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	<title>theo ananissoh &#8211; Tribune d&#039;Afrique</title>
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		<title>Chronique de Théo Ananissoh (6): L’humain est un être de soins</title>
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				<pubDate>Sat, 02 May 2020 06:27:34 +0000</pubDate>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/05/chronique-6-e1588390964388-340x430.jpg" alt="" class="wp-image-16948" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/05/chronique-6-e1588390964388-340x430.jpg 340w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/05/chronique-6-e1588390964388-340x430-237x300.jpg 237w" sizes="(max-width: 340px) 100vw, 340px" /><figcaption>Pendant six semaines, l’écrivain togolais nous a tenu compagnie, dans le confinement</figcaption></figure>



<p><strong>Voici la sixième et dernière chronique du célèbre écrivain togolais sur le confinement. L’aventure a duré un mois et demi et vous avez été, ce temps durant, des dizaines de milliers à nous lire régulièrement à travers cette chronique devenue un passionnant rendez-vous. Votre média ne vous ayant habitués qu’à des papiers essentiellement politiques, cela changeait se la routine. Engagé, Théo Ananissoh honorait, chaque weekend, le rendez-vous.&nbsp; Afrika Stratégies France a demandé, en collaboration avec Le Tabloïd, média en ligne du Togo, au truculent écrivain de signer pendant&nbsp; cette période de confinement, une chronique sur le confinement, le sien notamment. Une aventure qui, avec la fin du confinement en ce début mai en Allemagne, son pays de résidence, prendra fin. Merci infiniment à Théo Ananissoh pour la constance malgré ses occupations professionnelles et surtout, son prochain livre sur lequel il travaille ardemment. Mais Théo Ananissoh reviendra encore, à une plus joyeuse occasion qu’une pandémie, pour une autre merveille aventure… Bonne lecture.</strong></p>



