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	<title>guerre &#8211; Tribune d&#039;Afrique</title>
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		<title>Éthiopie : le gouvernement affirme avoir repris Dessie et Kombolcha, les rebelles en difficulté</title>
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				<pubDate>Tue, 07 Dec 2021 18:43:20 +0000</pubDate>
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<p><strong>Le gouvernement éthiopien a affirmé lundi avoir repris les villes stratégiques de Dessie et de Kombolcha, dans le nord du pays, plus d&rsquo;un mois après que les rebelles tigréens du TPLF ont revendiqué s&rsquo;en être emparés. Ceux-ci assurent s&rsquo;être retirés en suivant leur propre plan. Mais ils semblent bien perdre du terrain ces derniers jours face à l&rsquo;armée éthiopienne.</strong>Le service de communication du gouvernement éthiopien a partagé, sur Twitter, les derniers succès de l&rsquo;armée. « La ville historique de Dessie et Kombolcha, cité commerçante et industrielle, ont été libérées par les vaillantes forces de sécurité », a-t-il posté sur le réseau social, lundi 6 décembre.</p>



<p>Il y a tout juste un mois, les rebelles du Front populaire de libération du Tigré (TPLF) menaçaient la capitale Addis Abeba, après avoir pris le contrôle de Dessie et de Kombolcha, situées sur une autoroute reliant la capitale au nord du pays et à Djibouti. Ils affirmaient avoir atteint Shewa Robit, à 220 kilomètres au nord-est d&rsquo;Addis Abeba.</p>



<p>Mais depuis que le Premier ministre,&nbsp;<a href="https://www.france24.com/fr/afrique/20211124-le-premier-ministre-%C3%A9thiopien-abiy-ahmed-au-front-contre-les-rebelles-du-tigr%C3%A9">Abiy Ahmed, a assuré qu&rsquo;il dirigerait désormais les opérations sur le terrain,</a>&nbsp;fin novembre, son gouvernement a revendiqué une série de victoires contre les rebelles.</p>



<p>« Le leader du FLPT, Getachew Reda, a assuré sur Twitter que le retrait des forces tigréennes des villes comme Dessie, Kombolcha et d&rsquo;autres zones dans la région Amhara était planifié et non forcé. Le TPLF avait déjà reconnu des réajustements &lsquo;tactiques&rsquo; pour minimiser la vulnérabilité de ses troupes. Mais le gouvernement éthiopien, de son côté, assure que ce sont bien des victoires militaires », rapporte Maria Gerth-Niculescu, correspondante de France 24 à Addis-Abeba.</p>



<p><strong>« Une prise d&rsquo;Addis-Abeba semble pour l&rsquo;instant abandonnée, en tout cas repoussée »</strong></p>



<p>Cité par la chaîne d&rsquo;État Ethiopian Broadcasting Corporation, Abiy Ahmed a déclaré que les rebelles avaient subi « de lourdes pertes et [étaient]&nbsp;incapables de résister à l&rsquo;assaut » de l&rsquo;armée alliée à plusieurs milices pro-gouvernement. « Nous allons battre l&rsquo;ennemi et la victoire se poursuivra », a-t-il ajouté.</p>



<p>Mercredi 1<sup>er</sup>&nbsp;décembre, le gouvernement a annoncé que les forces gouvernementales avaient repris le site de Lalibela, célèbre pour ses églises taillées dans la roche et&nbsp;<a href="https://whc.unesco.org/fr/list/18/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">inscrit au patrimoine mondial de l&rsquo;Unesco</a>, qui était&nbsp;<a href="https://www.france24.com/fr/afrique/20210805-ethiopie-au-tigr%C3%A9-les-rebelles-prennent-le-contr%C3%B4le-de-lalibela-class%C3%A9-au-patrimoine-mondial">tombé aux mains des combattants tigréens en août</a>.</p>



<p>Le chef du TPLF, Debretsion Gebremichael, a démenti dimanche le fait que le gouvernement était en train de reprendre l&rsquo;avantage, assurant que les rebelles procédaient à une réorganisation stratégique et restaient invaincus. Mais « l&rsquo;armée tigréenne semble en difficulté. Au cours des derniers jours, l&rsquo;armée gouvernementale et ses alliés ont pu avancer considérablement dans les régions Amhara et Afar », observe Maria Gerth-Niculescu.</p>



