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	<title>Interviews &#8211; Tribune d&#039;Afrique</title>
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		<title>Interview de Rawdha Séibi: </title>
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				<pubDate>Fri, 23 Apr 2021 18:31:43 +0000</pubDate>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/IMG-20210423-WA0016-479x1024.jpg" alt="" class="wp-image-21970" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/IMG-20210423-WA0016-479x1024.jpg 479w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/IMG-20210423-WA0016-140x300.jpg 140w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/IMG-20210423-WA0016.jpg 599w" sizes="(max-width: 479px) 100vw, 479px" /><figcaption>légende « La secrétaire générale de l&rsquo;Association tunisienne de soutien aix minorités, Atsm, est très engagée aux côtés des migrants subsahariens. Crédits photo: Gnahore Dassé Junior, Tunis, mars 2021 »</figcaption></figure>



<p><strong>Sexagénaire, cette femme généreuse et pleine d&rsquo;humour se définit comme « </strong><strong><em>une musulmane non pratiquante</em></strong><strong>« , ce qui n&rsquo;en fait pas moins une amoureuse de l&rsquo;islam. « </strong><strong><em>Plutôt quelqu&rsquo;un qui a du respect pour toutes les religions</em></strong><strong> » tient-elle à rectifier. La Cathédrale Saint Vincent de Paul et Sainte Olive, avenue Bourguiba, la synagogue du centre ville ou encore celle de La Goulette, l&rsquo;Eglise orthodoxe de Tunis, elle est partout accueillie chez elle. Quand, lors de déjeuners au cours desquels Rawdha Séibi reçoit des dignitaires catholiques en son domicile, Mgr Illario Antoniazza, unique évêque de la Tunisie s&rsquo;amuse à la voir « </strong><strong><em>en bonne chrétienne</em></strong><strong>« , elle lui oppose, entre éclats de rires, que Daniel Cohen la verrait bien « </strong><strong><em>juive</em></strong><strong>« . Le rabbin de la synagogue de La Goulette (10 km de Tunis) et qui a vu, ces dernières années, sa communauté réduire progressivement a toujours su compter sur l&rsquo;Association tunisienne de soutien des minorités (Atsm). Créée en 2011, cette organisation est une résultante du printemps arabe et a été l&rsquo;initiative de quatre personnes dont trois femmes. Très vite, dans un espace qui était presque vide, l&rsquo;Atsm s&rsquo;est imposée et est devenue la principale défenseure des droits des minorités, quelle qu&rsquo;elles soient. Pour Rawdha Séibi qui en est aussi la secrétaire générale, « </strong><strong><em>il s&rsquo;agit avant tout d&rsquo;une minorité numérique</em></strong><strong>« , définie par rapport à la majorité. Pendant cette dernière semaine de mars, alors que catholiques et juifs préparent Pâques, l&rsquo;enseignante de sciences physiques et sportives nous reçoit en périphérie de Tunis pour une interview. Cette femme, plutôt politiquement à gauche, &nbsp;aborde sans ambages toutes les questions et n&rsquo;hésite pas, quand elle le croit utile, à critiquer la posture des hommes politiques par rapport à de nombreuses discriminations. Elle milite d&rsquo;ailleurs pour le « </strong><strong><em>retrait pur et simple</em></strong><strong> » des articles 74 et 39 de la constitution tunisienne. Le premier exige que pour être candidat à l&rsquo;élection présidentielle, il faut être de confession musulmane. « </strong><strong><em>Une absurdité</em></strong><strong>&nbsp;! » éclate Rawdha. Idem pour l&rsquo;article 39 qui définit le pays comme un pays « </strong><strong><em>de culture arabo-musulmane</em></strong><strong>« , un aspect que la loi fondamentale appelle à promouvoir. Pourtant, la Tunisie fut un bastion chrétien du Ve siècle et a donné, non seulement trois papes à l&rsquo;Eglise catholique mais de nombreux saints, martyrs et docteurs de l&rsquo;Eglise comme Augustin d&rsquo;Hippone. Les violences verbales et actes discriminatoires à l&rsquo;égard des juifs, elle s&rsquo;en agace et exige, pour le compte de son association, que le calendrier des fêtes religieuses intègres les fêtes judaïques et chrétiennes. « </strong><strong><em>Je veux pouvoir, à partir de ce calendrier, me souvenir des fêtes de mes amis non musulmans</em></strong><strong> » explique celle qui croit en l&rsquo;avenir de la cohabitation entre minorités et majorités. Elle regrette d&rsquo;ailleurs que Monsieur Trabelsi, le seul ministre juif du gouvernement soit parti depuis et surtout « </strong><strong><em>aucune autre minorité religieuse n&rsquo;est représentée au sein de l&rsquo;exécutif</em></strong><strong> » dénonce celle qui, au fil des années, minimise les risques malgré les menaces qu&rsquo;elle reçoit, du fait de son engagement associatif. Entretien.</strong></p>



<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/IMG-20210423-WA0014-1024x479.jpg" alt="" class="wp-image-21971" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/IMG-20210423-WA0014-1024x479.jpg 1024w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/IMG-20210423-WA0014-300x140.jpg 300w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/IMG-20210423-WA0014-768x359.jpg 768w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/IMG-20210423-WA0014.jpg 1280w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Legende « Rawdha Seibi avec notre collaborateur MAX-SAVI Carmel, à Tunis, lors de l&rsquo;entretien. Crédits photo: Gnahore Dassé Junior, Mars 2021 »</figcaption></figure>



