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	<title>entretien &#8211; Tribune d&#039;Afrique</title>
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	<description>Tout un continent en un seul clic</description>
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	<title>entretien &#8211; Tribune d&#039;Afrique</title>
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		<title>Emmerson Mnangagwa : « Au Zimbabwe, le régime a changé ! Les discussions avec le gouvernement actuel doivent s’ouvrir »</title>
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				<pubDate>Tue, 05 Apr 2022 19:26:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
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<p> <strong>Emmerson Mnangagwa, le président zimbabwéen, surnommé le « crocodile », pourrait bientôt être reconduit à la tête de son parti pour briguer un second mandat en 2023. C&rsquo;est bardé de son incontournable écharpe aux couleurs nationales qu&rsquo;il revient, pour La Tribune Afrique, sur les impacts économiques de la guerre en Ukraine et sur l&rsquo;implication du Zimbabwe dans la lutte contre le terrorisme au Mozambique, sur fond de sanctions internationales.</strong></p>



<p><strong>La Tribune Afrique : Dans quelle mesure la guerre russo-ukrainienne se fait-elle déjà ressentir au Zimbabwe ?</strong></p>



<p><strong>Emmerson Mnangagwa, président du Zimbabwe</strong>&nbsp;: L&rsquo;envolée des prix du carburant impacte notre économie. Ce constat est le même pour tous les pays qui importent du pétrole. Les prix ont légèrement baissé ces derniers jours, mais nous ignorons s&rsquo;ils vont se stabiliser à ce niveau. Toujours est-il que cette tendance nous a permis de réduire les prix du carburant. Les impacts de cette crise se répercutent aussi au niveau de nos importations d&rsquo;engrais de Russie et du blé d&rsquo;Ukraine (&#8230;) Il y a peu, notre production céréalière ne nous permettait de couvrir que deux mois de notre consommation annuelle, mais grâce à notre programme de redistribution des terres associé à nos travaux d&rsquo;irrigation, le niveau de nos importations a significativement baissé. A ce jour, nous ne devons plus importer qu&rsquo;un mois de notre consommation annuelle. Nous œuvrons activement au renforcement de nos capacités de production afin d&rsquo;atteindre l&rsquo;autosuffisance alimentaire et nous pouvons d&rsquo;ores et déjà nous féliciter des bons résultats qui découlent directement des réformes engagées.</p>



<p><strong>De quelles façons les sanctions internationales à l&rsquo;encontre du Zimbabwe impactent-elles le développement national&nbsp;?</strong></p>



<p>Nous faisons l&rsquo;objet de sanctions depuis plus de deux décennies. Elles ont limité notre commerce avec la communauté internationale et entraîné une crise profonde qui ne nous a pas permis de rembourser notre dette, ni d&rsquo;être en mesure de répondre à nos besoins alimentaires. Au Zimbabwe, le régime a changé&nbsp;! Les discussions avec le gouvernement actuel doivent s&rsquo;ouvrir. Nous avons commencé à rembourser une petite partie de notre dette auprès de la Banque mondiale depuis l&rsquo;année dernière. La situation progresse. Nous avons récemment participé au Sommet Union africaine (UA)-Union européenne (UE) à Bruxelles et nous entretenons de bonnes relations avec la France, l&rsquo;Allemagne, le Portugal, la Belgique, l&rsquo;Italie, l&rsquo;Espagne et nombre de pays européens. (&#8230;) Aujourd&rsquo;hui, notre objectif principal repose sur le renforcement de notre compétitivité sur le marché international. Nous voulons attirer les investisseurs et pour ce faire, nous nous attelons à créer les conditions favorables pour un environnement des affaires attractif.</p>



<p><strong>Les relations bilatérales entre la Russie et le Zimbabwe expliquent-elles votre abstention aux Nations unies pour condamner l&rsquo;invasion russe en Ukraine ?</strong></p>



<p>Il est vrai que nous collaborons aux niveaux politique et économique avec la Fédération de Russie, cependant notre décision n&rsquo;est pas motivée par des considérations de nature économique. Notre abstention le 23 mars dernier aux Nations Unies, se justifie avant tout, par le fait que nous estimons que le dialogue reste la meilleure solution pour arriver à un règlement du conflit entre les deux pays.</p>



<p><strong>Vous avez décidé de vous impliquer dans la lutte contre le terrorisme à Cabo Delgado, au Mozambique. Une levée des sanctions permettrait-elle une plus grande implication du Zimbabwe dans la région&nbsp;?</strong></p>



<p>Le Zimbabwe est un membre de la Communauté de développement de l&rsquo;Afrique australe (SADC) et c&rsquo;est dans ce cadre que nous soutenons nos frères et sœurs du Mozambique dans leur lutte contre le terrorisme à Cabo Delgado. De plus, nous ne pouvons pas attendre que les insurgés arrivent chez nous. Au niveau régional, notre pays dispose d&rsquo;une grande expérience et d&rsquo;une connaissance du terrain qui lui permettent de faire face aux insurgés, mais nos capacités d&rsquo;intervention sont limitées par les sanctions et par l&#8217;embargo sur les armes dont nous faisons l&rsquo;objet (&#8230;) Lorsque les forces d&rsquo;intervention de la SADC seront parties, il faudra bien que le Mozambique garantisse sa sécurité et sécurise ses frontières, c&rsquo;est la raison pour laquelle nous l&rsquo;assistons en matière de renforcement de ses capacités. Nous avons déjà formé un bataillon qui est actuellement déployé dans la région de Cabo Delgado, en mobilisant 304 de nos instructeurs. Toutefois, nous ne sommes pas en mesure d&rsquo;apporter une assistance supplémentaire, car nous n&rsquo;en avons pas les capacités techniques. A l&rsquo;heure actuelle, nous sommes donc dans l&rsquo;incapacité de jouer pleinement notre rôle dans la lutte contre le terrorisme régional en raison des sanctions internationales.</p>



<p><strong>Au regard de la menace sécuritaire au Mozambique, une intervention multinationale sur le terrain impliquant des acteurs occidentaux&nbsp;est-elle envisageable ?</strong></p>



<p>Je pense que les Etats-Unis tout comme l&rsquo;EU ne souhaitent pas intervenir militairement sur le terrain. Il y a bien sûr des intérêts commerciaux considérables dans la région de Cabo Delgado. C&rsquo;est notamment le cas de la France qui y développe un projet à plusieurs milliards de dollars (le projet de construction d&rsquo;une usine de GNL par TotalEnergies pour un coût de 20 milliards de dollars, ndlr). Néanmoins, il me semble plus indiqué pour les Etats-Unis ou pour l&rsquo;UE de supporter le Mozambique en participant au renforcement de ses capacités, mais aussi à celles du Zimbabwe, de la Zambie ou du Malawi qui disposent d&rsquo;une grande connaissance du terrain et des cultures locales, afin de stopper l&rsquo;expansion de la menace djihadiste. Nous devons régler ce problème par nous-mêmes, mais s&rsquo;ils veulent vraiment s&rsquo;engager contre ces islamistes alors ils sont les bienvenus&#8230;</p>



<p><strong>Ces deux dernières années, le nombre de mosquées au Zimbabwe a augmenté de façon exponentielle, passant de 46 à 400. Quel est le risque d&rsquo;une radicalisation islamique sur le territoire zimbabwéen&nbsp;?</strong></p>



<p>Nous disposons d&rsquo;une constitution démocratique qui garantit la liberté religieuse. Elle s&rsquo;applique à toutes les religions. J&rsquo;ai personnellement rencontré les chefs religieux musulmans du Zimbabwe et ils ont tous unanimement condamné les attaques des insurgés. Il ne faut pas oublier que les djihadistes tuent et décapitent aussi les musulmans modérés qui sont très affectés par ce qu&rsquo;il se passe au Mozambique (&#8230;) Il est un fait que le nombre de mosquées au Zimbabwe a récemment augmenté et nous y sommes attentifs, car nous voulons nous assurer qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas derrière ce phénomène, un agenda caché. Pour l&rsquo;instant nous n&rsquo;avons pas eu vent d&rsquo;une quelconque menace sur notre territoire.</p>



<p><strong>Quel regard portez-vous sur l&rsquo;implication des soldats rwandais au Mozambique&nbsp;?</strong></p>



<p>Chaque pays a le droit d&rsquo;entretenir les relations bilatérales qu&rsquo;il souhaite avec un pays ami. La présence militaire du Rwanda a fait suite aux attaques de Cabo Delgado autour des sites industriels et la mission du Rwanda au Mozambique est de lutter contre les insurgés. Pour conduire leur mission à bien, les soldats rwandais devront se fondre dans la population locale.</p>



<p><strong>Comment interprétez-vous les résultats&nbsp;</strong><strong>des élections partielles qui se sont déroulées il y a quelques jours&nbsp;?</strong></p>



<p>Le 26 mars dernier, les électeurs étaient appelés à voter pour élire 28 représentants à l&rsquo;Assemblée nationale, à la suite de plusieurs décès et d&rsquo;un changement de parti dans l&rsquo;opposition qui nécessitait la tenue d&rsquo;un nouveau scrutin, conformément à notre Constitution. Nous avons réussi à reprendre deux sièges à l&rsquo;opposition. Le jour même, se déroulaient des élections locales et nous sommes parvenus à maintenir nos positions. C&rsquo;est donc un résultat encourageant dans la perspective des élections générales qui se tiendront l&rsquo;année prochaine.</p>



<p><strong>Qu&rsquo;est-ce qui vous pousserait à briguer un second mandat à la présidentielle de 2023&nbsp;?</strong></p>



<p>Quand nous sommes devenus indépendants, il n&rsquo;y avait aucune limitation de mandats. Depuis 2018, la nouvelle Constitution autorise deux mandats présidentiels. Arrivant au terme de mon premier mandat, je pourrais donc légitimement en briguer un second. Le Zanu-PF se réunira cette année pour désigner son président. Si je suis investi par mon parti alors je serai automatiquement candidat à l&rsquo;élection présidentielle (&#8230;) Notre priorité portera alors sur la modernisation de notre agriculture, car le Zimbabwe est doté de terres fertiles qui sont mises à mal par le changement climatique. Il nous faudra également moderniser notre appareil de production, en particulier dans le secteur des mines. Nous mettrons aussi l&rsquo;accent sur l&rsquo;éducation, l&rsquo;innovation et les sciences afin que notre jeunesse puisse être compétitive dans le monde technologique de demain.</p>



<p><strong>Source: La Tribune Afrique/Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>Burkina : le lieutenant-colonel Damiba s’est entretenu avec les chefs d’état-majors de la Cedeao</title>
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				<pubDate>Sun, 30 Jan 2022 18:45:51 +0000</pubDate>
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				<description><![CDATA[Une délégation de chefs des armées de la Cedeao, a rencontré samedi à Ouagadougou les membres de la junte qui a pris le pouvoir au Burkina Faso, au lendemain de la suspension de ce pays des instances de l’organisation Le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR, junte), « a réaffirmé son engagement...]]></description>
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<p><strong>Une délégation de chefs des armées de la Cedeao, a rencontré samedi à Ouagadougou les membres de la junte qui a pris le pouvoir au Burkina Faso, au lendemain de la suspension de ce pays des instances de l’organisation</strong></p>



<p>Le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR, junte), « a réaffirmé son engagement vis-à-vis des organisations sous-régionales et internationales », indique un communiqué signé de la « direction de la communication de la Présidence du Faso ». Il ajoute qu’à l’issue de la rencontre « les chefs d’état-major des pays membres de la Cedeao ont eu un bref entretien avec <a href="https://www.jeuneafrique.com/1304068/politique/burkina-les-premiers-pas-du-lieutenant-colonel-damiba-a-la-tete-de-letat/">le chef de l’État, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba</a> ».</p>



