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	<title>abolition &#8211; Tribune d&#039;Afrique</title>
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	<description>Tout un continent en un seul clic</description>
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	<title>abolition &#8211; Tribune d&#039;Afrique</title>
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		<title>La Sierra Leone abolit la peine de mort</title>
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				<pubDate>Fri, 08 Oct 2021 17:43:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
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		<category><![CDATA[Afrique de l'ouest]]></category>
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				<description><![CDATA[Le président sierra-léonais, Julius Maada Bio, a promulgué l&#8217;abolition de la peine de mort dans ce petit pays d&#8217;Afrique de l&#8217;ouest, voisin de la Guinée et du Libéria. Après avoir été votée le 23&#160;juillet 2021 par l&#8217;Assemblée nationale, l&#8217;abolition de la peine de mort a été promulguée, vendredi 8 octobre, par le président&#160;sierra-léonais, Julius Maada...]]></description>
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<p><strong>Le président sierra-léonais, Julius Maada Bio, a promulgué l&rsquo;abolition de la peine de mort dans ce petit pays d&rsquo;Afrique de l&rsquo;ouest, voisin de la Guinée et du Libéria.</strong></p>



<p>Après avoir été votée le 23&nbsp;juillet 2021 par l&rsquo;Assemblée nationale, l&rsquo;abolition de la peine de mort a été promulguée, vendredi 8 octobre, par le président&nbsp;<a href="https://www.france24.com/fr/tag/sierra-leone/">sierra-léonais</a>, Julius Maada Bio.</p>



<p>« Aujourd&rsquo;hui, nous écrivons à nouveau une page d&rsquo;histoire […].&nbsp;Au bout de vingt ans, nous tenons la promesse que nous nous étions faite en tant que nation : au bout de vingt ans, la&nbsp;<a href="https://www.france24.com/fr/tag/peine-de-mort/">peine de mort</a>&nbsp;est enfin totalement abolie en République de Sierra Leone », a déclaré le chef de l&rsquo;État lors de la cérémonie de signature dans la capitale Freetown.</p>



<p>La peine de mort est&nbsp; remplacée par une peine d&#8217;emprisonnement à perpétuité ou à un minimum de trente ans.&nbsp;Cette ancienne colonie britannique d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest était critiquée par les défenseurs des droits de humains pour n&rsquo;avoir pas aboli officiellement la peine de mort, bien que les dernières exécutions y remontent à plus de vingt ans et que les condamnations soient généralement commuées réclusion à perpétuité.</p>



<p>La Constitution sierra-léonaise de 1991 prévoyait la peine capitale pour le vol aggravé, le meurtre, la trahison et la mutinerie.&nbsp;La Sierra Leone est le dernier pays africain en date à abolir la peine capitale, après le Malawi en avril et le Tchad l&rsquo;année dernière.&nbsp;Plus de trente pays d&rsquo;Afrique maintiennent encore la peine de mort dans leur législation, mais un peu moins de la moitié ont procédé à des exécutions ces dernières années.</p>



<p><strong>Au moins 483 personnes exécutées en 2020</strong></p>



<p>Une cinquantaine d&rsquo;États continuent d&rsquo;appliquer la peine capitale dans le monde.&nbsp;Fin 2020, Amnesty International comptabilisait 144 pays abolitionnistes en droit ou de facto, c&rsquo;est-à-dire ceux n&rsquo;ayant pas procédé à des exécutions au cours des dix dernières années. Soit près des trois quarts des États dans le monde.</p>



<p>Parmi eux, plus de 100 ont aboli la peine de mort par la loi, pour tous les crimes, selon l&rsquo;ONG. Près de la moitié d&rsquo;entre eux se trouvent en Europe et en Asie centrale.</p>



