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	<title>violences sexuelles &#8211; Tribune d&#039;Afrique</title>
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		<title>Au Bénin, l’exploitation des « enfants placés », entre maltraitance et violences sexuelles</title>
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				<pubDate>Sat, 14 Aug 2021 18:20:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
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				<description><![CDATA[L’une après l’autre, elles sortent du dédale de ruelles de Dantokpa, le plus grand marché d’Afrique de l’Ouest. Avec leur large plateau sur la tête, les filles traversent ensuite la gare routière, d’où partent des bus pour le nord du Bénin, puis elles rejoignent la Baraque SOS Vidomègon. C’est là, dans ce local coincé entre un...]]></description>
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<p><strong>L’une après l’autre, elles sortent du dédale de ruelles de Dantokpa, le plus grand marché d’Afrique de l’Ouest. Avec leur large plateau sur la tête, les filles traversent ensuite la gare routière, d’où partent des bus pour le nord du </strong><a href="https://www.lemonde.fr/benin/"><strong>Bénin</strong></a><strong>, puis elles rejoignent la Baraque SOS Vidomègon. C’est là, dans ce local coincé entre un coiffeur et un vendeur de pneus, qu’elles viennent souffler un peu.</strong></p>



<p>Il est 13 heures et le soleil de Cotonou est brûlant quand Sandra, 15 ans, pose délicatement à terre le lourd plateau de tomates, qu’elle porte depuis l’aube en équilibre sur sa tête. <em>« Je me suis levée ce matin à 4 heures, comme tous les jours, </em>raconte la jeune fille en s’essuyant le front. <em>Normalement, je terminerai vers 20 heures. J’ai beaucoup vendu ce matin. »</em> Si Sandra ne parvient pas à écouler toute sa marchandise, elle aura la possibilité de continuer demain.</p>



<p>Amandine, 19&nbsp;ans, n’a pas cette chance&nbsp;:&nbsp;<em>«&nbsp;Si ce soir il me reste des oignons, je vais me faire insulter par ma tante, la sœur de mon père. Avant elle me battait mais elle a arrêté, car maintenant je lui rends les coups. Je travaille pour elle depuis que j’ai quitté mon village de Sô-Ava à l’âge de 10&nbsp;ans. Chaque jour, sauf le dimanche car je vais à la messe, je dois tout vendre avant d’aller me coucher.&nbsp;»</em></p>



<h4>Près de 200&nbsp;000 en Afrique de l’Ouest</h4>



<p>Jusqu’au cœur de la nuit, on peut voir à Cotonou des enfants livrés à tous les dangers près du stade de l’Amitié ou aux abords de Dantokpa. Au Bénin, on les appelle&nbsp;<em>«&nbsp;vidomègon&nbsp;»</em>&nbsp;(les «&nbsp;enfants placés&nbsp;» en fon, la langue la plus parlée de ce pays de 13&nbsp;millions d’habitants). Le phénomène est également répandu au Togo et au Nigeria voisins. Selon l’Unicef, ils seraient près de 200&nbsp;000 en Afrique de l’Ouest. A Dantokpa, on en compterait 5&nbsp;000, d’après l’ONG Espoirs d’enfants.</p>



<p>Si dans les marchés de la plupart des villes béninoises, on les croise portant ce qu’ils doivent vendre dans la journée, on peut aussi en voir travailler dans les champs ou dans des restaurants, où ils servent ou nettoient les tables des clients. Certains ont à peine 5 ans. Souvent pieds nus et vêtus de haillons, de nombreux <em>vidomègon</em> (80 % d’entre eux sont des filles) sont victimes de maltraitance et de violences sexuelles.</p>



<p>Le fait de placer un enfant chez un proche ou dans une famille d’accueil a toujours existé. Il permet à des familles pauvres d’espérer offrir la possibilité d’aller à l’école. En échange, les enfants accomplissent quelques tâches agricoles ou ménagères.&nbsp;<em>«&nbsp;Je connais des jeunes filles qui sont tombées chez des gens très corrects&nbsp;»,&nbsp;</em>assure Julienne, 16&nbsp;ans. En Afrique de l’Ouest, c’est à partir des années 1990, au fil des sécheresses et des crises économiques, que le principe s’est dévoyé pour devenir une activité commerciale parfois placée sous la coupe de réseaux de trafiquants.</p>



