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	<title>jean pierre fabre &#8211; Tribune d&#039;Afrique</title>
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		<title>Agbéyomé Kodjo : «  L’opposition, Fabre, ma détention, la diaspora, DMK, la suite du combat et moi »</title>
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				<pubDate>Sun, 05 Jul 2020 17:14:21 +0000</pubDate>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/07/KODJO-450x300.jpg" alt="" class="wp-image-17890" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/07/KODJO-450x300.jpg 450w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/07/KODJO-450x300-300x200.jpg 300w" sizes="(max-width: 450px) 100vw, 450px" /><figcaption>Kodjo Agbéyomé </figcaption></figure>



<p><strong>Le 22 février dernier, il a été élu président du Togo. Une victoire reconnue par une partie de l’opposition ainsi qu’ambassades et chancelleries qui le désignent de fait comme «&nbsp;un président en salle d’attente&nbsp;». Mais il peine à accéder au pouvoir. Faure Gnassingbé, président sortant s’est fait proclamer vainqueur. Avec 70% des voix. «&nbsp;Une inversion des résultats&nbsp;» dénonce Régis Marzin, l’un des meilleurs spécialistes des élections en Afrique. Un score pléthorique dans un pays miné par les scandales financiers et où, ayant hérité du pouvoir de son père, le président togolais jouit de peu d’estime au sein de la population. Dans la discrétion, Agbéyomé Kodjo continue lui de remuer ciel et terre. D’ailleurs, pour la première fois au Togo, un véritable bras de fer a lieu après une présidentielle plongeant le président sortant dans une insomnie. Si les Américains se sont fait discrets sur le sujet, dans les coulisses, ils maintiennent la pression. Faure Gnassingbé n’a pas été aperçu en public depuis plusieurs mois, alimentant ainsi les rumeurs les plus alarmants. Dans l’ombre, les pressions continuent. 4 mois après le scrutin, pour la première fois, Kodjo parle de tout. L’opposition, la présidentielle, sa détention, la Dynamique qui l’a porté à la victoire et surtout, la suite du combat promettant arriver, par tous les moyens légaux, à la jouissance du pouvoir. Interview fleuve où l’ancien Premier ministre togolais raconte tout. Entretien!</strong></p>



<p><strong>Vous êtes le président élu du Togo, 4 mois après, vous n’êtes pas au pouvoir. Vous lassez-vous finalement ?</strong></p>



<p>Monsieur, vous m’offrez l’opportunité de revenir sur une situation que je déplore à l’instar d’un nombre considérable de mes compatriotes. Les remontées documentées issues des bureaux de vote ainsi que les indicateurs chiffrés qui les sous-tendent attestent de ce que nous sommes sortis largement vainqueurs du scrutin présidentiel du 22 février 2020, et ce, dès le premier tour. De nombreuses embûches furent érigées sur le chemin conduisant d’une part, à la proclamation de la vérité des suffrages exprimés dans les urnes en notre faveur par la majorité des électrices et des électeurs&nbsp;; et d’autre part, à l’avènement d’une transition politique effective et pacifique au Togo.</p>



<p>Néanmoins, en dépit des entraves qui nous furent anormalement opposées nous restons debout, et réclamons vérité des urnes. Notre gain électoral fut et demeure tant et si bien éclatant et à tous égards. Aucun esprit sérieux au rang de la classe politique nationale ne fait grief à nos intérêts légitimes à revendiquer notre indéniable victoire électorale qui ne souffre de strictement nulle équivoque. La vérité des urnes dans sa simplicité toute nue mérite d’être dite, reconnaissent des membres de la formation politique à laquelle appartient Monsieur Faure Gnassingbé.</p>



<p>Pour autant, ils subissent des injonctions comminatoires qui les contraignent à ne pas être en capacité de s’exprimer librement et publiquement. Vous comprendrez qu’en l’état, il m’est difficile de me lasser de quoique ce soit car les attentes de la population en termes d’aboutissement à un processus électoral porté par le vif désir d’alternance de la gouvernance politique au plus Haut niveau de la Charge de la République, sont fortes. Aussi, nous restons convaincus de ce que nous triompherons de toutes les turpitudes qui visent à maintenir le statu quo.</p>