<p>Aux États-Unis, la Virginie a rejoint en mars dernier les 22 autres États américains abolitionnistes, une décision d&rsquo;autant plus symbolique que ce territoire détient le record d&rsquo;exécutions dans l&rsquo;histoire américaine et qu&rsquo;aucun État de l&rsquo;ancien Sud confédéré n&rsquo;avait encore franchi ce pas. Trois autres États (Californie, Oregon, Pennsylvanie) observent un moratoire</p>



<p>En 2020, aucune exécution n&rsquo;a été recensée à Bahreïn, en Biélorussie, au Japon, au Pakistan ni au Soudan, alors qu&rsquo;en 2019 ces pays avaient tous appliqué des sentences capitales. La Gambie, la Malaisie, la Russie et le Tadjikistan ont maintenu leur moratoire sur les exécutions.&nbsp;</p>



<p>Au moins 483&nbsp;personnes ont été exécutées en 2020 dans 18 pays selon Amnesty, soit une baisse de 26 % par rapport à 2019 (657&nbsp;exécutions), ce qui va dans le sens du recul constaté année après année depuis 2015.</p>



<p>Ce chiffre, le plus faible jamais enregistré depuis plus d&rsquo;une décennie, n&rsquo;inclut toutefois pas les milliers d&rsquo;exécutions qui ont probablement eu lieu, selon Amnesty, en Chine, où ces données sont classées secret d&rsquo;État, mais également en Corée du Nord et au Vietnam.&nbsp;</p>



<p>Quatre pays comptabilisent 88 % de l&rsquo;ensemble des exécutions recensées en 2020 : l&rsquo;Iran (246), l&rsquo;Égypte (107), l&rsquo;Irak (45) et l&rsquo;Arabie saoudite (27).&nbsp;La diminution du nombre total d&rsquo;exécutions enregistrées au niveau mondial est principalement imputable à deux pays du Moyen-Orient : l&rsquo;Arabie Saoudite où ce nombre a chuté de 85 % et l&rsquo;Irak où il a diminué de plus de 50 %.</p>



<p>Au moins 1 477 condamnations à mort ont été recensées dans 54 pays en 2020, soit 36 % de moins qu&rsquo;en 2019, où l&rsquo;ONG en avait enregistré au moins 2 307 dans 56 pays. Cette baisse est due en partie à la pandémie de Covid-19 qui a entraîné des perturbations et des retards dans le fonctionnement des systèmes judiciaires partout dans le monde.</p>



<p><strong>Source: France 24 / Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>Avec la Tunisie, enfin un pays du Maghreb qui célèbre l’abolition de l’esclavage</title>
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				<pubDate>Thu, 23 Jan 2020 13:52:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[Maghreb]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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				<description><![CDATA[Ce 23 janvier 2020, la Tunisie est le premier pays du Maghreb et le deuxième pays du continent africain à célébrer l’abolition de l’esclavage. En attendant une loi déclarant crime contre l’humanité cette exploitation de l’homme par l’homme. C’est le défunt président&#160;Béji Caïd Essebsi qui l’avait annoncé le 23 janvier 2019, au palais de Carthage....]]></description>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/01/21489_1012439792156686_6087470446799018508_n-592x296-1579780469.jpg" alt="" class="wp-image-13549" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/01/21489_1012439792156686_6087470446799018508_n-592x296-1579780469.jpg 592w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/01/21489_1012439792156686_6087470446799018508_n-592x296-1579780469-300x150.jpg 300w" sizes="(max-width: 592px) 100vw, 592px" /><figcaption> Des activistes unis contre le racisme en Tunisie et dans le reste du Maghreb (photo d&rsquo;illustration). © Facebook/masmitich3azi </figcaption></figure>



<p><strong>Ce 23 janvier 2020, la Tunisie est le premier pays du Maghreb et le deuxième pays du continent africain à célébrer l’abolition de l’esclavage. En attendant une loi déclarant crime contre l’humanité cette exploitation de l’homme par l’homme.</strong></p>