<p>Loin des grandes villes, un business s’est mis en place dans le nord du Bénin, mais aussi dans les départements du Couffo et du Mono (sud-ouest).&nbsp;<em>«&nbsp;Le système est organisé à partir de rabatteurs et d’entremetteuses qui sillonnent les villages en quête d’une main-d’œuvre bon marché&nbsp;»,</em>&nbsp;explique Florentin Kinhoueyito, secrétaire général de l’ONG Amour et Bien-être, qui mène différentes actions en faveur de la jeunesse béninoise&nbsp;:&nbsp;<em>«&nbsp;Ils donnent aux parents une somme d’environ 30&nbsp;000&nbsp;francs CFA</em>&nbsp;[46&nbsp;euros]&nbsp;<em>pour les appâter. Ils leur font miroiter un revenu mensuel qu’ils ne verseront quasiment jamais. Ensuite, les enfants disparaissent et tout est fait pour qu’ils n’aient aucun contact avec leur famille. Lorsque les enfants reviennent chez eux, ils n’osent généralement pas raconter l’enfer qu’ils ont subi.&nbsp;»</em></p>



<h4>«&nbsp;Des enfants repliés sur eux-mêmes&nbsp;»</h4>



<p>Julienne a été vendue à l’âge de 13&nbsp;ansà un intermédiaire&nbsp;<em>«&nbsp;qui sillonnait les rues&nbsp;»</em>&nbsp;de son village de Bopa, dans le département du Mono.&nbsp;<em>«&nbsp;Il a dit à mes parents que j’allais trouver un boulot chez une dame riche qui allait me donner 20&nbsp;000&nbsp;francs CFA</em>&nbsp;<em>par mois</em>, se souvient-elle.&nbsp;<em>J’avais peur, mais je ne pouvais pas contredire mon père, qui avait pris la décision de m’envoyer et de signer un contrat de trois années. Le jour du départ, il y avait une quarantaine de filles, les plus jeunes avaient 8&nbsp;ans.&nbsp;»</em></p>



<p>Après un mois de travaux champêtres, Julienne a été emmenée chez une femme qui l’a forcée à se lever à 4&nbsp;heures du matin&nbsp;<em>«&nbsp;pour faire la cuisine, le ménage, la vaisselle&nbsp;»,</em>&nbsp;et qui la frappait à coups de bâton. Elle s’est enfuie au bout de trois ans puis est revenue dans son village, où ses parents lui ont dit qu’ils n’avaient jamais reçu d’argent depuis son départ.</p>



<h4>«&nbsp;Je ne souhaite pas changer de métier&nbsp;»</h4>



<p>Malgré la dureté de la rue et les violences qu’elles subissent, les&nbsp;<em>vidomègon</em>&nbsp;sont nombreuses à ne pas vouloir changer de vie. Pour certaines, comme Albertine, c’est par esprit de sacrifice&nbsp;:&nbsp;<em>«&nbsp;J’ai accepté d’être vendue à un monsieur à l’âge de 13&nbsp;ans afin d’améliorer les conditions de vie de ma famille&nbsp;»,&nbsp;</em>dit-elle. D’autres, comme Sandra,&nbsp;<em>«&nbsp;parce que vendre des tomates est&nbsp;</em>[son]<em>&nbsp;métier depuis l’âge de 7&nbsp;ans&nbsp;et&nbsp;</em>[qu’elle]<em>&nbsp;ne souhaite pas en changer&nbsp;».</em>&nbsp;Sonia, vendeuse de crevettes de 13&nbsp;ans, se dit&nbsp;<em>«&nbsp;heureuse de travailler pour&nbsp;</em>[sa]<em>&nbsp;grand-mère, qui&nbsp;</em>[lui]<em>&nbsp;donne des sous pour&nbsp;</em>[ses]<em>&nbsp;dépenses&nbsp;».</em></p>



