CÔTE D’IVOIRE : Soro, entre dépression et alcool, la descente aux enfers continue

Craignant que l’Etat burkinabé ne réveille ses vieux dossiers de putsch, Soro voulait profiter du voyage à Abidjan d’Emmanuel Macron pour revenir au pays, sous peine d’être interpellé. Entre une persistante dépression, une remontée des vieilles addictions à l’alcool et des dettes que de mains invisibles font surgir ici et là, l’ancien président de l’Assemblée national doit faire face à une pénurie d’argent. 150 millions mensuels suspendus, une centaine de conseillers sur la sellette dont Franklin Niamsy seul était payé 4 millions le mois, l’étau financier se resserre, alors que son troublant passé n’a jamais été aussi près de l’accabler. Le président français étant annoncé pour le 21 décembre, le sulfureux ex chef rebelle, déjà en Guinée, devrait rentrer, dans la foulée.

Quand il se lève le matin, celui qui, malgré ses appartements dans la capitale française préfère le plus souvent l’hôtel, jette un coup d’œil à ses divers compteurs sur les réseaux sociaux. L’ex rebelle veut s’assurer chaque matin qu’il garde une avance sur Alassane Ouattara, ne serait-ce que virtuellement et se réjouit des 320.000 followers qu’il a de plus que le président ivoirien sur twitter et surtout, de ses 2 ,1 millions d’abonnés sur facebook, un réseau qui le passionne particulièrement. Une autre obsession, l’ancien Premier ministre ivoirien veut paraître moins « pâle et moins aminci » et pour cela, il parle aussi bien à ses médecins en France qu’à Abidjan. Sa maladroite apparition sur France 24 en octobre et les échos qui l’ont suivi le hantent. Pour reprendre sa forme, deux visites chez le psychologue et quelques échanges en ligne avec une nutritionniste normande n’ont pas suffi. Le président de Gps perd son vorace appétit, passe trop de temps enfermé dans sa chambre prétextant lire et se livre à un vieux penchant, l’alcool. Et s’il peut compter sur des appels plus ou moins réguliers de Benalla, son sulfureux ami de toujours, il se plaint  » de le voir de moins en moins depuis qu’il est installé en France« . Le candidat à la présidentielle de 2020 craint aussi d’être « interpellé » à son retour en Côte d’Ivoire et s’en est confié à Henri Konan Bédié à plusieurs reprises. Jouant entre parano et victimisation avec la radiation présumée de son aide de camp, Fofana, il devrait activer « quelques contacts » afin d’atterrir à Abidjan. « S’il n’a rien à se reprocher, qu’il rentre, personne ne le cherche » rigole un cadre du Rassemblement des houphouêtistes pour la démocratie et la paix (Rhpd) où on est plutôt absorbé par le « très déterminant » congrès ordinaire du 26 janvier 2020.

Dettes et alcool, des mains invisibles ?

La toute première difficulté de Soro est sa gestion financière à la tête du parlement ivoirien et ce qu’il en tirait pour ses proches. Sur le budget de la République, à côté de son exorbitant salaire et les colossaux fonds secrets, l’ex président faisait endosser au budget de la République de multiples dépenses de son cabinet privé. Mais aussi de plusieurs de ses proches qui n’avaient aucun contrat avec l’Etat. C’est le cas de sa Cellule personnelle de communication qui était non seulement constituée de personnes sur place à Abidjan, mais aussi pilotée en partie par un cabinet depuis Paris et un expert belge, vieil ami de l’ex rebelle. C’était pour lui un instrument de guerre, qui lui a permis, de longues années durant depuis le premier coup de froid qui lui a couté la primature, de préparer son « avenir » et de se construire une forte visibilité sur les réseaux sociaux notamment. C’est aussi le cas d’informaticiens futés qui l’ont fait grimper en abonnés et followers très rapidement, utilisant des robots qui portent en factice un algorithme qui lui ont permis d’atteindre une obsession personnelle, être plus suivi que le chef de l’Etat. « La mission d’un président de la République n’est pas d’être suivi sur internet » rétorque un ministre en exercice. Depuis que l’Etat a coupé les ponts financiers, la déprime s’est vite invitée dans la danse. Passant des jours entiers dans sa chambre, Soro a vite perdu l’appétit, ce qui justifie une apparition en silhouette « pâle et amaigrie » sur France 24 et Radio France Internationale (Rfi) le 18 octobre. Depuis, une descente aux enfers. Entre des verres incessants de vins rouges et de vodka, Soro se cherche une paix intérieure qu’il semble loin de trouver. A cela, faudrait-il ajouter une remontée de dettes datant, parfois de plusieurs années. C’est le cas d’un prêt de près d’un milliard auprès d’une banque ivoirienne, pour lequel il a obtenu un échelonnement mais aussi de vieilles factures d’une clinique d’Abidjan. 55 millions en attente pour des soins et ceux de proches ainsi que plus de 100 millions de factures d’eau et d’électricité sur de nombreuses années et dans divers domiciles. Des dettes que camouflait son poste. « Il y a une main invisible qui ressort les factures » chuchote son entourage. Une stratégie du pouvoir d’accentuer une pression financière ? Disposant d’une colossale fortune, Soro ne devrait que sentir à peine ces remboursements.