<p>« En contrôlant des villes stratégiques comme Dessie et Kombolcha, les forces tigréennes avaient pu menacer de descendre vers la capitale Addis-Abeba. Elles avaient aussi pu ouvrir des lignes d&rsquo;approvisionnement depuis la région Amhara vers le Tigré. La situation a manifestement changé. Une prise d&rsquo;Addis-Abeba semble pour l&rsquo;instant abandonnée, en tout cas repoussée », explique notre correspondante.</p>



<p><strong>Des succès à confirmer pour l&rsquo;armée pro-Abiy Ahmed</strong></p>



<p>Comment expliquer un tel basculement en faveur de l&rsquo;armée éthiopienne&nbsp;? Rien n&rsquo;est clairement établi, mais plusieurs facteurs sont à prendre en compte. « Les drones militaires de l&rsquo;armée éthiopienne ont pu considérablement affaiblir les positions tigréennes », note Maria Gerth-Niculescu.</p>



<p>« Ensuite, il y a eu une mobilisation populaire considérable pour rejoindre les rangs de l&rsquo;armée et des milices », ajoute-t-elle. Enfin, l&rsquo;implication du Premier ministre Abiy Ahmed, qui assure être sur le front en personnes, peut avoir jouer un rôle.</p>



<p>« Reste cette question autour de cette alliance entre le TPLF et l&rsquo;<a href="https://www.france24.com/fr/%C3%A9missions/focus/20211201-guerre-en-%C3%A9thiopie-l-arm%C3%A9e-de-lib%C3%A9ration-oromo-progresse-vers-addis-abeba">Armée de libération otomo</a>&nbsp;(OLA). Y aurait-il pu avoir des différends au sein de cette alliance&nbsp;? Ou bien, le TPLF a-t-il surestimé le rôle de l&rsquo;armée de libération oromo&nbsp;? Tous ces aspects restent très flous. »</p>



<p>« Il faudra voir, au cours des prochaines semaines, si le gouvernement parvient à consolider ces gains. Et, si oui, ce qu&rsquo;il adviendra au Tigré », conclut notre journaliste.</p>



<p><strong>La communauté internationale toujours inquiète face aux exactions rapportées en&nbsp;Éthiopie</strong></p>



<p><a href="https://www.france24.com/fr/%C3%A9missions/le-monde-dans-tous-ses-%C3%A9tats/20211206-l-%C3%A9thiopie-de-la-paix-%C3%A0-la-guerre">Le conflit dans le nord de l&rsquo;Éthiopie</a>&nbsp;a éclaté en novembre 2020 lorsqu&rsquo;<a href="https://www.france24.com/fr/tag/abiy-ahmed/">Abiy Ahmed</a> a envoyé des troupes dans la région du Tigré, la plus septentrionale, pour renverser le TPLF en réponse, selon lui, aux attaques de rebelles contre des camps de l&rsquo;armée. L&rsquo;escalade qui a suivi a suscité la panique des chancelleries occidentales, plusieurs pays comme les États-Unis, le Canada et la France ayant demandé à leurs ressortissants de quitter le pays au plus vite.</p>



<p>Selon l&rsquo;ONU, les combats ont fait des milliers de morts, plus de 2 millions de déplacés et plongé des centaines de milliers de personnes dans des conditions proches de la famine.&nbsp;<a href="https://www.france24.com/fr/afrique/20211103-%C3%A9thiopie-de-possibles-crimes-de-guerre-dans-le-conflit-au-tigr%C3%A9-selon-l-onu">Des massacres et des viols collectifs</a>&nbsp;commis par les deux camps ont été recensés. Jusqu&rsquo;à présent, les efforts diplomatiques déployés par l&rsquo;Union africaine pour tenter de parvenir à un cessez-le-feu n&rsquo;ont permis aucun progrès décisif.</p>



<p>Plus tôt lundi, les États-Unis et leurs alliés occidentaux ont tiré la sonnette d&rsquo;alarme, s&rsquo;inquiétant d&rsquo;informations selon lesquelles le gouvernement éthiopien aurait arrêté arbitrairement un grand nombre de personnes sur une base ethnique. « Nous sommes profondément préoccupés par les récentes informations selon lesquelles l&rsquo;État éthiopien a détenu un grand nombre de citoyens éthiopiens sur la base de leur appartenance ethnique et sans chef d&rsquo;inculpation », a indiqué le département d&rsquo;État américain dans une déclaration commune.</p>