<p>La délégation qui doit rester jusqu’à dimanche, est composée d’officiers béninois, togolais et ghanéens et est conduite par le commissaire Paix et Sécurité de la Cedeao, le diplomate béninois Francis Béhanzin. «&nbsp;Il s’agit (pour la délégation) d’évaluer la situation avant l’arrivée d’une autre mission la semaine prochaine&nbsp;», a indiqué une source sécuritaire.</p>



<p>Cette visite précède l’envoi lundi d’une mission ministérielle de la Cedeao.&nbsp;<a href="https://www.jeuneafrique.com/1304287/politique/coup-detat-au-burkina-la-cedeao-suspend-le-pays-mais-ne-le-sanctionne-pas-encore/">L’organisation ouest-africaine a suspendu vendredi le Burkina de ses instances</a>, et exigé la libération du président renversé Roch Marc Christian Kaboré, placé en résidence surveillée, ainsi que des autres responsables arrêtés.</p>



<h4>Sommet à Accra</h4>



<p>Un nouveau sommet de la Cedeao est prévu le 3 février à Accra, et étudiera le compte-rendu de ces missions. L’organisation décidera alors d’imposer ou non d’autres sanctions comme elle l’a fait pour le Mali et la Guinée, où des militaires ont récemment pris le pouvoir.</p>



<p>Cinq jours après sa prise de pouvoir, le lieutenant-colonel Damiba n’a pris publiquement la parole qu’une seule fois, jeudi soir dans une allocution à la télévision nationale. Il a notamment indiqué que son pays avait « plus que jamais besoin de ses partenaires ». Le pays est confronté à une grave crise sécuritaire depuis 2015, notamment dans le nord et l’est du pays.</p>



<p>Dans le sillage du Mali et du Niger, le Burkina Faso est pris dans une spirale de violences attribuées à des groupes armés jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique, qui ont fait plus de 2 000 morts et contraint au moins 1,5 million de personnes à fuir leurs foyers. Plusieurs attaques récentes particulièrement meurtrières avaient suscité l’exaspération de la population qui reprochait à l’ex-président Kaboré de ne pas réussir à endiguer cette crise.</p>



<p><strong>Source: Jeune Afrique/Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>Femmes, finance, relance, Zlecaf…, les convictions d’Evelyne Tall [Entretien]</title>
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				<pubDate>Thu, 28 Jan 2021 19:00:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[Economie]]></category>
		<category><![CDATA[entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Évelyne Tall]]></category>
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				<description><![CDATA[A 62 ans, la Sénégalaise Evelyne Tall a su marquer l’histoire de la finance africaine. Banquière émérite forte de 36 ans d’expérience dont une majeure partie passée à contribuer à l’édifice continental du premier groupe bancaire panafricain, elle s’est depuis lancée dans le conseil en stratégie financière dans l’objectif de susciter de nouveaux champions grâce...]]></description>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/01/evelyne-tall.jpg" alt="" class="wp-image-21063" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/01/evelyne-tall.jpg 612w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/01/evelyne-tall-300x150.jpg 300w" sizes="(max-width: 612px) 100vw, 612px" /></figure>



<p>A 62 ans, la Sénégalaise Evelyne Tall a su marquer l’histoire de la finance africaine. Banquière émérite forte de 36 ans d’expérience dont une majeure partie passée à contribuer à l’édifice continental du premier groupe bancaire panafricain, elle s’est depuis lancée dans le conseil en stratégie financière dans l’objectif de susciter de nouveaux champions grâce à la mobilisation de l’investissement, tout en acceptant récemment la présidence de CGF Bourse. Très concernée par les évolutions à travers l’Afrique, aussi bien au sujet des femmes dans le monde financier, que la place de la finance dans la relance ou encore le très stratégique agenda de la Zlecaf, l’ex-numéro deux du groupe Ecobank livre, à La Tribune Afrique, ses convictions…sans concession.</p>



<p><strong>La Tribune Afrique&nbsp; &#8211;&nbsp; Considérée comme l&rsquo;une des femmes les plus influentes de l&rsquo;univers&nbsp;bancaire&nbsp;continental, vous avez récemment accepté la présidence de CGF Bourse au Sénégal. Qu&rsquo;est-ce qui vous a motivé et comment vivez-vous cette immersion dans le secteur boursier, vous qui avez arpenté celui de la banque pendant une trentaine d&rsquo;années&nbsp;?</strong></p>



<p><strong>Evelyne Tall&nbsp; &#8211;</strong>&nbsp; Je ne sais pas si je fais partie des plus influentes du continent, mais très engagée dans la banque, je l&rsquo;ai été. Toute ma vie professionnelle a été au sein de la banque. Et lorsque vous êtes dans la banque, vous dans la finance et vous êtes dans ce que j&rsquo;appelle le poumon de l&rsquo;économie, puisque les services financiers doivent être là, structurés, pour pouvoir permettre de financer le développement économique et social de nos pays. Et pour moi, les différents acteurs dans le système financier sont complémentaires et surtout en Afrique. Au stade de développement où on en est, plus on a d&rsquo;acteurs, plus on donne le choix à des PME- PMI, à de grandes entreprises, aux Etats et à des individus pour structurer leurs financements. Le marché financier est donc complémentaire aux banques. Le marché financier comme la banque draine de l&rsquo;épargne, la fait fructifier et permet à cette épargne de financer l&rsquo;économie réelle. De ce fait, aller de la banque à la présidence de CGF Bourse, pour moi c&rsquo;est une continuation dans les finances. D&rsquo;ailleurs tous les grands groupes bancaires dans la sous-région ont des sociétés de gestion et d&rsquo;intermédiation, y compris le groupe pour lequel je travaillais. Nous avons donc l&rsquo;habitude de côtoyer les acteurs du marché financier.</p>



<p><strong>Justement ex-directrice générale adjointe du Groupe Ecobank, vous avez été en Afrique francophone la première femme à avoir occupé une si haute fonction au sein d&rsquo;un groupe bancaire aussi important. Quelle est votre plus grande leçon apprise durant ce parcours&nbsp;?</strong></p>



<p>&#8230; D&rsquo;un groupe bancaire aussi important, on peut le dire. Mais je tiens à souligner qu&rsquo;il y a une femme qui a été directeur général d&rsquo;un groupe bancaire dans la sous-région. Ceci dit, nous ne sommes malheureusement pas nombreuses à avoir atteint ce niveau en Afrique de l&rsquo;Ouest francophone. Mais la plus grande leçon que je retiens est que dans la vie, l&rsquo;expertise et éthique peuvent&nbsp;permettre&nbsp;d&rsquo;atteindre les plus hauts niveaux de décision. Mais tout cela est un parcours. Et ce parcours d&rsquo;acquisition d&rsquo;expertise et de mise en service de celle-ci nécessite, selon moi, de la résilience, du courage. Aller dans une entreprise transnationale et dire que nous voulions construire un groupe bancaire dans toute l&rsquo;Afrique subsaharienne, à l&rsquo;époque, très peu de banques qui avaient cette vision. Et je fais partie de l&rsquo;équipe qui a réalisé l&rsquo;expansion du groupe pour lequel je travaillais.</p>



<p>Il faut dire que les cercles financiers sont très masculins, surtout à mon époque. Mais pour moi, voilà la plus grande leçon. Et peut-être subsidiairement, il faut espérer qu&rsquo;on soit de plus en plus nombreuses, qu&rsquo;il y ait de plus en plus de femmes qui prennent ces postes de responsabilité parce que plus nous serons nombreuses à faire nos preuves, plus nous donnerons de l&rsquo;espoir à des milliers de jeunes femmes qui, aujourd&rsquo;hui, se posent encore des questions, et ce à juste titre d&rsquo;ailleurs, sur les limites du plafond de verre.</p>



<p><strong>Quelles aptitudes les femmes devraient-elles développer pour davantage briser le plafond de verre&nbsp;au sein des institutions financières&nbsp;?</strong></p>



<p>Je pense qu&rsquo;il faut que les femmes se disent que jusqu&rsquo;à présent, pour être maintenues dans une position, il faut qu&rsquo;elles montrent qu&rsquo;elles sont légitimes, plus légitimes que d&rsquo;autres. Cela peut signifier travailler souvent beaucoup plus, pas forcément pour une reconnaissance immédiate. Pour moi, il est donc important de viser l&rsquo;excellence pour une femme et d&rsquo;avoir un très haut niveau d&rsquo;éthique. Dans le même temps, il y a cette obligation que les femmes ont de la double tâche, parce qu&rsquo;elles ont une vie à double facette. Et moi j&rsquo;ai toujours dit que je n&rsquo;ai jamais voulu être uniquement la meilleure exécutive, j&rsquo;ai également toujours voulu être la meilleure fille, la meilleure sœur, la meilleure maman, la meilleure épouse, la meilleure amie et une excellente citoyenne, tout simplement pour être complète. Il faut pouvoir gérer tous les bords et avancer. C&rsquo;est cela qui décourage beaucoup de femmes. Mais je pense qu&rsquo;avec une bonne organisation et beaucoup de solidarité entre nous, parce qu&rsquo;on n&rsquo;en a pas assez, plus de femmes pourront briser ce plafond de verre, que souvent elles s&rsquo;imposent elles-mêmes. Ça, il faut qu&rsquo;on se dise la vérité.</p>



<p><strong>Que voulez-vous dire ?</strong></p>



<p>Souvent on se dit, il y a un plafond de verre, je n&rsquo;y arriverai pas. Au lieu de se dire comment vais-je le briser, comment vais-je le repousser&nbsp;? Donc, cela sert d&rsquo;excuse pour s&rsquo;arrêter et se dire&nbsp;:&nbsp;<em>«&nbsp;Ok, j&rsquo;ai atteint un niveau intermédiaire, c&rsquo;est bon, je peux juste m&rsquo;occuper de mes enfants, une fois que je les ai envoyés faire des études, j&rsquo;ai construit une maison j&rsquo;ai deux voitures, c&rsquo;est bon&nbsp;»</em>. Alors qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de cela. Lorsqu&rsquo;on prend des responsabilités dans la vie, on a un impact sur plusieurs facettes de la société. Cela va donc au-delà de gagner de l&rsquo;argent, d&rsquo;avoir un titre. Que ce soit dans le monde financier, le secteur privé ou en politique, il s&rsquo;agit d&rsquo;avoir un impact. Si on veut avoir un impact, il n&rsquo;y aura aucun plafond de verre que vous n&rsquo;essaierez pas de briser. Je ne dis pas que tout le monde va y arriver, mais il faut essayer.</p>



<p><strong>En plus de 30 ans de carrière, vous avez également eu des responsabilités au sein d&rsquo;une multinationale bancaire comme Citibank. Dans ce milieu financier encore dominé par la gente masculine, quelle aura été finalement votre plus grosse frustration en tant que femme&nbsp;?</strong></p>



<p>C&rsquo;est le manque de mentor. Clairement. Je n&rsquo;avais pas de mentor masculin, je crois qu&rsquo;ils ne savaient pas comment s&rsquo;y prendre. Ils ne proposaient pas, je n&rsquo;y allais pas non plus. Il n&rsquo;y avait pas de femme qui pouvait me servir de modèle (peut-être qu&rsquo;elles étaient dans leurs propres combats), qui pouvait se retourner et m&rsquo;accompagner dans le combat que j&rsquo;ai mené.</p>