<p>Un ami m’appelle de France, début avril. Le Togolais que je suis doit pouvoir l’aider un peu avec des informations. Son fils et sa copine ont entrepris, bien avant le COVID-19, une sorte de&nbsp;<em>road trip</em>&nbsp;en Afrique de l’Ouest. Du Sénégal jusqu’au Togo, en passant par le Mali et le Burkina Faso. Pas dans un véhicule personnel ou par train d’un pays à l’autre, mais par les transports en commun, sur des routes peu sûres, au hasard des auberges et des bouis-bouis. Deux jeunes Blancs (lui est métis) vêtus d’habits locaux, j’imagine, et de sandales, passant d’une localité à une autre, traversant des régions où sévissent ces temps-ci des «&nbsp;djihadistes&nbsp;». Ils sont «&nbsp;herboristes&nbsp;» et adeptes du yoga, d’après ce que me dit le père d’une voix presque fataliste. Ils ont coupé tout contact avec les parents, ne répondent pas aux appels ni aux messages. Au Togo où ils arrivent en mars, ils passent du temps à Atakpamé – c’est à cent soixante kilomètres de Lomé. Dans quoi dorment-ils&nbsp;? De quoi se nourrissent-ils&nbsp;? La fille perd connaissance en pleine rue. Puis une seconde fois. Coup de soleil&nbsp;? Non. Coronavirus&nbsp;? Non plus. Sans doute d’autres microbes ingérés avec les aliments vendus au bord des rues et souvent couverts de mouches. Diarrhée et déshydratation, je suppose. Ou alors moustiques et palu. Dans tous les cas, à l’hôpital, elle refuse fermement tout soin, affirme qu’elle ne se soigne qu’avec des plantes. Elle décède. Le copain, tout aussi mal en point, en larmes, enfin donne des nouvelles aux parents en France. Ambassade de France au Togo. Évacuation du survivant dans une bonne clinique de Lomé. Lui aussi refuse les soins, s’agite. Changement de clinique. Soins toujours impossibles. Direction hôpital psychiatrique, à quarante-cinq kilomètres de Lomé. Oui, je connais ces lieux, ces cliniques Saint Joseph et Biasa. J’ai visité l’hôpital psychiatrique de Zébé-Aného (Sud Togo) en 2009 alors que j’explorais tout le littoral togolais pour les besoins d’un projet d’ouvrage. Conversation impromptue avec le médecin-chef. Je reprends mon carnet de notes. C’est un endroit de qualité, reconnu, créé par les colonisateurs allemands en 1904 – c’est du reste juste à côté du premier siège du gouvernement colonial allemand.&nbsp;120 à 150 places. Je me promenais à moto au hasard des hameaux, des villages, des pistes, bouffant de la poussière, me nourrissant dans un marché et me désaltérant de canne à sucre ou de noix de coco. Arrivé devant cet hôpital, j’ai improvisé une visite si c’était permis. Je suis agréablement surpris que le médecin-chef consente à m’accorder un peu de son temps. J’apprends son nom (Gaba) et vois aussitôt l’intérêt que j’ai à lui donner le mien. Nos arrière-grands-parents ont été des alliés ici, à Aného. Dans son bureau ou dans les allées fleuries qui longent les pavillons et les pièces où sont logés les internés, il me parle calmement et me fait part de ses réflexions comme si nous avions pris rendez-vous pour cet entretien. Il s’interrompt pour échanger avec une infirmière, donner une directive quelconque ou signer une ordonnance. Son pouce et une partie de sa main gauche sont recouverts d’un bandage épais. Ça a l’air d’une blessure sérieuse. Il m’informe que c’est un des internés qui l’a mordu jusqu’à l’os. Après m’avoir dit ça, il me propose de visiter l’ensemble de l’hôpital. Des malades sont ici et là dans les vérandas ou à l’ombre des arbres. Je regrette la curiosité qui m’a poussé à pénétrer librement dans ce lieu. Mais il y a comme un calme général, et la conversation du docteur est très fructueuse. Je sollicite de prendre des notes. La psychiatrie est difficile. Comment soigner dans un contexte de croyances animistes&nbsp;? L’expression des maladies mentales n’est pas la même qu’en Europe où il a été formé – à Lyon, en France. En vérité, il faut être formé plutôt en Afrique. L’environnement influe beaucoup sur l’homme. L’environnement «&nbsp;cosmogénique&nbsp;». Il est chrétien, mais il connaît bien le vodou et il a des échanges très réguliers avec les «&nbsp;prêtres&nbsp;» du vodou et même les&nbsp;<em>bokonon</em>&nbsp;(mélange de voyant et de thérapeute – définition pas sûre&nbsp;; je n’en ai jamais consulté). «&nbsp;On se rencontre tout le temps. Je ne suis pas étranger au milieu.&nbsp;» Des échanges «&nbsp;professionnels&nbsp;» (c’est de moi) comme avec ses collègues psychiatres lors des rencontres en Afrique et en Europe. Il rentre d’ailleurs d’un séminaire avec des collègues à Abomey, au Bénin. Le principe d’efficacité prime. Il faut soigner. Les violences coloniales ont modelé le psychisme humain. L’Africain fonctionne avec la projection comme mécanisme de défense. Tous ses malheurs viennent de quelqu’un. Il attribue aux autres les causes de ses souffrances. La persécution. Chez les Blancs, c’est la psychose. C’est moi qui rapporte ainsi, ayant noté ses phrases en les abrégeant. Lui nuance sans cesse. Je crois comprendre ceci d’un de ses propos&nbsp;: L’Africain, dans sa persécution, n’a pas l’esprit libre, et est ainsi aisément dupé par les escrocs. (Il a dit&nbsp;: «&nbsp;… il accepte aisément les escrocs&nbsp;».) Alors que je suis en train de noter ça, un patient maigre, bras croisés et debout dans la cour nous observe. Ça ne me plaît pas. Nous allons passer près de lui. Je me prépare intérieurement à esquiver le moindre geste qu’il ferait dans notre direction. Mais non. A un pas de lui, ce malade dit juste, sans raison, au médecin&nbsp;: Merci. Cet hôpital est réputé et le directeur de l’OMS lui a adressé des félicitations. Le médecin est consulté à distance par des collègues d’Europe pour des cas d’Africains qu’ils ont à traiter. Ces maladies mentales sont liées à la culture, au milieu, redit-il. Alors que nous retournons vers son bureau, après qu’il m’a fait voir l’état bien entretenu des lieux, un autre patient assis devant l’entrée de sa cabine, l’interpelle. Le médecin, sans vraiment cesser de me parler, lui prête attention. Le malade&nbsp;dit&nbsp;d’un air indéfinissable&nbsp;: «&nbsp;C’est moi qui t’ai cassé le doigt.&nbsp;» Le docteur lui répond&nbsp;d’une voix normale : «&nbsp;Je le sais&nbsp;». Plus loin, je demande confirmation. Oui, c’est bien ce malade qui l’a blessé au pouce. Les malades peuvent vous agresser, vous frapper, oui bien sûr. Mais le soignant ne doit pas faire de même – sauf en légitime défense dans un cas de figure dangereux. Je tente de rassurer mon ami. Cet hôpital m’a semblé être un lieu bien fait. L’équipe en charge m’a semblé de qualité. Un confinement dans cet endroit est sans doute le mieux qui puisse arriver au fils en ce moment étant donné son état de santé, et l’interruption de tout vol commercial entre le Togo et la France.</p>



<p>Dernière chronique. Le déconfinement progressif a commencé en Allemagne. Je voudrais remercier tous ceux qui ont apprécié et partagé parfois mes chroniques covidiennes, et finir par ceci que je tire du <em>Rheinische Post</em>, journal régional : « Record de production de papiers toilette en mars, en raison de la forte demande due à la crise du coronavirus. Avec 59.302 tonnes de papiers toilette produites, les cinq gros producteurs de NRW (Rhénanie du Nord-Westphalie) ont produit, selon les statistiques officielles, 25 pour 100 de plus que l’année dernière à la même période. En comparaison avec le mois de février, ils en ont produit 50 pour 100 de plus. En 2019 déjà, plus de la moitié des papiers toilette fabriqués en Allemagne viennent de NRW. »</p>