<p>L&rsquo;Australie, le Canada, le Danemark, les Pays-Bas et le Royaume-Uni se sont joints aux États-Unis pour demander au gouvernement éthiopien de « cesser immédiatement » les arrestations, affirmant que « nombre de ces actes constitu[ai]ent probablement des violations du droit international ». Leur communiqué commun cite des informations d&rsquo;Amnesty International et de la Commission éthiopienne des droits humains faisant état d&rsquo;arrestations de Tigréens à grande échelle, dont « des prêtres orthodoxes, des personnes âgées et des mères avec leurs enfants ».</p>



<p>« Des personnes ont été arrêtées sans inculpation ni audience devant la justice et seraient détenues dans des conditions inhumaines », ont-ils ajouté, avant de réitérer leur appel à un « cessez-le-feu durable sans conditions préalables ».</p>



<p><strong>Source: France 24</strong> / <strong>Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée </strong></p>
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		<title>Ethiopie: Abiy affirme que l&#8217;armée « va détruire » les rebelles</title>
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				<pubDate>Sat, 27 Nov 2021 18:20:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
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				<description><![CDATA[Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a déclaré samedi dans une vidéo affirmant le montrer sur le champ de bataille que l&#8217;armée allait « détruire » les rebelles du Tigré, avec lesquels son gouvernement est en guerre depuis plus d&#8217;un an. L&#8217;annonce cette semaine de son départ au front pour mener les opérations militaires a notamment suscité...]]></description>
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<p><strong>Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a déclaré samedi dans une vidéo affirmant le montrer sur le champ de bataille que l&rsquo;armée allait « détruire » les rebelles du Tigré, avec lesquels son gouvernement est en guerre depuis plus d&rsquo;un an.</strong></p>



<p>L&rsquo;annonce cette semaine de son départ au front pour mener les opérations militaires a notamment suscité le soutien d&rsquo;artistes et d&rsquo;athlètes, dont le légendaire marathonien&nbsp;<a href="https://www.lepoint.fr/tags/haile-gebreselassie">Haile Gebreselassie</a>, qui ont participé samedi à une cérémonie à Addis Abeba, la capitale sur laquelle menacent de marcher les rebelles.</p>



<p>« Vous êtes en train de complètement détruire l&rsquo;ennemi, il n&rsquo;y a pas de retour en arrière sans victoire », a déclaré M. Abiy à l&rsquo;attention de l&rsquo;armée, dans une vidéo de&nbsp;34&nbsp;minutes postée samedi sur&nbsp;<a href="https://www.lepoint.fr/tags/twitter">Twitter</a>&nbsp;par le bureau du Premier ministre.</p>



<p>« Nous allons gagner, l&rsquo;ennemi se disperse, il y a des zones que nous devons contrôler », a ajouté le prix Nobel de la paix 2019. « Jusqu&rsquo;à ce que nous détruisions l&rsquo;ennemi, il n&rsquo;y aura pas de repos ».</p>



<p>Mercredi, les autorités ont annoncé sur un média d&rsquo;Etat que M. Abiy avait laissé la gestion des « affaires courantes » à son vice-Premier ministre Demeke Mekonnen.</p>



<p>Vendredi, un autre média d&rsquo;Etat a diffusé ce qu&rsquo;il disait être les premières images de M. Abiy, un ancien lieutenant-colonel, en uniforme, sur le front.</p>



<p>En plus de promettre « d&rsquo;enterrer » l&rsquo;ennemi, le Premier ministre y a assuré que l&rsquo;armée avait pris le contrôle de la ville de Kassagita (dans la région Afar, qui borde l&rsquo;est du Tigré) et prévoyait notamment de reprendre à proximité le district de Chifra, plus au nord.</p>



<p>Ces déclarations interviennent au terme d&rsquo;une semaine où les rebelles du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF) ont revendiqué d&rsquo;importants gains territoriaux, affirmant se trouver à&nbsp;220&nbsp;km d&rsquo;Addis Abeba.</p>



<p>Les communications sont coupées dans les zones de combats et l&rsquo;accès des médias indépendants y est restreint, rendant difficile toute vérification de l&rsquo;information.</p>



<h4>« Sacrifice »</h4>



<p>Mercredi, des centaines de nouvelles recrues de l&rsquo;armée ont participé à une cérémonie à Addis Abeba, où l&rsquo;un des conscrits a affirmé à l&rsquo;<a href="https://www.lepoint.fr/tags/afp">AFP</a>&nbsp;« avoir pleuré » quand le Premier ministre a annoncé rejoindre la ligne de front.</p>



