Crise libyenne : La crédibilité du dialogue de l’ONU contestée

L’émissaire par intérim de l’ONU pour la Libye, Stephanie Williams, le 15 novembre à Tunis, Tunisie. Walid Haddad / AP


Les parlementaires libyens de tous bords ont décidé, suite à leur dernière réunion à Tanger, au Maroc, en présence de 123 membres, sur les 180, la reprise de leurs activités en Libye, pour préserver la représentativité de leur institution.

La réunion de demain à Ghadamès s’inscrit donc comme une première phase du retour des activités avant de siéger, de nouveau, à Toubrok, voire à Benghazi, comme cela a été annoncé à Tanger, dans le communiqué final. La rencontre de Ghadamès est censée réunir 150 membres, soit plus de 80% des membres.

Les divers accords conclus entre les belligérants libyens, à Sekhirat en 2015 ou ailleurs, ont consacré le Parlement comme le corps représentatif, issu de la volonté populaire, consacrée par les dernières élections de juin 2014. Et c’est désormais le dialogue politique de Tunis, entamé en octobre dernier sous l’égide de l’ONU, qui a installé un nouveau corps de 75 personnalités et leur a accordé, pratiquement, certaines attributions du Parlement, comme la désignation du conseil présidentiel ou celui du chef de gouvernement.

La création de ce corps a poussé les députés libyens à se réunir, d’urgence, pour préserver leur représentativité et leurs attributions.

«Quelle que soit sa représentativité, le Dialogue national et ses membres constituent un corps non élu. La légitimité revient donc au Parlement, s’il se réunit avec la majorité de ses députés», assure le juge libyen Jamel Bennour. Et, du coup, les parlementaires libyens n’ont pas tardé à se réconcilier, pour préserver leur statut.
Cela fait depuis 2015 que le Parlement libyen ne s’est pas réuni avec plus de 100 députés, ce qui signifie que les parlementaires ont eu peur pour leur légitimité.

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Les propos de la représentante de l’ONU, Stéphanie Williams, disant que «les institutions libyennes sont caduques», ont eu leur effet.

Et si le Parlement ne s’est pas réuni durant cinq ans, ni pour entériner l’accord de Sekhirat et, encore moins, pour accorder la confiance au gouvernement Al Sarraj, le même Parlement s’est empressé de se réunir, pour défendre son statut représentatif, créant un aléa pour le processus de transition en cours en Libye. «Le Parlement peut jouer le rôle prévu pour le corps du Dialogue politique, formé de 75 personnalités», estime le juge Jamel Bennour. Mais, «il est important de savoir si l’ONU et les puissances étrangères présentes sur la scène libyenne acceptent une telle substitution de corps», ajoute Bennour.

Transparence

Le compromis politique recherché entre les belligérants libyens exige aussi, dans son volet économico-financier, plus de transparence dans les opérations effectuées par le pouvoir libyen, notamment en rapport avec l’exploitation de l’argent du pétrole. Le blocus du pétrole a été déclenché suite à des accusations, contre le gouvernement d’Al Sarraj, de financer les milices armées, avec les fonds tirés du pétrole.Advertisements

Et comme depuis la chute d’El Gueddafi, la Banque centrale libyenne et l’Etablissement national de pétrole occupent un statut de premier plan à l’échelle économico-financière en Libye, un pays dont l’énergie est à la source de 97% des recettes budgétaires.

Mustapha Sanaallah, le big boss du pétrole libyen et Seddik Kebir, le gouverneur de la Banque centrale libyenne, sont les deux personnages clés des finances en Libye. Les deux personnalités étaient, depuis 2014, en harmonie entre elles et avec le gouvernement de Tripoli.

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Mais, ces deux personnes se sont attaquées, ces derniers temps, via des communiqués publics, s’accusant de malversations en rapport avec l’argent du pétrole.

La Banque centrale a commencé les hostilités, en publiant un communiqué reprochant à l’établissement du pétrole de ne transférer, en octobre et novembre, que 15 millions de dollars à la Banque centrale, privant cette dernière des fonds nécessaires pour alimenter la vie quotidienne des Libyens

En guise de réponse, le big boss de l’établissement du pétrole, Mustapha Sanaallah, a publié un communiqué, s’interrogeant sur «l’issue des 186 milliards de dollars, transférés à la BCL ces quatre dernières années, qui n’auraient servi qu’à engraisser des dinosaures, avec l’argent des contribuables».

Sanaallah annonce le blocage de l’argent du pétrole au niveau de la Banque extérieure libyenne et se range donc du côté de ceux qui exigent «plus de transparence et d’équité dans la gestion de l’argent du pétrole». Les propos de Sanaallah rejoignent le contenu de l’accord «Haftar/Myitigue», signé à la veille de la levée du blocus sur le pétrole. Lesquels propos ont été appuyés par l’ambassade américaine à Tripoli, qui a rappelé que «cette institution assure sa mission en toute neutralité».

L’ambassade a condamné «les tentatives des groupes armés d’empêcher une gestion transparente de l’argent du pétrole». La situation libyenne est loin d’être résolue, aussi bien politiquement qu’économiquement.

Source: El watan/Mis en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée

Tribune d'Afrique

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