<p>C’est le défunt président&nbsp;<a href="https://www.jeuneafrique.com/713313/societe/tunisie-le-23-janvier-journee-de-labolition-de-lesclavage-une-decision-historique/">Béji Caïd Essebsi qui l’avait annoncé le 23 janvier 2019</a>, au palais de Carthage. La Tunisie est le premier pays du Maghreb à instituer une journée nationale de l’abolition de l’esclavage.</p>



<p>En devenant ainsi le&nbsp;<a href="https://www.jeuneafrique.com/156139/politique/l-esclavage-d-clar-crime-contre-l-humanit/">deuxième pays du continent africain, après le Sénégal, en 2010</a>, à s’incliner devant la mémoire des millions de Subsahariens déportés et mis en esclavage, la Tunisie brise un tabou, répare une injustice et s’engage à lutter contre les formes contemporaines de racismes et d’exploitation.</p>



<h4>Un tabou brisé</h4>



<p>Le choix de cette date rend hommage au&nbsp;<a href="https://www.jeuneafrique.com/mag/526899/societe/ce-jour-la-le-23-janvier-1846-tunis-abolit-lesclavage/">décret d’abolition pris par le bey de Tunis, Ahmed 1er, le 23 janvier 1846</a>. Cet événement, historique en Afrique mais trop souvent oublié, avait été «&nbsp;préparé&nbsp;» en août 1842, lorsque le bey, avec le soutien des religieux, avait fermé le marché aux esclaves de Tunis et proclamé la liberté de « toute personne née dans le pays ».</p>



<p>Le 23 janvier 1846, donc, l’abolition totale est décidée dans tout le pays par un décret qui n’a pas été entièrement respecté. Cela a justifié une deuxième abolition, le 28 mai 1890, de la part de son successeur, Ali Bey III, qui a prévu des sanctions pénales pour les contrevenants.</p>



<p>Même si ces abolitions sont restées formelles, la traite et l’esclavage des Noirs continuant jusqu’au XXe siècle, ces deux décisions témoignent d’une prise de conscience de l’injustice d’un commerce des Noirs qui remonte à la naissance de l’islam.</p>



<blockquote class="wp-block-quote"><p>LES PRINCES DU MONDE ARABE TRAVERSAIENT LE SAHARA OU LA MER ROUGE POUR SE POURVOIR EN MAIN D’ŒUVRE DANS LE RÉSERVOIR DU SOUS-CONTINENT SUBSAHARIEN</p></blockquote>



<p>En effet, dès le VIIe siècle les princes du monde arabe traversaient le Sahara ou la mer Rouge pour se pourvoir en main d’œuvre dans le réservoir du sous-continent subsaharien.</p>



<p>Dix à quinze millions de Subsahariens vont alors connaître les affres de la capture, de la déportation et de l’esclavage comme eunuques, domestiques, concubines, soldats et mineurs, pour les plaisirs et la prospérité de riches bédouins.</p>



<p>Quatorze siècles de massacres que l’économiste Tidiane Ndiaye qualifiera de « génocide voilé » dans son ouvrage publié exactement un an après celui du premier intellectuel maghrébin à s’attaquer à ce tabou, Malek Chebel,&nbsp;<em>L’esclavage en terre d’islam</em>, en 2007.</p>



<h4>Une injustice à réparer</h4>



<p>La confusion entre l’islamisation et l’arabisation est pour beaucoup dans ce tabou. Les pays du monde musulman, Afrique comprise, questionnent également peu des questions telles que les alliances au moment des décolonisations et de la lutte contre le racisme en Occident, ou la traite, le racisme anti-noir et l’esclavage arabo-musulman.</p>



<p>Pourtant la présence ancienne et l’influence des Noirs dans le Maghreb, le Proche et le Moyen-Orient est attestée par les études historiques les plus récentes. Et pour la première fois, un documentaire d’envergure tel que « Les routes de l’esclavage » (produit par Arte en 2018) esquisse une vision globale d’un phénomène au long cours.</p>