<p><strong>Les minorités religieuses sont-elles aujourd&rsquo;hui en danger en Tunisie&nbsp;?</strong></p>



<p>Il n&rsquo;y a aucun doute qu&rsquo;il y a une menace à la fois psychologique et réelle, donc physique qui pèse sur certaines minorités religieuses dans notre pays. Mais il s&rsquo;agit de formes de discriminations intégrées dans la culture, les traditions et les pratiques en Tunisie. C&rsquo;est notamment le cas de plusieurs articles discriminatoires de la constitution. Ces discriminations ne visent pas que les minorités religieuses mais toutes sortes de minorités car toute minorité se définit par un nombre extrêmement faible par rapport à une majorité. </p>



<p><strong>Quelles sont les autres types de minorité qui existent en Tunisie&nbsp;?</strong></p>



<p>Il n&rsquo;y a pas que la minorité religieuse d&rsquo;autant plus que la minorité se définit en nombre. Il y a les handicapés par exemple qui constituent une forme de minorités et qu&rsquo;il faille prendre en compte. Il en est de même pour les minorités sexuelles mais aussi les populations ou ethnies minoritaires comme il en a au sud de notre pays.</p>



<p><strong>L&rsquo;Association tunisienne de soutien des minorités (Atsm) existe depuis 2011. Est-ce qu&rsquo;une décennie après, vous pouvez dire aujourd&rsquo;hui que les choses ont changé ?</strong></p>



<p>Oui, les changements sont largement insuffisants mais il en a eu beaucoup. Déjà, les tunisiens ont pris connaissance de fléaux que beaucoup ignoraient notamment le drame des discriminations. Ensuite, il y a eu un certain nombre de lois qui protègent aujourd&rsquo;hui les minorités. Le racisme, par exemple, auquel des gens étaient indifférents est combattu par une loi aujourd&rsquo;hui. La loi ne suffit pas, si elle n&rsquo;est pas mise en pratique mais elle est un bon départ. Elles ne sont pas toutes mises en pratique mais la prise partielle de conscience par les parlementaires éveille la conscience des populations. Les gens font donc attention à des choses auxquelles ils étaient insensibles et cela n&rsquo;est déjà pas mal. D&rsquo;ailleurs, nous entretenons, avec le ministre des cultes par exemple, des relations de bonnes qualité, ce qui n&rsquo;était pas le cas avant. Cela permet de remonter nos inquiétudes, les violations que nous documentons mais aussi de pouvoir compter sur des facilités administratives dans nos divers projets.</p>



<p><strong>Vous dénoncez aussi la discrimination institutionnelle…</strong></p>



<p>Oui, je vous donne un exemple assez simple. Il n&rsquo;est pas possible pour un chrétien ou un juif de devenir président. La constitution ne lui en donne même pas la moindre chance, puisqu&rsquo;elle stipule qu&rsquo;il faille être de confession musulmane pour candidater à la magistrature suprême. Pourtant, on a connu de grands hommes, de grands travailleurs qui n&rsquo;étaient pas musulmans et qui auraient pu avoir la chance d&rsquo;être utile à leur pays. Il est incompréhensible que la loi fondamentale de notre pays soit issue de luttes acharnées et d&rsquo;une révolution ( Le printemps arabe, Ndlr) pour les libertés et qu&rsquo;on en soit encore là. Il faut absolument donner les mêmes chances à chacun, constitutionnellement, quitte à être écarté par les choix populaires après. </p>



<p><strong>Quels sont ces projets&nbsp;?</strong></p>



<p>Il en a de toutes sortes. Nous avons lancé début mars le projet sur l&rsquo;histoire des religions. C&rsquo;est l&rsquo;occasion de donner la parole aux responsables des religions, même minoritaires mais surtout d&rsquo;associer des jeunes, dans les lycées, à travers des cafés-débats, à la délicate question des religions pour qu&rsquo;il l&rsquo;intègre dès leur bas-âge. Nous allons en même temps continuer nos projets qui sont déjà en place. Pour changer les mentalités, il faut commencer le travail d&rsquo;éducation et de sensibilisation à temps. Je crois personnellement que la méconnaissance des religions autres que l&rsquo;islam favorise la méfiance. Il faut donc que les générations futures découvrent et comprennent les religions minoritaires. Pour finir par être tolérantes car actuellement, compte tenu de notre constitution, il est impossible pour un juif ou un chrétien de devenir chef de l&rsquo;Etat en Tunisie, cela est totalement inadmissible. Même si, à cause de la majorité écrasante que constituent les musulmans, il y a peu de chance que notre prochain président soit juif ou chrétiens, la société doit donner, sans distinctions, les mêmes chances à tout le monde. </p>



<p><strong>D&rsquo;où viennent vos financements&nbsp;?</strong></p>



<p>Nous postulons à divers appels d&rsquo;offre dans les domaines où nous avons compétence et au fil des années, nous sommes de plus en plus connus. Plusieurs organisations dont l&rsquo;Institut français, l&rsquo;Euro-Med, ou encore, la fondation Konrad Adenauer. Nous restons aussi ouverts aux financements publics s&rsquo;ils arrivent un jour.</p>