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Ouagadougou à la trousse ?

Le grand rapprochement entre Abidjan et Ouagadougou qui bénéficie de renseignements des services ivoiriens pour sa lutte contre le terrorisme, est aussi vite devenu une épée de Damoclès sur la tête de l’ex rebelle. Si les voies diplomatiques d’Alassane Ouattara ont permis la suspension des deux mandats d’arrêts émis en 2016 par le Tribunal militaire de Ouagadougou, pour supposé « vice de procédure« , aucune levée définitive n’a été annoncée. Dans l’entourage de Soro, on craint que cela soit utilisé contre le candidat à l’élection présidentielle d’autant que l’un des mandats a permis la brève mise en alerte de l’Interpol qui aurait engendré une tentative d’interpellation en Espagne, qu’il a tôt fait d’amplifier, comme il sait le faire. Mais à Ouagadougou, cette hypothèse n’est plus totalement écartée. L’implication active de Guillaume Soro dans ce fameux coup d’Etat qualifié du plus stupide du monde n’est plus à démontrer et aussi bien dans l’opposition burkinabé qu’au sein de la majorité, il est perçu comme « un ennemi » du pays des hommes intègres. Dans l’entourage du président Kaboré, essoufflé par une recrudescence du terrorisme dans son pays, une probable élection de l’ex rebelle est très mal perçue d’autant qu’il dispose encore de réseaux paramilitaires à Ouagadougou où a été construite sa rébellion ainsi que dans d’autres régions du pays. En privé, le président burkinabé ne s’en cache point et a instruit une petite cellule pour suivre pour lui, l’évolution de la situation à Abidjan. « Le succès de notre lutte contre le terrorisme passe par une bonne entente avec Abidjan » a confié un influent conseiller à Afrika Stratégies France lors du passage de notre équipe, fin octobre à Ouagadougou. Mais la ramification évidente, entre des réseaux Soro et les terroristes au pays de Thomas Sankara, pourrait réveiller la colère de la justice militaire. Car depuis que les attaques visent des innocents civils plutôt que des installations militaires et autres représentations de l’autorité publique, Ouagadougou soupçonne les vieux contacts de Blaise Compaoré. Sur ce, point de doute pour le porte parole du gouvernement. Fulgance Dandjinou y voit clairement et « plusieurs notes de renseignements le confirment », la main de ceux qui aident Blaise Compaoré, l’ancien chef d’Etat à libérer des otages occidentaux. A leur tête, le très sulfureux mauritanien, Moustapha Ould Limam Chafi. Ce milliardaire est un bailleur sûr pour la campagne présidentielle de l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne qui s’annonce. Le milliardaire de 60 ans est d’ailleurs sur une liste de personnes, autant que Soro, que le gouvernement burkinabé suit de près depuis quelques mois. A tout moment, les mandats d’arrêts peuvent renaître de leur cendre et cela est très craint par Guillaume Soro qui redoute « une revanche de Ouattara » dont il a fait la cible de ses attaques ces dernières semaines.

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La fin des déboires ?