<p>Au sud de ces pays vivent, aujourd’hui encore, ces Noirs méprisés et traités de « kahlouche » (« nègres ») ou « abids » (« esclaves »), très souvent abandonnés par les États au racisme et aux discriminations sans fard qui s’abattent aussi sur les nombreux étudiants et travailleurs subsahariens maltraités dans l’indifférence générale.</p>



<p>À cela s’ajoutent les nombreux&nbsp;<a href="https://www.jeuneafrique.com/133986/societe/maroc-ceuta-et-melilla-les-migrants-pris-au-pi-ge/">migrants en transit vers l’Europe</a>, exploités par des filières mafieuses locales, qui viennent s’échouer régulièrement au large des côtes africaines et européennes.<br>On peut encore avoir en mémoire le fameux « zoo de Misrata » et ses images de ventes de migrants en Libye, « le cimetière pour esclaves » de Djerba, les commentaires racistes sur la&nbsp;<a href="https://www.jeuneafrique.com/700711/societe/chronique-miss-algerie-trop-noire-ou-pas-assez-belle/">Miss Algérie 2019</a>&nbsp;ou les milliers de&nbsp;<a href="https://www.jeuneafrique.com/232938/societe/gertrude-mon-calvaire-comme-domestique-camerounaise-au-liban/">domestiques noires brutalisées et privées de papiers au Liban</a>.</p>



<p>Ou encore&nbsp;<a href="https://www.jeuneafrique.com/mag/263047/politique/mauritanie-la-parole-est-a-la-defense-des-noirs/">la Mauritanie</a>&nbsp;et le Soudan, déchirés par des conflits résurgents reposant sur une histoire nationale non égalitaire.</p>



<p>Ce sont ces injustices que la Tunisie devrait réparer ce 23 janvier, ne serait-ce que symboliquement, par cette première journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage. Depuis le « printemps arabe », <a href="https://www.jeuneafrique.com/644111/societe/loi-contre-le-racisme-tournant-historique-en-tunisie-mais-ou-en-sont-lalgerie-et-le-maroc/">ce pays est l’un des plus engagés dans la lutte contre le racisme</a>.</p>



<p>Après l’important travail de mémoire sur la traite des Noirs entrepris par les nations occidentales (lois, musées et initiatives de la société civile) et de plus en plus en Afrique subsaharienne (première loi africaine au Sénégal et nombreux lieux de mémoire), il importe que le Maghreb et le monde arabe ouvrent ce chapitre de leur histoire pour dessiner un quotidien plus humain au profit de leurs minorités.</p>



<p><strong>Source: Jeune Afrique/Mis en ligne: Lhi-tshiess Makaya-exaucée</strong></p>
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		<title>Comment l&#8217;abolition de l&#8217;esclavage a légitimé le travail forcé</title>
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				<pubDate>Sat, 16 Nov 2019 19:31:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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		<category><![CDATA[travail forcé]]></category>

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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/11/19709380lpw-19709472-article-jpg_6677236_660x281.jpg" alt="" class="wp-image-11324" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/11/19709380lpw-19709472-article-jpg_6677236_660x281.jpg 660w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/11/19709380lpw-19709472-article-jpg_6677236_660x281-300x128.jpg 300w" sizes="(max-width: 660px) 100vw, 660px" /><figcaption> <em>Hommage aux esclaves, commémoration à Villers-Cotterêts, ville où le général Dumas s&rsquo;était installé et où naquit Alexandre Dumas. </em> </figcaption></figure>



<h4>L&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage en&nbsp;1848&nbsp;n&rsquo;a en rien arrêté l&rsquo;assujettissement des populations colonisées. Le cas de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest est édifiant.</h4>