<p>L’humain est un être qui prend soin de lui.</p>



<p><strong>Théo Ananissoh</strong></p>



<p><strong>Né en Centrafrique de parents togolais, Théo Ananissoh étudie à Paris III où il obtient un doctorat en littérature générale et comparée. Après avoir enseigné quelques années en France, l’écrivain né en 1962 rejoint l’Université de Cologne en 1994 où il a dispensé, des cours de Littérature africaine francophone. Il a publié plusieurs romans à succès dont 4 chez Gallimard. Alors que l’auteur de «&nbsp;Delikatessen&nbsp;» et «&nbsp;Ténèbres à midi&nbsp;» boucle son prochain romain (toujours chez Gallimard), il a accepté de porter son regard sur le confinement que le COVID-19 impose à presque tous les pays du monde.</strong></p>



<p><em><strong>*Le texte introductif et la biographie express, ainsi que le titre, sont de la rédaction de Afrika Stratégie France.</strong></em></p>
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		<title>Chronique de Théo Ananissoh (3e) : Covid-19Fictions</title>
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				<pubDate>Fri, 10 Apr 2020 21:14:33 +0000</pubDate>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/IMG-20200410-WA0050.jpg" alt="" class="wp-image-16110" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/IMG-20200410-WA0050.jpg 500w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/IMG-20200410-WA0050-300x195.jpg 300w" sizes="(max-width: 500px) 100vw, 500px" /><figcaption>Theo Ananissoh</figcaption></figure>



<p><strong><em>Voici la troisième chronique du célèbre écrivain togolais sur le confinement. Après la première et la deuxième, Afrika Stratégies France a demandé, en collaboration avec Le Tabloid, au truculent écrivain togolais de signer, au moins pour chacun des trois prochains weekend-ends (espérant que la pandémie ne sévira pas trop longtemps) une chronique sur le confinement. Non pas seulement sur la pandémie mais aussi et surtout, sur sa vie d’écrivain, confiné, hélas en Allemagne, loin de son pays d’origine. Cette troisième chronique revient subtilement sur le génocide rwandais et l’écrivain se demande ce qu’il aurait été de ce massacre du milieu des années 90 si le Covid était apparu au même moment. Une appropriation romanesque qu’il fait entre une tragédie et une pandémie. Avec sa part de fiction, bien sûr en bon romancier. Ce texte est publié simultanément par Le Tabloid, Tribune d’Afrique et Afrika Stratégies France. Bonne lecture&nbsp;!</em></strong></p>



<p>En ce mois d’avril, il y a vingt-six ans, a débuté l’horreur du génocide au Rwanda. Est-ce faire du mauvais esprit que de se poser la question suivante : et si le COVID-19 était survenu cette année-là plutôt que maintenant ? Je veux dire&nbsp;: que se serait-il passé si le coronavirus que nous craignons tous en ce moment avait surgi au début de l’année 1994&nbsp;? Les massacres de Tutsis auraient-ils eu lieu quand même&nbsp;? Les génocidaires auraient-ils maintenu le programme, si j’ose dire, en dépit de la pandémie ? Peut-on imaginer des hommes en train de commettre ce que nous les avons vus commettre pendant ces interminables semaines alors même que sévirait partout dans le monde une pandémie inédite ? Qu’aurait signifié la suspension d’un projet d’extermination d’humains pour cause de coronavirus&nbsp;? Cesser de s’entretuer pour faire face ensemble au COVID-19, serait-ce redevenir fraternel&nbsp;? Oui, on peut oser se demander ce qui aurait été le plus urgent à faire pour les extrémistes hutus – combattre la pandémie ou perpétrer le génocide prévu ? Car en janvier, février et mars 1994, les extrémistes hutus avaient déjà en tête pour ne pas dire plus leur projet à propos des Tutsis. Et voilà que surgit le pandémique coronavirus. Que font-ils de toute la rage en eux ? Ils rangent les machettes et organisent (ce sont eux qui sont au pouvoir dans le pays) la protection de toutes les vies humaines du Rwanda contre ce virus ? Ils relaient les consignes de précaution émises par l’OMS – se laver fréquemment les mains, tousser ou éternuer dans la manche, éviter les contacts proches, et cetera ? Car peuvent-ils se protéger du coronavirus en tant que Hutus sans associer les Tutsis aux mesures de précaution générales&nbsp;?</p>



<p>La réponse à toute cette interrogation nous est fournie en ce moment par le régime d’un autre petit pays d’Afrique, le Togo.</p>