<p><em>« Dans un pays qui a tellement souffert de l’esclavage, je n’aime pas qu’on compare le phénomène des vidomègon à de l’esclavage d’enfants »,</em> explique sœur Tiziana Borsani, directrice exécutive des œuvres sociales de l’Institut des Filles de Marie-Auxiliatrice au Bénin, fondé par les Sœurs salésiennes de Don Bosco : <em>« Mais il s’agit incontestablement d’une exploitation économique, domestique et parfois sexuelle des enfants. Depuis quelques années, la situation s’améliore car il y a eu une prise de conscience, après un travail efficace de synergie entre les structures de l’Etat et les organisations de la société civile. Des procès ont été menés et de lourdes peines ont été prononcées contre des trafiquants et des familles d’accueil qui infligeaient des sévices aux enfants. »</em></p>



<p>Après deux heures de repos et un cours d’orthographe, les jeunes filles de la Baraque SOS montent le son du poste de télévision. Dans un joyeux tumulte, elles dansent, chahutent entre les bancs… Puis, d’un geste mille fois répété, elles replient leur <em>« kanzoun »</em>, ce morceau de tissu qui cale le plateau sur leur tête, esquissent encore quelques pas de danse et disparaissent dans le labyrinthe de Dantokpa.</p>



<p><strong>Source: Le Monde Afrique/Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>En Centrafrique, une unité spéciale lutte contre les violences sexuelles</title>
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				<pubDate>Fri, 13 Mar 2020 18:38:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Afrique]]></category>
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<figure class="wp-block-image is-resized"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/03/bangui_shopping_district-592x296.jpg" alt="" class="wp-image-15226" width="839" height="420" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/03/bangui_shopping_district-592x296.jpg 592w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/03/bangui_shopping_district-592x296-300x150.jpg 300w" sizes="(max-width: 839px) 100vw, 839px" /><figcaption>Bangui</figcaption></figure>



<p><strong>Créée en 2017, l’Umirr effectue des patrouilles de dissuasion, organise des activités de sensibilisation, prend en charge les victimes et monte des dossiers d’accusation.</strong></p>



<p>Le regard inquiet mais résolu, Virginie* raconte l’agression qu’elle vient de subir. Enceinte de sept mois, elle a été frappée par son mari. Si durement qu’elle craint pour la vie de son enfant.&nbsp;<em>«&nbsp;Le bébé a subi un choc, on n’entendait pratiquement pas les battements de son cœur&nbsp;»</em>, explique Rachel Egouma Mosselegoua, technicienne du service psycho-social de l’Umirr, l’Unité mixte d’intervention rapide et de répression des violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, à Bangui. Virginie a été envoyée à l’hôpital pour faire une échographie. Le bébé va mieux,&nbsp;<em>«&nbsp;même s’il est encore très fatigué&nbsp;»</em>. L’échographie, elle, servira pour le dépôt de plainte contre le mari, qui ne devrait pas tarder à voir débarquer la brigade d’intervention de l’Umirr.</p>



<p>Soutenue financièrement par des partenaires internationaux, notamment onusiens, l’unité fonctionne néanmoins sur budget gouvernemental. Placée sous l’autorité conjointe des ministères de la justice et de la sécurité publique, elle est opérationnelle depuis juin 2017. <em>« La <a href="https://www.lemonde.fr/centrafrique/$">Centrafrique</a> est sortie de grandes crises à caractère politico-militaire, auxquelles les femmes et les filles ont payé le plus lourd tribut. L’objectif, avec cette unité, c’était de créer une police qui soit plus proche des populations et qui prenne en compte ces violations des droits des femmes et des enfants »</em>, explique le lieutenant-colonel Paul Amédée Moyenzo, directeur de l’Umirr.</p>



<p>A bord de ses deux véhicules, l’unité effectue régulièrement des patrouilles de dissuasion dans les différents quartiers de la capitale. Elle organise aussi des activités de sensibilisation auprès des populations et des chefs communautaires. La structure comprend enfin une unité de prise en charge «&nbsp;holistique&nbsp;» des victimes, intégrant des dimensions médicale, psycho-sociale, juridique, etc.</p>



