommé ministre des Finances, avant qu’une affaire l’opposant à ses employeurs émiratis n’éclabousse cette décision, avec le gouvernement de Ali Larayedh, en 2013. Sa double nationalité ne milite pas en sa faveur.

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Les noms de Mongi Marzouk et Hakim Ben Hamouda restent de possibles propositions au président Saïed. La proximité du Président avec l’UGTT milite en faveur de Hakim, cet ex-ministre des Finances sous Mehdi Jemaa. Ben Hamouda est plus pour l’économie sociale et solidaire, chère au Président.

Maintenant, il y a le lourd obstacle de la confiance de l’Assemblée. Mais, les partis préféreraient n’importe quel chef de gouvernement à des législatives anticipées. Encore faut-il s’entendre sur les choix de gouvernance, la pierre sur laquelle Fakhfakh s’est brisé le cou. Ennahdha s’est débarrassé de Fakhfakh parce qu’il a refusé l’option d’un gouvernement d’union nationale. L’histoire de conflit d’intérêts de Fakhfakh était connue avant l’obtention de la confiance. Donc, Hakim Ben Hamouda, ou quelqu’un d’autre, devrait savoir à quoi s’en tenir.

Source : El Watan /Mis en ligne :Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée

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