<p>Ce que je dois dire sans aucune amertume, mais c&rsquo;est une frustration, est que j&rsquo;ai globalement effectué ce parcours professionnel dans une grande solitude.</p>



<p><strong>Vous arborez depuis quelques années la casquette d&rsquo;entrepreneur, puisque vous avez fondé votre propre société de conseil en stratégie et finance. Pour quelles raisons vous a-t-il paru nécessaire d&rsquo;investir dans ce domaine (conseil)&nbsp;?</strong></p>



<p>Je suis un tout petit entrepreneur. Mon travail consiste à créer des entrepreneurs, les aider à se développer et créer des champions. Personnellement, j&rsquo;ai besoin de transmission et pour cela il faut mettre son expertise ou mieux fédérer les expertises pour pouvoir favoriser l&rsquo;investissement en Afrique, qu&rsquo;il soit étranger ou local. Donc, l&rsquo;ADN de ma société, c&rsquo;est le partenariat. Je ne crois pas qu&rsquo;il faut que j&rsquo;avance seule. Au contraire, il me faut fédérer les expertises pour avoir le maximum d&rsquo;impact.</p>



<p><strong>A votre avis, quelles sont les plus grandes valeurs que devrait développer tout entrepreneur dans le monde de la finance, surtout en ce moment où le continent s&rsquo;éveille ?</strong></p>



<p>Les valeurs sont très profondes. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;aptitudes. Quand on parle valeurs, pour moi, l&rsquo;éthique vient en premier. Il n&rsquo;y a rien de durable sans éthique. Quand on a 20 ans, on se dit 60 ans c&rsquo;est très loin, pourtant ça va très vite, et c&rsquo;est ce que vous laisserez après votre passage qui est important. Quelles auront été les valeurs que vous avez respectées et qui ont entouré votre démarche&nbsp;? J&rsquo;ai parlé de courage plus haut et enfin la résilience, une valeur qu&rsquo;il faut forcément développer, surtout en ces temps difficiles que le monde traverse.</p>



<p><strong>Justement, l&rsquo;Afrique traverse une période assez délicate de son histoire économique suite à la crise sanitaire mondiale. Alors que la relance nécessite une grande mobilisation financière, quel rôle devraient jouer banques, bourse et différentes communautés d&rsquo;investisseurs pour assouplir le processus ?</strong></p>



<p>Nous devons être conscient que tout cet écosystème (les banques, les investisseurs ainsi que le financement de l&rsquo;investissement par la bourse) subit le contrecoup de la crise sanitaire. On a tendance à l&rsquo;oublier et il faut qu&rsquo;on puisse jouer la prudence. Tout en voulant aider, il faudrait avoir à l&rsquo;esprit la sauvegarde autant que possible du tissu économique globale qui était déjà fragile dans nos pays avant la crise. Mais j&rsquo;estime que rien de structurable et de durable ne se fera sans l&rsquo;intervention des Etats. C&rsquo;est le partenariat public-privé qui fonctionnera pour lever les fonds qu&rsquo;il faut et faire face aux impacts de la crise.</p>



<p><strong>Récemment, les experts parlent beaucoup de financement innovant comme une puissante alternative pour accélérer le redécollage de nos économies. Quelle est votre analyse à ce propos et quel sens devrait-on donner à l&rsquo;innovation financière sur le continent&nbsp;selon vous&nbsp;?</strong></p>



<p>Je pense que l&rsquo;Afrique est le terrain propice pour le financement innovant. Nous avons une Afrique très diverse. Nous n&rsquo;avons pas une seule Afrique, nous avons 54 Afriques. Et je l&rsquo;ai appris sur le terrain. Ensuite le comportement de la clientèle et des emprunteurs est différent. Il faut donc les servir de manière différente. C&rsquo;est alors que le financement innovant est source de solutions. Si on regarde par exemple les produits, les services et les canaux de distribution, si nous voulons que le financement aille toucher le local, qu&rsquo;il y ait un développement local, nous ne pouvons pas juste faire un financement classique, demander des garanties, &#8230; non&nbsp;! Il fait pouvoir innover.</p>



<p>Du point de vue du financement des infrastructures, le partenariat est nécessaire. L&rsquo;Etat ne peut pas tout faire. Et nous avons vu que cela a pu booster le développement des infrastructures et réduire la pression sur les budgets de l&rsquo;Etat au grand bonheur des bénéficiaires et des utilisateurs de ces infrastructures.</p>



<p>En somme, je dirais que les banques, les marchés financiers et le secteur privé ont un rôle à jouer, mais il faut une utilisation optimale de la technologie financière. Et la technologie financière est quelque chose qui parle à l&rsquo;Afrique.</p>



<p><strong>Le financement par les marchés financiers trouve lentement de l&rsquo;écho auprès des PME qui constituent pourtant la majorité du tissu économique africain. A un moment où la quête de financement/investissement est devenue si cruciale, comment promouvoir au mieux le financement par les marchés financiers auprès de ces entreprises&nbsp;?</strong></p>



<p>Le financement par les marchés financiers oblige à une discipline que les PME n&rsquo;ont pas toujours. Non pas parce qu&rsquo;elles ne veulent pas, mais parce que les promoteurs n&rsquo;ont pas eu cette formation ou un renforcement de capacités suffisant. C&rsquo;est la raison pour laquelle très vite les grandes entreprises sont allées sur les marchés financiers. Elles sont habituées à une certaine discipline, à publier des chiffres, à rendre compte et à faire preuve de transparence. Je pense qu&rsquo;on ne pourra pas se passer des PME qui constituent le plus gros du tissu économique chez nous. Et il faut trouver le moyen de les faire arriver sur les marchés financiers, tout en les accompagnant. C&rsquo;est ce que fait aujourd&rsquo;hui la BRVM [Bourse régionale des valeurs mobilières d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, NDLR]. Il y a une fenêtre pour les PME qui est en train d&rsquo;être mise en place et les PME seront servies d&rsquo;abord grâce au digital.</p>



<p>Même si nous y allons lentement, l&rsquo;essentiel est d&rsquo;avoir une démarche qui fera que non seulement les PME pourront avoir accès aux marchés financiers et leurs dialogues avec les banques seront facilités, puisque les banques disent ne pas comprendre le langage et vice-versa.</p>



<p>J&rsquo;estime toutefois que n&rsquo;est qu&rsquo;une question de temps. On ne peut pas construire le monde en un jour et il ne faut pas se décourager. Mais fatalement, la plus grande partie de notre tissu financier devra se retrouver sur tous ces fronts, que ce soit les banques, d&rsquo;autres établissements financiers, ou les marchés financiers.</p>



<p><strong>La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) est officiellement opérationnelle depuis le 1er janvier. Que vous inspire ce projet panafricain et comment les banques, les bourses de valeurs mobilières et les investisseurs privés peuvent-ils contribuer à accélérer le processus d&rsquo;opérationnalisation de cet espace commercial unique&nbsp;?</strong></p>



<p>C&rsquo;est très important d&rsquo;ouvrir les marchés et que l&rsquo;investisseur (privé, banque ou autres) puisse se dire&nbsp;:&nbsp;<em>«&nbsp;J&rsquo;ai un marché de 200 millions d&rsquo;habitants au Nigeria, mais je n&rsquo;ai pas à aller qu&rsquo;au Nigeria pour distribuer mes produits. J&rsquo;ai à ma disposition un marché 1,2 milliards de consommateurs&nbsp;»</em>. C&rsquo;est ce que la Zlecaf a fait et cela change la perspective.</p>



<p>Mais pour moi, je l&rsquo;ai dit, il y a 54 Afriques. Les banques n&rsquo;ont pas attendu la Zlecaf pour se déclarer transnationales et panafricaines. Certaines l&rsquo;ont fait. Je vous l&rsquo;ai dit, j&rsquo;ai fait partie de ce voyage chez Ecobank dans l&rsquo;Est de l&rsquo;Afrique et dans l&rsquo;Afrique australe. Ces banques se sont accommodées à une multitude de réglementations différentes. Mais les régulateurs aussi se sont organisés pour pouvoir gérer ces banques -qui allaient d&rsquo;un marché à l&rsquo;autre- et être à même de consolider la surveillance bancaire. Je pense qu&rsquo;en même temps qu&rsquo;on ouvre ce marché de 1,2 milliard de consommateurs, il faut une consolidation, lorsqu&rsquo;on ouvre un marché et on ouvre également les risques.</p>



<p>J&rsquo;accueille la Zlecaf pour tous les secteurs économiques, parce qu&rsquo;encore une fois cela change la perspective, car l&rsquo;ouverture d&rsquo;un marché de 1,2 milliard de consommateurs donne une échelle qui permet de multiplier et d&rsquo;augmenter les niveaux d&rsquo;investissement. Cependant, il faudrait que ce qu&rsquo;on a prévu soit une réalité sur le terrain.</p>



<p>Nous avons vu des sous-ensembles tels que CEDEAO, la zone de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est se développer. Personnellement, j&rsquo;ai beaucoup voyager en voiture travers la CEDEAO, j&rsquo;ai observé au niveau des frontières qu&rsquo;on assiste quasiment à du harcèlement. Je suis de la sous-région, pourquoi m&rsquo;arrête-t-on au niveau des frontières&nbsp;? Pourtant, lorsque vous avez un visa Schengen, autant vous voyagez librement entre la France, l&rsquo;Italie et la Grèce par exemple. Je trouve donc notre situation un peu dommage. Il faudrait qu&rsquo;on puisse sur le terrain, changer les mentalités et qu&rsquo;on puisse ouvrir l&rsquo;Afrique. Cela va favoriser la concurrence, l&rsquo;amélioration des services, la réduction des coûts des transactions parce qu&rsquo;on aura une masse critique.</p>



<p><strong>Mme Tall, un mot pour la fin&nbsp;?</strong></p>



<p>Je suis très intéressée par la jeunesse. Il est important que la relève féminine et masculine comprenne bien les enjeux et se focalise sur l&rsquo;Afrique. Je trouve que les Africains ne connaissent pas assez leur continent. Et cela ne s&rsquo;améliore pas au milieu des jeunes. Personnellement, je travaille sur une manière de transmettre, mais en masse, en créant des relations et en ouvrant les frontières (parce que j&rsquo;ai toujours travaillé sans frontières), en mettant en place un réseau de jeunes Africains, qui d&rsquo;abord se connaissent et mettent en commun des expertises, capitalisent là-dessus et connaissent les enjeux et défis, pour continuer la bataille du développement économique, social et inclusif dans toute l&rsquo;Afrique.</p>



<p><strong>Source: La Tribune Afrique/Mis en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>Mo Ibrahim : « Il est crucial de rétablir la confiance au plus vite »</title>
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				<pubDate>Thu, 26 Nov 2020 15:04:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/08/mo-ibrahim-1.jpg" alt="" class="wp-image-18661" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/08/mo-ibrahim-1.jpg 612w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/08/mo-ibrahim-1-300x150.jpg 300w" sizes="(max-width: 612px) 100vw, 612px" /><figcaption>Mo Ibrahim </figcaption></figure>



<h4>L&rsquo;indice Mo Ibrahim de la gouvernance en Afrique envoie des signaux pour le moins inquiétants. Son fondateur explique les urgences en la matière.</h4>