<p><strong>Malgré vos sollicitations, l’opposition n’a pas fait bloc derrière vous, comment expliquez-vous cette désolidarisation ?</strong></p>



<p>Le peuple reste soudé derrière la Dynamique et revendique sa victoire. Les populations issues de toutes les régions du Togo ainsi que de la diaspora n’ont de cesse de m’exhorter à œuvrer pour donner un visage à cette victoire le plus rapidement possible. Mes Collègues d’une frange de l’opposition sont les seuls à connaître les raisons qui motivent leur inertie. En tout état de cause, ils ne demeurent pas moins convaincus quant à la victoire de la Dynamique. C’est pourquoi, je suis enclin à penser que la classe politique togolaise issue de toute l’opposition, devra se soustraire à la ritualisation qu’elle pratique tous les cinq (5) ans, de la chronique de sa défaite annoncée.</p>



<p>Car, point n’est besoin d’être grand Clerc pour dresser le constat de la regrettable cristallisation négative et intrinsèquement inféconde des petites chapelles politiques relativement à un candidat unique de toute l’opposition pour le scrutin présidentiel.</p>



<p>J’en suis même venu à me poser la question de savoir si l’opposition togolaise est apte à sortir de la&nbsp;<em>trappe àinertie&nbsp;</em>dans laquelle elle s’est enfermée depuis 1991 !</p>



<p>Le socle commun d’objectifs à atteindre et qui devra lier l’ensemble des formations politiques issues de l’opposition togolaise n’est-il pas l’alternance politique, sans finasserie, ni jérémiades ni ego démesuré ?</p>



<p>Au-delà de la classe politique issue de l’opposition togolaise, c’est toute la classe politique nationale qui n’ignore pas que Faure Gnassingbé n’a pas gagné le scrutin présidentiel du 22 février 2020. D’aucuns affirment que personne n’a gagné cette compétition électorale majeure.</p>



<p>Factuellement un constat s’impose : UNIR reconnait mezza voce la victoire de la Dynamique tandis que d’autres formations politiques le confessent.</p>



<p><strong>Parlons de votre brève interpellation en avril. Que s’est-il passé à la gendarmerie ? En contrepartie de quoi avez-vous été libéré ?</strong></p>



<p>Pareille agitation tumultueuse procéda d’une rodomontade tendant à montrer les muscles. Il s’est agi en l’espèce, de méthodes peu valorisantes. Je pense que tout le vacarme orchestré ainsi que les brutalités commises, relèvent de la caporalisation de nos institutions. Il nous faut au Togo, des institutions indépendantes et crédibles pour la protection des droits humains. Il devient impérieux d’éviter que prospère la raison du plus fort au Togo. Que me reproche-t-on ? Pendant la campagne électorale, je suis allé à la rencontre des différentes catégories sociales du Togo. Ne pouvant pas me rendre physiquement dans les différentes garnisons de notre pays, je me suis adressé par médias aux forces de défense et de sécurité. C’est en la circonstance que j’ai décliné ce que je compte entreprendre pour la revalorisation de leur institution si je suis élu. Aussi, ai-je annoncé les mesures d’accompagnement que je mettrai en œuvre aux fins de contribuer à l’amélioration des conditions de vie et de travail des hommes et des femmes en uniforme qui constituent de l’épine dorsale du pays ? Y a-t-il une loi au Togo qui interdit à un candidat à l’élection présidentielle de présenter le contenu de son programme à ceux qui forment l’épine dorsale du pays&nbsp;? Par ailleurs l’archevêque émérite de Lomé avant l’ouverture de la campagne électorale organisa une messe d’investiture en un lieu de culte (une Église) de la Capitale.Au cours de ce service religieux, il implora les bénédictions du Ciel sur ma candidature,me remit le drapeau togolais et implora la grâce du Seigneur pour qu’il nous ouvre la voie de la victoire à l’instar d’une pratique usuelle qui a cours s’agissant des sportifsqui prennent part à une compétition de haut niveau. En l’espèce, il s’est agi d’une pratique citoyenne qui n’est attentatoire à strictement rien,mais ce ne fut pas du goût d’un candidat en lice. Y a-t-il au Togo une loi qui interdit cette pratique&nbsp;? En outre, il m’est fait grief d’avoir repris une dénonciation calomnieuse du Prélat relativement aux incendies des marchés de Lomé et de Kara. Or, ce propos fut cité, sous toutes réserves de droit.</p>