<p><strong>Propos recueillis à Tunis, par MAX-SAVI Carmel, Afrika Stratégies France</strong></p>
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		<title>Père Silvio Moreno : « La multi-culturalité des paroisses tunisiennes est à l&#8217;image de l&#8217;universalité de l&#8217;Eglise »</title>
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				<pubDate>Thu, 15 Apr 2021 08:43:16 +0000</pubDate>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/PHOTO-MORENO-1-1024x768.jpg" alt="" class="wp-image-21909" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/PHOTO-MORENO-1-1024x768.jpg 1024w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/PHOTO-MORENO-1-300x225.jpg 300w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/PHOTO-MORENO-1-768x576.jpg 768w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2021/04/PHOTO-MORENO-1.jpg 1080w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>légende photo « Père Moreno dans son bureau à la Cathédrale de Tunis, avenue Bourguiba. Crédits photo: MAX-SAVI Carmel, Asf »</figcaption></figure>



<p><strong>Il a bientôt 40 ans. Il vient de « </strong><strong><em>si loin</em></strong><strong> » pour paraphraser le pape François lors de sa première sortie, au soir de son élection le 13 mars 2013. D&rsquo;ailleurs, avec le Souverain pontife, Silvio Moreno partage des origines argentine et italienne et un attachement à la prière et à l&rsquo;Evangile. Sauf que le responsable de la Cathédrale Saint Vincent de Paul et Sainte Olive de Tunis est à la tête d&rsquo;une communauté minoritaire, en terre d&rsquo;islam. Quelque chose d&rsquo;à la fois passionnant et délicat d&rsquo;autant que l&rsquo;église locale est essentiellement constituée d&rsquo;étrangers qui sont souvent de passage. Une communauté qui se renouvelle tous les quatre ans ou presque, une exception pour l&rsquo;Eglise qui fait dire à l&rsquo;archevêque du diocèse qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une « </strong><strong><em>communauté de visitation</em></strong><strong>« . A quelques jours de Pâques, occasion d&rsquo;autant plus exceptionnelle que les célébrations ont été retransmises virtuellement l&rsquo;année dernière depuis une chapelle vide, à cause de la pandémie de Covid-19, l&rsquo;Abbé Moreno reçoit Afrika Stratégies France chez lui. C&rsquo;est donc avec impatience que ce membre de la Congrégation religieuse du Verbe Incarné, fondée en Argentine en 1984 et présente en Tunisie depuis 2003 attend « </strong><strong><em>les grâces de la résurrection par la rencontre avec les fidèles</em></strong><strong>« . C&rsquo;est à la Cathédrale où, après avoir été vicaire pendant 7 ans, ce prêtre et archéologue est aujourd&rsquo;hui administrateur qu&rsquo;il nous reçoit. Un entretien pour évoquer la particularité de l&rsquo;église locale, son expérience d&rsquo;homme et de pasteur et surtout, la joie qui anime tout catholique à quelques jours de la résurrection du Christ. Magnifique échange, mêlé souvent de simplicité, parfois d&rsquo;humour, et toujours d&rsquo;humilité pour cet ancien étudiant de l&rsquo;Angelicum de Rome.</strong></p>



<p><strong>Afrika Stratégies France (Asf)&nbsp;: Vous êtes prêtre d&rsquo;origine argentine et italienne et vous êtes responsable de la cathédrale Saint Vincent de Paul et Sainte Olive à plusieurs milliers de kilomètres de votre pays depuis une décennie. Que vaut la présence d&rsquo;un prêtre dans un pays à une écrasante majorité musulmane&nbsp;?</strong></p>



<p><strong>Père Silvio Moreno&nbsp;:</strong>&nbsp;Oui, je crois que la présence d&rsquo;un prêtre n&rsquo;est pas une présence comme toutes les autres. C&rsquo;est un témoignage de vie tout court mais surtout de vie consacrée. Une situation qui n&rsquo;est pas du tout évidente parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un pays musulman alors que le prêtre est un homme religieux qui ne se marie pas. Ce qui est très parlant dans un pays musulman et suscite, par sa particularité, une certaine curiosité. Parce que derrière un tel choix, on voit tout de suite une motivation particulière à cause du l&rsquo;option radicale du célibat. Le choix du célibat est un témoignage qui parle par lui-même et c&rsquo;est à la fois sanctifiant pour la minorité chrétienne qui existe en Tunisie d&rsquo;autant que le prêtre est aussi l&rsquo;administrateur des sacrements, de l&rsquo;eucharistie à la pénitence en passant par le baptême. Cette présence sacrée est une présence d&rsquo;exception pour la terre tunisienne. Célébrer l&rsquo;eucharistie dans un pays à majorité musulmane sanctifie aussi ce pays qui nous fait l&rsquo;honneur et la générosité de nous accueillir. </p>



<p><strong>Vous vous sentez assez proche, dans votre quotidien des musulmans à travers un permanent dialogue&nbsp;?</strong></p>



<p>Oui et non. Il est vrai qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas tellement une communication directe avec nos frères musulmans si ce n&rsquo;est nos employés, les gens que nous côtoyons jour après jour. Ces travailleurs de la cathédrale et de l&rsquo;évêché, souvent musulmans, partagent avec nous ce chaleureux échange d&rsquo;actes et de paroles. Sinon, en gros, il n&rsquo;y a pas un contact direct constant.</p>



<p><strong>Quel est le quotidien d&rsquo;un prêtre, à la fois celui de pasteur mais aussi d&rsquo;homme tout court&nbsp;?</strong></p>