<p>«&nbsp;Compter sur le développement économique et humain pour compenser un déficit en matière de droits et de démocratie conduit tôt ou tard à l&rsquo;échec.&nbsp;»&nbsp;Ce&nbsp;propos qui sonne&nbsp;comme un avertissement&nbsp;est de Mo Ibrahim, le milliardaire anglo-soudanais, connu pour son combat pour la bonne gouvernance en Afrique depuis maintenant dix ans.&nbsp;À 72&nbsp;ans, «&nbsp;D<sup>r</sup>&nbsp;Mo&nbsp;» comme on l&rsquo;appelle avec respect sur le continent est loin d&rsquo;en avoir terminé avec son combat. Bon an, mal an, cet infatigable ingénieur soudanais qui compte parmi les personnalités les plus influentes de la planète&nbsp;prend&nbsp;le pouls de l&rsquo;Afrique en ce qui concerne la&nbsp;politique publique, celle des droits de l&rsquo;homme et du développement. Et ce, malgré les interrogations sur le rapport annuel de sa fondation, sans compter le nombre de dirigeants qui s&rsquo;accrochent au pouvoir, ou encore les débats qui s&rsquo;entrechoquent sur les migrations.</p>



<p>Pour la première fois depuis ses débuts,&nbsp;<a href="https://mo.ibrahim.foundation/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">l&rsquo;indice Ibrahim se veut «&nbsp;alarmiste&nbsp;», car il note une dégradation de la situation</a>. Une conclusion qui a pu surprendre alors même que les analystes ont bouclé leurs travaux avant l&rsquo;apparition du&nbsp;Covid-19 et les troubles récents en Éthiopie, en Côte d&rsquo;Ivoire ou encore en Guinée. Pas de quoi bousculer Mo Ibrahim, convaincu qu&rsquo;il faut renforcer les outils de lutte contre la mal-gouvernance. Optimiste, toujours. Entretien.<em>close</em><em>volume_off</em></p>



<p><strong>Le Point Afrique&nbsp;: Les conclusions de l&rsquo;édition&nbsp;2020&nbsp;de l&rsquo;indice Mo Ibrahim sont extrêmement pessimistes sur la gouvernance. L&rsquo;Afrique est-elle à un tournant&nbsp;?</strong></p>



<p><strong>Mo Ibrahim&nbsp;:</strong>&nbsp;Je ne dirais pas «&nbsp;extrêmement pessimistes&nbsp;». D&rsquo;abord, et c&rsquo;est important de le souligner aussi, le niveau de gouvernance globale sur le continent a progressé au cours de la dernière décennie. En 2019, six&nbsp;Africains sur dix vivent dans un pays où la gouvernance s&rsquo;est améliorée depuis 2010. Mais c&rsquo;est vrai que les progrès ont ralenti depuis quelques années, et ce, à un point tel que, pour la première fois depuis 2010, le niveau de gouvernance moyen recule en 2019. C&rsquo;est un recul léger de moins 0,2 point, mais c&rsquo;est un signal d&rsquo;alerte.&nbsp;Par ailleurs, nous parlons ici de la moyenne du continent. L&rsquo;Afrique, c&rsquo;est&nbsp;54&nbsp;pays avec des réalités et des trajectoires bien différentes. Ainsi, sur ces&nbsp;54&nbsp;pays, au cours de la décennie 2010-2019, vous en avez par exemple&nbsp;13&nbsp;dont la détérioration s&rsquo;aggrave (Afrique du Sud, Maurice, Mozambique, Nigeria, Cameroun…),&nbsp;10&nbsp;qui se mettent à décrocher et décliner à partir de&nbsp;2015&nbsp;(Tanzanie, Ghana…), mais vous en avez aussi&nbsp;12&nbsp;qui progressent de plus en plus rapidement (Égypte, Angola, Somalie…) et&nbsp;14&nbsp;qui progressent encore mais de manière ralentie à partir de&nbsp;2015&nbsp;(Sénégal, Maroc, Rwanda, Kenya, Éthiopie…).</p>



<p><strong>Vous situez le point de rupture à peu près à l&rsquo;année 2015. Que s&rsquo;est-il passé&nbsp;?</strong></p>



<p>La gouvernance ne se limite pas seulement au respect de la démocratie, du droit et de la transparence. Il s&rsquo;agit de la capacité des États à délivrer l&rsquo;ensemble des&nbsp;biens et services auxquels tout citoyen est en droit de prétendre. Lorsqu&rsquo;on regarde plus en détail&nbsp;les évolutions sur la décennie 2010-2019, on constate que les progrès, incontestables, réalisés depuis&nbsp;2010&nbsp;en termes de développement humain et d&rsquo;opportunités économiques, ont commencé à ralentir. Or parallèlement, vous avez une détérioration de la dimension relative à la sécurité et à l&rsquo;état de droit, même si elle a tendance à s&rsquo;atténuer en fin de période. Mais surtout, la composante participation, droits et inclusion se dégrade de plus en plus vite. Au total, les progrès enregistrés d&rsquo;un côté ne suffisent plus à compenser les détériorations ailleurs. Et vous avez là un élément essentiel&nbsp;: l&rsquo;équilibre. Il n&rsquo;y a pas de trade-off possible entre les différentes composantes de la gouvernance. Compter sur le développement économique et humain pour compenser un déficit en matière de droits et de démocratie conduit tôt ou tard à l&rsquo;échec.</p>



<p><strong>Est-ce que votre rapport n&rsquo;intervient pas un peu tard au regard des crises observées actuellement&nbsp;dans divers pays comme l&rsquo;Éthiopie, la Côte d&rsquo;Ivoire, la Guinée, ou encore la Tanzanie&nbsp;?</strong></p>



<p>L&rsquo;indice de gouvernance repose sur près de&nbsp;250&nbsp;variables&nbsp;collectées auprès de&nbsp;40&nbsp;sources différentes. Elles vont de la Banque mondiale au World Justice Project. Les dernières données disponibles s&rsquo;arrêtent toutes à 2019. Au-delà, nous sommes dans le domaine de la prévision. L&rsquo;intérêt majeur de l&rsquo;IIAG, c&rsquo;est de fournir le tableau le plus complet possible de la situation et surtout des tendances qui y conduisent. Certes, l&rsquo;année 2020, qui n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas terminée, n&rsquo;apparaît pour aucun des pays que vous évoquez. Mais les tendances lourdes et l&rsquo;évolution de certains indicateurs fournissent des éléments précieux, déjà présents dans nos précédentes éditions.</p>



<p><a href="https://www.lepoint.fr/afrique/ethiopie-l-ultimatum-d-abiy-ahmed-aux-dirigeants-du-tigre-23-11-2020-2402217_3826.php">En Éthiopie, la progression générale s&rsquo;est affaissée</a>, et certains indicateurs comme les migrations forcées ou les relations de travail se dégradent de plus en plus. En Côte d&rsquo;Ivoire aussi, les progrès ralentissent, et certains indicateurs comme les procédures de passation de marchés publics ou l&rsquo;espace accordé à la société civile se détériorent de plus en plus vite. En Tanzanie, la performance générale décline clairement à partir de 2015, et&nbsp;22&nbsp;des&nbsp;79&nbsp;indicateurs de l&rsquo;indice affichent depuis&nbsp;2010&nbsp;une dégradation qui empire avec le temps. En Guinée, on assiste au même type d&rsquo;évolution&nbsp;en termes de sécurité, d&rsquo;état de droit, de participation, de droits et d&rsquo;inclusion, avec certains indicateurs qui perdent plus de&nbsp;20&nbsp;points (impartialité du système judiciaire, passation des marchés publics, espace de la société civile, violences à l&rsquo;encontre des femmes).</p>



<p><strong>Quelle est votre réaction face aux violations des droits de l&rsquo;homme&nbsp;observées notamment lors des dernières élections en Côte d&rsquo;Ivoire ou en Guinée&nbsp;?</strong></p>



<p>Je condamne en termes absolus les violations de droits de l&rsquo;homme, où qu&rsquo;elles aient lieu et à quelque moment que ce soit.</p>



<p><strong>L&rsquo;indice Ibrahim&nbsp;20&nbsp;ne tient pas compte de la crise sanitaire du Covid-19. L&rsquo;Afrique a plutôt été épargnée jusqu&rsquo;ici sur le plan sanitaire. Quelles sont les conséquences que vos analystes redoutent le plus et qui auront un impact sur la gouvernance&nbsp;?</strong></p>



<p>Effectivement, le continent africain semble jusqu&rsquo;à présent relativement épargné sur le plan sanitaire, notamment par rapport à des régions équivalentes, comme l&rsquo;Amérique latine. Je crois toutefois qu&rsquo;il faut demeurer prudent. La première vague continue de monter inexorablement – nous en sommes maintenant à plus de 2&nbsp;millions de cas déclarés, soit une augmentation de plus de 25&nbsp;% en un mois. Mais pour l&rsquo;Afrique, l&rsquo;impact le plus dévastateur est d&rsquo;abord économique. La chute massive de la demande en matières premières, la mise à l&rsquo;arrêt du tourisme et les mesures drastiques de confinement ont déjà provoqué la disparition définitive de nombreuses entreprises et réduit encore les perspectives d&#8217;emplois, voire de simple survie.</p>



<p>Pour la première fois depuis 25&nbsp;ans, l&rsquo;Afrique va rentrer en récession.&nbsp;Face à ce choc exogène très fort, les ressources –&nbsp;notamment fiscales –&nbsp;des gouvernements africains pour compenser les effets économiques sont beaucoup plus limitées qu&rsquo;ailleurs. Le risque de voir s&rsquo;arrêter, voire reculer, les progrès importants enregistrés depuis&nbsp;2010&nbsp;sur le plan des développements humain et économique est donc conséquent. En même temps, vous connaissez la formule de Churchill&nbsp;: ne gâchons pas une bonne crise. Nous savons tous que seule une crise profonde est en mesure de susciter un changement majeur. C&rsquo;est donc le moment ou jamais de construire un nouveau modèle de croissance, plus durable, plus inclusif et plus autonome.</p>



<p><strong>Votre fondation a décidé pour la première fois de prendre en compte l&rsquo;opinion des citoyens. Quel éclairage peut nous apporter ce nouvel indicateur, et pourquoi maintenant&nbsp;?</strong></p>



<p>Dès l&rsquo;origine, nous avons estimé que l&rsquo;opinion des citoyens sur le terrain était essentielle pour évaluer la qualité de la gouvernance, qui ne se résume pas aux engagements politiques et budgétaires. Ces indicateurs ont toujours été inclus dans l&rsquo;Indice de gouvernance, mais ils l&rsquo;étaient de manière dispersée. Nous avons donc décidé de mieux les mettre en valeur&nbsp;en les regroupant dans une section dédiée. Cette nouvelle section fait apparaître une insatisfaction croissante des citoyens à l&rsquo;égard de la gouvernance dans leur pays. Celle-ci est particulièrement sensible en ce qui concerne le développement humain et les opportunités économiques. Cela tient sans doute au fait que les progrès enregistrés ont suscité de nouvelles attentes, mais surtout à ce que la croissance économique et les progrès sociaux, bien que conséquents, demeurent très en deçà de la croissance démographique.</p>



<p><strong>Avez-vous envisagé une mue de votre fondation afin de peser un peu plus sur les décisions des politiques&nbsp;? Depuis 2017, vous n&rsquo;avez pas remis votre prix annuel de leadership. Malgré un grand nombre d&rsquo;élections ces dernières années, les dirigeants ne changent pas. Est-ce que la dégradation de la situation de la gouvernance a un lien avec ce peu de renouvellement&nbsp;?</strong></p>