<p>L’énumération succincte qui précède nous a valu dès l’ouverture de la campagne électorale la foudre du pouvoir allant jusqu’au blocage des fonds de campagne attribué par l’Etat à chaque candidat. S’agissant de la levée de mon immunité parlementaire à l’Assemblée nationale, le principe du contradictoire ne fut pas respecté par la commission ayant statué&nbsp;; entachant dès lors, la procédure de levée de l’immunité parlementaire de vice de forme et de vice de fond, en raison de ce qu’il fut anormalement fait communication par le Parquet, à Madame la Présidente de l’Assemblée Nationale, d’un élément dûment manœuvré, sans respect pour le principe du contradictoire qui exige que les parties échangent leurs pièces et échangent la preuve des faits imputés.</p>



<p>Sachant que le respect du contradictoire constitue un principe fondamental de la procédure civile, de la procédure pénale et de la procédure administrative en ce que le principe du contradictoire garantit à chaque partie le droit de prendre connaissance des arguments de fait, de droit et de preuve sur le fondement desquels elle sera jugée.</p>



<p>Le non-respect du principe du contradictoire est d’ailleurs sévèrement sanctionné. En effet, le juge écarte des débats judiciaires, les éléments non communiqués à la partie défenderesse, ou communiqués tardivement ou communiqués partiellement à la partie contre laquelle sont imputés des faits et/ou agissements répréhensibles.</p>



<p>C’est sur ces entrefaites que nous avons après notre interpellation bananière, été placés sous le régime de la garde à vue,dont la durée ne fut en conformité avec le délai légal de deux (2) jours,la matière dont s’agit.Il nous fut en violation des prescriptions prévues au code de procédure pénale, imposé une prolongation de 48h de la durée de la garde à vue, qui s’étala illégalement durant quatre (4) jours, délai rallongé.Nous avons par suite été déférés au Parquet où nous avons été inculpés et remis en liberté le 25 avril 2020, sous conditions de contrôle judiciaire. Notamment la condition de ne plus revendiquer notre victoire électorale, car il fallait à marche forcée, baliser la voieà Faure Gnassingbé qui s’apprêtait à prêter serment le 3 mai 2020.</p>



<p><strong>Vous avez promis ramener la victoire à midi, une manière de parler bien sûr. Vous savez bien que Faure Gnassingbé incarne la fraude, il a utilisé contre vous les mêmes méthodes qu’auparavant. Pourquoi vous n’avez pas pu ramener la victoire aux Togolais?</strong></p>



<p>Puisque vous me reconnaissez le statut et la qualité de président démocratiquement élu, eh bien, vous avez la réponse à votre question monsieur ! Le mot d’ordre lancé aux électrices et aux électeurs pendant la campagne électorale fut largement suivi d’effets : à midi la victoire est fut établie, l’après-midi les électrices et les électeurs ont renforcé les suffrages exprimés en notre faveur et pour reprendre le propos du responsable d’une formation politique de l’opposition, je le cite mot pour mot (sic) «&nbsp;<em>Gabriel n’a pas seulement gagné,il nous a tous écrasés et s’est couché sur nous.</em>&nbsp;»</p>



<p>Qu’ainsi, gagner à près de 3 électeurs sur 4, c’est un plébiscite qui a bousculé l’agenda officiel de la CENI qui avait prévu de publier les résultats le 24 février 2020 à 20 heures. Réalisant la déferlante d’une victoire réelle et sérieuse, la CENI s’est précipitée dans un hâtif exercice de tripatouillage confus et d’inversion des résultats en violant manifestement les termes de la loi électorale qui requiert la possession matérielle de tous les procès-verbaux issus de tous les bureaux de vote, et collectés sur toute l’étendue du territoire national avant toute proclamation de résultats provisoires par la CENI.</p>



<p>Personne n’avait envisagé que mon domicile ferait l’objet de siège permanent par les forces de l’ordre et de sécurité ainsi que de voies de fait exercées avec brutalité sur des personnes se trouvant au sein de mon domicile.</p>