<p>Je vis d&rsquo;abord pour et par ma pastorale. Je consacre une grande partie de mon temps à l&rsquo;étude et aux recherches sur les racines chrétiennes de la Tunisie, en tant que prêtre mais aussi en tant qu&rsquo;archéologue. Il faut ajouter à cela l&rsquo;accompagnement quotidien de fidèles, l&rsquo;assistance aux malades, l&rsquo;assistance aux plus pauvres, la préparation des célébrations et tout ce qui va avec l&rsquo;ordinaire d&rsquo;un prêtre. Il ne faut pas oublier que je suis membre d&rsquo;un Institut religieux qui est présente ici depuis 2003. </p>



<p><strong>Le fait d&rsquo;être à la tête d&rsquo;une communauté plutôt petite par le nombre et constituée en grande partie, sinon presque en totalité d&rsquo;étrangers affecte-t-il l&rsquo;enthousiasme apostolique et le zèle au service du Christ&nbsp;?</strong></p>



<p>Non, pas du tout, au contraire. &nbsp;C&rsquo;est plutôt enrichissant parce que nous sommes à la rencontre d&rsquo;autres cultures, ce qui favorise une ouverture d&rsquo;esprit sur le monde, sur les autres, sur l&rsquo;inconnu. Nous faisons aussi du bien en tant qu&rsquo;instrument de Dieu parce que nous touchons une proportion de personnes plus importante que si l&rsquo;on était dans une communauté homogène. Le fait que nos paroisses soient internationales avec des gens venus de plusieurs dizaines de pays et cultures est une force et une richesse que nous offre la Providence divine. C&rsquo;est donc une mission exceptionnelle et enrichissante mais une mission tout de même pour l&rsquo;Eglise. </p>



<p><strong>Nous sommes en temps pascal. L&rsquo;année dernière, l&rsquo;Eglise n&rsquo;a pas pu fêter normalement la résurrection du Christ. Qu&rsquo;attendez-vous d&rsquo;exceptionnel de la célébration pascale cette année&nbsp;?</strong></p>



<p>D&rsquo;abord, la grâce de nous retrouver en tant que communauté chrétienne pour célébrer le mystère de la semaine sainte, une grâce dont nous avons été privés l&rsquo;an dernier. Tout était compliqué pour nous et les célébrations étaient privées du contact humain avec l&rsquo;autre car nous avons été obligés de les transmettre virtuellement. Et nous attendons que ce soit un renouvellement des grâces pour redémarrer une nouvelle étape dans notre vie d&rsquo;hommes, de femmes, de chrétiens après cette épreuve de Covid-19 qui continue d&rsquo;ailleurs encore. Nous devons saisir l&rsquo;occasion de repartir à nouveau avec le Christ.</p>



<p><strong>Vous êtes, je le disais au début, d&rsquo;origine argentine et italienne, exactement comme le pape François. Est-ce que le Souverain pontife est pour vous une source d&rsquo;inspiration et un modèle de motivation&nbsp;?</strong></p>



<p>Oui, forcément, d&rsquo;abord en tant chef de l&rsquo;Eglise dont je suis serviteur. Il est le successeur de Pierre et donc le chef de l&rsquo;Eglise universelle. On le connaissait déjà quand il était archevêque en Argentine. Sa méthode un peu nouvelle est une démarche pour l&rsquo;époque d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. On est très sensible à son enseignement, l&rsquo;enseignement de toute l&rsquo;Eglise. </p>



<p><strong>Propos recueillis à Tunis par MAX-SAVI Carmel, Afrika Stratégies France</strong></p>
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		<title>Mali: Le premier ministre Boubou Cissé déclare « Nous assurerons la continuité de l’Etat »</title>
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				<pubDate>Thu, 30 Jul 2020 18:01:17 +0000</pubDate>
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				<description><![CDATA[Le premier ministre du Mali, Boubou Cissé, en interview. Il revient sur la feuille de route en préparation pour sortir le Mali de la crise. Et son espoir de voir le M5-RFP rejoindre le gouvernement d&#8217;union nationale. Interview avec Boubou Cissé, premier ministre du Mali, le 30 juillet 2020. DW&#160;: Monsieur le premier ministre, bonjour....]]></description>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/07/IMG_20200730_185628.jpg" alt="" class="wp-image-18542" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/07/IMG_20200730_185628.jpg 908w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/07/IMG_20200730_185628-300x164.jpg 300w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/07/IMG_20200730_185628-768x420.jpg 768w" sizes="(max-width: 908px) 100vw, 908px" /><figcaption>Le premier ministre du Mali Boubou Cissé </figcaption></figure>



<p><strong>Le premier ministre du Mali, Boubou Cissé, en interview. Il revient sur la feuille de route en préparation pour sortir le Mali de la crise. Et son espoir de voir le M5-RFP rejoindre le gouvernement d&rsquo;union nationale.</strong></p>



<p>Interview avec Boubou Cissé, premier ministre du Mali, le 30 juillet 2020. </p>



<p><strong>DW&nbsp;: Monsieur le premier ministre, bonjour.</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: Bonjour.</p>



<p><strong>DW&nbsp;: Est ce que vous croyez que la crise malienne va trouver une solution?</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: Je pense que toute crise a pour finalité de trouver une solution. Donc la crise malienne trouvera une solution et nous sommes en train de tout faire pour que cette solution arrive dans les délais les meilleurs.</p>