<p>Fin août cette année, le&nbsp;<em>New&nbsp;York Times</em>&nbsp;a publié un&nbsp;<a href="https://www.courrierinternational.com/article/la-une-du-jour-lesclavage-au-etats-unis-400-ans-apres" target="_blank" rel="noreferrer noopener">hors-série important</a>&nbsp;à l&rsquo;occasion des 400&nbsp;ans de l&rsquo;arrivée des premiers esclaves africains aux&nbsp;<a href="https://www.lepoint.fr/tags/etats-unis">États-Unis</a>&nbsp;et a consacré sa couverture à la tragédie de l&rsquo;esclavage et à ses conséquences. Outre-Atlantique, l&rsquo;actualité concerne principalement les&nbsp;<a href="https://theconversation.com/les-generations-actuelles-doivent-elles-reparer-les-effets-injustes-de-lesclavage-colonial-122568" target="_blank" rel="noreferrer noopener">réparations</a>&nbsp;et la mémoire, comme en témoigne la récente création de&nbsp;<a href="https://www.franceguyane.fr/actualite/politique/la-fondation-pour-la-memoire-de-l-esclavage-en-construction-461150.php" target="_blank" rel="noreferrer noopener">la Fondation pour la mémoire de l&rsquo;esclavage en Guyane</a>. Une histoire moins connue est cependant celle du travail forcé, qui, dans les colonies, s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;histoire post-esclavagiste.</p>



<h4>La naissance du travail forcé</h4>



<p>On associe souvent l&rsquo;esclavage, aboli en&nbsp;1848&nbsp;en&nbsp;<a href="https://www.lepoint.fr/tags/france">France</a>, et le travail forcé colonial. Même si certaines analogies demeurent entre ces deux termes, il convient de distinguer ces deux catégories pour rappeler comment le travail forcé –&nbsp;c&rsquo;est-à-dire le recrutement par la force de travailleurs non libre&nbsp;– a été légitimé par les coloniaux&nbsp;au nom de l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage. Dans un texte de 1900&nbsp;intitulé&nbsp;<em>La Main-d&rsquo;œuvre en Afrique</em>, Antonio d&rsquo;Almada Negreiros,&nbsp;<a href="https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-02096218/document" target="_blank" rel="noreferrer noopener">membre de la Société géographique de Paris</a>, écrit ceci&nbsp;: «&nbsp;Il faut […] compléter la grande œuvre d&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage en faisant aimer au nègre le travail qu&rsquo;il déteste et qui cependant nous est indispensable.&nbsp;»</p>



<p>En faisant référence à «&nbsp;la grande œuvre d&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage&nbsp;», l&rsquo;auteur suggère un des principes par lequel la France a légitimé son intrusion en&nbsp;<a href="https://www.lepoint.fr/tags/afrique">Afrique</a>. C&rsquo;est en effet au nom du principe de liberté du travail et de l&rsquo;entreprise de civilisation entamée dans la prolongation des campagnes antiesclavagistes du tournant du XIXe&nbsp;siècle que le gouvernement général d&rsquo;Afrique-Occidentale française (AOF) a aboli, en 1905, l&rsquo;esclavage dans les territoires colonisés africains. Toute la rhétorique juridico-économique qui se développe à l&rsquo;époque repose alors sur le principe d&rsquo;une&nbsp;nécessaire transition entre l&rsquo;esclavage et le travail libre –&nbsp;entendons le salariat&nbsp;– qu&rsquo;incarne le modèle européen.</p>



<figure class="wp-block-image"><a href="https://static.lpnt.fr/images/2019/11/15/19709380lpw-19709473-embed-libre-jpg_6677239.jpg"><img src="https://static.lpnt.fr/images/2019/11/15/19709380lpw-19709473-embed-libre-jpg_6677239.jpg" alt=""/></a><figcaption>Carte de l&rsquo;AOF.© DR</figcaption></figure>