<p><strong>Quoiqu’on dise, votre élection a fait bouger les lignes, rien n’a été comme en 2005, 2010 ou 2015. Que feriez-vous pour la suite ? Un gouvernement complet est-il envisageable&nbsp;</strong>?</p>



<p>Récupérer par tous moyens légaux la victoire de la Dynamique pour exercer la plus Haute Charge de la gouvernance politique de la République du Togo, au bénéfice de la population togolaise prise dans ses différentes composantes. La suite va de soi, une fois que nous serons rétablis dans nos droits.</p>



<p><strong>Il y a eu des pressions sur le Togo sans que cela ne change rien. Pensez-vous pouvoir encore jouir de votre victoire, un jour ?</strong></p>



<p>La communauté internationale fait son travail, le peuple est également engagé.Nous sommes confiants quant au dénouement heureux de cette pantalonnade électorale.</p>



<p><strong>Deux raisons ont justifié le vote massif des Togolais pour vous. Votre carnet d’adresse et des contacts dans l’armée. Alors qu’est-ce qui n’a pas marché ?</strong></p>



<p>Le peuple s’est mobilisé derrière ma candidature pour deux autres raisons majeures. D’une part, l’appel du Prélat ; et d’autre part, sa présence à mes côtés pendant toute la campagne électorale en dépit de son grand âge.</p>



<p>Aussi, je rappelle que le caractère structuré de notre projet de société porté par une offre politique solide, sérieuse, précise, exigeante, étayée, financée et guidée par le souci de la vérité, de l’efficacité, de la compétence, de l’intérêt général, de la volonté d’atteindre toutes les préconisations et tous les objectifs de notre programme.</p>



<p><strong>Quel lien faites-vous avec la mort du Colonel Madjoulba et votre élection ?</strong></p>



<p>Permettez-moi de m’abstenir de tout commentaire sur une affaire extrêmement sensible. Une enquête est en cours d’instruction. Je renouvelle mes condoléances à la famille et aux proches du défunt.</p>



<p><strong>Vous avez nommé un Premier ministre, un ministre des affaires étrangères. Le regrettez-vous ? Et A quoi servent-ils aujourd’hui ?</strong></p>



<p>Ils ont permis de nourrir la résistance aux cotés de la coordination internationale de la DMK et plaidé auprès des puissances étrangères et de l’opinion internationale la pertinence de nos revendications et de notre attachement à la démocratie et à la vérité des urnes.</p>



<p><strong>Vous avez gagné les élections contre Faure Gnassingbé sans accéder encore au pouvoir. En 1998, vous faites partir de ceux qui ont aidé son père à se maintenir au pouvoir alors que Gilchrist Olympio semblait avoir remporté la présidentielle. Certains disent que vos actes vous rattrapent…</strong></p>



<p>Le monde en toute matière n’est pas statique, le monde a beaucoup changé depuis plus de deux décennies. Ce qui hier était possible et/ou envisageable ne peut plus l’être, ni être toléré en 2020. En vérité, l’élection présidentielle du 22 février 2020 s’est transformée en un référendum contre un quatrième mandat de Faure Gnassingbé dont la famille confisque la plus Haute Charge de gouvernance politique de la République du Togo depuis plus demi-siècle et régente à marche forcée le destin de la Nation togolaise. À force de vouloir ruser, le peuple l’a sèchement rappelé à l’ordre, à ses dépens.C’est aussi cela le jeu de la démocratie et le droit des peuples à librement choisir des dirigeants dignes de conduire les destinées d’un État.</p>



<p><strong>A l’heure actuelle, qui sont encore derrière vous ? Quels pays ? Quels chefs d’Etat ? Qui exactement ?</strong></p>



<p>Ils sont nombreux. Souffrez d’apprendre que je ne puisse les exposer pour l’heure.</p>



<p>L<strong>a diaspora vous a soutenu de toute sa force. Comment pouvez-vous exploiter cette potentialité et cette force ?</strong></p>



<p>Je lui rends hommage pour le travail réalisé ainsi que pour sa mobilisation qu’elle poursuit d’ailleurs avec intelligence, créativité et détermination. Je réaffirme qu’elle a sa place pleine et entière dans le dispositif envisagé pour l’émergence d’un Togo nouveau où l’éthique et la compétence seront au cœur de la nouvelle République.</p>



