Barrage sur le Nil : où en sont l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie ?

Photographie aérienne prise le 21 juillet 2020 qui montre la mise en eau du Grand Barrage de la renaissance, ouvrage en cours de finalisation par l’Ethiopiesur le Nil. AFP

Les trois pays ont repris leurs discussions, dont chacun essaye de sortir sans perdre le contrôle. Conséquence : les échanges sont de plus en plus ardus.

En 2020, les négociations entre Le Caire, Addis-Abeba et Khartoum ont été suspendues à plusieurs reprises faute d’entente sur des points minimums. Notamment, depuis l’annonce d’une première phase de remplissage du barrage construit par l’Éthiopie. Depuis dimanche, les trois États ont, malgré leurs désaccords majeurs, repris les discussions au sujet de ce grand barrage sur le Nil baptisé barrage de la Renaissance. Ils sont convenus de faire le maximum pour aboutir à un résultat concret d’ici la fin du mois de janvier.

Où en est-on ?

Les derniers pourparlers, qui se sont tenus par visioconférence début novembre, s’étaient conclus sans avancée confirmant l’impasse dans laquelle se sont enlisées les négociations depuis plusieurs mois.

Le Caire mais aussi Khartoum, en aval du fleuve, souhaitent un accord légalement contraignant, notamment sur la gestion du barrage et le remplissage du réservoir. Addis-Abeba, qui juge le grand barrage de la Renaissance (GERD) essentiel à son développement, y est réticente et soutient que l’approvisionnement en eau de ces pays ne sera pas affecté.

Dimanche, des représentants des trois pays ont tenu de nouvelles discussions par visioconférence, en présence de responsables d’Afrique du Sud, pays qui assure la présidence tournante de l’Union africaine, mais aussi d’observateurs internationaux. Il a été conclu que « la semaine prochaine serait dédiée à des discussions bilatérales entre les trois pays, des experts et des observateurs », a indiqué le ministère soudanais de l’Irrigation et de l’Eau dans un communiqué.

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Ces discussions devraient ouvrir la voie à « la reprise des négociations tripartites dimanche 10 janvier avec l’espoir qu’elles se concluent fin janvier », a-t-il ajouté. Le ministère éthiopien de l’Irrigation a pour sa part exprimé un « point de vue positif » concernant un document de travail diffusé au sein des trois pays aux fins de négociations indiquant que le Soudan soutenait également la méthode choisie. Mais l’Égypte « a rejeté catégoriquement le document », a indiqué le ministère dans un communiqué publié sur Facebook.

L’Égypte et l’Éthiopie toujours à couteaux tirés

L’Éthiopie, qui voit le barrage comme un jalon essentiel de son électrification et de son développement, a indiqué avoir mis en avant des approches alternatives pour qu’elles soient étudiées par toutes les parties avant les prochaines discussions. « L’Éthiopie s’engage à conclure les négociations avec le bon espoir de parvenir à un accord », a poursuivi le ministère. L’Éthiopie a profité d’une année de pluies abondantes et de crues du Nil bleu pour la première phase de remplissage du barrage.

Cela dit, le barrage suscite des tensions en particulier avec l’Égypte, pays de plus de 100 millions d’habitants et qui dépend à 97 % du Nil pour son approvisionnement en eau. De quoi craindre que celui-ci ne soit réduit par l’installation. Le pays dirigé par Al-Sissi fait toujours valoir les accords historiques de 1929 et 1959 qui lui donnent des droits à une prééminence dans le bassin du Nil.

Une preuve de plus que la tension n’a pas baissé. La semaine dernière, le porte-parole du ministère éthiopien des Affaires étrangères, Dina Mufti, a indiqué que l’Égypte savait « que le GERD ne leur fera pas de tort, c’est une diversion face aux problèmes internes ». Ces commentaires avaient suscité l’ire du ministère égyptien des Affaires étrangères, qui avait jugé que l’incident était une « attaque contre l’État égyptien » illustrant « l’approche consistant à employer un ton hostile pour couvrir les échecs de l’Éthiopie sur bien des plans, internes comme externes ».

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Le Soudan, qui a connu des inondations meurtrières l’été dernier, espère quant à lui que le barrage permettra d’aider à réguler le flux du fleuve mais a aussi mis en garde sur le fait que des millions de vies couraient « un grand risque » si aucun accord n’était conclu. Le Nil, qui coule sur quelque 6 000 kilomètres, est une source d’approvisionnement en eau et en électricité essentielle pour une dizaine de pays d’Afrique de l’Est.

Source: Le Point Afrique/Mis en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée

Tribune d'Afrique

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