Ukraine-Russie : le FMI prêt à aider une Afrique « particulièrement vulnérable » aux répercussions de la guerre

Pour la directrice générale du Fonds monétaire international, outre les « millions de vies dévastées », cette guerre, qui intervient dans un contexte de reprise post-Covid-19, « menace d’anéantir une partie » des progrès réalisés sur le continent.

Dans un message transmis le 10 mars, Kristalina Georgieva est revenu sur les conséquences de l’invasion russe en Ukraine sur les économies africaines. « L’Afrique est particulièrement vulnérable aux impacts de la guerre en Ukraine par le biais de quatre canaux principaux : augmentation des prix des denrées alimentaires, hausse des prix des carburants, baisse des revenus du tourisme, et potentiellement plus de difficultés à accéder aux marchés de capitaux internationaux », a indiqué la directrice générale du FMI, à l’issue d’une rencontre organisée le 9 mars avec les ministres africains des Finances, les gouverneurs des banques centrales africaines et les représentants de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA).

« La guerre en Ukraine dévaste la vie de millions de personnes et affecte gravement l’économie ukrainienne. La guerre et les sanctions sans précédent imposées à la Russie ont des conséquences d’une portée considérable. Elles surviennent à un moment délicat pour l’Afrique », a-t-elle ajouté.

Menace sur les progrès réalisés

L’économiste bulgare, ancienne n°2 de la Banque mondiale et ex-commissaire européenne à la Coopération internationale, a déploré que pendant que l’économie mondiale et le continent « commencent à se remettre des ravages de la pandémie de Covid-19, cette nouvelle crise menace de réduire à néant une partie de ces progrès ». Elle s’est toutefois dite « très encouragée par le fort intérêt des décideurs politiques africains à poursuivre notre dialogue sur les réponses politiques ».

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« J’ai noté, en particulier, les préoccupations importantes concernant l’espace politique national limité pour faire face durablement aux crises en cours », a-t-elle indiqué, laissant entendre en langage FMI que le Fonds est prêt à être flexible quant au respect ultra-strict des réformes demandées en échange des financements. Certaines d’entre elles, en particulier la suppression des subventions générales sur les produits énergétiques, s’avérant difficiles à réaliser, alors que le baril de brut a pris plus de 30 dollars entre la veille de l’entrée des forces russes en Ukraine et début mars. À plus de 113 dollars, le baril de brut est aujourd’hui à son plus haut niveau depuis avant la crise financière de 2008.

LES RÉCENTES RÉFORMES DE LA BOÎTE À OUTILS DE PRÊT DU FONDS OFFRENT UNE PLUS GRANDE FLEXIBILITÉ POUR AIDER À RÉPONDRE AUX BESOINS DE FINANCEMENT.

« En ce moment difficile, le Fonds est prêt à aider les pays africains à faire face aux répercussions de la guerre et à concevoir et mettre en œuvre des réformes grâce à ses conseils en matière de politique, au développement des capacités et à ses prêts. Les récentes réformes de la boîte à outils de prêt du Fonds offrent une plus grande flexibilité pour aider à répondre aux besoins de financement », a conclu la patronne du FMI.

Un conflit qui n’était pas prévu

Dans la dernière mise à jour du rapport Perspectives de l’économie mondiale du FMI, datée de janvier 2022, la possibilité d’une crise sur le continent européen n’était pas envisagée et le mot Ukraine n’apparaît nulle part. Le rapport pointait toutefois, déjà, que « la hausse des prix des denrées alimentaires a contribué à l’augmentation de l’inflation, par exemple en Afrique subsaharienne ».

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L’institution multilatérale tablait toutefois sur une relance de l’économie, avec une hausse estimée de 4 % du PIB pour l’année 2020 au sud du Sahara, après une baisse de 1,7 % en 2020. Le Fonds anticipait une progression en 2022 et 2023 de respectivement 3,7 % et 4 %, en très léger recul (-0,1 point dans les deux cas) par rapport aux prévisions d’octobre 2021.

Il est à noter que le 9 mars, le Fonds a approuvé le décaissement de 1,4 milliard de dollars en faveur de l’Ukraine « pour répondre à des besoins urgents de financement et atténuer les répercussions économiques de la guerre ».

Source: Jeune Afrique/Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée

Tribune d'Afrique

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