<p><strong>Un présumé chargé de la compilation des résultats pour vous a multiplié des sorties fracassantes. De quoi s’agit-il exactement ?</strong></p>



<p>Lorsque des individus sans foi ni loi incendièrent les marchés de Lomé et de Kara, une descente musclée des forces de sécurité intervint à mon domicile. Je fus abusivement et illicitement enlevé. Sur les médias nationaux, des individus du même acabit que le personnage dont vous évoquez le nom, prirent d’assaut tous les plateaux de radios et de télévisions pour convaincre l’opinion nationale de ce que j’étais le cerveau de cette tragédie incendiaire. Il s’ensuivit quarante (40) jours de détention pour établir mon innocence. Mettre en scène un personnage sulfureux que mes collaborateurs n’ont pas eu la vigilance de détecter tôt, me paraît dépourvu de tout intérêt. Pour la Dynamique c’est un non-événement.</p>



<p><strong>Quelle relation entretenez-vous avec Jean Pierre Fabre aujourd’hui ?</strong></p>



<p>Je ne l’ai pas revu depuis le 08 Janvier 2020 date de notre dernière rencontre chez lui à son domicile. Je sais qu’il sait que j’ai remporté l’élection présidentielle. Je le salue pour le courage qu’il a eu en rendant public un communiqué de presse à 21 heures, le soir du scrutin présidentiel, aux termes duquel il indiqua en toute clarté que nous (la Dynamique) sommes en tête de peloton de tous les candidats en lice. Du reste, à ce jour, il ne s’est pas prononcé sur les résultats définitifs.</p>



<p><strong>Dans les prochaines semaines, prochains mois, à quoi les Togolais doivent-ils s’attendre&nbsp;?</strong></p>



<p>Je leur souhaite le bonheur de vivre l’alternance politique à la plus Haute Charge politique de la République du Togo, objectif pour lequel ils se sont sacrifiés. Je leur souhaite de vivre dans la nouvelle société togolaise de justice et partage qu’ils désirent ardemment.</p>



<p><strong>Propos recueillis par MAX-SAVI Carmel</strong></p>
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		<title>TOGO2020 : Fabre, Gnassingbé et Kodjo, le trio du dernier ring, portraits croisés</title>
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				<pubDate>Tue, 07 Jan 2020 09:24:25 +0000</pubDate>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/01/IMG-20200106-WA0044-750x430.jpg" alt="" class="wp-image-12944" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/01/IMG-20200106-WA0044-750x430.jpg 750w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/01/IMG-20200106-WA0044-750x430-300x172.jpg 300w" sizes="(max-width: 750px) 100vw, 750px" /><figcaption> Fabre, Gnassingbé et Kodjo </figcaption></figure>



<p><strong>Fabre Jean-Pierre a fait toute sa carrière dans l’opposition, Gnassingbé Faure est au pouvoir depuis 15 ans et vise un 4<sup>e</sup>&nbsp;mandat, Kodjo Agbéyomé est ancien Premier ministre que vient de désigner, à travers un respecté prélat, une frange de l’opposition comme «&nbsp;<em>candidat unique</em>«&nbsp;. Trois profils aussi divers qu’opposés qui devront s’affronter pour accéder à la magistrature suprême dans un pays où la présidentielle mobilise de moins en moins les populations. Portraits croisés de trois hommes d’Etats aussi adulés que controversés, les uns que les autres.</strong></p>