<p>Le même jour, le marathonien et médaillé olympique Feyisa Lilesa a déclaré à un média officiel qu&rsquo;il irait se battre, l&rsquo;avancée des rebelles représentant une « grande opportunité » de défendre le pays.</p>



<p>Samedi, une nouvelle manifestation a rassemblé des athlètes et artistes partant rendre visite aux troupes. Parmi eux, le célèbre coureur Haile Gebreselassie a affirmé à l&rsquo;AFP être déterminé à « se sacrifier et à défendre l&rsquo;<a href="https://www.lepoint.fr/tags/ethiopie">Ethiopie</a>« .</p>



<p>Le TPLF, a-t-il ajouté, « déstabilise notre pays au-delà de sa région ».</p>



<p>La guerre a démarré au Tigré en novembre&nbsp;2020&nbsp;lorsque M. Abiy y a envoyé l&rsquo;armée fédérale afin d&rsquo;en destituer les autorités, issues du TPLF, qui défiaient son autorité et qu&rsquo;il accusait d&rsquo;avoir attaqué des bases militaires.</p>



<p>M. Abiy avait proclamé la victoire trois semaines plus tard, après la prise de la capitale régionale Mekele. Mais, en juin, le TPLF a repris l&rsquo;essentiel du Tigré et poursuivi son offensive dans les régions voisines de l&rsquo;Amhara et de l&rsquo;Afar.</p>



<p>Marquée par les atrocités et la famine, la guerre a fait plusieurs milliers de morts et plus de deux millions de déplacés.</p>



<h4>79 camions</h4>



<p>Samedi, le&nbsp;<a href="https://www.lepoint.fr/tags/pam">Programme alimentaire mondial</a>&nbsp;(PAM) des Nations unies a déclaré sur Twitter que&nbsp;79&nbsp;camions transportant de l&rsquo;aide alimentaire et des équipements sont arrivés à Mekele cette semaine.</p>



<p>« Et d&rsquo;autres sont en route », ajoute le PAM.</p>



<p>Vendredi, l&rsquo;organisation a affirmé que la situation humanitaire s&rsquo;était rapidement détériorée au Tigré, où l&rsquo;aide peine à arriver depuis des mois, mais aussi en Amhara et en Afar.</p>



<p>Selon l&rsquo;ONU, 9,4 millions de personnes souffrent de la faim dans ces trois régions.</p>



<p>La communauté internationale s&rsquo;inquiète de la récente escalade du conflit et plusieurs Etats, dont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l&rsquo;Allemagne et l&rsquo;Italie, ont appelé leur citoyens à quitter l&rsquo;Ethiopie.</p>



<p>Parmi eux également, la France prévoit de rapatrier certains ressortissants dimanche dans un vol charter.</p>



<p>L&rsquo;envoyé spécial de l&rsquo;Union africaine pour la Corne de l&rsquo;Afrique, l&rsquo;ex-président Olusegun Obasanjo, mène les efforts diplomatiques de la communauté internationale pour parvenir à arracher un cessez-le-feu, mais peu de progrès ont été enregistrés jusqu&rsquo;à présent.</p>



<p><strong>Source: Le Point Afrique/ Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>La délicate « neutralité » de la Tunisie dans la guerre en Libye</title>
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				<pubDate>Fri, 12 Jun 2020 13:21:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/10/kais-1024x578.jpg" alt="" class="wp-image-10542" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/10/kais.jpg 1024w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/10/kais-300x169.jpg 300w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/10/kais-768x434.jpg 768w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Kais Saied</figcaption></figure>



<p><strong>L’escalade des ingérences étrangères dans la guerre en Libye a réveillé à Tunis le clivage assoupi autour de l’islam politique.</strong></p>



<p>«&nbsp;<em>La Tunisie tient autant à sa souveraineté qu’à celle de la Libye et ne sera la base arrière d’aucun camp</em>.&nbsp;» C’est un vœu pieux que Kaïs Saïed, président de la République, a exprimé vendredi 5&nbsp;juin à Emmanuel Macron lors d’un échange téléphonique. Il est assurément difficile pour Tunis de demeurer à l’abri de la guerre en Libye, qui fracture de plus en plus la géopolitique régionale.</p>