Dernier dimanche de novembre. Une belle image fait le tour des réseaux sociaux et médias conventionnels. Soro et Blé Goudé, se tenant la main, sourires forcés de part et d’autres, échanges en apparence amicales et une déclaration conjointe de proches. Une rencontre qui a été difficile à organiser. Alors qu’il s’opposait à un rapprochement entre Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, Blé Goudé accepte de le recevoir en Hollande où il est assigné depuis sa libération conditionnelle des liens de la Cour pénale internationale (Cpi). Un tête à tête qui a tourné autour de « l’avenir et de la réconciliation en Côte d’Ivoire », une séance de travail élargie aux collaborateurs par la suite et une déclaration commune. Heureux et surexcité lors de la rencontre, Soro a d’ailleurs lâché « des gens vont mourir aujourd’hui » comme s’il enchaîne ses rencontres symboles pour provoquer une panique à Abidjan. Lors de la séance de travail, il a assuré plusieurs fois Blé Goudé de ce que « ça va faire mal à Abidjan ». Propos auxquels l’ex responsable estudiantin est peu sensible. Au fait les deux sont ex amis très rusés et chacun poursuit des objectifs qui, sur toute la ligne sont différents. Soro souhaite faire son show afin de paniquer la majorité d’autant que toutes ses tentatives de retour au Rhdp ont été vaines. Blé Goudé préfère faire profil bas, revenir dans son pays, se reconstruire une manne financière et se lancer en politique. L’ancien ministre de Laurent Gbagbo sait déjà que, compte tenu des lenteurs et des délais sans cesse allongés de la Cpi, il lui est peu probable de revenir au pays pour être candidat pour la présidentielle de 2020. « Mais il veut la paix avec le pouvoir » selon plusieurs de ses proches.

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Aussi, les deux hommes sont financièrement en difficulté. Soro qui a rassemblé un butin de guerre pendant la rébellion et sa longue carrière politique sait qu’il est suivi de près par les services ivoiriens. S’il a pu compter sur sa pléthore de conseillers réels et fictifs, près de 90 pendant qu’il était au perchoir du parlement, ainsi que son réseau de web activistes payés pour « ne parler que de lui », depuis, ces privilèges lui ont été arrachés. Une enveloppe de plus de 100 millions mensuels qui lui échappent ainsi qu’à ses proches. Benalla peine à convaincre Vincent Miclet de mettre la main à la poche et que Chafi ne veut pas fâcher ses nouveaux réseaux de pays du Golfe proches de Ouattara, Soro ne financera pas facilement sa campagne. Ses transactions vers le pays seront suivies de près d’autant que l’essentiel de sa fortune est réparti entre Dubaï et l’Afrique du Sud. Charles Blé Goudé qui a aussi multiplié des envoies d’émissaires auprès d’anciens amis pour mobiliser du financement « pour son avenir politique » a très peu d’intérêt à se rallier à Soro. D’ailleurs, Laurent Gbagbo avait déjà donné un accord de principe à Henri Konan Bédié. Mais pour l’instant rien n’est joué, et il est périlleux de pronostiquer sur l’avenir de Guillaume Soro.

Disposant d’un visa Schengen qui ne lui permet que de passer 90 jours sur une durée de 180, il aurait, selon plusieurs sources concordantes réussi à obtenir « un long séjour visiteur » qui lui permet de rester aussi longtemps qu’il le souhaite dans l’espace communautaire. Mais son retour est imminent depuis qu’il séjourne en Guinée, il y a quelques jours. Aussi, sur le terrain, ses militants et de ce qui reste de ses collaborateurs lui mettent la pression. Soul to Soul, son non-moins-sulfureux chef protocole tient l’arrière base. Seul à pouvoir joindre facilement le mentor, il est l’homme à tout faire et au cœur de tout. Le Rassemblement pour la Côte d’Ivoire (Raci) et le GPS, deux mouvements qui le soutiennent peinent à ratisser large, faute de moyens. La prochaine difficulté de « l’enfant gâté » de la République sera d’ordre financier. Ce qui devrait faciliter une série de transhumances attendue de ses lieutenants vers d’autres candidats.

Afrika Stratégies France

Tribune d'Afrique

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