<p>L&rsquo;excellence en matière de leadership ne court pas les rues.&nbsp;<a href="https://www.lepoint.fr/economie/prix-mo-ibrahim-2014-hifikepunye-pohamba-les-raisons-d-un-choix-03-03-2015-1909600_28.php">S&rsquo;il avait fallu remettre ce prix à un dirigeant européen</a>, je ne suis pas sûr que le résultat aurait été meilleur. La complexité et la juxtaposition des défis auxquels nos dirigeants africains sont confrontés, avec des institutions encore fragiles, sont à mon avis nettement plus lourdes que celles de leurs homologues européens mieux armés. Je ne suis pas sûr non plus qu&rsquo;en termes de démocratie, de droits de l&rsquo;homme ou de transparence, nos dirigeants africains soient vraiment les pires. Il faut vraiment changer cette façon de voir et de raconter les choses.</p>



<p>À vrai dire aussi, je ne pense pas que la meilleure façon de faire évoluer les choses soit le&nbsp;<em>name and shame</em>. Mieux vaut plutôt fournir les outils adéquats pour évaluer l&rsquo;efficacité de la gouvernance et le bien-fondé du leadership. Il est essentiel de savoir exactement d&rsquo;où on part, où on veut aboutir, et si on y va correctement.</p>



<p><strong>À votre avis, la «&nbsp;bonne gouvernance&nbsp;» est-elle l&rsquo;unique moyen de générer de la confiance pour tous les pays quelles que soient leurs ressources, leur histoire, leur dynamique&nbsp;?</strong></p>



<p>Oui absolument. La démocratie, c&rsquo;est un contrat. La gouvernance, c&rsquo;est la capacité à délivrer correctement l&rsquo;ensemble de biens et services auxquels tout citoyen est en droit de prétendre. Le facteur clé, c&rsquo;est la confiance. Et nous sommes tous en train de la perdre. Ce qui préside aujourd&rsquo;hui à la détérioration de la gouvernance comme à la «&nbsp;fatigue&nbsp;» démocratique, ici comme ailleurs, c&rsquo;est une méfiance croissante envers la capacité des États à maîtriser les choses et à «&nbsp;délivrer&nbsp;», qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des défis qui dépassent les frontières, tels que les pandémies, le changement climatique et le terrorisme, ou qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la simple vie quotidienne des citoyens, qui ont des attentes très pratiques et immédiates. Il est crucial de rétablir la confiance au plus vite.</p>



<p><strong>Qu&rsquo;en est-il de la juste répartition des richesses au sein de la population&nbsp;?</strong></p>



<p>La juste répartition des richesses doit certainement constituer un objectif essentiel de politique publique&nbsp;qui garantit d&rsquo;ailleurs leur viabilité et leur efficacité sur le long terme. De façon plus générale, un des objectifs essentiels de l&rsquo;Indice Ibrahim est de parvenir à capter correctement l&rsquo;impact effectif des politiques publiques sur le terrain&nbsp;: ni les engagements politiques, ni même les seules dépenses budgétaires ne suffisent à qualifier une politique publique. Ce qui compte, c&rsquo;est ce que le citoyen en bout de chaîne perçoit et reçoit. C&rsquo;est pourquoi notre indice incorpore également des indicateurs issus d&rsquo;enquêtes de terrain.</p>



<p><a href="https://www.lepoint.fr/economie/gouvernance-classement-mo-ibrahim-l-afrique-en-alerte-23-11-2017-2174648_28.php">La question des inégalités est évidemment un sujet majeur.</a>&nbsp;On ne peut pas se contenter d&rsquo;observer seulement, pour s&rsquo;en féliciter, la croissance du PIB, ni même celle du PIB moyen par habitant. Car, de façon générale, et pas seulement au niveau du continent africain, la croissance économique s&rsquo;est de façon croissante accompagnée, voire traduite, par un creusement massif et préoccupant des inégalités. Nous manquons encore d&rsquo;indicateurs de qualité sur ce sujet, de nature à être incorporés dans notre indice et nous y travaillons activement.</p>



<p><strong>La corruption et la mauvaise gouvernance sont des plaies pour&nbsp;l&rsquo;Afrique tandis que la culture et l&rsquo;immatériel sont des valeurs que de nombreux Africains veulent aujourd&rsquo;hui défendre. Quelle est votre réflexion à ce propos&nbsp;?</strong></p>



<p>La corruption et la mauvaise gouvernance sont des plaies partagées bien au-delà du continent africain. En outre, de même que&nbsp;<em>it takes two to tango, it takes two to corrupt…</em>&nbsp;Derrière chaque officiel africain corrompu, il y a généralement plusieurs entreprises non africaines en quête de licence d&rsquo;exploitation ou d&rsquo;exemption fiscale. Il est essentiel de mesurer combien la corruption et l&rsquo;absence de transparence sont en fait synonyme&nbsp;d&rsquo;inefficacité et de pertes de richesses pour un pays et pour ses concitoyens.</p>



<p><a href="https://www.lepoint.fr/afrique/restitution-culturelle-il-n-y-a-pas-que-les-biens-il-y-a-aussi-les-traditions-orales-africaines-24-12-2018-2281636_3826.php">Quant à la culture et l&rsquo;immatériel</a>, qui sont un tout autre sujet, oui, effectivement, ce sont des éléments essentiels pour le continent africain, parce que ce sont des synonymes et des vecteurs de partage, et que la culture africaine, c&rsquo;est d&rsquo;abord et avant tout, et ce depuis toujours, une culture de partage.</p>



<p><strong>Dans ce contexte, comment redonner toute sa place au politique&nbsp;?</strong></p>



<p>Nous sommes rentrés dans un monde d&rsquo;inquiétude, face à la multiplication, à&nbsp;la complexité croissante des défis du monde contemporain. L&rsquo;inquiétude des peuples conduit toujours à l&rsquo;instabilité et aux crises, au renforcement des extrêmes, à l&rsquo;exclusion de l&rsquo;autre. Plus que jamais, nous avons besoin de voir émerger des leaders politiques responsables et éclairés, capables de prendre la mesure de risques aujourd&rsquo;hui inévitablement partagés et d&rsquo;identifier les priorités, pour les communiquer sereinement mais fermement à leurs concitoyens.</p>



<p><strong>La question de la migration des jeunes est clairement posée à l&rsquo;Afrique depuis plusieurs années. Comment faire pour rendre plus audible&nbsp;la voix des Africains sur ce sujet où ils sont en première ligne&nbsp;?</strong></p>



<p>En réalité, le phénomène migratoire n&rsquo;est ni récent&nbsp;ni exclusivement africain. Il fait partie intégrante de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanité depuis son origine. Il a contribué à la formation et à la richesse actuelle de nombreuses nations. Les migrants africains ne représentent qu&rsquo;une faible part du nombre total de migrants au niveau mondial. La plupart d&rsquo;entre eux en réalité circulent au sein du continent africain&nbsp;: 70&nbsp;% des migrants subsahariens demeurent à l&rsquo;intérieur du continent. Malheureusement,<a href="https://www.lepoint.fr/afrique/fondation-mo-ibrahim-l-afrique-n-est-pas-un-continent-d-exode-10-04-2019-2306972_3826.php">&nbsp;le débat actuel sur les migrations est trop souvent fondé sur des préjugés</a>&nbsp;qui reposent&nbsp;sur des données inexactes, et conduisent à des réactions émotionnelles et donc des politiques inappropriées. D&rsquo;où l&rsquo;intérêt du débat que nous venons d&rsquo;organiser au cours du week-end dernier à Abidjan, en terre africaine, fondé&nbsp;sur des données factuelles et avec la participation active des jeunes du continent, parce que ce sont eux les premiers concernés.</p>



<p><strong>Comment la bonne gouvernance peut-elle intervenir dans la résolution de ce défi&nbsp;?</strong></p>



<p>Sur le continent africain, le facteur principal à l&rsquo;origine des mouvements migratoires n&rsquo;est pas la fuite face à un conflit ouvert – comme en Syrie par exemple –, mais la recherche d&rsquo;un emploi. L&rsquo;explosion démographique de la jeunesse africaine se trouve en effet confrontée à&nbsp;l&rsquo;insuffisance de perspectives socio-économiques pour sa&nbsp;génération. Quoique conséquente, la croissance économique de la dernière décennie, essentiellement fondée sur l&rsquo;exportation de matières premières à cours&nbsp;soutenus, n&rsquo;a été que faiblement créatrice d&#8217;emplois. Dépourvue de perspectives, la jeunesse africaine a donc tendance à se tourner, dans le meilleur des cas, vers la migration, dans le pire, vers l&rsquo;enrôlement dans les réseaux terroristes. Par ailleurs, quoique conséquents également, les efforts consentis en matière d&rsquo;éducation, par les gouvernements africains comme par les partenaires, sont restés trop déconnectés des besoins et perspectives du marché de l&#8217;emploi.</p>



<p>Il est donc essentiel de travailler sur une meilleure adéquation de l&rsquo;offre d&rsquo;enseignement avec les perspectives d&#8217;emplois et les besoins des entreprises, de mesurer les effets de la 4<sup>e</sup> révolution industrielle déjà en marche, mais aussi d&rsquo;investir dans le secteur agricole, un des grands potentiels du continent africain, de renforcer les structures de formation professionnelle et d&rsquo;enseignement technique, d&rsquo;améliorer les conditions de travail et de rémunération sur le continent, y compris d&rsquo;ailleurs dans le secteur public, de travailler au renforcement et à l&rsquo;amélioration des conditions de mobilité tant géographique que professionnelle ou éducative. D&rsquo;aborder dans le fonds la question migratoire non pas sous l&rsquo;angle d&rsquo;une fuite qu&rsquo;il faut juguler, mais sous celui d&rsquo;une mobilité qu&rsquo;il faut organiser.</p>



<p><strong>Source : Le Point Afrique/Mus en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>Francine Ntoumi : « Entre les financements mobilisés pour la Covid-19 et le paludisme, il n&#8217;y a pas match  !  »</title>
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				<pubDate>Wed, 18 Nov 2020 17:21:30 +0000</pubDate>
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				<description><![CDATA[Directrice du Centre de recherche biomédicale Christophe Mérieux à Brazzaville, Francine Ntoumi a été la première femme africaine responsable du secrétariat de l&#8217;Initiative multilatérale sur le paludisme (MIM). Spécialiste des maladies infectieuses, bardée de récompenses et membre de plusieurs comités scientifiques internationaux, dont le fameux Global Health Scientific Advisory Committee&#160;de la&#160; fondation Bill &#38; Melinda...]]></description>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/11/francine-ntoumi.jpg" alt="" class="wp-image-20104" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/11/francine-ntoumi.jpg 612w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/11/francine-ntoumi-300x150.jpg 300w" sizes="(max-width: 612px) 100vw, 612px" /><figcaption>Francine Ntumi</figcaption></figure>



<p>Directrice du Centre de recherche biomédicale Christophe Mérieux à Brazzaville, Francine Ntoumi a été la première femme africaine responsable du secrétariat de l&rsquo;Initiative multilatérale sur le paludisme (MIM). Spécialiste des maladies infectieuses, bardée de récompenses et membre de plusieurs comités scientifiques internationaux, dont le fameux Global Health Scientific Advisory Committee&nbsp;de la&nbsp; fondation Bill &amp; Melinda Gates, elle est aujourd&rsquo;hui aux avant-postes de la lutte contre la Covid-19.</p>



<p><strong>La Tribune Afrique &#8211; Que recouvre le Centre Christophe Mérieux de Brazzaville, que vous avez fondé en 2018 ?</strong></p>



<p><strong>Francine Ntoumi &#8211;&nbsp;</strong>Le centre de recherche sur les maladies infectieuses a été lancé il y a 2 ans, grâce au Prix Christophe Mérieux (ndr&nbsp;: dont elle est la lauréate 2016). Nous y conduisons des recherches relatives au VIH-Sida, à la tuberculose, au paludisme, aux maladies diarrhéiques, mais aussi au chikungunya et à la Covid-19 et nous y formons des scientifiques. Le centre compte une trentaine de collaborateurs dont un data analyste, des étudiants, des biologistes et des techniciens de laboratoire et il fait aussi office de centre de dépistage du SARS CoV-2 en ce moment.</p>



