Le Maroc de nouveau face à la contestation populaire : Manifestations contre les inégalités et pour la démocratie à Casablanca

Les Marocains ont manifesté hier pour dire stop aux politiques antisociales et à la dégradation des droits humains

Quelques milliers de personnes ont manifesté hier à Casablanca, la capitale économique du Maroc, rapportent plusieurs médias, dont l’AFP. Ils ont répondu à l’appel du Front social marocain (FSM), un collectif récemment créé regroupant quatre partis de gauche, des mouvements syndicaux, comme la Confédération démocratique du travail (CDT), et des organisations, à l’exemple de l’Association marocaine des droits humains (AMDH).

Les manifestants ont protesté contre le chômage, le coût élevé de la vie, les défaillances des services publics tout en demandant «la libération de tous les détenus politiques», à commencer par ceux du hirak, mouvement social populaire qui a agité le nord du pays en 2016-2017.

Le hirak du Rif avait été étouffé après une vague d’arrestations et de répression traduite par de lourdes condamnations judiciaires pour le noyau dur de la contestation, dont le chef du mouvement, Nasser Zefzafi, condamné en 2018 à une peine de 20 ans de prison pour «atteinte à la sûreté de l’Etat». «C’est la première manifestation du Front social marocain pour dire stop aux politiques antisociales et antidémocratiques, stop aux dégradations des droits humains, stop aux politiques qui ont abouti à la dégradation du pouvoir d’achat», a déclaré un des membres du bureau national du FSM, Ali Boutwala.
Reviviscence

Malgré la répression, la contestation populaire au Maroc finit par ressusciter. Ainsi, dans le sillage des révoltes arabes de 2011, est né le Mouvement du 20 février. Il avait revendiqué des réformes politiques, plus de démocratie et l’éradication de la corruption. En juillet 2011, les Marocains votent dans leur majorité le référendum sur la réforme constitutionnelle qui renforce les pouvoirs du Premier ministre tout en laissant de larges prérogatives au roi.

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En octobre 2016, la mort d’un vendeur de poisson, Mouhcine Fikri, à Al Hoceïma, berceau de la contestation du Rif (Nord), broyé dans une benne à ordures en tentant de s’opposer à la saisie de sa marchandise, de l’espadon, a provoqué la colère des populations locales traduite par des mois de manifestations. D’où des vagues d’arrestations parmi les protestataires.

Au départ, les manifestants exigeaient justice et vérité sur la mort du vendeur de poisson. Avec le temps, le mouvement s’est étendu à des revendications sociales et économiques. Pauvre, la région du Rif, historiquement frondeuse, s’estime marginalisée. Des centaines de manifestants avaient été arrêtés et condamnés.

Au Sud, la ville de Zagora a connu aussi, en octobre 2017, des «manifestations de la soif» contre des coupures d’eau récurrentes. En janvier 2019, la justice marocaine a condamné 17 personnes à des peines de deux à quatre ans de prison ferme en lien avec le mouvement social de protestation dans l’ancienne cité minière de Jerada (nord-est) en 2017-2018.

Elles sont toutes poursuivies pour des heurts survenus mi-mars 2018, lors d’une manifestation interdite. Les autorités ont interpellé 95 personnes pendant les troubles qui ont agité Jerada entre fin 2017 et début 2018. Sur ce total, 61 ont été condamnées à des peines de prison, compte tenu des dernières condamnations.

Le mouvement a été déclenché par la mort accidentelle de deux hommes cherchant du charbon, fin 2017, dans un puits désaffecté de l’ancienne cité minière. Au moins neuf décès accidentels du même genre ont été enregistrés au cours de l’année 2018.

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Malgré la fermeture des mines, des hommes continuent de s’aventurer dans les puits désaffectés pour extraire du charbon de façon artisanale et le vendre à bas prix à des négociants locaux, détenteurs de permis de commercialisation, surnommés localement les «barons». Le ministère de l’Energie a annoncé début janvier 2019 que 2000 puits ont été fermés.

Source: El Watan /Mis en ligne :Lhi-tshiess Makaya-exaucée

Tribune d'Afrique

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