<p><strong>DW&nbsp;: Malgré le plan de sortie de crise proposé par la Cédéao à un début de semaine, malgré votre main tendue, malgré celle du président IBK, le Mouvement du 5 Juin continue de persister et signer&nbsp;: ils exigent le départ du président. Est-ce que ce n&rsquo;est pas déjà perdu d&rsquo;avance?</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: Je pense que le Mouvement du 5 Juin a évolué dans ses revendications. A mon avis, ce qui était demandé concernant le départ du président de la République n&rsquo;est plus d&rsquo;actualité aujourd&rsquo;hui. Leur autorité morale a eu à se prononcer sur cela. Cela a été très clair aussi lors de la mission de la Cédéao, la ligne qui avait été tracée disait que ce sont des voies constitutionnelles qui amènemt quelqu&rsquo;un à la magistrature suprême et à diriger un pays. Le président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, a été élu. Il a cinq ans de mandat, il lui reste encore quelque temps et tout le monde est d&rsquo;accord aujourd&rsquo;hui pour dire qu&rsquo;il devrait aller jusqu&rsquo;à la fin de son mandat.</p>



<p><strong>DW&nbsp;: Mardi dernier, vous vous êtes rendu en fin de soirée à la résidence de l&rsquo;imam Dicko, qui est l&rsquo;autorité morale de la contestation. Qu&rsquo;est-ce que vous vous êtes dit?</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: J&rsquo;y suis allé déjà pour lui parler avec lui de l&rsquo;esprit qui a été derrière la mise en place de l&rsquo;<a href="https://www.dw.com/fr/mali-un-cabinet-restreint-avant-le-gouvernement-dunion/a-54358700">exécutif restreint</a>&nbsp; qui venait de se mettre en place la veille. Le Président de la République, conformément à la recommandation de la Conférence des chefs d&rsquo;Etat et de gouvernement de la Cédéao, a décidé de mettre en place un exécutif restreint de six ministres, six ministères régaliens. Déjà, pour assurer la continuité de l&rsquo;Etat, et prendre en charge les affaires courantes, mais aussi pour que cette équipe entame des négociations avec le M5 et aussi mettre en œuvre les recommandations de la Cédéao concernant le Parlement, la Cour constitutionnelle, mais aussi d&rsquo;autres recommandations dont on a eu à discuter concernant les enquête sur les tueries, qui ont eu lieu les 10 et 11 (juillet 2020). Je lui ai expliqué cela et je lui ai demandé aussi d&rsquo;aider à mettre en œuvre les recommandations, conscient qu’elles ne pourraient se mettre en œuvre s’il n’y avait pas de dialogue ouvert, franc, avec le M5.</p>



<p><strong>DW&nbsp;: Et qu&rsquo;est-ce qu’il vous a répondu&nbsp;?</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: J’ai trouvé un homme ouvert, évidemment, à ce que le dialogue se fasse entre les différents acteurs, entre les enfants du Mali et un homme qui souhaiterait qu’on arrive, le plus rapidement possible, à une solution de sortie de crise et à un retour à la normalité. Il nous a parlé aussi d&rsquo;un certain nombre de contraintes qui existent du côté du M5 et de son côté aussi, sur lesquelles il va falloir que nous travaillions. Evidemment, la question de ceux qui sont tombés malheureusement devant chez lui ou sa mosquée a été discutée. C’est une question sur laquelle nous sommes en train de tout faire pour trouver comment situer les responsabilités. Une information judiciaire a été ouverte. Le procureur général a été saisi et l&rsquo;enquête est en cours. Toutes les diligences seront prises pour situer les responsabilités et suivront les sanctions par la suite.</p>



<p><strong>DW&nbsp;: Pourtant, selon nos informations, l&rsquo;imam Dicko vous aurait demandé de démissionner de vos fonctions.</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: Oui, l&rsquo;imam m’a parlé de cela. Mais ma démission n&rsquo;est pas à l&rsquo;ordre du jour. Le président de la République est celui qui a cette prérogative-là, de nommer son Premier ministre et, éventuellement, de le faire démissionner s&rsquo;il n&rsquo;est pas satisfait. Il est le seul à pouvoir le faire. Pour l&rsquo;instant, il ne m&rsquo;a pas montré cela &#8211; au contraire. Nous sommes en totale phase par rapport à tout ce qui se passe, par rapport à la tentative de solution de sortie de crise et le président de la République souhaite que je puisse continuer à m&rsquo;occuper du programme de travail gouvernemental.</p>



<p><strong>La formation d&rsquo;un gouvernement d&rsquo;union nationale</strong></p>



<p><strong>DW&nbsp;: Où est-ce que vous en êtes, avec les tractations, les démarches, les consultations en vue de la formation du gouvernement d&rsquo;union&nbsp;nationale?</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: Je dirais que les discussions vont bon train. On a élaboré un projet de feuille de route. Nous souhaitons une adhésion des différents acteurs derrière cette feuille de route &#8211; de la majorité présidentielle, évidemment, des acteurs de l&rsquo;opposition, mais également de la société civile. Cette feuille de route sera l&rsquo;agenda de ce gouvernement d&rsquo;union nationale qui se mettra en place. Nous sommes en train de finaliser la feuille de route. Elle a été distribuée à l&rsquo;ensemble des acteurs. En ce moment, leurs commentaires nous arrivent. Certes, l’opposition n&rsquo;est pas encore totalement en phase avec la feuille de route, mais nous continuons les négociations et nous espérons que dans les jours à venir, on pourra rassembler l&rsquo;ensemble des acteurs derrière cette feuille de route. Une adhésion totale et complète. Cette adhésion nous permettra d&rsquo;aller vers la mise en place du gouvernement d&rsquo;union nationale.</p>