<p><strong>II</strong></p>



<p><em>Fargo</em>&nbsp;est un film culte des brillants frères Coen. L’excellence des acteurs et la perfection du scénario. L’histoire d’un pauvre type qui manigance le faux enlèvement de sa propre femme afin de d’extorquer de l’argent à son beau-père – homme riche, autoritaire et méprisant. Mettre en jeu sa famille en faisant appel à deux malfrats qui ne savent pas ce qu’est une famille prouve la profonde stupidité du personnage qu’incarne William H. Macy avec une crédibilité confondante. Confinement oblige, en surfant sur YouTube, je suis tombé sur un bref extrait de ce film – une des magnifiques scènes où l’on voit l’un des truands, salement blessé à la joue droite, enterrer la mallette bourrée des dollars de la rançon. Scène sans musique, une belle plaine recouverte de neige à perte de vue, mains, visage et vêtements ensanglantés, un grattoir à neige pour tout instrument. Quelques dizaines de minutes plus tard, il est littéralement passé dans un broyeur de bois par son complice qui comprend qu’il se fait avoir.</p>



<p>Cette pandémie de COVID-19 donne lieu à tous les commentaires géopolitiques possibles depuis des semaines. Y aura-t-il un nouvel ordre mondial à l’issue de cela ? Quels changements politiques à venir&nbsp;? Les rapports de forces mondiaux&nbsp;? La Chine, où la pandémie a commencé, joue-t-elle franc-jeu&nbsp;? N’en profite-t-elle pas cyniquement pour avancer ses pions et hâter son projet d’hégémonie planétaire&nbsp;? Et ainsi de suite. Pour imager le propos en restant dans&nbsp;<em>Fargo</em>, il y a comme un magot qui menace de changer de main. La domination planétaire – le rang de première puissance mondiale. Le magot suprême. Celui qui s’en empare, comme le truand dans&nbsp;<em>Fargo,</em>&nbsp;le planque où ? Nous croyons comprendre que le virus corona ne fait pas de distinction spéciale entre les humains et qu’il est sans frontières. Du point de vue de ses effets, peu importe son origine véritable&nbsp;– pangolin ou laboratoire. Peut-être l’a-t-on déjà sous contrôle&nbsp;? Peut-être pas&nbsp;? Une autre pandémie peut tout aussi bien survenir l’année prochaine ou celle d’après. On soupçonne les autorités chinoises de truquer les chiffres quant aux victimes de ce virus dans leur vaste pays. L’Europe et les États-Unis comptent les décès dus au COVID-19 par dizaines de milliers. Et l’idée d’hégémonie mondiale semble continuer d’avoir du sens comme avant. Blessé mais ayant la rançon, le truand de&nbsp;<em>Fargo</em>&nbsp;aurait pu se dire&nbsp;: «&nbsp;Putain&nbsp;! Ça se corse. J’ai tué ce connard (ce n’était pas prévu). Partageons ce putain de pognon et disparaissons au plus vite d’ici&nbsp;!&nbsp;(Ils ont assassiné une demi-douzaine de personnes dont un agent de police. La chaise électrique, au minimum.) » Mais non, c’est un humain&nbsp;; c’est-à-dire un être libre, au cerveau le plus évolué sur l’échelle de la Création. Sur le chemin du retour vers son complice, il décide de s’approprier l’essentiel de la rançon. Il devient ou redevient l’écureuil qui enfouit sous terre la précieuse noix – c’est sa liberté supérieure d’humain d’aller et venir entre les âges&nbsp;; d’être grand ou petit.</p>



<p>Querelle donc avec l’autre truand. Dans la splendeur d’un paysage neigeux, les deux se condamnent à mort,&nbsp;<em>librement</em>.</p>



<p>La paix est juste une pensée trop simple pour le cerveau très développé de l’homme.</p>



<p><strong>Théo Ananissoh</strong></p>



<p><strong>Né en Centrafrique de parents togolais, Théo Ananissoh étudie à Paris III où il obtient un doctorat en littérature générale et comparée. Après avoir enseigné quelques années en France, l’écrivain né en 1962 rejoint l’Université de Cologne en 1994 où il a dispensé, des cours de Littérature africaine francophone. Il a publié plusieurs romans à succès dont 4 chez Gallimard. Alors que l’auteur de «&nbsp;Delikatessen&nbsp;» et «&nbsp;Ténèbres à midi&nbsp;» boucle son prochain romain (toujours chez Gallimard), il a accepté de porter son regard sur le confinement que le COVID-19 impose à presque tous les pays du monde.</strong></p>



<p><strong><em>*Le texte introductif et la biographie express sont de la rédaction de Afrika Stratégie France.</em></strong></p>
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		<title>Chronique de Théo Ananissoh (2e) : Covid-19, Imaginons !</title>
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				<pubDate>Sun, 05 Apr 2020 12:33:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
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<figure class="wp-block-image is-resized"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/THEO-2.jpg" alt="" class="wp-image-15872" width="718" height="555" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/THEO-2.jpg 512w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/THEO-2-300x232.jpg 300w" sizes="(max-width: 718px) 100vw, 718px" /></figure>



