L’ONU réclame une enquête sur de possibles « crimes de guerre » au Tigré, dans le nord de l’Ethiopie

Des réfugiés, qui ont fui les combats dans la région du Tigré, à la frontière soudano-éthiopienne le 22 novembre 2020. Mohamed Nureldin Abdallah / REUTERS

La haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a appelé jeudi 4 mars à une « enquête objective et indépendante » dans la région éthiopienne du Tigré, après avoir « corroboré de graves violations » susceptibles de constituer des « crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ».

Dans un communiqué publié à Genève, Mme Bachelet a annoncé que son bureau « a réussi à corroborer des informations sur certains incidents survenus en novembre de l’année dernière, indiquant des bombardements aveugles dans les villes de Mekele, Humera et Adigrat dans la région du Tigré », dans le nord du pays, théâtre de plusieurs mois de combats.

Le bureau de l’Organisation des nations unies a également vérifié « des informations faisant état de graves violations et abus incluant des massacres à Aksoum et à Dengelat dans le centre du Tigré par les forces armées érythréennes », selon les termes du communiqué. « De graves violations du droit international, pouvant être assimilées à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, peuvent avoir été commises. »

Les forces en présence sur le terrain comprennent les forces de défense nationale éthiopiennes, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), les forces armées érythréennes, les forces régionales d’Amhara et les milices affiliées, rappelle la même source.

« Dénégations générales »

« Avec de multiples acteurs dans le conflit, des dénégations générales », il y a « clairement besoin d’avoir une évaluation objective et indépendante », a déclaré Mme Bachelet. La haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a exhorté le gouvernement éthiopien à autoriser son bureau et d’autres enquêteurs des Nations unies à accéder à la région du Tigré « en vue d’établir les faits et de contribuer à rendre des comptes, quelle que soit l’origine des auteurs ».

Elle a souligné que son bureau continuait de recevoir des informations sur des combats en cours dans le centre du Tigré. Elle a déploré « des informations profondément angoissantes faisant état de violences sexuelles et sexistes, d’exécutions extrajudiciaires, de destructions et de pillages généralisés de biens publics et privés par toutes les parties ».

« Sans des enquêtes rapides, impartiales et transparentes et sans demander des comptes aux responsables, je crains que des violations [des droits de l’homme] continuent d’être commises en toute impunité, et la situation restera instable pendant encore longtemps », a-t-elle déclaré.

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Détention de journalistes

Mme Bachelet a également exprimé son inquiétude face aux détentions, cette semaine, dans le Tigré de journalistes et de traducteurs travaillant pour des médias locaux et internationaux, dont l’Agence France-Presse.

Alors que ces derniers ont été libérés, elle a souligné les remarques inquiétantes d’un membre du gouvernement affirmant que des représentants des « médias internationaux trompeurs » seraient tenus pour responsables. « Les victimes et les témoins de violation et d’abus des droits humains ne doivent pas être empêchés de partager leur témoignage par crainte de représailles », a souligné Mme Bachelet.

Fin novembre, le premier ministre, Abiy Ahmed, avait proclamé la fin de l’opération militaire dans le Tigré avec la prise de Mekele, mais les autorités ayant fui la région ont promis de poursuivre la lutte. Des combats ont été signalés depuis.

Plusieurs massacres ont, par ailleurs, été documentés, pour certains imputés par les survivants à des troupes érythréennes dans la région du Tigré, dont la présence continue, à ce jour, d’être niée par Addis-Abeba et Asmara.

Source : Le Monde Afrique/Mis en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée

Tribune d'Afrique

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