<p>Sous la terrasse de son domicile à Tokoin-Forever, Agbéyomé Kodjo a pris sa part de la poussière de l’harmattan (vent piquant et poussiéreux venant du Sahara) sur son boubou brodé. L’ancien Premier ministre revient de consultations avec de nombreux leaders politiques dont les responsables de la C14. Il veut faire passer sa candidature annoncée, prise pour «&nbsp;une pilule amère&nbsp;» par une partie de l’opinion. Depuis peu maire de Golfe 4, commune du centre ville de Lomé, la capitale, Jean Pierre Fabre reçoit des pressions pour soutenir l’ancien président de l’Assemblée nationale. Mais aguerri par sa popularité incontestable, l’ancien chef de file de l’opposition n’entend pas quitter la course, «&nbsp;<em>c’est autour du plus populaire qu’il faut construire l’unité</em>&nbsp;» argue l’ancien député arrivé, en 2010 et en 2015, en 2<sup>e</sup>&nbsp;position derrière Faure Gnassingbé. Des résultats qu’il n’a de cesse de contester revendiquant sa victoire et dénonçant, comme une partie des observateurs, des fraudes massives. «&nbsp;<em>Agbéyomé Kodjo avait à peine 1% pour la seule présidentielle à la quelle il a pris part, il ne peut nous représenter</em>&nbsp;» argumente un autre maire de l’Alliance nationale pour le changement (Anc), dans l’antichambre du parti orange, membre de l’International socialiste. Pendant ce temps, Faure feint de ne pas être concerné par le choix annoncé du «&nbsp;candidat unique&nbsp;» et la candidature ou non de son éternel opposant. Dans son nouveau Palais, au nord de la Ville, il reçoit l’investiture des membres de la Cour constitutionnelle. Le président sortant sait mieux que quiconque que l’essentiel se joue avec l’institution chargée de proclamer les résultats définitifs. Et sur ce, il a une énorme avance sur ses potentiels rivaux. Lui et son parti, majoritaire au parlement, ont nommé le plus grand nombre de «&nbsp;sages&nbsp;» et il a obtenu que Abdou Assouma, le président sortant de la Cour, qui a toujours veillé à sa victoire depuis 15 ans, malgré les fraudes et irrégularités abondamment relevées par l’opposition et les observateurs européens, soit reconduit. Si l’issue du scrutin semble faire peu de doute, ce sont les surprises et rebondissements que craint le plus la majorité présidentielle qui a fait face, en 2017, au plus grand soulèvement de l’histoire récente du pays.</p>



<p><strong>Vie privée, vie publique</strong></p>



<p>Septembre 2019. Dans le salon d’honneur de l’aéroport de Lomé, Gnama Latta fait une brusque irruption. Le directeur la société aéroportuaire s’époumone à crier «&nbsp;<em>videz la salle, la première dame arrive&nbsp;!&nbsp;». Alors&nbsp;</em>qu’il crie dans le vide, une silhouette métissée à la chevelure abondante s’amène vers la piste, ignorant les zélés appels à la révérence du colonel. Quelques minutes après, les témoins de la scène sont interloqués. Et à raison car, malgré les persistantes rumeurs, aucune première dame n’existe officiellement au Togo. Même si l’Ethiopienne de 44 ans qui vient de semer la «&nbsp;panique&nbsp;» à l’aéroport est la plus influente du lot. A 53 ans, le président togolais ne se presse d’ailleurs pas pour se mettre une alliance au doigt. Baignant dans la «&nbsp;générosité moulante&nbsp;» de ses ministres, collaboratrices, conseillères et autres stars du showbiz, Faure Gnassingbé profite à fond de son célibat et de la frivolité devenue sa marque de fabrique. A l’opposé de ses deux concurrents. Catholique de droite qui ne s’en cache point et franc-maçon timidement assumé, Kodjo est père d’une famille nombreuse. 9 enfants. «&nbsp;<em>C’est d’ailleurs la force de son action politique</em>«&nbsp;, selon ses proches. Mais il les tient, autant qu’il le peut, à l’écart de la politique. Père de trois enfants, Fabre a une famille plutôt discrète qu’on ne perçoit nulle part ou presque. N’eut été une futile polémique l’année dernière, on aurait jamais su que sa fille aînée officie dans une importante banque sous régionale à Lomé. Quant à Gnassingbé, il a marché dans les pas de son feu père à qui sont attribués entre 56 et 81 enfants. «&nbsp;<em>Une quarantaine maximum en réalité</em>&nbsp;» tempère un de ses anciens barons. Le président togolais qui, célibataire, enchaîne des aventures est déjà à la tête d’une famille éclectique de 22 descendants dont la quasi-totalité, des filles. «&nbsp;<em>Trois garçons</em>&nbsp;» avance un député qui est dans le secret du président célibataire. Si dans beaucoup de pays, l’absence d’épouse serait un handicap, le président s’en accommode bien. Avec Kodjo, Gnassingbé partage la foi catholique alors que protestant évangélique, Fabre est l’un des plus pieux du lot. Plusieurs séances de prières chaque jour. Quant à Agbéyomé Kodjo, très populaire au sein de la puissante conférence épiscopale, un attachement à la laïcité fait qu’il exhibe le moins possible sa foi. Si dans deux mois l’un des trois sera à la tête du pays, ils ont des parcours différents et forts divergents.</p>