<p><strong><em>*Après la première chronique qui fut un succès, Afrika Stratégies France a demandé, en collaboration avec Le Tabloid et Togmedia24, au truculent écrivain togolais de signer, au moins pour chacun des trois prochains weekend-ends (espérant que la pandémie ne sévira pas trop longtemps) une chronique sur le confinement. Non pas seulement sur la pandémie mais aussi et surtout, sur sa vie d’écrivain, confiné, hélas en Allemagne, loin de son pays d’origine. Il s’agit de montrer, de façon décalée mais aussi amusante, le confinement vécu de l’intérieur, par un écrivain qui, au-delà, raconte, écrit, décrit, fait vivre cet «&nbsp;isolement de soi&nbsp;» qui est aussi un repli de survie dans un monde dépassé par la frayeur du COVID-19. Ce texte est publié simultanément par Le Tabloid, Togomedia24, Tribune d’Afrique et Afrika Stratégies France. Bonne lecture&nbsp;!</em></strong></p>



<p>Supposons un instant que le virus corona soit visible à l’œil nu&nbsp;; quelque chose de lumineux par exemple, comme ces lucioles que l’on voit dans la nuit africaine. Nous n’aurions pas besoin de nous confiner à ce point, de porter un masque, puisque nous serions à même de l’éviter et surtout de le combattre avec précision dans l’espace. Nous n’aurions sans doute pas besoin d’entrer dans des pharmacies pour trouver de quoi le pulvériser. J’enfonce une porte ouverte en parlant ainsi, je sais, mais je souhaite observer par là à quel point vivre ou exister nous contraint d’être dans la fiction ou dans l’imaginaire. Comme autrefois, nous sommes, ces jours-ci, des aveugles traqués par de microscopiques ennemis que nous ne pouvons qu’<em>imaginer</em>&nbsp;disséminés, répandus partout. Éviter de se serrer la main, de se faire la bise, de se retrouver à plusieurs, ainsi de suite relève de la précaution. Ce sont des réactions à ce que nous imaginons possible logiquement plus que des actes dus à la certitude que les autres et les lieux que nous fréquentons sont contaminés. Un historien béninois du nom de Félix Iroko a écrit un très bon ouvrage sur l’histoire des moustiques en Afrique de l’Ouest à l’époque précoloniale&nbsp;; il est intitulé&nbsp;<em>Une histoire des hommes et des moustiques en Afrique</em>, et c’est édité chez L’Harmattan. Vous y apprenez, entre autres, qu’à certaines périodes de l’année, les nuits étaient si invivables à cause des moustiques que nos ancêtres ont inventé des rites de danses nocturnes qui, en vérité, visaient à les faire «&nbsp;bouger&nbsp;» toute la nuit afin de ne pas être piqués par les moustiques. Nous savons bien que le moustique, sournois et cynique, attend que nous soyons au repos pour nous piquer. Félix Iroko compte pas moins d’une vingtaine de divinités créées pour «&nbsp;combattre&nbsp;» ce fléau saisonnier et la forte mortalité qui va avec. Dans la nuit africaine, nos ancêtres ne comprenaient pas d’où provenaient ces minuscules et tenaces ennemis et cela provoquait l’imagination humaine plus que la vue, par exemple, d’un lion ou d’un éléphant. A l’heure actuelle, nous sommes comme dans l’obscurité, nous aussi. Ceux qui viendront après nous au cours des prochains siècles diront&nbsp;: «&nbsp;En 2020, face à la pandémie du COVID-19, dans le monde entier, les humains ont cessé toute activité, ont accumulé des provisions et se sont claquemurés pendant des semaines. Ils disaient que cela n’était pas moins qu’une guerre qui survenait.&nbsp;» Restons prudents jusqu’à ce que soit trouvée une vraie réponse – scientifique – à cette pandémie&nbsp;; mais il faut secrètement se réjouir toujours de ce qui égratigne l’égo humain. Quelques exemples :</p>



