Tunisie : Rached Ghannouchi tire son épingle du jeu

L es islamistes d’Ennahdha (52 députés) ont arraché le soutien des députés de Qalb Tounes (38) de Nabil Karoui, pour hisser Rached Ghannouchi à la tête de l’ARP, avec 123 voix sur les 217. Il a également fallu l’apport de l’alliance Al Karama (21) et quelques petits partis et indépendants.

L’accord n’était pas tripartite, puisque Qalb Tounes et Al Karama n’ont pas voté l’un pour l’autre lors des élections des deux vice-présidents, privant le candidat d’Al Karama du poste de 2e vice-président, au profit d’un indépendant. Rached Ghannouchi a fait preuve d’une grande habileté manœuvrière pour se hisser à la tête de l’hémicycle de l’ARP.

En effet, il est parvenu à réunir derrière son nom deux composantes opposées, à savoir le parti Qalb Tounes de Nabil Karoui et l’alliance Al Karama, les «mécontents» d’Ennahdha, qui refusent de se joindre aux «corrompus comme Karoui».

Ennahdha a obtenu, en sa faveur, les voix de ces deux ennemis, qui n’ont pas voté l’un pour l’autre, pour les deux vice-présidences. Ainsi, Samira Chaouachi (Qalb Tounes) est passée, in extremis, 1re vice-présidente, en réunissant 109 voix, soit exactement la majorité absolue.

Les 21 députés d’Al Karama ont voté blanc. Par contre, Yousri Dali (Al Karama) n’est pas parvenu à obtenir la 2e vice-présidence. Il a réuni 78 voix lors du 1er tour et 74 voix au 2e, soit les voix d’Ennahdha et d’Al Karama. C’est l’indépendant Tarek Ftiti qui est désormais 2e vice-président, puisque 35 députés de Qalb Tounes ont voté blanc. Ennahdha n’est pas intervenu pour soutenir Dali. Ghannouchi est resté à distance de tous les partis, pour éviter des accrochages pouvant influer sur le parcours de formation du gouvernement.

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Fin manœuvrier

Cette même attitude manœuvrière a été adoptée lors du conseil de la choura d’Ennahdha, pour proposer le nom de la personne à présenter au président Saïed comme chef de gouvernement. Ghannouchi a présenté une multitude de noms à son parti, pour garder, à la fin après des éliminations successives, trois noms parmi lesquels le bureau exécutif du mouvement devait trancher, après des discussions avec les partenaires politiques.

Le nom le plus cité est celui de Habib Jemli, un expert agricole qui a occupé le poste de secrétaire d’Etat au sein du gouvernement de la troïka. Il n’est pas membre d’Ennahdha mais il est présenté comme proche des islamistes. Sitôt nommé à la tête de l’ARP, Ghannouchi a donc continué ses manœuvres pour former le gouvernement.

Il a ainsi rencontré les présidents des groupes parlementaires, notamment Nabil Karoui, le leader de Qalb Tounes, dont le soutien a été fondamental pour lui. Mais l’équation gouvernementale est plus compliquée, puisque plusieurs groupes parlementaires se rejettent mutuellement et refusent de siéger au sein du même gouvernement, à l’image de Qalb Tounes et Al Karama, ou Qalb Tounes et Tayar/Haraket Chaab. La marge de manœuvre est donc très réduite pour Ghannouchi, afin d’obtenir une majorité derrière le nom qu’il va proposer au président Saïed.

Tractions

Par ailleurs, Ennahdha assure ne rien devoir à Qalb Tounes, en contrepartie de l’élection de Ghannouchi, pour laisser la porte ouverte à Tayar/Haraket Chaab, s’ils veulent faire partie du gouvernement. Toutefois, ces derniers exigent un droit de regard sur trois ministères importants, qui sont l’Intérieur, la Justice et les Réformes administratives, ce qui complique l’issue. L’alternative Qalb Tounes (38), Tahya Tounes (14) et le bloc des petits partis (14) serait, peut-être, plus facile à gérer. Le coût politique serait plus lourd, puisque ce serait, en quelque sorte, la continuité du gouvernement Chahed.

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Ghannouchi a, en outre, pris contact avec les organisations nationales, très actives sur la scène politique. Ainsi, il a rencontré, hier, le président de la centrale patronale (UTICA), Samir Majoul. Ce dernier a assuré : «Nous défendons la proposition d’un gouvernement de technocrates, avec, à sa tête, un véritable expert de l’environnement économique et financier» ; proposition qu’Ennahdha ne souhaite pas, lui préférant un gouvernement politique. Majoul a assuré d’ailleurs que «ce profil n’existe pas parmi les noms avancés par Ghannouchi».

Il est prévu qu’il rencontre, également, le secrétaire général de la centrale syndicale, UGTT. Ce dernier a régulièrement affirmé, qu’au-delà des noms, «ce qui compte, c’est d’adopter une politique socioéconomique qui préserve le pouvoir d’achat des travailleurs». L’UGTT refuse l’ultra-libéralisme, adopté par certains politiciens. Il est donc clair que les options ne  sont pas multiples pour asseoir un gouvernement stable.

Source: El Watan /Mis en ligne: Lhi-tshiess Makaya-exaucée

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