<p><strong>Qu&rsquo;est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans une carrière scientifique&nbsp;?</strong></p>



<p>Je rêvais de devenir pilote de ligne, mais de sérieux problèmes oculaires sont venus balayer cette ambition. Comme j&rsquo;avais le goût de l&rsquo;énigme, en désespoir de cause, je me suis orientée vers la science, mais rien ne me prédisposait à cette carrière. Je suis née à Bacongo, un quartier populaire de Brazzaville, de père ingénieur-électricien et de mère infirmière-puéricultrice. Mes grands-parents étaient très pauvres et j&rsquo;ai vite compris que la réussite passerait par les études. J&rsquo;ai vu mes parents affronter les difficultés du quotidien avant qu&rsquo;ils obtiennent une bourse du gouvernement pour poursuivre leurs études en France. Mon enfance a été ponctuée par des allers-retours entre la France et le Congo. J&rsquo;ai obtenu un Doctorat en physiologie de la reproduction sur une thématique qui n&rsquo;a rien à voir avec l&rsquo;Afrique puisque je réalisais des recherches financées par des éleveurs de visons pour accélérer la pousse des poils de l&rsquo;animal. J&rsquo;ai finalement trouvé une solution grâce à la fameuse mélatonine [Rires]. Après ce doctorat, j&rsquo;ai eu la chance d&rsquo;être acceptée en post-doctorat à l&rsquo;Institut Pasteur où j&rsquo;ai découvert le paludisme. J&rsquo;y ai également rencontré mon premier rôle-modèle, Dr.&nbsp;<em>Odile</em>&nbsp;Mercereau-<em>Puijalon</em><em>,</em>&nbsp;qui est une femme d&rsquo;une simplicité et d&rsquo;une intelligence remarquables.</p>



<p><strong>En entrant dans la ville de Brazzaville, une immense affiche à votre image accueille les visiteurs&nbsp;: serait-ce une initiative pour promouvoir les femmes et la science au Congo&nbsp;?</strong></p>



<p>Cette campagne d&rsquo;affichage est une initiative en lien avec la Fondation L&rsquo;Oréal qui promeut les femmes et la Science. Les différents prix que j&rsquo;ai reçus [<em>Prix Kwame Nkrumah de l&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_Africaine" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Union africaine</a>&nbsp;pour les femmes scientifiques (2012), Prix scientifique Georg Forster de la fondation Alexander von-Humboldt (2015),&nbsp;<a href="https://youtu.be/A0GZy23rSsU" target="_blank" rel="noreferrer noopener">prix Christophe Mérieux de l&rsquo;Institut de France (2016)</a>, etc., ndlr</em>] permettent d&rsquo;associer la réussite scientifique à la réalité. Cette campagne d&rsquo;affichage est relayée par des sessions de sensibilisation dans les écoles, des bourses pour les étudiants et des stages de découverte. Nous souhaitons encourager les jeunes filles à s&rsquo;orienter vers la science au lycée, car au Congo, une femme doit d&rsquo;abord se marier et avoir des enfants avant de penser à s&rsquo;épanouir dans une carrière professionnelle. Or, la science reste synonyme de longues études et de «&nbsp;voie de garage&nbsp;», faute d&rsquo;infrastructures scientifiques et de débouchés suffisants à l&rsquo;échelle nationale.</p>



<p><strong>Après une carrière amorcée en France où vous disposiez des dernières technologies de pointe, pourquoi avoir décidé de rentrer en République du Congo&nbsp;?</strong></p>



<p>L&rsquo;expression du retour s&rsquo;est matérialisée à travers le choix de ma recherche sur le paludisme. Malheureusement, pendant que je réalisais mon postdoctorat en France, la guerre civile a éclaté au Congo, bloquant toute velléité de retour. L&rsquo;un des directeurs de l&rsquo;Institut Pasteur m&rsquo;a alors proposé de rejoindre le Centre international de recherche médicale de Franceville au Gabon. J&rsquo;y suis restée cinq ans. J&rsquo;y ai appris à diriger une équipe de recherche, mais aussi à m&rsquo;intégrer dans un pays que je ne connaissais pas (&#8230;) Après quelques années, il était clair qu&rsquo;il me fallait rentrer au Congo pour avoir la possibilité de suivre la progression de mes recherches sur la durée (&#8230;) Mes parents s&rsquo;en étaient sortis grâce à une bourse d&rsquo;études, mais ils ont décidé de rentrer alors qu&rsquo;ils auraient pu vivre tranquillement en France. Il m&rsquo;a semblé assez évident qu&rsquo;il fallait que je rentre à mon tour.</p>



<p><strong>Vous êtes reconnue comme une experte mondiale en matière de paludisme. Quelles sont les principales découvertes que vous avez faites&nbsp;à ce jour ?</strong></p>



<p>J&rsquo;ai été l&rsquo;une des premières en Afrique à étudier les parasites tels qu&rsquo;on les trouve dans leur environnement naturel, et non pas ceux qui sont cultivés en laboratoires et qui présentent des propriétés sensiblement différentes. J&rsquo;ai également montré les mutations du virus en fonction de l&rsquo;état de santé du porteur, j&rsquo;ai conduit des travaux relatifs à l&rsquo;immunité naturelle au Gabon et à la résistance du virus.</p>



<p><strong>Comment êtes-vous devenue membre de la Fondation Bill et Melinda Gates&nbsp;(en 2016, le fondateur de Microsoft déclarait vouloir éradiquer le paludisme en une génération&nbsp;en investissant plus de 4 milliards d&rsquo;euros)?</strong></p>



<p>Deux fois par an, Bill Gates réunit un groupe de scientifiques internationaux pour décider des grandes orientations. Un jour, j&rsquo;ai reçu un courriel du directeur à ce sujet. J&rsquo;ai d&rsquo;abord cru à un «&nbsp;faux&nbsp;», mais en observant le logo, je me suis dit que cela pouvait être vrai&#8230; C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai rejoint cette fondation qui est très impliquée dans la lutte contre le paludisme. Mais la question est la suivante&nbsp;: pourquoi n&rsquo;arrive-t-on pas à l&rsquo;éradiquer ? Peut-être parce que l&rsquo;argent pour financer la recherche vient encore à manquer&#8230;</p>



<p><strong>Le paludisme est-il encore considéré comme une «&nbsp;maladie de pauvre&nbsp;» ou fait-il l&rsquo;objet d&rsquo;un regain d&rsquo;intérêt avec la perspective de son retour sous d&rsquo;autres latitudes&nbsp;?</strong></p>



<p>Aujourd&rsquo;hui, le risque de migration des moustiques&nbsp;est réel et le changement climatique va changer la donne. C&rsquo;est à partir de ce postulat que certains anticipent, conscients de l&rsquo;importance de résoudre des pathogènes dont on ne se préoccupait pas suffisamment jusqu&rsquo;ici [&#8230;] Cela dit, la rapidité de la connaissance du virus SARS-CoV-2 contraste avec celle du paludisme auquel on ne s&rsquo;intéresse que trop peu et qui manque cruellement de financement. Un vaccin est en cours de validation par l&rsquo;OMS, mais son efficacité est de l&rsquo;ordre de 35% seulement [&#8230;] En ce moment, la fondation Bill &amp; Melinda Gates finance notamment des travaux de recherche dans un laboratoire de haute sécurité situé à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, qui travaille sur des moustiques transgéniques. D&rsquo;ailleurs, cette année, deux femmes ont reçu le Prix Nobel de Chimie [<em>la Française Emmanuelle Charpentier et l&rsquo;Américaine Jennifer A. Doudna, ndlr</em>] pour leur méthode de modification qui a été utilisée sur les moustiques par exemple.</p>



<p><strong>Sommes-nous déjà engagés sur la voie d&rsquo;un néo «&nbsp;<em>Jurassic Park</em>&nbsp;»&nbsp;?</strong></p>



<p>Exactement&nbsp;!&nbsp;<em>Jurassic Park</em>&nbsp;n&rsquo;est plus de la science-fiction. Le procédé permettra notamment de rendre les mâles stériles. On peut aussi imaginer la solution du remplacement qui consiste à transformer des moustiques par manipulation génétique avant de les réintégrer dans leur milieu naturel afin qu&rsquo;ils s&rsquo;y répandent et qu&rsquo;ils transforment de façon exponentielle la population de moustiques dans son ensemble, en quelques générations. Bien sûr, tout cela doit se faire avec les plus grandes précautions, car il ne s&rsquo;agit pas de jouer aux «&nbsp;apprentis-sorciers&nbsp;» en transformant impunément la nature.</p>



<p><strong>Comment expliquez-vous les réserves de l&rsquo;OMS concernant les propriétés de l&rsquo;<em>Artémisia annua</em>, cette plante utilisée pendant des siècles par les Chinois, qui avait permis aux soldats Viêt-Cong de résister au paludisme pendant la guerre du Vietnam ?</strong></p>



<p>En 2015, la Chinoise Tu Youyou a reçu le Prix Nobel de Médecine pour sur ses travaux concernant l&rsquo;<em>Artémisia annua</em>. Les médicaments qui nous soignent du paludisme aujourd&rsquo;hui viennent de cette plante, c&rsquo;est un fait. Cela étant dit, l&rsquo;OMS ne peut pas valider le fait qu&rsquo;il faille prendre 3 sachets de thé par jour pour lutter contre une maladie comme la Covid-19, il faut le prouver [l<em>a tisane d&rsquo;Artémisia annua est préconisée par les autorités malgaches, ndlr</em>]. Les plantes peuvent guérir, mais elles peuvent aussi tuer. L&rsquo;OMS ne dit pas que l&rsquo;<em>Artémisia annua</em>&nbsp;ne guérit pas, mais elle demande un protocole, avant de prescrire des infusions.</p>



<p>Beaucoup d&rsquo;Africains utilisent les plantes en raison du prix élevé des médicaments et c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pour cela qu&rsquo;il existe des tradi-thérapeutes qui prescrivent les dosages des phyto-médicaments.</p>



<p><strong>Quels ont été les impacts sanitaires de la Covid-19 en République du Congo&nbsp;?</strong></p>



<p>Près de 5 500 cas ont été recensés au Congo pour 92 décès [au 30 octobre 2020, ndlr]. J&rsquo;appartiens à plusieurs comités comme l&rsquo;Africa CDC ou celui de l&rsquo;OMS sur la médecine traditionnelle et la Covid-19, qui dresse une feuille de route pour l&rsquo;évaluation de plantes médicinales contre cette maladie justement. Deux pays africains ayant développés des protocoles locaux qui semblent fonctionner et sur lesquels je ne peux pas me prononcer pour l&rsquo;instant, nous ont déjà sollicités pour revoir des&nbsp;<em>guidelines</em>&nbsp;(lignes directrices) qui leur permettront le cas échéant, d&rsquo;être homologués.</p>



<p><strong>Alors que le Secrétaire général de l&rsquo;ONU alertait d&rsquo;un chaos sanitaire susceptible d&rsquo;entraîner des millions de morts, le continent semble avoir mieux résisté que prévu à la pandémie et les populations n&rsquo;ont pas toutes fait du coronavirus, leur priorité sanitaire. Comment l&rsquo;expliquez-vous&nbsp;?</strong></p>