<ul><li>J’ai vu sur Internet une photo de Donald Trump entouré de gens aussi sérieux que lui en train de prier à la Maison-Blanche. Le même Trump qui, Dieu sur Terre, faisait assassiner un ennemi ou adversaire par drone, en février dernier. Une Journée nationale de prière évangélique face à une calamité sans solution immédiate n’est pas différente d’une nuit d’incantation vodoue contre les moustiques et le paludisme mortel. Ne nous croyons pas au-dessus de ça. A bord d’un avion d’Air France qui a failli se crasher au-dessus du Gabon, j’ai vu tout le monde se mettre à prier à haute voix.</li><li>D’abord, je n’y ai pas cru. Mais quand même, des journaux sérieux ont rapporté plusieurs informations similaires&nbsp;! Des cargaisons de masques en transit dans des pays où règnent le droit et la liberté du commerce sont purement et simplement «&nbsp;réquisitionnées&nbsp;». Ah&nbsp;! Par temps de confinement, il y a donc un autre mot pour qualifier mon voisin qui intercepte la pizza que j’ai commandée ?</li><li>Il y a quelques jours, un ami, très malade – pas du coronavirus –, m’a prié de venir aider sa femme à rentrer un réfrigérateur que les livreurs, intransigeants sur le respect des précautions anti-coronavirus, ont refusé de porter plus loin que sur le palier devant l’appartement. En temps normal, il m’aurait demandé de venir passer l’aspirateur dans leur salon que cela m’aurait moins ennuyé. Nez et bouche recouverts d’un mouchoir en tissu à la manière d’un desperado qui attaque une diligence dans le Far West, je suis quand même allé aider à placer l’appareil dans la cuisine. Puis, en repartant au plus vite, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir le ridicule de ces craintes réciproques que nous impose cette pandémie de….</li></ul>



<p>C’est fait de beaucoup de fiction et d’illusions, la vie quotidienne des humains. La peur dans l’obscurité, la peur de ce qu’on ne voit pas produit toujours les mêmes réflexes chez les hommes. Au fil des siècles, nos prédécesseurs, subissant des effets sans en comprendre les causes, ont imaginé, ont dû recourir à la fiction pour tenter d’expliquer ce qui se passait et de se protéger à peu près. Moins c’est visible pour lui, plus l’homme doit imaginer afin de pouvoir survivre. L’imagination, a dit l’écrivaine danoise Karen Blixen, est «&nbsp;la faculté à laquelle l’humanité est le plus redevable pour son évolution.&nbsp;» Se confiner, déserter les rues, se tenir à au moins un mètre de son prochain sont des précautions de bon sens certes, mais aussi des gestes commandés par notre imagination du danger tout comme autrefois. Il se peut qu’il n’y ait aucun risque dans mon quartier, et que nous nous claquemurions tous ainsi pour rien&nbsp;; mais il est prudent d’imaginer que le virus est dans le corps de tel ou tel voisin, suspendu dans l’air confiné du supermarché, prêt à pénétrer en moi. Mon Dieu&nbsp;! Que serions-nous si nous ne pouvions pas imaginer&nbsp;? Sans doute, l’humanité aurait pris fin aussitôt après avoir commencé. Il faut aimer et admirer l’imagination chez l’humain, cette faculté qui lui est propre, je pense. La vie, le salut est dans cette faculté. Il faut craindre ceux qui n’en ont pas. Ceux-ci d’ailleurs, me semble-t-il, détestent volontiers ceux qui en ont (de l’imagination). L’imagination contient les idées de solution aux problèmes, d’horizon, d’espoir… Karen Blixen encore&nbsp;: «&nbsp;Je crois que la première condition pour se comporter en être pratique est d’avoir de la fantaisie.&nbsp;» (Ces citations sont tirées de ses écrits en relation avec l’Afrique rassemblés par Gallimard sous le titre&nbsp;<em>Afrique</em>.) Ajoutons juste, privilège de notre époque d’après Koch et Pasteur, que l’imagination n’est pas du tout en contradiction avec la raison, bien au contraire. C’est la combinaison des deux qui fait que, malgré tout, nous ne sommes plus paniqués comme les gens d’autrefois.</p>



<p><strong>Théo Ananissoh</strong></p>



<p><strong>Né en Centrafrique de parents togolais, Théo Ananissoh étudie à Paris III où il obtient un doctorat en littérature générale et comparée. Après avoir enseigné quelques années en France, l’écrivain né en 1962 rejoint l’Université de Cologne en 1994 où il a dispensé, des cours de Littérature africaine francophone. Il a publié plusieurs romans à succès dont 4 chez Gallimard. Alors que l’auteur de «&nbsp;Delikatessen&nbsp;» et «&nbsp;Ténèbres à midi&nbsp;» boucle son prochain romain (toujours chez Gallimard), il a accepté de porter son regard sur le confinement que le COVID-19 impose à presque tous les pays du monde.</strong></p>



<p><strong><em>*Le texte introductif et la biographie express sont de la rédaction de Afrika Stratégie France.</em></strong></p>
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		<title>Chronique de Théo Ananissoh : Confinement, y’a pire</title>
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				<pubDate>Sat, 28 Mar 2020 20:06:53 +0000</pubDate>
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<p><strong><em>*Alors qu’il réalise un dossier «&nbsp;Spécial Coronavirus en Afrique&nbsp;», Afrika Stratégies France a demandé au truculent écrivain togolais de signer, au moins pour chacun des quatre prochains week-end (espérant que la pandémie ne sévira pas trop longtemps) une chronique sur le confinement. Non pas seulement sur la pandémie mais aussi et surtout, sur sa vie d’écrivain, confiné, hélas en Allemagne, loin de son pays d’origine. Il s’agit de montrer, de façon décalée mais aussi amusante, le confinement vécu de l’intérieur, par un écrivain qui, au-delà, raconte, écrit, décrit, fait vivre cet «&nbsp;isolement de soi&nbsp;» qui est aussi un repli de survie dans un monde dépassé par la frayeur du COVID-19. Un beau texte.</em></strong></p>



