Covid-19 en Afrique : le spectre de la « deuxième vague »

Un médecin en équipement de protection prend l’air après avoir traité des patients infectés par le Covid-19 dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital Saint Petros à Addis-Abeba, le 17 juillet 2020. AMANUEL SILESHI / AFP

Si l’Afrique peut donner l’impression d’être « épargnée » par le Covid-19, la situation est plus complexe avec un continent partagé en deux.

Plus de neuf mois après l’apparition du Covid-19 sur le continent, la barre des 2 millions de cas d’infection a été dépassée, a annoncé jeudi le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique). C’est toujours moins de 4 % des cas recensés dans le monde, alors que le continent compte 17 % de la population mondiale. Les hypothèses ne manquent pas pour expliquer « l’exception africaine ». Comme la jeunesse de sa population avec un âge médian situé à 19,7 ans, le mode de vie en majorité rurale, sa faible insertion dans l’économie mondiale ou encore une forme d’immunité liée à une exposition régulière à des épidémies renforçant la résistance aux virus.

Mais la direction régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) redoute une « deuxième vague » alors qu’approchent les fêtes de fin d’année synonymes de grands rassemblements. « Il y a maintenant plus de deux millions de cas de Covid-19 en Afrique et malheureusement, 48 000 personnes sont décédées », a indiqué la directrice régionale de l’OMS pour le continent, le docteur Matshidiso Moeti. « Au cours des 28 derniers jours, les cas ont augmenté par comparaison au mois dernier dans 19 pays, dont le Kenya, l’Algérie, le Ghana et l’Algérie », a ajouté le Dr Moeti lors d’une conférence de presse en ligne depuis le siège de l’OMS-Afrique à Brazzaville.closevolume_off

Résurgence des cas en Afrique du Nord

Invité au point presse virtuel, l’épidémiologiste Salim S. Abdoul Karim a identifié trois facteurs pouvant favoriser une seconde vague, particulièrement dans son pays, l’Afrique du Sud : la « complaisance » à l’égard des mesures de prévention, les grands rassemblements favorisant les contaminations, et l’approche des vacances de fin d’année.

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Comme au début de l’épidémie, le continent africain est divisé en deux parties. Plus de 80 % des cas se concentrent dans une poignée de pays. L’Afrique du Sud à elle seule a déclaré la moitié des cas. Mais après le pic de la première vague atteint en juillet, le nombre de cas déclarés a progressivement chuté pour se stabiliser autour de 7 000 par jour. Depuis fin septembre, le nombre de contaminations a recommencé à augmenter, notamment en Afrique du Nord, qui entre à son tour dans l’hiver.

L’Afrique guette le vaccin

Matshidiso Moeti et Salim S. Abdoul Karim ont salué l’annonce d’un vaccin anti-Covid-19 efficace à 95 % faite ces derniers jours par les laboratoires Pfizer et Moderna. Pour un accès aux vaccins, ils ont rappelé que les pays africains misaient sur la plateforme internationale Covax, un mécanisme de financement devant permettre à 92 pays à revenu faible et intermédiaire d’avoir accès à des vaccins sûrs et efficaces contre le Covid-19.

Au total, les contributeurs du Covax – Union européenne, France, Espagne, Fondation Bill et Melinda Gates – ont promis « plus de 2 milliards de dollars », a indiqué le 13 novembre l’Alliance du vaccin Gavi qui codirige Covax. « Il restera toutefois à trouver au moins 5 milliards de dollars supplémentaires en 2021 pour acheter les doses de vaccin au fur et à mesure de leur livraison », a ajouté l’Alliance.

L’OMS-Afrique ignore encore quelle sera la part de l’Afrique dans ces financements. La directrice régionale de l’OMS a fait état de « discussions » avec Moderna « pour être en mesure d’obtenir des doses aussitôt que le vaccin est disponible ». « L’idée n’est pas d’essayer de vacciner tout le monde, c’est impossible », a ajouté le Dr Moeti.

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« L’objectif est d’atteindre 20 % de la population d’ici la fin de l’année prochaine » en donnant la priorité aux plus vulnérables, a-t-elle indiqué. Saluant la fin de la 11e épidémie d’Ebola en RDC, la directrice régionale de l’OMS a ajouté : « Les innovations utilisées pour combattre Ebola, telles que les technologies pour maintenir les vaccins à des températures ultra-froides, seront d’un grand recours à l’heure d’amener un vaccin Covid-19 en Afrique. »

Source: Le Point Afrique/Mis en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée

Tribune d'Afrique

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