<h4>Sombre tableau</h4>



<p>Dans le bâtiment situé au fond d’un grand jardin arboré, des groupes de femmes attendent le traitement de leur dossier. Sur les murs sont placardées des affiches de prévention contre les violences sexuelles et le viol. En la matière, la Centrafrique présente un sombre tableau. Selon Human Rights Watch,&nbsp;<em>«&nbsp;le viol est utilisé de façon généralisée et systématique dans les zones de conflit&nbsp;».</em>&nbsp;Et les Nations unies soulignent qu’environ 10&nbsp;000&nbsp;cas de violences basées sur le genre sont recensés chaque année dans le pays. Médecins sans frontières estime pour sa part que&nbsp;<em>«&nbsp;les violences sexuelles sont une épidémie qui s’étend bien au-delà des zones de conflit et touchent les communautés dans l’ensemble de la Centrafrique&nbsp;».</em></p>



<p>L’Umirr est une des réponses du gouvernement à cette situation, même si ses moyens sont limités. Policiers, gendarmes, personnels judiciaires, médecins… L’unité compte 45 professionnels. Dans les couloirs, on croise aussi des membres de différentes agences des Nations unies qui viennent prêter main-forte aux personnels centrafricains. Car la structure souffre d’un manque de compétences dans le traitement des dossiers<em>. « Dans les affaires de violences sexuelles ou de viols, il faut savoir comment auditionner une victime, un témoin ou un suspect »</em>, souligne le directeur.</p>



<p>L’Umirr se fait aussi aider par d’autres partenaires extérieurs, comme l’Association des femmes juristes de Centrafrique ou le barreau américain, pour monter les dossiers qui seront transmis aux parquets compétents. La prochaine session criminelle de Bangui comportera ainsi un nombre important de dossiers de viols et de violences sexuelles, concrétisant le travail des enquêteurs.</p>



<h4>Stigmatisation</h4>



<p>Les compétences de l’Umirr s’étendent également aux cas de violences sexuelles en zones de conflit, alors que l’arrière-pays est encore largement sous contrôle des groupes armés.&nbsp;<em>«&nbsp;Nous avons documenté plusieurs affaires, comme à Bossangoa&nbsp;</em>[à 300&nbsp;km au nord de Bangui]&nbsp;<em>où nous avons enquêté sur le cas de 24&nbsp;femmes peules violées par les groupes armés&nbsp;»</em>, souligne Paul Amédée Moyenzo. En attendant de pouvoir déployer plus d’antennes dans le pays, l’unité fonctionne avec des points de contact au sein des unités de police locales. Mais les moyens sont encore très insuffisants pour prétendre à une couverture exhaustive du territoire.</p>



<p>Après trois ans de fonctionnement, <em>« le bilan est assez positif »</em>, affirme le directeur, même si les débuts ont été difficiles. <em>« Les femmes avaient peur de la stigmatisation</em>, explique-t-il. <em>Mais ces barrières tombent et on a davantage de demandes. »</em> Après 3 579 cas officiellement recensés en 2018, l’Umirr en a traité 7 565 en 2019. Une augmentation qui ne résulte pas d’un surcroît de violences, selon le lieutenant-colonel, mais d’une parole qui s’est libérée. Désormais, ce sont fréquemment les voisins qui alertent l’unité.</p>



<p>Parmi les victimes, de nombreuses femmes abandonnées qui se retrouvent seules avec leurs enfants, totalement démunies. <em>« Nous leur fournissons un kit de nourriture – riz, farine, huile, etc. – pour qu’elles puissent tenir quelques jours</em>, explique Rachel Egouma Mosselegoua. <em>Et nous les orientons vers des structures ou des ONG spécialisées. »</em> Des centres d’autonomisation ont également été mis en place, offrant à ces femmes éprouvées un logement temporaire et des conseils pour une solution à plus long terme.</p>



<p><strong>Source: Le Monde Afrique/Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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