<p><strong>Parcours divergents</strong></p>



<p>Baccalauréat G2 pour Agbéyomé Kodjo au Lycée technique d’Adidogomé en 1975, puis des études d’économie à Poitiers (France), il finira par un doctorat. Après le Baccalauréat à Saint Joseph à Lomé, Jean Pierre Fabre a fait de brillantes études à Lille (France), d’abord en gestion avant de finir avec un Dess en administration des entreprises. Le parcours scolaire de Faure Gnassingbé restera des plus mystérieux. Il aurait, après avoir décroché un Bac D au Collège catholique Chaminade de Kara, 420 Km de Lomé, fait un MBA à Paris-Dauphine. Dans les archives de l’université française, aucune trace de ce supposé passage académique. Puis des études sans autres précisions aux Etats-Unis, ce qui ne l’a pourtant jamais empêché de décrocher le traducteur lors des rencontres internationales, aussitôt qu’on passe du français à l’anglais. Son premier poste ? Ministre dans le gouvernement de son père après avoir été brièvement député. Quant à Agbéyomé Kodjo, son parcours débute dès la fin des années 1980 où après quelques années dans une société d’Etat, il devient ministre de la jeunesse et des sports à 32 ans. Suivront ceux de l’intérieur mais aussi la primature après avoir été au perchoir de l’assemblée nationale. Jean Pierre Fabre a connu une brève carrière de journaliste avec La Tribune des Démocrates où l’un de ses pourfendeurs aujourd’hui, le Dr Ihou David fut calamiteux rédacteur. Après une décennie (1981 à 1991) comme secrétaire général de la plus grande entreprise d’architecture et d’urbanisme du célèbre Loccoh Donou, Fabre entre en politique où son premier poste sera celui de député, en 2007. Depuis septembre dernier, il est maire d’un arrondissement de Lomé, Golfe 4. Si on lui reproche une éloquence débridée, Fabre reste un cohérent bosseur qui a fait de la discipline un fer de lance. Quand on évoque son âge en disant vaguement « près de 70 ans », cet intrépide combattant à la moustache identifiable qui peine à vieillir rectifie  » soixante sept ans ! ». Une chose est certaine, Fabre et Agbéyomé ont fait leurs études supérieures en France, idem pour Faure Gnassingbé, à en croire son CV officiel. Mais l’un et l’autre entretiennent avec Paris des relations qui vont de la cordialité à quelques antipathiques brusqueries.</p>