<p>Si l&rsquo;Afrique semble mieux résister que d&rsquo;autres régions du monde, cela peut tenir à plusieurs explications comme à la jeunesse de sa population ou à son environnement. Le pangolin ayant été dédouané, l&rsquo;un des réservoirs du SARS-CoV-2 identifié a été la chauve-souris qui est assez largement consommée en Afrique centrale [&#8230;] Les scientifiques africains doivent apporter des réponses scientifiques à toutes leurs hypothèses comme celle de l&rsquo;immunité croisée par exemple. Pour ce faire, ils doivent disposer des financements nécessaires pour conduire leurs recherches or, 75% des ressources viennent de l&rsquo;étranger.</p>



<p>Cependant, les fonds pour la lutte contre la Covid-19 ont rapidement été débloqués. Au niveau de notre laboratoire, nous devrions atteindre près de 1M€ de subventions pour nos activités de recherche contre la Covid-19, essentiellement de l&rsquo;Europe.</p>



<p><strong>Combien avez-vous reçu simultanément de subventions pour la recherche contre le paludisme&nbsp;?</strong></p>



<p>La Covid-19 a provoqué la mort de 92 personnes au Congo. C&rsquo;est un chiffre qui n&rsquo;a aucune commune mesure avec ceux du paludisme [<em>plus de 450 000 morts par an au niveau mondial, selon l&rsquo;OMS, ndlr</em>] dont les financements représentent pourtant peu de chose comparativement. Ils doivent osciller entre 200 000 et 250 000 euros. Entre les financements mobilisés pour la Covid-19 et le paludisme&nbsp;: il n&rsquo;y a pas match&nbsp;!</p>



<p><strong>En 25 ans, la contribution obligatoire des pays membres de l&rsquo;OMS est passée de 50% à 18%, faisant dire à Germain Velasquez, ancien directeur à l&rsquo;OMS, que&nbsp;<em>«&nbsp;le secteur privé et les fondations ont pris le contrôle de l&rsquo;organisation&nbsp;».&nbsp;</em>Ne pensez-vous pas que cette situation a fragilisé l&rsquo;OMS?</strong></p>



<p>Il existe des organisations sous-régionales de la santé dans toute l&rsquo;Afrique, mais sont-elles suffisamment efficaces&nbsp;? On jette la pierre à l&rsquo;OMS, mais c&rsquo;est une organisation très importante sur le continent, peut-être plus qu&rsquo;en France où le président Macron peut facilement appeler ses conseillers scientifiques pour prendre un avis alors qu&rsquo;en Afrique, nos dirigeants appellent l&rsquo;OMS qui conserve une solide influence.</p>



<p><strong>L&rsquo;influence de l&rsquo;OMS n&rsquo;a-t-elle pas été fragilisée par l&rsquo;épidémie d&rsquo;Ebola en 2014, dont elle relativisait l&rsquo;ampleur alors que MSF tirait la sonnette d&rsquo;alarme&nbsp;?</strong></p>



<p>Ebola a quelque peu ébranlé la toute puissance de l&rsquo;OMS en Afrique. C&rsquo;était un épisode violent et l&rsquo;OMS a peut être oublié qu&rsquo;il ne fallait pas seulement venir&nbsp;«&nbsp;faire le job&nbsp;», mais qu&rsquo;il fallait aussi l&rsquo;organiser avec les populations. Les morts ont du sens dans nos pays. En Guinée par exemple, on ne peut pas imaginer se débarrasser d&rsquo;un corps sans cérémonie. A cette époque, des émissaires de l&rsquo;OMS ont été parfois malmenés par des populations qui ne comprenaient pas la situation, ni la dangerosité de la maladie. Il y a eu des réactions, non pas contre l&rsquo;OMS, mais contre cette «&nbsp;non préparation&nbsp;».</p>



<p><strong>En 2012, Jacques Chirac lançait à Cotonou, une campagne contre les faux médicaments qui représentent encore près de 10% de la production mondiale selon l&rsquo;OMS. Fake news&nbsp;et faux médicaments, ne risquent-ils pas de freiner l&rsquo;adhésion des populations à de nouveaux vaccins&nbsp;?</strong></p>



<p>Il faut rester vigilant face à la désinformation et aux fake news. Quant aux tests de médicaments pratiqués sur les populations africaines, ils ne peuvent se réaliser sans la complicité des Africains eux-mêmes. Sans minimiser la responsabilité des étrangers qui testent ces médicaments en Afrique, il faut que ceux qui ont fait entrer la menace en toute connaissance de cause dans le pays soient aussi considérés comme responsables.</p>



<p><strong>En 2019, vous apparaissiez dans le film documentaire&nbsp;<em>Femmes et Science en Afrique&nbsp;: une révolution silencieuse,</em>&nbsp;écrit par Kate Thompson-Gorry et Michel Welterlin. En 2021, vous serez à l&rsquo;honneur d&rsquo;une bande dessinée. Etes-vous en passe de devenir le prochain rôle modèle scientifique en Afrique&nbsp;?</strong></p>



<p>(Rires). Même si elles sont encore peu nombreuses, il existe déjà des femmes « rôles-modèles » comme la Sénégalaise Awa Marie Coll Seck [<em>médecin, chercheuse et femme politique, ex-responsable de département à l&rsquo;ONUSIDA à Genève de 1996 à 2001, ndlr</em>] qui est une véritable source d&rsquo;inspiration ou encore Wangari Maathai [1940-2011, ndlr], la Kenyane qui avait reçu le Prix Nobel de la Paix en 2004 pour son engagement en matière d&rsquo;environnement. A titre personnel, je rencontre souvent des femmes scientifiques brillantes en Afrique du Sud ou en Zambie par exemple, mais faute de visibilité, elles ne sont pas encore en mesure de jouer les rôles-modèles&#8230;</p>



<p><strong>Source : La Tribune Afrique/ Mis en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>Jean-Pierre Fabre : « Faure, candidature unique, Ceni, présidentielle, municipales, le Togo et moi »</title>
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				<pubDate>Sun, 05 Jan 2020 05:57:10 +0000</pubDate>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/01/FABRE.jpg" alt="" class="wp-image-12900" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/01/FABRE.jpg 640w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/01/FABRE-300x188.jpg 300w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" /></figure>



<p><strong>A 67 ans, Jean Pierre Fabre est un dinosaure de l’opposition togolaise. Inoxydable, ferme et intransigeant, ce gestionnaire de formation qui a fait une courte carrière de journaliste est un pachyderme à la peau dure. Tentative de corruption, entrée dans un gouvernement d’union, quelconque rapprochement avec la majorité, il s’oppose à tout et reste inflexible. S’il est accusé, souvent, de radicalisme, il aura le mérite d’avoir toujours été cohérent et surtout fidèle à lui-même. Mais que ce soit dans les chancelleries que dans l’opinion, des remises en cause de sa méthode s’amplifient et cela ne semble pas non plus le décourager. Investi candidat de l’Alliance nationale pour le changement (Anc), principale force de l’opposition, celui qui réclame encore sa victoire lors des présidentielles de 2010 et de 2015 postule pour 2020. A quelques semaines du premier tour, c’est un candidat constant qui ne regrette ni le boycott des législatives, ni la participation aux municipales de juin dernier (dont il est sorti maire de Golfe 5) qui se livre à Afrika Stratégies France. Avec la même détermination, la même assurance mais surtout une force de caractère à laquelle trois décennies de combat n’ont rien arraché. Echange avec un homme qui aura incarné des décennies de lutte et d’espoir mais aussi de déception.</strong></p>



<p><strong><em>Vous venez d’être investi candidat de votre parti. Avec vous, au moins 18 candidats et sans doute la candidature de Faure Gnassingbé. Est-ce que pour une opposition, votre candidature fait consensus&nbsp;?</em></strong></p>



<p>L’Anc a organisé les 18 et 19 octobre 2019 son deuxième congrès ordinaire. Lors de ces assises, les congressistes ont désigné à l’unanimité, le candidat du parti, à même de porter avec succès, le flambeau du parti pour l’élection présidentielle de 2020. C’est le plus important. Je suppose qu’il en est de même pour les autres candidats.</p>



<p><strong><em>Vous avez déjà été candidat en 2010 et 2015, sans jamais remporter le scrutin selon les résultats officiels. Pourquoi pensez-vous pouvoir être élu en 2020&nbsp;?</em></strong></p>



<p>Vous ne pouvez pas dire «&nbsp;<em>sans jamais remporter le scrutin</em>&nbsp;». J’affirme que j’ai très largement remporté les présidentielles de 2010 et 2015. D’ailleurs la nuance dans votre question est significative, puisque vous précisez&nbsp;<em>«&nbsp;selon les résultats officiels</em>&nbsp;». Vous n’avez certainement pas oublié qu’en 2010, les procès verbaux de dépouillement du candidat Jean-Pierre Fabre ont été saisis par la gendarmerie et brûlés. Et que les 15 ordinateurs du centre de compilation, ont été confisqués et n’ont jamais été restitués. Vous n’avez certainement pas oublié non plus, qu’en 2015, les résultats de la présidentielle ont été proclamés sans délibération de la plénière de la Ceni. Nul n’ignore au Togo que les résultats officiels sont aux antipodes de la vérité des urnes. L’essentiel aujourd’hui, est la lutte pour l’assainissement du cadre électoral en vue d’obtenir la transparence et l’équité. Je ne doute pas que la rigueur dans le travail, la constance et la persévérance qui caractérisent l’Anc, sont toujours récompensées.</p>



<p><strong><em>Etes-vous plutôt pour des candidatures multiples&nbsp;?</em></strong></p>



<p>Je suis toujours surpris par la persistance du débat, candidature multiple versus candidature unique. Notre position est qu’une stratégie électorale, si lumineuse soit-elle, n’est valable et efficace que si elle partagée par tous ceux qui sont censés en assurer le succès, si elle est fondée sur des critères objectifs et si elle n’est pas considérée par certains de ceux qui sont supposés la mettre en œuvre, comme un subterfuge visant à éliminer des rivaux politiques. Si une stratégie électorale n’est pas partagée, nul ne peut l’imposer. Tenter de le faire, c’est méconnaître ce qu’est un parti politique.&nbsp;&nbsp;La multiplicité des candidatures est l’expression même de la démocratie, celle que nous souhaitons pour notre pays et c’est ce que l’Anc comme toute l’opposition, a toujours soutenu et défendu.&nbsp;&nbsp;La multiplicité des candidatures au sein de l’opposition permet de ratisser large au premier tour. Elle permet de rassembler au second tour toutes les voix de l’opposition sur le candidat le mieux placé en son sein. Bien entendu, les populations savent qu’elles doivent voter utile, déjà au premier tour.</p>



<p><strong><em>Quelles seront les grandes lignes de votre projet de société&nbsp;?</em></strong></p>



<p>Le projet de société de l’ANC s’articule autour de deux axes principaux&nbsp;:&nbsp;<strong>Une gouvernance politique</strong>&nbsp;fondée sur l’instauration d’un Etat de droit avec pour objectif de sortir, dans les meilleurs délais, notre pays de la culture de l’arbitraire, de la violence et de la brutalité policière et militaire, dans laquelle il baigne depuis l’assassinat du premier Président de la république togolaise le 13 janvier 1963, c’est-à-dire depuis cinquante six ans. Il s’agit de tout mettre en œuvre pour que notre pays cesse d’être un cas isolé, un pays atypique en Afrique. Un pays où le fils succède au père après le décès de celui-ci, à la suite d’un coup d’Etat militaire. Un pays où le régime prétend être démocratique alors qu’il est de notoriété publique qu’il n’est qu’une dictature militaire cachée derrière une façade civile.&nbsp;<strong>Une gouvernance économique</strong>&nbsp;<strong>et sociale</strong>&nbsp;qui repose essentiellement sur une gestion saine et rigoureuse des finances publiques de manière à orienter les ressources nécessaires vers le financement du développement de notre pays pour améliorer le niveau de vie des populations, à travers la mise à disposition de nos concitoyens, de revenus décents, de l’eau potable, de l’électricité, de l’assainissement, des infrastructures scolaires, routières, sanitaires etc..,</p>