<p>Faut-il soutenir le maréchal Khalifa Haftar qui a déclenché en avril 2019 l’assaut contre Tripoli au nom de la lutte « <em>anti-islamiste </em>» et « <em>anti-terroriste</em> » ? Ou plutôt le gouvernement d’« accord national » (GAN) de Faïez Sarraj, reconnu par la communauté internationale et qui prétend défendre la « <em>démocratie </em>» contre la «<em> dictature militaire </em>» ?</p>



<p>«&nbsp;<em>On retrouve de plus en plus l’injonction de choisir entre deux grandes écoles de pensée, militairement opposées, dans la rhétorique des différentes factions politiques en Tunisie</em>&nbsp;», note Jalel Harchaoui, chercheur à l’Institut des relations internationales de Clingendael (Pays-Bas). La Tunisie se trouve ainsi comme sommée de choisir entre les deux axes régionaux auxquels sont affiliés les belligérants libyens.</p>



<p>D’un côté, les régimes conservateurs arabes pro-Haftar, à l’instar des Emirats arabes unis (EAU), de l’Egypte et de l’Arabie saoudite, trois Etats qui préconisent, selon le chercheur, «&nbsp;<em>un autoritarisme totalement vertical, sans aucune place à la société civile ou au multipartisme</em>&nbsp;». Cette coalition est soutenue, pour des raisons différentes et à des degrés divers, par la Russie et la France.</p>



<h4>Des «&nbsp;forces malignes&nbsp;» dans la région</h4>



<p>Dans le camp d’en face – pro-GAN de Tripoli –, s’activent la Turquie d’Erdogan issue de la matrice de l’islam politique,&nbsp;<em>«&nbsp;un régime parlementaire de plus en plus autoritaire, mais qui n’a rien à voir avec le régime saoudien</em>&nbsp;», selon M.&nbsp;Harchaoui, et le Qatar, proche des Frères musulmans.</p>



<p>Ces deux camps opposés s’accordent sur un point, assure M. Harchaoui : « <em>La présomption que la Tunisie ne doit pas rester comme elle est. » « Son modèle pluraliste et démocratique est de moins en moins toléré</em> », ajoute-t-il. Au-delà du choix imposé entre ces deux autoritarismes sunnites, ce sont les Etats-Unis qui ont récemment tenté de mettre la Tunisie devant le fait accompli.</p>



<p>Dans un communiqué d’Africom – le commandement de l’armée américaine pour l’Afrique – diffusé le 29&nbsp;mai, la Tunisie était implicitement classée du côté américain, contre les «<em>&nbsp;forces malignes&nbsp;</em>» dans la région, avec en ligne de mire les Russes qui, selon Africom, «&nbsp;<em>jettent de l’huile sur le feu sur le conflit libyen</em>&nbsp;».</p>



<p>La Turquie a été plus insistante encore ainsi que l’avait illustré une visite d’Erdogan à Tunis fin décembre&nbsp;2019. «&nbsp;<em>Quand Erdogan arrive dans la capitale tunisienne accompagné de son chef des renseignements et de hauts gradés, cela est fait sciemment&nbsp;</em>» dans le but de forcer la main des autorités tunisiennes. «&nbsp;<em>Dans la narration politique des puissances étrangères, notamment occidentales, on retrouve le thème du manque de préparation du président Kaïs Saïed</em>,<em>présenté comme un naïf et un maladroit&nbsp;</em>», rapporte Jalel Harchaoui. Ce cynisme perceptible au sein des deux coalitions étrangères intervenant en Libye est&nbsp;<em>«&nbsp;dangereux&nbsp;»</em>, ajoute le chercheur, car la présidence tunisienne pourrait en être déstabilisée<em>.</em></p>



<h4>Tensions avivées</h4>



<p>L’injonction de prendre position sur le dossier miné de la Libye, c’est précisément ce que Kaïs Saïed tente d’éviter. Youssef Chérif, chercheur en relations internationales, voit toutefois dans la posture de la présidence tunisienne «<em>&nbsp;une neutralité passoire</em>&nbsp;», car «<em>&nbsp;il est délicat de tout contrôler dans un contexte démocratique</em>&nbsp;».</p>



<p>L’élection de Kaïs Saïed à l’automne 2019 avait rebattu les cartes du jeu politique tunisien en court-circuitant le clivage entre «<em> islamistes</em> » et «<em> modernistes</em> ». Dépourvu d’expérience politique notoire, de réseau à l’international et de structure partisane, M. Saïed présentait un profil nouveau qui lui a permis de gagner le scrutin. Mais il n’a pas tardé à être confronté à ces mêmes logiques partisanes sur le terrain des relations extérieures.</p>



