Pour le président de la CAF, « le football africain saura s’adapter »

Ahmad Ahmad

A la tête de la Confédération africaine de football, le Malgache Ahmad Ahmad revient sur les multiples conséquences de la pandémie de coronavirus.

Comme sur le reste de la planète, le sport africain est à l’arrêt. Dans ce contexte, le président de la Confédération africaine de football (CAF), Ahmad Ahmad, à la tête de cette organisation depuis 2017, a décidé de quitter l’Ethiopie pour rentrer à Mahajanga, au nord-ouest de Madagascar, la ville dont il est originaire. De là, ce discret, réputé être un homme de réseau, très politique, continue de gérer la CAF, en lien permanent avec son secrétariat général. Cette mise entre parenthèses des activités visibles ne l’empêche pas de multiplier les échanges avec les présidents de fédération.

Car, pour le football africain, l’heure est grave. Et si les entraînements ont duré plus longtemps sur ce continent qu’ailleurs, si le football continental a tardé à prendre la mesure de la pandémie mondiale, la vie s’est arrêtée aussi dans ce secteur important, laissant planer le suspense sur quelques grosses compétitions à venir.

Alors, en citoyen concerné, Ahmad Ahmad consacre une partie de son temps à aider les autorités locales malgaches à lutter contre la pandémie de Covid-19, qui n’épargne plus Madagascar. L’homme avait au préalable occupé un portefeuille ministériel sur la Grande Île.

Le football est aujourd’hui largement impacté par la crise du coronavirus qui touche l’un après l’autre quasiment tous les pays d’Afrique…

Ahmad Ahmad Effectivement, le sport est à l’arrêt. Même si, en cette période très difficile, le football passe au second plan face à l’ampleur de cette crise sanitaire. Reste que, dans notre discipline, nous avons dû prendre certaines décisions qui s’imposaient. D’abord, la commission médicale à la CAF a rendu ses analyses et, plus globalement, nous suivons les instructions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

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Nous avions décidé de reporter les matchs qualificatifs pour la CAN 2021, prévus fin mars. Des fédérations nous le demandaient et, de toute manière, avec la suspension de nombreuses liaisons aériennes, des joueurs africains confinés en Europe, cette décision s’imposait d’elle-même. Nous allons attendre la suite pour savoir quand serons jouées les journées trois et quatre de la compétition.

La cinquième journée était prévue en juin, il est encore trop tôt pour décider si elle aura lieu, mais il nous reste encore des dates en septembre, octobre et novembre, quitte à repousser la première journée des qualifications pour la Coupe du monde 2022, prévue justement en novembre. Nous en discuterons avec la FIFA, laquelle semble ouverte aux différents aménagements du calendrier. A l’heure où je vous parle, la phase finale de la CAN 2021 est toujours fixée en janvier et février prochains.

Que pouvez-vous nous dire aujourd’hui sur le Championat d’Afrique des nations (le CHAN 2020), initialement prévu au Cameroun du 4 au 25 avril, et qui a bien sûr été reporté. Aura-t-il lieu ?

Notre volonté, c’est de jouer toutes les compétitions dont, bien sûr, le Championnat d’Afrique des nations. Il est évidemment bien trop tôt pour décider à quel moment en 2020 ou 2021. La seule chose qui semble évidente, c’est que le CHAN ne pourra pas avoir lieu au Cameroun aux mois de juin et juillet, en raison des conditions météorologiques.

L’Europe a suspendu la Ligue des champions et la Ligue Europa. En Afrique, se dirige-t-on vers la même décision pour la Ligue des champions et la Coupe de la confédération, dont les demi-finales et les finales étaient initialement fixées en mai ?

Cela fait évidemment partie des hypothèses. Les demi-finales sont prévues début mai. Nous nous adapterons en fonction de la situation sanitaire. S’il faut modifier le calendrier, nous le ferons. Tous les jours ou presque, j’ai des échanges avec le secrétariat général de la CAF, avec les fédérations. Dans tous les cas, nous saurons nous adapter.

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En Afrique, le Burundi a décidé de maintenir son championnat, avec du public. Est-ce que cela vous interpelle ?

Il n’y a officiellement aucun cas de coronavirus au Burundi. Cette décision de faire jouer le championnat normalement appartient à la fédération burundaise et à l’Etat. Je m’en tiens à cela. La CAF n’a pas le pouvoir d’intervenir. Dans les autres pays, les championnats ont été suspendus ou sont disputés à huis clos.

La décision de reporter les Jeux olympiques de Tokyo, auxquels des sélections africaines devaient participer, vous semble-t-elle logique ?

Bien sûr. Je ne vois pas comment il pouvait en être autrement. Je suis même étonné que cette décision soit intervenue aussi tardivement [le 24 mars]. Je me souviens encore de certains reproches adressés à la CAF, concernant la question des matchs qualificatifs pour la CAN ou le CHAN, comme quoi nous avions mis trop de temps à annoncer leur report. J’estime au contraire que nous avons vite agi, en prenant en compte toutes les informations dont nous disposions.

Le football africain semble se mobiliser chaque jour un peu plus pour lutter contre cette épidémie…

De nombreux présidents de fédérations s’investissent. C’est également le cas pour leur personnel administratif, notamment dans le domaine de la prévention. J’ai également appris que des joueurs avaient donné de l’argent, comme le Sénégalais Sadio Mané qui a offert 45 000 euros aux hôpitaux de son pays. D’autres multiplient les messages pour conseiller aux gens de rester chez eux. Toutes ces initiatives sont remarquables, je suis fier de cette mobilisation du football africain.

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Le coronavirus est arrivé tardivement à Madagascar. Quelle est la situation de l’épidémie aujourd’hui ?

Une trentaine de cas positifs ont déjà été recensés et les autorités ont pris des dispositions. L’état d’urgence sanitaire a été instauré, qui inclut notamment l’interdiction des rassemblements. Par ailleurs, des mesures de confinement sont également en vigueur qui réduisent les déplacements entre villes, les foules dans les rues.

Reste que le confinement est difficile pour beaucoup de Malgaches qui n’ont ni réserve alimentaire, ni argent de côté. Beaucoup vivent au jour le jour, grâce à des menus travaux, comme dans de nombreux pays d’Afrique d’ailleurs. J’aide donc les autorités de ma ville à sensibiliser sur les précautions à prendre, sur l’hygiène notamment.

Etes-vous inquiet pour votre pays en particulier et pour l’Afrique en général ?

On voit ce qui se passe en Europe, notamment en Italie, en Espagne et en France. La situation y est grave, alors que les pays européens sont pour la plupart bien mieux équipés médicalement. Evidemment, s’il devait se produire en Afrique la même chose qu’en Europe, la situation serait catastrophique, car le niveau d’équipements de soins est moindre. Mais j’essaie d’être optimiste : les Africains résistent parfois à certaines épidémies.

Source: Le Monde Afrique/Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée

Tribune d'Afrique

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