<p>Le mot confinement ne m’était pas inconnu, certes&nbsp;; mais je pense que je l’utiliserai souvent à l’avenir, même après la fin totale de cette pandémie du coronavirus, si je lui survis bien entendu. Tel M. Jourdain, le personnage de Molière qui dit de la prose sans le savoir, j’ai découvert que cela faisait une bonne moitié de ma vie que je me confinais librement sans mettre le mot sur la chose. La sédentarité qui est instamment demandée ou même imposée aux humains un peu partout dans le monde en ce moment est le mode de vie habituel d’un écrivain, surtout lorsqu’il travaille à un ouvrage. Oui, écrire un livre, c’est être confiné. Sur son lieu de travail. Jour après jour pendant de longs mois et même des années. Il est impossible d’écrire un roman sans se retirer du monde&nbsp;en quelque sorte ; et même, avouons-le, sans se libérer suffisamment des obligations sociales, familiales et professionnelles – j’entends par ce dernier mot, l’activité annexe qui vous permet de gagner de quoi vous laisser libre de mieux vous… confiner sans risquer de mourir de faim. Absurde, je sais. Mais c’est comme ça. Je vis en Allemagne, et le gouvernement conseille vivement de rester chez soi. C’est suivi. Bonheur d’écrivain. Entre voisins, nous nous saluons de loin. Ayant un ouvrage en cours, je peux y travailler toute la journée sans craindre une visite impromptue. Mon propre anniversaire n’a pas pu m’obliger à quitter ma table de travail&nbsp;! L’invitation à un vernissage et deux soirées prévues avec des amis que je ne pouvais décliner ont été annulées. Je devais voyager deux fois en ce mois de mars&nbsp;; deux allers et retours d’une dizaine d’heures en train à chaque fois. Annulations. Résumons&nbsp;: le confinement, c’est le mode de vie sédentaire de l’écrivain imposé à tous.</p>



<p>Préférons cela car, souvenons-nous, un confinement peut être aussi dans un hôpital, dans une prison d’Afrique, ou dans une maison de retraite en Europe. On peut être aussi confiné dans sa propre maison par la déchéance physique du grand âge. En novembre dernier, à Lomé, j’ai rendu visite à un de mes anciens profs au collège. Même en s’appuyant sur une canne, il n’a pas pu me raccompagner jusqu’au portail. A ma seconde visite, quelques semaines plus tard, avant de repartir du Togo, il ne pouvait plus quitter son lit et j’ai dû m’asseoir à son chevet pour un quart d’heure de conversation qui l’a épuisé.</p>



<p>Rester debout sur ses jambes. Bouger. Aller et venir. Courir. Se déplacer dans le monde. Tant qu’on le peut, on serait imprudent de ne pas se préparer mentalement à une situation inverse.</p>



<p>Mi-mars, c’était l’anniversaire de mon ancien prof. Son cancer engloutit toute sa maigre pension de retraité de l’Éducation nationale avec la complicité, je le crains, de ceux qui lui prescrivent toutes sortes de médicaments. Quel cadeau plus exact que celui qui passe par Western Union ?</p>



<p>La petite agence de Western Union était ouverte malgré la fermeture des principaux commerces du centre-ville. Je m’attendais un peu à voir le caissier pourvu d’un masque anti coronavirus et de gants. Non, il était comme d’habitude. La seule consigne de sécurité explicite est une affiche sur la porte qui priait en gros caractères d’attendre son tour à l’extérieur de la petite agence. Les doigts nus du caissier ont pris les billets d’euros que j’ai glissés sous la vitre du guichet. Je venais de les retirer d’un guichet automatique. C’est au moment où je les lui ai glissés que je me suis dis que j’aurais dû prendre des précautions, que les billets de banque aussi peuvent porter les virus. Remarquez à quel moment j’ai pensé à ce risque possible&nbsp;: quand ces billets me quittaient pour les doigts d’un autre. Au lycée, jadis, j’avais un ami qui aimait dire&nbsp;: le cash, c’est ce qu’il y a de plus vrai sur cette Terre&nbsp;! Il ajoutait&nbsp;: c’est un critère de vérité indiscutable. Il avait raison. L’argent ne nous effraye pas quand il vient à nous. C’est quand il nous quitte (ou nous manque cruellement) que nous nous faisons du souci. Les billets de banque vecteurs de propagation du COVID-19&nbsp;? Possible, non&nbsp;? Mais je parie que presque personne ne pense ainsi quand il en retire au guichet automatique ou en reçois d’autrui. Que faire si vous craignez que cet argent qui vous est remis soit couvert de virus ? Vous vient-il jamais à l’idée de toucher votre argent du bout des doigts&nbsp;?</p>