<p>Les tensions se sont notamment avivées autour du dossier libyen. «<em>&nbsp;Le chef de l’Etat ne s’intéresse pas à la diplomatie,&nbsp;</em>souligne M.&nbsp;Chérif.<em>&nbsp;Il laisse les cadres du ministère des affaires étrangères gérer les affaires courantes. Mais il ne veut pas laisser des personnes extérieures à ce ministère s’aventurer dans les relations étrangères</em>&nbsp;».</p>



<p>Ainsi, l’activisme sur la scène régionale de Rached Ghannouchi, président d’Ennahda, parti issu de la matrice islamiste, a-t-il été gênant pour le chef de l’Etat. Président de l’Assemblée, M.&nbsp;Ghannouchi voit ses actions revêtir un caractère officiel, bien que la diplomatie ne relève pas de ses prérogatives. L’un de ces gestes les plus critiqués en Tunisie, notamment de la part du courant nationaliste arabe hostile aux Frères musulmans, a été son appel téléphonique félicitant Faïez Sarraj, le chef du GAN de Tripoli, au lendemain de la prise le 18&nbsp;mai de la base aérienne d’Al-Watiyah en Tripolitaine, jusque-là tenue par les forces pro-Haftar.</p>



<h4>Bipolarisation idéologique</h4>



<p><em>« M.&nbsp;Ghannouchi évolue toujours dans le même réseau turco-qatari qui était le sien avant de devenir président de l’Assemblée&nbsp;»,&nbsp;</em>préciseAdnan Mancer, président du Centre d’études stratégiques sur le Maghreb (Cesma).M.&nbsp;Ghannouchi a nourri<em>&nbsp;«&nbsp;une rivalité sur cet axe avec le président Saïed&nbsp;»,</em>&nbsp;ajoute M.&nbsp;Mancer, qui fut directeur de cabinet entre 2011 et 2013 de l’ancien chef d’Etat Moncef Marzouki.</p>



<p>Les députés n’ont pas longtemps résisté à l’internationalisation des débats internes. Mercredi 3 juin, l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) s’est durement polarisée sur la question libyenne, avec les partisans de l’axe turco-qatarien (pro-Sarraj) échangeant des invectives avec les supporteurs de l’axe émiro-russe (pro-Haftar), lors d’un débat de vingt heures autour d’une résolution dénonçant « <em>toute intervention étrangère en Libye »</em>.</p>



<p>Le texte avait été déposé par Abir Moussi, la présidente du Parti destourien libre (PDL), nostalgique du régime de Zine El-Abidine Ben Ali, renversé par la révolution de 2011. En réalité, seul l’interventionnisme turco-qatari était nommément critiqué.</p>



<p>S’alignant sur le discours émirien, M<sup>me&nbsp;</sup>Moussi a tiré à boulets rouges sur M.&nbsp;Ghannouchi et son parti Ennahda, décrié comme un satellite de&nbsp;<em>«&nbsp;l’organisation internationale des Frères musulmans&nbsp;»</em>&nbsp;et coupable à ses yeux de déloyauté à l’égard de la patrie. Si sa résolution a échoué à recueillir une majorité, elle a néanmoins rassemblé 94&nbsp;voix, soit un soutien allant bien au-delà du seul groupe parlementaire du PDL (16&nbsp;élus). Aussi, M<sup>me&nbsp;</sup>Moussi peut-elle se targuer d’un succès relatif. Elle aura réussi à imposer ses termes du débat et fixé la ligne de démarcation opposant les&nbsp;<em>«&nbsp;anti-Frères musulmans&nbsp;»</em>&nbsp;aux&nbsp;<em>«&nbsp;satellites d’Ennahda&nbsp;»</em>&nbsp;qui cautionneraient les interventions étrangères.</p>



<p>Ainsi, la bipolarisation idéologique qui avait fracturé la Tunisie en 2013 autour de l’islam politique a-t-elle ressurgi à la faveur de cette controverse libyenne. Une autre voie est-elle possible ? Le Courant démocrate, un parti social-démocrate affilié à la coalition gouvernementale et qui s’était fait connaître dans la lutte anticorruption, a tenté d’offrir une alternative en ne prenant pas part au vote de l’ARP. Mais l’option, inaudible, ne lui a attiré que des critiques, laissant béante la nouvelle fracture.</p>



<p><strong>Source: Le Monde Afrique/Mis en : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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