Au Burundi, le régime organise l’alternance au sommet de l’Etat

Le général Evariste Ndayishimiye a été désigné candidat du parti au pouvoir pour succéder au président Pierre Nkurunziza lors des élections de mai.

Au Burundi, la décision du président sortant, Pierre Nkurunziza, de ne pas se présenter à un quatrième mandat ouvre la voie à une alternance au sommet de l’Etat lors des élections générales de mai. Homme du sérail, le général Evariste Ndayishimiye a été désigné candidat du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, dimanche 26 janvier. Cela annonce-t-il pour autant une sortie de la crise dans laquelle le pays est plongé depuis 2015, née de la candidature de M. Nkurunziza à un troisième mandat controversé ? L’espoir est ténu, de l’avis des spécialistes.

Certains diplomates, membres de la société civile et opposants veulent voir dans cette alternance qui se profile un signe d’espoir. Ils mettent en avant la personnalité du général Ndayishimiye, décrit par un de ses amis comme « un homme plutôt ouvert, d’abord facile, qui aime blaguer et rire avec ses amis ». Tout le contraire de Nkurunziza. « Il n’est pas cité dans les nombreux crimes du régime, relève Pacifique Nininahazwe, l’une des principales figures de la société civile. Mais l’inconnue reste l’étendue de l’emprise de Nkurunziza, la qualité du processus électoral et les intentions d’Evariste Ndayishimiye. »

Thierry Vircoulon, coordinateur de l’Observatoire pour l’Afrique centrale et australe de l’Institut français des relations internationales (IFR), est plus tranché. « Le général Evariste Ndayishimiye est issu du sérail, c’est un homme qui appartient au premier cercle du pouvoir depuis au moins quinze ans, explique-t-il. C’est le même système qui continue, il n’y aura pas de changement de régime au Burundi, il y a juste un changement de personnes. »

« Le général Ndayishimiye vient de faire au cours des derniers mois le tour des chefs d’Etat de la région et de la Commission de l’Union africaine, en toute discrétion, relève toutefois un diplomate africain. Partout, il a manifesté la volonté du régime de s’ouvrir. »

« Visionnaire permanent »

Pour le moment, le président Nkurunziza garde une place prédominante au sein du régime burundais. Lors de son congrès, dimanche, le CNDD-FDD a choisi son nouveau champion mais il a également réaffirmé la place centrale de M. Nkurunziza. Ce dernier y a été désigné, à jamais, seul « visionnaire permanent » du parti et, surtout, reste le président du conseil des sages du parti, un organe restreint qui prend les décisions les plus importantes. L’Assemblée nationale a récemment adopté un projet de loi qui lui assure une retraite dorée et un système de protection sécuritaire et judiciaire équivalent à celui du chef de l’Etat en exercice.

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« Le président Nkurunziza contrôle tout le système, il est sans doute l’homme le plus riche du pays, pointe un cadre du parti. Je ne vois pas le général Ndayishimiye, qui s’est toujours montré respectueux au point d’en paraître obséquieux envers lui, chercher à l’écarter dans un premier temps. » « Tout indique qu’il y a eu des négociations au sein du parti et que cette alternance de personnalités a été négociée en interne, mais il ne faut pas sous-estimer des retournements surprenants », analyse M. Vircoulon, rappelant les déboires de l’ex-président angolais José Eduardo dos Santos.

L’opposition avait semble-t-il fondé toute sa stratégie sur le fait que Pierre Nkurunziza irait aux élections. Dimanche, elle a semblé tétanisée, incapable de réagir, à l’issue du congrès du CNDD-FDD. « C’est en effet une surprise pour eux, mais on peut surtout dire que cette opposition n’a pas été bien effective depuis de nombreuses années. Et plus le temps passe, moins elle apparaît capable d’influencer les événements, estime M. Vircoulon. Elle est usée par le temps, a été minée dès le départ par ses divisions, et certains de ses membres ont décidé de passer de l’autre côté. L’essentiel de son échec tient à ses divisions. »

Harcèlement et exactions

L’opposition et la société civile n’espèrent rien des élections. Elles estiment que la commission électorale est aux ordres du régime, qui a déjà annoncé qu’il n’acceptera pas sur son sol de mission d’observation internationale, invoquant « la souveraineté » du Burundi.

Sur le terrain, les actes de harcèlement et les exactions contre le Congrès national pour la liberté (CNL), parti d’opposition dirigé par Agathon Rwasa, se sont multipliés à l’approche des élections générales. Plusieurs militants de ce parti ont été assassinés, d’autres sont portés disparus ou ont été torturés, plus de 80 permanences ont été détruites ou dégradées et plus de 200 militants ont été arrêtés depuis son agrément en février 2018, selon ce parti. Des chiffres confirmés par la société civile et les médias indépendants.

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« On n’aura pas d’élections libres et indépendantes, notamment parce qu’une partie de l’opposition [en exil] ne peut pas agir dans le pays » et parce que « l’obsession du CNDD-FDD de rester au pouvoir fait qu’il écarte toute opposition et n’a maintenu que celle d’Agathon Rwasa, à titre symbolique », conclut M. Vircoulon.

Source:Le Monde Afrique /Mis en ligne :Lhi-tshiess Makaya-exaucée

Tribune d'Afrique

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