<h4>Libérer par le travail</h4>



<p>L&rsquo;abolition de la traite marque une étape importante dans la supposée «&nbsp;œuvre civilisatrice&nbsp;» puisque, en abolissant la servilité, les Français –&nbsp;on retrouve la même dynamique dans les&nbsp;<a href="https://plus.lesoir.be/211032/article/2019-03-08/carte-blanche-dix-idees-recues-sur-la-colonisation-belge" target="_blank" rel="noreferrer noopener">autres empires européens</a>– se définissent de facto comme le pouvoir libérateur, a contrario de populations africaines considérées comme tyrannique et esclavagiste. Cette dialectique moralisatrice s&rsquo;appuie principalement sur l&rsquo;idée que l&rsquo;esclavage s&rsquo;oppose au régime du travail libre et au salariat, éléments constitutifs de l&rsquo;avènement de la modernité capitaliste dans les sociétés européennes.</p>



<p>Dans l&rsquo;esprit du colonisateur, l&rsquo;abolition de l&rsquo;esclavage doit permettre de libérer les forces productives nécessaires à la mise en place d&rsquo;un marché du travail libre. Par là même, la fin de la traite doit produire chez les populations concernées l&rsquo;éthos du travail, c&rsquo;est-à-dire une mise au travail similaire à celle de la métropole. Cependant, très vite, le pouvoir colonial se révèle incapable d&rsquo;assurer cette transition et se retrouve dans l&rsquo;incapacité à recruter librement les travailleurs nécessaires pour son projet de «&nbsp;mise en valeur&nbsp;» et la construction des infrastructures des territoires coloniaux (routes, chemin de fer,&nbsp;etc.).</p>



<h4>Maintenir un ordre politique et social</h4>



<p>La contrainte dans le recrutement des travailleurs est alors envisagée pour tenter de répondre à un double impératif&nbsp;: mettre en valeur les territoires grâce à l&rsquo;utilisation intensive de la main-d&rsquo;œuvre, d&rsquo;une part, et mettre en place et maintenir un ordre politique et social, d&rsquo;autre part.</p>



<p>Légitimé par un discours colonial glorifiant le travail et fustigeant la paresse supposée des populations «&nbsp;indigènes&nbsp;», encadré par un système répressif devenu méthode de gouvernement –&nbsp;pensons, par exemple, au terrible régime de l&rsquo;indigénat, un régime administratif de répression à l&rsquo;encontre des&nbsp;populations colonisées «&nbsp;indigènes&nbsp;»&nbsp;–, le travail forcé colonial est progressivement pensé, légitimé, encadré et institutionnalisé dans les années&nbsp;1920.</p>



<p>Plusieurs formes de travail forcé sont utilisées au quotidien dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;AOF. La prestation ou «&nbsp;impôt de sueur&nbsp;» était un impôt payé en travail, comparable à la&nbsp;corvée d&rsquo;Ancien Régime&nbsp;et utilisé pour la construction des routes de l&rsquo;AOF. Par la suite, dans chaque colonie, le recrutement militaire annuel distinguait la première portion de soldats d&rsquo;une deuxième portion du contingent, recrutée pour travailler sur les chantiers de travaux publics de la fédération. Les recrues ont été particulièrement mobilisées au moment de la Seconde Guerre mondiale.</p>



<p>Le travail pénal obligatoire constitue une troisième forme de travail forcé utilisée au quotidien. Au&nbsp;<a href="https://www.lepoint.fr/tags/senegal">Sénégal</a>&nbsp;en particulier, des camps pénaux mobiles se déplacent de chantier routier en chantier routier pour la construction du réseau. Enfin, la réquisition de la main-d&rsquo;œuvre constitue la dernière mesure coercitive à laquelle l&rsquo;administration coloniale a recours pour fournir des travailleurs aux entreprises privées.</p>



