Football : cette précarité des sélectionneurs des équipes nationales africaines

Alain Giresse

Depuis la fin de la Coupe d’Afrique des nations en juillet, près de la moitié des sélectionneurs ont quitté leur poste. L’illustration d’une non-durabilité dommageable.

En Afrique, rien ne sert de partir à point pour essayer de durer. Il faut gagner aussitôt ou s’en aller. Et s’en aller même quand on gagne… Si le métier d’entraîneur de football est tout en haut de la liste des emplois précaires, le fait de travailler sur le continent africain rend l’exercice encore plus fragile. Pour diverses raisons (sportives, politiques, économiques…), les sélectionneurs ont très rarement l’occasion de fêter la fin de leur contrat dans le vestiaire avec leurs joueurs. À moins de le célébrer dans un autre pays, une fois le jeu de chaises musicales enclenché. Ainsi Hervé Renard, quelques jours après l’élimination du Maroc en huitièmes de finale, quittait le Maghreb pour s’engager avec l’Arabie saoudite, avec le Mondial 2022 dans le viseur. « Il est temps pour moi de clore ce long et beau chapitre de ma vie, non sans une certaine émotion et tristesse, mais c’est une décision inéluctable prise bien avant la CAN 2019 », écrivait l’ancien sélectionneur de la Zambiedans un communiqué. « Je reviendrai en Afrique pour essayer de gagner une troisième CAN », a toutefois déjà prévenu Renard, qui est notamment très lié au Sénégal, dans une interview donnée à Jeune Afrique. Si l’ex-adjoint de Claude Le Roy a choisi sa sortie, il aurait pu aussi être renvoyé, après le parcours décevant des Lions de l’Atlas en Égypte.

Égypte : deux licenciements et une démission en un an

Au total, 13 nations sur 24 ont déjà changé de sélectionneur après la Coupe d’Afrique, terminée en juillet 2019. Quel remue-ménage ! Avant même le coup d’envoi de la finale, le sort de quatre techniciens était déjà réglé. Le premier à avoir été renvoyé fut Javier Aguirre, sélectionneur le mieux payé du continent africain (70 843 000 francs CFA, soit 108 000 euros mensuels, selon Jeune Afrique), après la débâcle de l’Égypte. À domicile et avec l’un des meilleurs joueurs du monde, Mohamed Salah, lequel venait de soulever la Ligue des champions européenne avec Liverpool, il était inacceptable que les Pharaons soient battus dès le stade des huitièmes de finale, par l’Afrique du Sud. Comble de l’histoire, Stuart Baxter, entraîneur des Bafana Bafana, quittait lui aussi son poste après la défaite de l’Afrique du Sud en quarts de finale. En Égypte, tout est à reconstruire. Après avoir licencié son coach, le président de la fédération Hani Abou Rida a lui-même démissionné. Un an plus tôt, il avait déjà renvoyé son entraîneur, Hector Cuper, après l’échec de la Coupe du monde en Russie.

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Au Cameroun, le départ du duo Seedorf-Kluivert n’a surpris personne, au lendemain de l’élimination en huitièmes de finale (3-2 par le Nigeria). Les deux stars néerlandaises n’ont jamais réussi à s’imposer dans le cœur des supporteurs et ont vivement été critiquées pour leur choix de joueurs. Même sort pour le Belge Paul Put en Guinée, qui a même été radié à vie de toute activité liée au football guinéen. Au Ghana, Kwesi Appiah a pour l’instant sauvé sa place en sacrifiant tout son staff, y compris la légende nationale Stephen Appiah, son adjoint.

Giresse et Amunike gagnent… mais sont renvoyés

Parfois, un bon parcours ne suffit pas pour conserver son poste. Alain Giresse en sait quelque chose. L’entraîneur français a conduit la Tunisie en demi-finale de la CAN, soit le meilleur résultat des Aigles de Carthage depuis 2004. Pourtant, le champion d’Europe tricolore a été vivement critiqué pour le jeu pratiqué par son équipe et ses matches nuls trop nombreux, avant d’être licencié. La Tunisie va ainsi connaître son huitième sélectionneur en… sept ans ! À titre de comparaison, sur cette même période, la France n’a connu qu’un seul sélectionneur : Didier Deschamps.

Et dans certains cas, les excellents résultats passés, y compris récents, ne suffisent pas. Sous la conduite d’Emmanuel Amunike, la Tanzanie s’est qualifiée pour sa première CAN depuis 39 ans. L’aura de l’ancien joueur nigérian n’a toutefois pas suffi pour faire des miracles lors du tournoi, bouclé avec trois défaites, contre l’Algérie, le Sénégal et le Kenya. Résultat, Amunike a été remercié. Un éternel recommencement…

Pour éviter de mal terminer, certains choisissent de partir lorsque tout va bien, ou avant que la situation ne se dégrade. Après 5 ans de double-casquette à Kinshasa, Florent Ibenge se consacrera désormais uniquement à son club de l’AS Vita. Le technicien congolais a choisi de démissionner après la défaite surprise face à Madagascar en huitième de finale, aux tirs au but. Après une première CAN historique et héroïque (quart de finale !), les « Barea » de Madagascar misent eux sur la continuité, avec la prolongation de 4 ans de Nicolas Dupuis. Le sélectionneur français – qui entraîne aussi le club de Fleury 91, en région parisienne, en National 2 – sera désormais également le directeur technique national du football malgache. Son compatriote Sébastien Desabre, auteur lui aussi d’un exploit, avec la qualification de l’Ouganda au deuxième tour (une première depuis 1978), a quitté Kampala pour rester en Égypte : le Français entraîne désormais le FC Pyramids, club égyptien avec beaucoup de moyens et d’ambition. Pour l’ancien coach de l’Espérance sportive de Tunis, la Coupe d’Afrique a été un beau tremplin.

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Source: Le Point Afrique/Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-exaucée

Tribune d'Afrique

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