Guinée-Bissau : les électeurs aux urnes pour une présidentielle à l’issue incertaine

Les Bissau-Guinéens ont commencé dimanche à élire leur président lors d’un second tour entre Domingos Simoes Pereira et Umaro Sissoco Embalo, avec l’espoir de lever un blocage dans lequel s’est empêtrée depuis des années la classe politique.

Les quelque 700 000 électeurs doivent choisir entre deux anciens Premiers ministres, le chef du principal parti de cette ancienne colonie portugaise d’Afrique de l’Ouest et un dissident de cette formation, qui promettent tous les deux de redresser l’économie.

Le chef du PAIGC, Domingos Simoes Pereira, 56 ans (40,1% des suffrages au premier tour), affronte Umaro Sissoco Embalo, 47 ans, figure de proue du Madem, une dissidence du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), qui espère rattraper son retard de 12 points grâce au soutien que lui ont apporté les principaux candidats déçus du premier tour.

Les bureaux de vote, généralement installés en plein air, ont ouvert à 7 heures (GMT et locale) dans la capitale Bissau. Ils doivent fermer à 17 heures. Les premières tendances sont attendues en début de semaine. « C’est la journée la plus importante. On souhaite que tout se passe bien, que tout le monde soit tranquille », a confié Dominique Zale, un agent de sécurité père de six enfants, rencontré dans un bureau du quartier du port où les électeurs ont commencé à faire la queue avant le lever du soleil.

Intervention de l’armée peu probable

Une intervention de l’armée semble peu probable, malgré les lourds antécédents des militaires, selon les observateurs. Le chef d’état-major de l’armée, le général Biague Na Ntam, a plusieurs fois affirmé que l’armée restera « républicaine » et n’interviendra pas dans le processus électoral. Depuis le dernier putsch en 2012, une force de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’Ecomib, veille au grain.

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De leur côté, les habitants espèrent surtout une amélioration de leurs conditions de vie.  « Je n’ai pas peur d’une irruption des soldats dans le vote. Ils sont calmes et je pense qu’ils vont le rester », a confié un pêcheur de Bissau, Moutar Diallo. Il appelle le futur élu à « régler le problème des hôpitaux où des femmes enceintes meurent sans être assistées, faute de matériel », à « construire des routes » et à « diminuer le prix du riz ». « Le prochain président doit nous donner du travail. Rien ne marche à Bissau », regrette Abdoulaye Diallo, un vendeur de vêtements père de deux enfants.

Alors que près de 70 % de ses quelque 1,8 million d’habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour, ce petit pays au climat tropical, abonné aux coups d’État depuis son indépendance en 1974, a vécu ces quatre dernières années au rythme des querelles entre le président José Mario Vaz et le PAIGC, la principale formation du pays.

La stabilité, indispensable pour combattre des maux comme la grande pauvreté, la corruption répandue jusque dans les classes dirigeantes et le trafic de cocaïne, est donc l’un des grands enjeux après des décennies de crise politique permanente.

« Pays martyrisé »

Les deux finalistes, issus du sérail politique, ont des styles et des parcours différents. Domingos Simoes Pereira est un ingénieur en génie civil au large sourire, invariablement coiffé d’un Trilby couleur paille. Après avoir mené son parti à la victoire aux législatives de mars, il promet d’accélérer le développement du pays. S’il est élu, il pourra compter sur le soutien du gouvernement et du Parlement, dominés par le PAIGC.

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De son côté, Umaro Sissoco Embalo, un général de brigade de réserve, ancien du PAIGC qui a fait campagne avec un keffieh rouge et blanc noué autour de la tête, se pose en rassembleur. Il veut appeler tous les Bissau-Guinéens qui en ont la capacité, y compris au sein de la diaspora, à « contribuer au développement de ce pays martyrisé, pour le mettre au travail », a-t-il déclaré samedi.

Les électeurs et la communauté internationale espèrent une clarification du paysage politique, après des années de conflits entre les branches du pouvoir, présidence et Parlement.

Source: Jeune Afrique/Mis en ligne: Lhi-tshiess Makaya-exaucée

Tribune d'Afrique

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