<h4>Une rupture en demi-teinte&nbsp;: la loi Houphouët-Boigny</h4>



<p>Il faudra attendre le lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour que les nouveaux députés africains, fraîchement élus, s&#8217;emparent de la question du travail forcé. En 1946, le député de&nbsp;<a href="https://www.lepoint.fr/tags/cote-d-ivoire">Côte d&rsquo;Ivoire</a>&nbsp;Félix Houphouët-Boigny s&rsquo;exclame&nbsp;à l&rsquo;Assemblée nationale en ces termes&nbsp;: «&nbsp;Le défenseur que je suis de ceux qui gémissent par milliers sur les routes, devant des gardes porteurs de chicotes, sur les plantations ou dans les coupes de bois, arrachés à leur foyer, à leur propriété, regrette de ne pouvoir trouver les mots justes pour dépeindre comme il convient la souffrance, la grande souffrance de cette multitude qui attend, depuis des années, l&rsquo;abolition de cet esclavage déguisé qu&rsquo;est le travail forcé.&nbsp;»</p>



<p>Le député fait une association directe entre l&rsquo;esclavage et le travail forcé colonial. La notion d&rsquo;esclavage est ici utilisée comme une métaphore, un usage politique du passé pour donner encore plus de force au discours prononcé à l&rsquo;Assemblée. Le 11&nbsp;avril&nbsp;1946, une&nbsp;loi abolissant le travail forcé dans les colonies&nbsp;est alors adoptée à l&rsquo;unanimité. Cette loi marque une rupture à la fois fondamentale et paradoxale dans la politique coloniale, car elle abolit des pratiques qui ne sont, théoriquement, plus censées exister depuis la ratification par la France en&nbsp;1937&nbsp;de la Convention du Bureau international du travail (BIT) sur le travail forcé de 1930.</p>



<p>De plus, cette loi ne propose ni définition claire de ce qui est considéré comme travail forcé, ni sanction en cas de non-respect de la loi. Les autorités coloniales vont alors utiliser ce flou juridique pour continuer à utiliser la contrainte dans le recrutement des travailleurs. C&rsquo;est en particulier le cas avec la deuxième portion du contingent. Des milliers de «&nbsp;tirailleurs-la-pelle&nbsp;» –&nbsp;pour reprendre une expression chère à Léopold Sédar Senghor&nbsp;– vont alors être employés jusqu&rsquo;au début des années&nbsp;1950, dans toute l&rsquo;AOF, mais principalement au Sénégal, pour la construction des chantiers publics des colonies.</p>



<figure class="wp-block-image"><a href="https://static.lpnt.fr/images/2019/11/15/19709380lpw-19709475-embed-libre-jpg_6677241.jpg"><img src="https://static.lpnt.fr/images/2019/11/15/19709380lpw-19709475-embed-libre-jpg_6677241.jpg" alt=""/></a><figcaption>Carte du Sénégal colonial.© DR</figcaption></figure>



<h4>Quand les élites postcoloniales veulent «&nbsp;éliminer la paresse connue chez l&rsquo;Africain&nbsp;»</h4>



<p>Après les indépendances en Afrique de l&rsquo;Ouest en 1960, la plupart des régimes postcoloniaux, inspirés par la voie socialiste et la planification du développement, tentent d&rsquo;impulser de nouvelles relations entre l&rsquo;État et les populations dans un esprit de rupture nette avec la période coloniale. Cependant, on remarque une certaine continuité dans les discours véhiculés par les élites postcoloniales pour mobiliser les populations pour le chantier national. Les élites postcoloniales appellent à la mise au travail des forces vives de la nation et stigmatisent dans le même temps l&rsquo;inactivité et l&rsquo;oisiveté, considérées comme frein à la construction nationale.</p>