<p><strong>Réseaux et liens avec la France</strong></p>



<p>Début septembre 2019. Faure Gnassingbé qui, se rendant en Asie, fait une escale à Paris pour être reçu de weekend par Emmanuel Macron a été déçu. Le jeune président français l’a snobé habillement. Pour le seul chef d’Etat francophone de l’Afrique de l’ouest à n’avoir jamais été reçu à l’Elysée, c’est un revers. Triste, il continue son voyage vers la Chine. D’ailleurs Macron n’a jamais caché sa méfiance à l’égard de Faure Gnassingbé dont il parle dans une vidéo devenue virale «&nbsp;Je ne l’ai pas reçu&nbsp;». Dans l’illusion collective et sans doute dans une certaine réalité, la France joue un rôle relativement important dans le choix des dirigeants africains. Si Kodjo est un protégé des Français, Gnassingbé semble, compte tenu des enjeux sous-régionaux, liés à la stabilité et la lutte contre le terrorisme, être le candidat naturel de Paris. Dans les coulisses diplomatiques, Le Drian, ministre des affaires étrangères et l’un des derniers clercs de la françafrique ne le cache pas. Chacun des candidats, à l’exception du président sortant, a un lien particulier avec la France. Fabre n’a cédé sa nationalité française qu’en 2013, volontairement. «&nbsp;<em>Je n’ai jamais été attaché à cette nationalité que j’ai obtenue de fait</em>&nbsp;» a-t-il confié à l’auteur de ces lignes. Fils d’un inspecteur de douane, lui aussi français, il a, comme ses frères, hérité de la citoyenneté «&nbsp;<em>de droit</em>&nbsp;» avant d’en apercevoir l’incommodité face à une carrière politique. Le droit togolais ne tolérant pas la double nationalité, Fabre a préféré rester «&nbsp;togolais&nbsp;» sans rien perdre de sa «&nbsp;francité&nbsp;» dont il partage de lointains labyrinthe avec Patrice Talon, président du Bénin qui a, lui aussi, de lointaines origines françaises. Marié à une française d’origine togolaise, Kodjo, présenté à raison comme le plus francophile, a passé trois ans d’exile dans l’hexagone, protégé par des réseaux de droite et Jacques Chirac. Mais le candidat unique désigné est «&nbsp;profondément togolais&nbsp;» et s’est refusé à toutes autres nationalités, même pendant les rudes périodes où il a eu du mal à disposer d’un passeport togolais, à cause de ses démêlées avec le régime. Si Fabre s’entiche de réseaux plutôt politiques (Elysée, Quai d’Orsay et élus français), Kodjo embrasse tout, des affaires à la politique en passant par ses frangins de loge. Sa proximité avec des hommes d’affaires de droite ne lui ont jamais fait perdre sa vocation «&nbsp;humaniste&nbsp;», ce qui le place au centre-droit pendant que Fabre est entièrement à gauche avec un brillant programme social dont il nous a brossé les grandes lignes dans un entretien fleuve. Le président sortant est un chevronné disciple de la droite, celle des affaires, celle du libéralisme à outrance avec son lot de loucheries. Faure Gnassingbé s’accommode d’ailleurs bien de ministres qui enchaînent scandales et détournement de deniers public sans crainte. Bref la droite Balkany&nbsp;! Si, en arrivant au second tour, les deux opposants peuvent compter, chacune à sa manière sur le soutien de Paris (bien que Fabre se prit peu diplomatiquement à la politique française par le passé), la France préfère maintenir la stabilité face au terrorisme dont Gnassingbé s’est fait le chantre.</p>



<p><strong>Qui président&nbsp;?</strong></p>



<p>Elu en 2010 et en 2015 avec des scores confortables (entre 62 et 66%), Faure Gnassingbé ne devrait pas, compte tenu des conditions d’organisations de la présidentielle, avoir du mal à la remporter. Il n’a pas que mainmise sur la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) dont il contrôle 14 membres sur 17, mais il a installé une Cour constitutionnelle sur mesure, à sa taille, amputée de deux de ses membres contre toutes dispositions constitutionnelles. Abdou Assouma, longtemps membre encarté du Rassemblement du peuple togolais (Rpt), parti hérité du feu dictateur Gnassingbé Eyadema, et qui dirige la cour, a toujours fait de la victoire de Gnassingbé un rituel quasi religieux qu’il reprend, avec la même passion chaque cinq ans. Mais cette année, il n’aura pas en face, uniquement Fabre. Agbyomé Kodjo, désigné «&nbsp;candidat unique&nbsp;» par une procédure critiquée par une partie de l’opposition peut créer la surprise. Comptant déjà sur le soutien de nombreux partis d’oppositions et d’une large frange de la société civile, il devrait convaincre le Parti national panafricain, Pnp de Tikpi Atchadam d’appeler à voter pour lui. Seul un tel soutien le mettra sur la voie d’un face à face avec le président sortant, sinon, Fabre devrait être au second tour. La première mission des candidats dans un contexte miné par les méthodes d’irrégularités dont Faure Gnassingbé a le secret serait d’empêcher ce dernier à passer au premier tour.</p>



<p>Les divisions au sein de Unir, parti au pouvoir, les frustrations ici et là, la mise à l’écart des anciens barons du Rpt, parti ancêtre et la fragilisation d’un président dont plusieurs sondages montrent combien les Togolais sont opposés à son 4<sup>e</sup>&nbsp;mandat devrait jouer en faveur de l’opposition. Mais avec un président qui a déjà usé de répressions militaires sanglantes pour se maintenir au pouvoir, mieux vaut ne pas vendre la peau du lièvre avant de l’avoir tué.</p>



<p><strong>MAX-SAVI Carmel, Envoyé spécial à Lomé, Afrika Stratégies France</strong></p>
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