<p><strong><em>Qu’est-ce qui vous distingue des autres candidats de l’opposition et serait à la base de votre éventuelle victoire&nbsp;?</em></strong></p>



<p>Je suis le candidat d’un parti qui a de l’ambition pour notre pays. De l’ambition pour son développement économique, social, culturel, politique. Notre pays n’est pas très grand mais regorge d’importantes ressources minières, agricoles, économiques. Notre pays foisonne de ressources humaines de qualité, qu’il faut savoir utiliser. Mon ambition et celle de mon parti, l’ANC, c’est d’associer tous les togolais, sans exclusion aucune, au développement de notre pays. Car, sous le régime RPT/UNIR, depuis des décennies, une partie importante de nos populations sont mises de côté, voire exclues des décisions qui engagent l’avenir de notre pays. Je suis le candidat d’un parti qui a su résister et qui résiste encore à toutes les manœuvres de déstabilisations orchestrées de toutes parts. Si nous avons pu et su le faire, c’est sans aucun doute, en raison d’une certaine spécificité. Je le suis candidat d’un parti qui n’a de cesse d’améliorer son implantation dans le pays, avec aujourd’hui 105 fédérations réparties sur toute l’étendue du territoire national. Je suis le candidat d’un parti dont la rigueur, le sérieux et le goût du travail bien fait, sont connus des populations. Comme je viens de vous le dire, nos résultats aux diverses consultations électorales témoignent du soutien des populations qui apprécient notre détermination à défendre leurs aspirations.</p>



<p><strong><em>Vous avez récemment dénoncé un processus électoral unilatéral et appelez à un dialogue. Iriez-vous à l’élection quelles que soient les conditions imposées par le gouvernement?</em></strong></p>



<p>C’est vrai, par lettre en date du 24 septembre 2019, nous avons demandé au chef de l’État d’instruire le gouvernement pour l’ouverture de discussions avec l’opposition, en vue d’un assainissement consensuel du cadre électoral comprenant notamment le fichier électoral qui, pour de nombreux observateurs, est totalement obsolète et corrompu, la composition de la CENI et celle de la cour constitutionnelle, deux institutions qui interviennent dans l’organisation des élections au Togo. L’entêtement du régime RPT UNIR, ne peut que conduire le pays droit dans le mur. Voilà pourquoi nous appelons, les populations à de grandes mobilisations pour empêcher un énième coup de force électoral du régime RPT UNIR.</p>



<p><strong><em>Vous êtes maire d’une commune urbaine de Lomé, n’est-il pas un poste trop «&nbsp;petit&nbsp;»&nbsp;&nbsp;pour le chef de file de l’opposition que vous fûtes&nbsp;?</em></strong></p>



<p>Permettez-moi d’abord de remercier les populations qui nous ont élu maires, certains de mes collègues de l’ANC et moi. Etre élu démocratiquement, en dépit d’un cadre électoral totalement biaisé, nonobstant les fraudes de toutes sortes, les abus de pouvoir et pressions diverses, malgré les campagnes permanentes de diffamations, ourdies aussi bien par le pouvoir en place que par des partis qui se disent de l’opposition, c’est un privilège et un honneur. C’est un témoignage de confiance de la part de ceux qui ont porté leurs suffrages sur vous. En politique, il n’y a pas de petit poste. Ce qui compte, c’est la vision que vous avez pour votre pays. Rien n’empêche, en attendant d’accéder au poste le plus élevé de l’Etat, de mettre ma passion pour le bonheur de mes concitoyens, au service des populations de la commune d’Amoutivé. C’est une étape vers l’objectif que je poursuis sans relâche, et une expérience, à une échelle inférieure, de ce qui m’attend.</p>



<p><strong><em>Faure Gnassingbé est candidat pour un 4<sup>e</sup> mandat, quelle lecture faites-vous de son bilan ?</em></strong></p>



<p>Vous allez vite en besogne. Même si tout porte à croire que Faure Gnassingbé sera candidat, en violation de la loi, il ne l’est pas encore. Si cette éventualité se produisait, vous verrez notre réaction. Le bilan de sa gouvernance politique est largement négatif en raison de son refus d’opérer de manière consensuelle, les réformes prescrites par l’APG et reprises dans la feuille de route de la CEDEAO. Sa gouvernance économique est calamiteuse. Elle se caractérise par une corruption endémique, le pillage des ressources de l’Etat, le bradage du patrimoine national, l’affairisme au sommet de l’Etat, un endettement public abyssal totalement effarant, etc…&nbsp;&nbsp;La gouvernance de son père pendant près de 40 ans ajoutée à&nbsp;&nbsp;la sienne ces 15 dernières années, montrent si besoin en est encore, la volonté du régime RPT/UNIR de saigner ce pays dans leurs intérêts et ceux de son clan, que Faure Gnassingbé appelle pudiquement, la «&nbsp;minorité qui accapare les richesses du pays&nbsp;». Tous les publi-reportages du régime RPT/UNIR dans les média aussi bien nationaux qu’internationaux, RFI, Jeune Afrique etc.., les colloques qu’il s’empresse d’accueillir à Lomé, sont la preuve que son bilan est loin de parler de lui-même. Puisqu’il se trouve contraint de l’accompagner par une campagne de marketing politique qui se traduit par beaucoup de communications mensongères.</p>



<p><strong><em>Votre parti a, lors de l’élection des maires, soutenu certains candidats de la majorité notamment Unir. Vous avez promis une enquête et des sanctions. Où en sommes-nous&nbsp;?</em></strong></p>



<p>Je veux être clair. Notre parti, l’ANC, n’a jamais soutenu des candidats du RPT/UNIR au cours des dernières élections municipales. Il s’est avéré malheureusement, que lors du vote pour la désignation des maires, des membres du parti ont cru pouvoir apporter leurs suffrages à des candidats du RPT/UNIR, alors que ces candidats qui avaient déjà la majorité absolue, n’avaient&nbsp;&nbsp;pas besoin de ces suffrages. Ces membres de l’ANC, espéraient certainement obtenir des sièges de maire-adjoints. Cette attitude inacceptable viole la ligne du parti. L’examen des dossiers par le Conseil de discipline vient d’être terminé. Celui-ci statuera dans les tout prochains jours.</p>



<p><strong><em>Quelles sont aujourd’hui vos relations avec la C14&nbsp;dont vous êtes sortis depuis quelques mois ?</em></strong></p>



<p>Nos relations sont franches avec tous les partis de l’opposition qui poursuivent le même objectif ou le même idéal que nous, dans la sincérité et la vérité. Nous devons, en toutes occasions, faire preuve de rigueur. Quand on mène une lutte aussi âpre que la nôtre, on ne peut s’amuser à prendre des libertés avec la vérité. Nous avons été blessés par les agressions de toutes sortes, les manœuvres de dénigrement, les grotesques accusations calomnieuses dont nous sommes en permanence l’objet, venant d’une part, de partis de l’opposition qui en sont devenus des spécialistes, et d’autre part, de personnes supposées proches de nous dans le combat contre l’adversaire commun. Le chrétien que je suis a pardonné. Mais l’homme politique ne peut pas oublier. La lutte en pâtit, parce que la confiance nécessaire pour travailler ensemble, s’est effilochée avec le temps. Je saisis l’occasion pour apporter la clarification suivante. Il y a neuf mois de cela, en raison de divergences persistantes, l’ANC s’est retiré du regroupement de partis, auquel il appartenait. Dans la lettre adressée à nos collègues pour annoncer notre départ, nous avons exprimé notre disponibilité à œuvrer ensemble avec les partis qui sont restés, en faveur de la mobilisation pour les réformes. Certains autres partis, également membres du regroupement au départ, l’ont quitté, soit ils nous ont précédés ou ils nous ont suivis. De sorte qu’aujourd’hui, ce regroupement ne compte plus formellement que 5 partis. C’est donc abusivement que l’appellation C14 subsiste, puisque la C14, telle que créé en 2017 avec 14 membres, n’existe plus. Nous avons fait part aux partis qui sont restés dans le regroupement, de la confusion induite par l’usage de la dénomination C14 dans les circonstances actuelles. Nous constatons qu’ils n’en tiennent pas compte.</p>



<p><strong><em>A près de 70 ans, s’agit-il, cette fois-ci, de votre dernière participation à une élection présidentielle&nbsp;?</em></strong></p>



<p>Je n’ai pas soixante dix ans. J’en ai soixante sept. Et je me sens en pleine forme, par la grâce de Dieu. Mes camarades de lutte et moi nous poursuivons l’objectif de libérer le peuple togolais des griffes de la dictature qui l’opprime depuis des décennies. Tant que Dieu nous donnera la santé et le souffle de vie nécessaires, nous continuerons le combat jusqu’à son terme. L’âge des cellules n’a rien à y voir. Ce qui compte, c’est l’énergie et la sincérité que l’on met au service de ses convictions. Voyez vous-même l’âge auquel Nelson Mandéla a accédé à la magistrature suprême. Voulez-vous dire qu’il aurait dû se retirer avant&nbsp;?</p>



<p><strong><em>Avez-vous regretté, monsieur le président, de n’avoir pas pris part aux dernières législatives alors que vous avez réussi à obtenir des réclamations que vous n’auriez peut être plus jamais&nbsp;?</em></strong></p>



<p>Non, nous ne regrettons rien. Il est vrai que notre absence de l’Assemblée nationale ne nous facilite pas les choses. Mais, nous n’avons pas vocation à accompagner le régime RPT/UNIR dans ses mascarades électorales où la minorité est proclamée majoritaire et la majorité, minoritaire. C’est en toute connaissance de cause que nous avons pris la décision de ne pas prendre part aux législatives du 20 décembre 2018. Nous l’avons fait en raison du refus du pouvoir en place d’opérer, de manière consensuelle, les réformes prescrites par la feuille de route de la CEDEAO. Il faut savoir assumer ses actes dans la vie. Et ne pas toujours revenir sur le passé.</p>



<p><strong><em>Une dernière question, vous êtes élu en février 2020. Quels seront vos premiers et principaux actes en tant que président de la République&nbsp;?</em></strong></p>



<p>Je crois fermement à l’alternance politique dans notre pays en 2020. Les autorités de l’alternance auront la lourde responsabilité de conduire la transition et la réconciliation nationale. Une transition, nécessaire après tant d’années de gouvernance d’un système qui n’a qu’une seule obsession, se maintenir au pouvoir par le dévoiement de toutes les institutions de l’Etat, sera un passage obligé dans la gouvernance. Elle sera plus dans le fond que dans la forme. Cette gouvernance aura pour tâche, les réformes politiques, notamment, constitutionnelles, institutionnelles, électorales. Des réformes économiques et sociales qu’attendent nos populations.</p>



<p>Puis, il faudra œuvrer pour la réconciliation en ouvrant des discussions avec toutes les composantes de notre société en vue d’apaiser les cœurs. Au vu des ressentiments de nos compatriotes, après tant d’années de souffrances, d’injustice et de tribalisme, cela peut paraître une gageure ; mais je m’y engage et je reste persuadé que c’est possible. Dieu nous y aidera.</p>



<p><strong>Propos recueillis par MAX-SAVI Carmel, Afrika Stratégies France</strong></p>
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