Tractions autour du nouveau gouvernement en Tunisie : Ennahdha et Qalb Tounes débloquent la situation

Les tractations se poursuivent entre Elyes Fakhfakh et les partis politiques pour s’assurer la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) à son cabinet. Les partis Ennahdha (54 députés) et Qalb Tounes (38 députés) soufflent le chaud et le froid.

Ils veulent lui éviter la chute, pour ne pas aller vers des élections anticipées, incertaines pour tout le monde. Mais, ils ne veulent pas lui donner carte blanche. Les islamistes d’Ennahdha sont parvenus à convaincre Elyes Fakhfakh d’associer Qalb Tounes aux concertations sur la formation du gouvernement. Rached Ghannouchi a bataillé dur pour y parvenir, afin de se racheter aux yeux de Nabil Karoui. Le vote des 38 députés de Karoui serait utile au sein de cette Assemblée, dont la majorité est très volatile.

Finalement, Fakhfakh est parvenu à la phase de nomination de l’équipe, qui va l’assister au gouvernement. Ennahdha aurait six ministères, non des moindres, qui seraient la Réforme administrative (Lotfi Zitoune), les Affaires locales (Imed Khemiri), le Transport (Abdellatif Mekki), l’Industrie (Anouar Maarref), l’Energie (Mongi Marzouk) et l’Equipement (Abdelkrim Harouni).

Le chef d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, a casé ses principaux détracteurs, notamment Abdellatif Mekki, au sein du gouvernement, pour réduire la pression concernant le prochain congrès du mouvement islamiste, prévu en juillet 2020. La deuxième remarque concerne l’attribution du ministère de la Justice au président d’Ettayar, Mohamed Abbou, qui en a fait une condition, presque inévitable, pour faire partie du gouvernement.

Composition

Ettayar a été satisfait, en matière de portefeuilles gouvernementaux avec, en plus celui de la Justice, des Domaines de l’Etat (Ghazi Chaouachi) et de l’Education (Mohamed El Hamedi). Tahya Tounes aurait les ministères de la Coopération internationale (Slim Azzabi) et la Santé (Sonia Bechikh), alors qu’Al Badil Ettounsi hériterait du ministère du Tourisme, avec Mohamed Ali Toumi.

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Les prouesses de René Trabelsi, durant 2019, ne lui ont pas permis de sauver son poste. L’appartenance juive de René a fait grincer des dents certains partis de la majorité de Fakhfakh, spécialement les nationalistes d’Echaab. L’ex-ministre Trabelsi déclare être toujours «un soldat de la République», à tous les niveaux.

Le bureau de communication d’Elyes Fakhfakh a annoncé que ce dernier remettrait sa copie finale au président Saïed vendredi dans l’après-midi. Concernant la Défense et les Affaires étrangères, choisies conjointement entre les présidents Saïed et Fakhfakh, elles gardent les mêmes noms de l’équipe Jamli, à savoir Kamel Ayadi, pour la Défense, et Othmane Jarendi, pour les Affaires étrangères.

Nouveau cadre

Selon la conclusion du professeur universitaire Slim Laghmani, constitutionnaliste de renommée et politologue, à temps perdu, sur sa page Facebook, les islamistes avancent, prudemment, avec Elyes Fakhfakh. Laghmani cite le président du conseil de la choura d’Ennahdha, Abdelkrim Harouni, qui n’écarte pas l’éventualité de «voter pour le gouvernement de Fakhfakh, sans y participer, si les islamistes ne sont pas satisfaits en matière de diversification de la représentation au sein de l’équipe». Le professeur prend très au sérieux cette déclaration de Harouni, sur radio IFM.

Par ailleurs, selon le Pr Laghmani, Ennahdha «trouverait un avantage, en sortant, par cette approche, des obligations de l’article 89, puisque le vote de confiance au gouvernement Fakhfakh éviterait le scénario d’élections législatives anticipées».

Le contrôle du gouvernement passerait, alors, toujours selon le post Facebook de Laghmani, selon l’article 97 de la Constitution, avec une possible motion de censure, déclenchée par le tiers des députés et votée par la majorité de 109 députés. Ennahdha, Qalb Tounes, la coalition Karama et quelques autres députés peuvent faire l’affaire, une fois que ces composantes décident de faire sauter l’équipe Fakhfakh.

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L’optique de voter en faveur de l’équipe Fakhfakh replacerait la décision aux mains de l’ARP, après avoir transité, un moment, par la présidence de la République, en raison du rejet de la confiance à Habib Jamli.

Les islamistes, surtout, mais d’autres formations politiques aussi, veulent reprendre la main sur la vie politique, reprise ces derniers temps par le président Kaïs Saïed, fait anormal pour un régime plutôt parlementaire, selon les attributions constitutionnelles.

Source: El watan/Mis en ligne: Lhi-tshiess Makaya-exaucée

Tribune d'Afrique

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