<p><strong><a href="https://www.dw.com/fr/au-mali-le-m5-divis%C3%A9-sur-la-strat%C3%A9gie-%C3%A0-suivre/a-54312256">Les négociations avec le M5</a></strong></p>



<p><strong>DW&nbsp;: Est-ce que vous aviez déjà rencontré les leaders du Mouvement du 5 Juin?</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: Ça ne saurait tarder. Les contacts ont été établis avec certains des leaders, des rendez-vous ont déjà été fixés… c’est en cours.</p>



<p><strong>DW&nbsp;: Vous croyez fermement que ces leaders vont accepter d&rsquo;intégrer ce gouvernement d&rsquo;union nationale?</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: En tout cas, leur présence dans ce gouvernement est fortement désirée. S’ils acceptaient de joindre leurs forces à l’équipe qui est là, je pense qu&rsquo;il y a un certain nombre de préoccupations que nous partageons avec eux qui pourront être plus facilement prises en charge avec leur contribution. Ce sont des personnes de qualité et bien évidemment, leur place dans une équipe de ce type est, dans le contexte dans lequel le Mali est aujourd&rsquo;hui, justifiée… et nous les accueillerons avec beaucoup de plaisir.</p>



<p><strong>DW&nbsp;: Choquel Kokala Maïga, l’un des responsables du M5, a déclaré ceci&nbsp;:&nbsp;<em>« Le seul mot d&rsquo;ordre [de nos manifestations à venir] demeure la démission du président IBK. »</em></strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: Cela n’engage que celui qui l&rsquo;a prononcé. Moi, ce que je retiens et qui est sorti des discussions entre l’ensemble des acteurs, du M5-RFP, les chefs d&rsquo;Etat de la Cédéao, et aussi le mot d&rsquo;ordre de leur autorité morale, c’est qu’il n&rsquo;est plus question de démission du président de la République. Pour moi, ce débat est derrière nous depuis un certain temps.</p>



<p><strong>DW&nbsp;: On a également appris que certains députés, faisant partie de la trentaine de députés sommés par la Cédéao de démissionner, certains d&rsquo;entre eux se refusent de le faire. Est-ce que vous confirmez?</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: Oui, oui. Et je pense que c’est quelque chose qui est normal. C&rsquo;est une décision, évidemment, vers laquelle nous allons aller en espérant que l’ensemble de ces 31 députés le &nbsp;comprendrait, mais il est normal qu’ils aient cette réaction au début. C’est une décision qui est sage, de la part des chefs d&rsquo;État, et qui pourra beaucoup aider à régler les difficultés auxquelles nous faisons face. Mais c’est une décision qui a besoin de davantage d&rsquo;explications pédagogiques auprès de quelques-uns qui sont en train de faire de la résistance. Mais j&rsquo;ai bon espoir qu’on puisse arriver assez rapidement.</p>



<figure class="wp-block-image"><a href="https://www.dw.com/fr/mali-le-premier-ministre-boubou-ciss%C3%A9-d%C3%A9clare-nous-assurerons-la-continuit%C3%A9-de-letat/a-54381609#"><img src="https://www.dw.com/image/54360705_404.jpg" alt="Mali: les manifestations des 10 et 11 juillet à Bamako contre le pouvoir en place ont dégénéré (Getty Images/M. Cattani)"/></a></figure>



<p>Mali: les manifestations des 10 et 11 juillet à Bamako contre le pouvoir en place ont dégénéré</p>



<p><strong>DW&nbsp;: Vous savez ce que disent certains juristes constitutionnalistes maliens ou africains&nbsp;: que demander à un député de démissionner est anticonstitutionnel.</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: Toutes les recommandations qui ont été faites ont été aussi amplement analysées et étudiées par des constitutionnalistes de la sous-région.</p>



<p><strong>DW&nbsp;: Beaucoup de Maliens nous confié ceci&nbsp;: C&rsquo;est bien beau de proposer une porte de sortie de crise, mais les problèmes de fond du Mali demeurent. L&rsquo;insécurité dans le Nord, la mauvaise gouvernance, la corruption, le clientélisme. Qu&rsquo;est-ce que vous leur répondez?</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: Mais c’est cela l&rsquo;idée même de la feuille de route qui est proposée et pour laquelle, nous souhaitant l&rsquo;adhésion du M5-RFP. Pour nous, l&rsquo;idée n&rsquo;est pas d’être dans le déni. Ce sont des réalités. Le gouvernement qui avait été mis en place avant même celui que j&rsquo;ai l&rsquo;honneur de diriger avait commencé à prendre en compte un certain nombre de ces problèmes liés aux réformes, liées à la gouvernance. Et nous allons continuer. Et nous souhaitons continuer avec d&rsquo;autres acteurs, des Maliens tels que l&rsquo;opposition et la société civile.</p>



<p><strong>DW&nbsp;: Que va-t-il se passer si jamais les leaders du M5 refusaient d&rsquo;intégrer le gouvernement d&rsquo;union nationale?</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: Notre souhait et, personnellement, mon voeu le plus ardent, est qu&rsquo;on puisse trouver un consensus autour de cette feuille de route avec l&rsquo;opposition, en particulier avec le M5-RFP. C&rsquo;est notre souhait. Maintenant, à l&rsquo;impossible nul n&rsquo;est tenu. Le pays devra avancer. Les hommes passent mais le pays doit demeurer. Donc nous allons assurer la continuité de l&rsquo;Etat avec les forces vives de la nation qui accepteront de nous accompagner.</p>