<p>Le caissier de l’agence Western Union a touché les billets, si j’ose dire, avec ses doigts nus comme je l’ai fait moi-même. Qui a changé sa façon de toucher l’argent à cause du coronavirus&nbsp;? Je regarde sur les réseaux sociaux de courtes vidéos qui déconseillent de saisir une poignée de porte, d’appuyer du doigt un bouton d’ascenseur ou un interrupteur, et ainsi de suite. Le téléphone portable doit être nettoyé. Mais je n’ai pas encore vu passer une vidéo qui conseille de tenir les billets de banque avec des pincettes ; de se laver les mains après y avoir touché… Et pourtant, quand je pense à la manière dont l’argent est manipulé dans les pays d’Afrique – l’Afrique au sud du Sahara que je connais –, je me dis que c’est là le grand vecteur, l’autoroute même de la propagation de tous les virus. En Allemagne plus que dans d’autres pays d’Europe, on utilise l’argent crûment. Je veux dire qu’on paye très naturellement en espèces. En France, pays où j’ai fait mes études, j’ai observé à quel point on préférait payer – parfois la moindre chose du genre une pizza ou même un paquet de cigarettes – par carte bancaire ou par chèque. Je parle de souvenirs vieux de trente ans. Le chèque est inusité, je dirais même inconnu, en Allemagne. Au point que j’en suis à penser à ce moyen de payement comme on repense à un truc d’un autre âge, quelque chose de comparable à ces&nbsp;<em>Travelers Cheques</em>&nbsp;Thomas Cook ou American Express que j’utilisais dans les années 80 quand je revenais en vacances au Togo. Je disais donc qu’en Allemagne, on manipule sans complexe l’argent en public. Comme au Togo. Chaque fois que je touche un billet de banque quelconque à Lomé, je m’interroge volontiers sur son parcours jusqu’à mes doigts. Billet presque toujours fatigué, usé, littéralement sale, mou. Les Africains torturent l’argent. Vengeance&nbsp;? En Allemagne, on peut sortir un billet de cent ou de deux cents euros pour payer une addition au restaurant – je ne parle pas d’endroits luxueux. Pas les jeunes gens, on s’en doute, mais les personnes mûres. Bien que circulant sans cesse entre les doigts humains, l’argent n’est pas supplicié comme il l’est au Togo. L’argent est propre et élégant en Allemagne. En Suisse aussi, où je suis payé cash aussitôt après une prestation d’écrivain. Au Togo, il est comateux. C’est étonnant quand on y réfléchit. Il y a beaucoup d’argent en circulation dans le monde actuel&nbsp;; beaucoup, vraiment beaucoup. Y compris en Afrique noire. Un ami agent immobilier à Lomé m’a dit une fois qu’une commerçante de Lomé avait acheté tout un immeuble au centre-ville en payant en espèces – et ils avaient dû s’y mettre à plusieurs personnes et pendant des heures pour compter la montagne de papiers déposée sur la table. Mais pourquoi l’argent y est-il si sale&nbsp;? (Je ne parle pas au figuré) Vu comme l’argent est si mal réparti dans nos pays d’Afrique, pourquoi nos doigts n’en prennent-ils pas du tout soin quand ils y touchent&nbsp;? Pourquoi cet irrespect&nbsp;envers les billets de banque ? Ce quasi-réflexe de les froisser comme un kleenex&nbsp;? Pourquoi nos mamans au marché ou ailleurs asphyxient-elles les billets de banque dans des nœuds de pagne comme je les voyais faire dans mon enfance&nbsp;? Il serait très intéressant de faire passer nos billets au laboratoire afin de vérifier s’ils ne sont pas les principaux vecteurs de propagation de microbes chez nous en Afrique. Si c’est le cas, cela voudra dire que ce qui nous sauve et nous tue est le même.</p>



<p><strong>Théo Ananissoh</strong></p>



<p><strong>Né en Centrafrique de parents togolais, Théo Ananissoh étudie à Paris III où il obtient un doctorat en littérature générale et comparée. Après avoir enseigné quelques années en France, l’écrivain né en 1962 rejoint l’Université de Cologne en 1994 où il a dispensé, des cours de Littérature africaine francophone. Il a publié plusieurs romans à succès dont 4 chez Gallimard. Alors que l’auteur de «&nbsp;Delikatessen&nbsp;» et «&nbsp;Ténèbres à midi&nbsp;» boucle son prochain romain (toujours chez Gallimard), il a accepté de porter son regard sur le confinement que le COVID-19 impose à presque tous les pays du monde.</strong></p>



<p><strong><em>*Le texte introductif et la biographie express sont de la rédaction de Afrika Stratégie France.</em></strong></p>
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