Le grand barrage éthiopien sur le Nil Bleu suscite l’espoir des paysans soudanais

Ethiopian workers construct on March 31, 2015 the Grand Renaissance Dam near the Sudanese-Ethiopian border. Ethiopia began diverting the Blue Nile in May 2013 to build the 6,000 megawatt dam, which will be Africa’s largest when completed in 2017. The leaders of Egypt and Ethiopia promised on March 24 to boost cooperation on the Nile river and turn a page on a long-running row over Addis Ababa’s controversial dam project. Egypt, heavily reliant for millennia on the Nile for agriculture and drinking water, feared that the Grand Renaissance Dam would decrease its water supply. AFP PHOTO / ZACHARIAS ABUBEKER (Photo by ZACHARIAS ABUBEKER / AFP)

Les deux pays considèrent que la construction du gigantesque ouvrage lancée en 2011 et qui devrait s’achever en 2022 est essentielle à leur développement.

Le Nil Bleu est « rebelle », prévient Ousmane Idriss, dont la localité de Jouref Gharb, près de Khartoum, subit les caprices du fleuve. « Ce soir, le niveau de ses eaux est bas. Demain, elles engloutiront tout », dit ce fermier qui attend impatiemment l’achèvement d’un grand barrage en Ethiopie. Pour M. Idriss, 60 ans, vêtu de l’habit soudanais traditionnel, la construction polémique de ce barrage hydroélectrique sur le Nil Bleu est un « rêve » en train de devenir réalité.

Cet ouvrage permettra de réguler ce fleuve « dont le niveau monte à une vitesse incroyable » et provoque des inondations à chaque saison des pluies au Soudan. Cette année, il a encore tué soixante personnes et fait des dizaines de blessés. Le Nil Bleu, qui prend sa source en Ethiopie, rejoint le Nil Blanc au niveau de la capitale soudanaise pour former le Nil, qui traverse l’Egypte et se jeter dans la Méditerranée.

L’Ethiopie considère que le grand barrage de la Renaissance, projet lancé en 2011 pour un montant de 4 milliards de dollars (3,6 milliards d’euros), est essentiel à son développement, la majorité de sa population étant privée d’électricité. Mais, vu du Caire, sa construction est perçue comme une menace existentielle qui fait craindre une pénurie d’eau et de nourriture pour des millions d’Egyptiens.

« Droits historiques » sur le fleuve

L’Egypte dépend du Nil à 90 % pour son agriculture d’irrigation et son eau potable et dit avoir des « droits historiques » sur le fleuve, notamment en vertu d’un traité de 1929. Après l’échec de plusieurs tentatives de négociations ces dernières années entre l’Egypte, l’Ethiopie et le Soudan, de nouvelles discussions ont eu lieu début novembre à Washington. A l’issue de la rencontre, les trois délégations se sont donné jusqu’à janvier pour trouver un accord.

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Des discussions au niveau ministériel ont lieu cette semaine dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba autour du barrage, qui devrait être complètement opérationnel d’ici à 2022. Au Soudan, les agriculteurs espèrent que le barrage régulera le niveau du fleuve. Outre la fin des inondations, ils espèrent pouvoir intensifier leur agriculture, dont l’irrigation dépend jusqu’à présent de la crue du fleuve, ce qui ne permet qu’une récolte par an.

Mais une autre corporation est, elle, préoccupée par l’érection de ce qui doit devenir le plus grand barrage d’Afrique : les fabricants de briques crues, dont le limon du fleuve est la matière première et qui risque d’être bloqué en amont du barrage. Le long du Nil Bleu s’alignent des douzaines de grands fours utilisés pour chauffer ces briques composées de limon, de fumier, d’eau et de terre crue. « Nous sommes des milliers à vivre de ce métier, hérité de nos ancêtres, explique Yakoub Noreen, 40 ans, devant un amas de limon. Si le barrage est construit, tout cela n’arrivera plus. »

« Produire et exporter de l’électricité »

A ses côtés, des travailleurs empilent des briques pour fabriquer un nouveau four, tandis qu’une fumée épaisse s’échappe d’un autre. Une fois prêtes, elles seront vendues 1 500 livres soudanaises (30 euros) les 1 000 briques, précise M. Noreen. Reste que ces fumées épaisses impactent l’environnement et la qualité des cultures. « J’ai dû abandonner la culture de fruits et légumes et passer à celle du fourrage, soupire M. Idriss. Je préférerais que l’on remplace la fabrication de briques par une zone agricole irriguée toute l’année. Ce serait meilleur pour l’environnement et pour la commercialisation de nos produits. »

Professeure de relations internationales à l’université Al-Zaiem Al-Azhari de Khartoum, Ekram Dagash estime que le développement rendu possible par le barrage compensera les pertes des fabricants de briques. « Le Soudan va encore plus bénéficier du barrage que l’Ethiopie », prédit-elle.

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Ainsi, Khartoum louera des lignes à haute tension dont l’Ethiopie aura besoin pour exporter l’électricité, explique-t-elle. Car Addis-Abeba « construit ce barrage pour une unique raison : produire et exporter de l’électricité, non seulement pour les pays voisins mais aussi pour l’ensemble du continent africain ». Pour Mme Dagash, le barrage permettra au Soudan de se procurer de l’électricité à bas prix, ce qui permettra à ce pays pauvre mais fertile de développer des projets agricoles et industriels. « Car qui dit électricité, dit développement », précise-t-elle.

Source: Le Monde Afrique/Mis en ligne: Lhi-tshiess Makaya-exaucée

Tribune d'Afrique

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