<p><strong>DW&nbsp;: Donc avec ou sans le M5, le gouvernement d&rsquo;union nationale verra le jour, c’est ça&nbsp;?</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: Le gouvernement d&rsquo;union nationale verra le jour avec les forces qui accepteront d’en faire partie, oui.</p>



<p><strong>DW&nbsp;: Est-ce que vous attendez quelque chose de l&rsquo;Allemagne?</strong></p>



<p>Boubou Cissé&nbsp;: l&rsquo;Allemagne est un partenaire important du Mali. Elle fait beaucoup de choses sur le plan sécuritaire, sur le plan économique dans notre pays, et aujourd&rsquo;hui sur le plan socio-politique. Nous espérons qu&rsquo;elle va continuer et surtout renforcer cette coopération.</p>



<p><strong>DW&nbsp;: Monsieur le Premier ministre, merci beaucoup.</strong></p>



<p>Boubou Cissé : Merci à vous.</p>



<p><strong>Source : Deutsch Welle Afrique /Mis en ligne :Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée </strong></p>
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		<title>CÔTE D&#8217;IVOIRE : Bonaventure Kalou raconte la pandémie et son confinement à Afrika Stratégies France</title>
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				<pubDate>Tue, 07 Apr 2020 15:18:18 +0000</pubDate>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/WhatsApp-Image-2020-04-07-at-13.46.36-1024x614.jpeg" alt="" class="wp-image-15964" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/WhatsApp-Image-2020-04-07-at-13.46.36.jpeg 1024w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/WhatsApp-Image-2020-04-07-at-13.46.36-300x180.jpeg 300w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/WhatsApp-Image-2020-04-07-at-13.46.36-768x461.jpeg 768w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption>Bonaventure Kalou</figcaption></figure>



<p><strong>Depuis quelques semaines, l’Organisation mondiale de la santé (Oms) a reconnu le Covid-19 plus connu sous le nom de Coronavirus comme une pandémie. Presque tous les pays du monde sont aujourd’hui concernés et l’Afrique reste le continent le moins touché. En Côte d’Ivoire, après une quarantaine préventive du Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, testé négatif par la suite, le ministre de la défense a annoncé quant à lui «&nbsp;être malade&nbsp;». Hamed Bakayoko est donc isolé, une information qui fait la une de la presse en Côte d’Ivoire&nbsp; où se compte&nbsp;323 Cas confirmés. Bien que le confinement ne soit pas encore obligatoire dans le pays, cela en a tout l’air avec l’état d’urgence décrété depuis le 23 mars, l’instauration d’un couvre-feu et surtout l’isolement du grand Abidjan intervenu depuis le 29 mars. Afrika Stratégies France donne depuis quelques jours la parole aux écrivains, intellectuels, artistes, sportifs, autorités politiques de plusieurs pays d’Afrique pour parler de leur autoconfinement ou de la situation dans leur pays. Bonaventure Kalou s’est prêté à l’exercice, de façon décontractée et ouverte comme il sait l’être. L’ancien footballeur international ivoirien passé par l’Asec Mimosas, l’Aj Auxerre, le Psg ou encore le Rc Lens est aujourd’hui maire de Vavoua, une localité située à un peu plus de 450 km dans le Centre-ouest de la Côte d’Ivoire. C’est à la fois en sportif de haut niveau à la retraite et en édile très apprécié qu’il se livre. Succinct et précis.&nbsp;</strong></p>



<p><strong>Vous êtes, comme la moitié de l’humanité, en confinement partiel ou total. Comment le vivez-vous au quotidien ?</strong></p>



<p>Ce n’est pas facile d’être confiné. Je fais beaucoup de sport en me disant que c’est une situation provisoire.</p>



<p><strong>Une situation inédite mais aussi inattendue qu’est le confinement. Qu’est-ce que cela vous inspire ?</strong></p>



<p>Je suis comme la moitié de la population. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Je comprends que le Covid-19 soit arrivé comme ça et ait pris toute l’humanité en crêpes.</p>



<p><strong>En tant qu’une personnalité publique, qu’est-ce qui vous manque le plus en ce moment de confinement ?</strong></p>



<p>Ce qui me manque le plus, c’est d’être au contact de mes populations. En tant que maire, un élu local, c’est de ne pouvoir pas être présent comme je le souhaite avec la population qui a besoin de moi. Il y a aussi les enfants qui ne sont pas au pays.</p>



<p><strong>Quelle lecture faites-vous de la situation en Afrique ? Craignez-vous que cela ne dure trop ou êtes-vous plutôt optimiste ?</strong></p>



<p>Dans cette situation, on est obligé d’être optimiste. Il ne faut pas non plus en rajouter à la psychose. La situation est assez compliquée. On essaie de penser que demain, on se réveillera et que cela ne sera plus qu’un mauvais souvenir.</p>



<p><strong>Avez-vous une idée de jusqu’à quand peut durer ce confinement ou vous vous dites, ça ne devrait pas durer une éternité ?</strong></p>



<p>Je suis croyant. On s’en remet à Dieu. Il fera que cette situation ne durera pas longtemps.</p>