<p>Dans l&rsquo;un des bulletins de liaison du mouvement coopératif publié par la République du Sénégal en 1960, le message apparaît clair&nbsp;: il faut «&nbsp;amener doucement mais fermement à la nette conscience qu&rsquo;on n&rsquo;attend pas ce que l&rsquo;on désire dans l&rsquo;oisiveté&nbsp;» et «&nbsp;éliminer la paresse connue chez l&rsquo;Africain, celle de ne rien faire et vouloir gagner de l&rsquo;or&nbsp;». (Bulletin de liaison publié par le ministère du Développement et du Plan, début des années&nbsp;1960.) Pour les pouvoirs publics, la survie sans travail est suspecte.</p>



<p>Les marginaux et autres «&nbsp;fléaux sociaux&nbsp;» (vagabonds, jeunes inactifs, fous, prostituées, lépreux, malades mentaux,&nbsp;etc.) sont stigmatisés et réprimés. En témoigne, par exemple, la mise en place d&rsquo;un camp d&rsquo;internement de lépreux au Sénégal à&nbsp;<a href="https://www.seneplus.com/sante/el-hadj-ngom-le-lepreux-qui-refuse-la-fatalite" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Koutal</a>&nbsp;à la fin des années&nbsp;1960, sur le lieu même d&rsquo;un ancien camp pénal mobile. Le discours des autorités produit un effet d&rsquo;inclusion-exclusion en érigeant le travail comme valeur morale, mais aussi comme «&nbsp;baromètre&nbsp;» où se mesurent le degré de participation à la construction nationale et l&rsquo;adhésion au projet politique. Ce discours inclut toutes les personnes prêtes à s&rsquo;investir pour le développement du pays, mais exclut dans le même temps, en mettant «&nbsp;hors la loi&nbsp;» ou en dehors de la norme «&nbsp;travail&nbsp;», toutes les populations jugées inactives ou marginales.</p>



<p>«&nbsp;Investissement humain.&nbsp;» Ce discours se traduit en pratique par la mise en place, dans la plupart des États d&rsquo;Afrique francophone, de projets d&rsquo;«&nbsp;investissements humains&nbsp;». Ce concept, apparu à la&nbsp;<a href="https://www.persee.fr/doc/tiers_0040-7356_1991_num_32_127_4651" target="_blank" rel="noreferrer noopener">fin des années&nbsp;1950</a>, mise sur l&rsquo;apport volontaire et bénévole de main-d&rsquo;œuvre pour la réalisation de projets d&rsquo;infrastructures. Cependant, on peut noter de nombreux abus dans son application, que ce soit par le recrutement forcé de travailleurs qui se devaient d&rsquo;être volontaires ou le détournement des projets pour des initiatives privées.</p>



<p>Par ailleurs, dans un contexte de lutte contre le chômage et de déruralisation de la jeunesse, plusieurs formules de service civique sont introduites dans les jeunes États afin de mobiliser la jeunesse pour le développement du pays et leur fournir une formation professionnelle et civique. Sous le couvert d&rsquo;intégrer socialement les jeunes, ces services civiques, encadrés militairement pour la plupart, ont souvent été détournés pour fournir un réservoir de main-d&rsquo;œuvre pour les&nbsp;chantiers publics du territoire.</p>



<p>Ironie de l&rsquo;histoire, les services civiques font l&rsquo;objet d&rsquo;une attention toute particulière du&nbsp;<a href="https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/00236560701580275" target="_blank" rel="noreferrer noopener">BIT au milieu des années&nbsp;1960</a>. Le BIT considère en effet que l&rsquo;enrôlement militaire de la jeunesse à des fins de participation en travail à la construction nationale est une forme de travail forcé. Plusieurs pays africains francophones sont alors mis en cause et accusés d&rsquo;un crime «&nbsp;colonial&nbsp;», alors même que tout leur appareil discursif et les politiques menées se veulent être en rupture avec les pratiques coloniales passées.<br></p>



<p><strong>Source: Le Point Afrique/Mis en ligne: Lhi-tshiess Makaya-exaucée</strong></p>
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