<p><strong>Quelle lecture faites-vous de la manière dont votre pays gère cette crise de la pandémie du Covid-19 ?</strong></p>



<p>Au départ, il y a eu beaucoup d’approximations et d’incompréhensions aussi parce que la situation est exceptionnelle. Mais depuis quelques jours, on voit que l’Etat a repris la main et que les choses, petit à petit, s’améliorent.</p>



<p><strong>A la fin de cette crise, qu’est-ce qui, selon vous, va changer dans le monde et dans nos comportements ?</strong></p>



<p>Il y aura de nouveaux comportements. Je pense que les distanciations sociales vont perdurer parce que la maladie a créé beaucoup de psychose. Il y aura de nouveaux comportements pour non seulement éviter que cette pandémie ne revienne mais éviter qu’une autre ne s’installe. C’est une maladie qui va imposer au monde de nouvelles habitudes, une nouvelle façon de concevoir les rapports avec autrui.</p>



<p><strong>Pensez-vous que le monde peut saisir cette occasion pour replacer l’homme au cœur de ses priorités et créer une chaîne durable de solidarité ?</strong></p>



<p>Absolument ! Il faut que l’homme soit placé au cœur du débat. Tout part de l’homme et se termine par l’homme. Nous assistons tous à la chaîne de solidarité au niveau mondial pour combattre la pandémie. Cela veut dire que nous devons faire preuve d’un peu plus de solidarité, moins d’égoïsme, parce que finalement cette pandémie nous ramène à notre plus simple expression. Nous sommes de très petits êtres dans cette immensité du monde.</p>



<p><strong>Avez-vous un mot à l’endroit des personnes confinées dans le monde entier ?</strong></p>



<p>Beaucoup de courage à tout le monde. C’est une situation vraiment exceptionnelle. On prie Dieu que les scientifiques trouvent un remède à cette pandémie. Que la vie reprenne son cours. Le plus difficile, c’est de ne pas vivre avec ses parents, de ne pas socialiser. On espère tous que bientôt, cette pandémie ne sera qu’un mauvais souvenir.</p>



<p><strong>Propos recueillis par Gaoussou Ouattara, Correspondant Afrika Stratégies France à Abidjan</strong></p>
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		<title>Père Paul Dah : « Le Covid19 pose des questions essentielles et l’Eglise a vite pris des mesures et directives »</title>
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				<pubDate>Sat, 04 Apr 2020 08:55:13 +0000</pubDate>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/WhatsApp-Image-2020-04-04-at-01.35.10-1024x942.jpeg" alt="" class="wp-image-15840" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/WhatsApp-Image-2020-04-04-at-01.35.10-1024x942.jpeg 1024w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/WhatsApp-Image-2020-04-04-at-01.35.10-300x276.jpeg 300w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/WhatsApp-Image-2020-04-04-at-01.35.10-768x707.jpeg 768w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/04/WhatsApp-Image-2020-04-04-at-01.35.10.jpeg 1600w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption> « Abbé Paul Dah, Directeur de la communication de la Conférence épiscopale du Burkina Faso et du Niger. Crédits photo: Afrika Stratégies France, Ouagadougou le 28/10/2019 »</figcaption></figure>



<p><strong><em>Le Burkina Faso est l’un des pays les plus éprouvés par la pandémie du Covid-19 en Afrique en franchissant la barre de 300 cas confirmés dont 16 morts à ce vendredi. Le gouvernement a été éprouvé avec une demi-douzaine de malades dont le ministre des affaires étrangères. Une députée, vice présidente du parlement a perdu la vie alors que la conférence épiscopale a annoncé la contamination d</em></strong><strong><em>’</em></strong><strong><em>un évêque, celui émérite de Koupéla. Depuis, le Cardinal Ouédraogo, le très connu et respecté archevêque de Ouagadougou (la capitale) est testé positif au virus. Mise à l’épreuve par le terrorisme avec, jusqu’à récemment, des attaques contres les lieux de culte, l’Eglise catholique est au devant de la lutte contre la pandémie avec des mesures dont certaines sont inédites. A la veille de la semaine sainte qui précède la Pâques, principale fête catholique dans le monde, l’Eglise affronte le Coronavirus avec espérance et supplications tout en s’adaptant avec des messes à distance. Paul Dah revient sur la pandémie, l’implication de l’Eglise, les changements dans les pratiques religieuses et les défis notamment au Burkina Faso. Prêtre diocésain et directeur de la communication de la conférence des évêques, il se confie à Afrika Stratégies France. Interview&nbsp;!</em></strong></p>



<p><strong></strong><strong><em>Père Paul Dah, directeur de la communication de la conférence épiscopale Burkina-Niger</em></strong></p>



<p><strong></strong><strong><em>Votre pays, le Burkina Faso est l’un des plus frappés par la pandémie du Coronavirus. L’Eglise faisait déjà face au terrorisme avec des églises régulièrement attaquées. Quelle est la situation exacte actuellement au Burkina Faso</em></strong>&nbsp;?</p>



<p>Depuis le 9 mars, jusqu’à ce jour, les données officielles livrées par le gouvernement burkinabé, font état de 246 confirmés dont 78 femmes et 168 hommes. On déplore, hélas, 12 décès, même si on peut se réjouir de 23 guérisons.</p>



<p><strong><em>Comment un prêtre vit-il une sorte de confinement&nbsp;? La messe en privée, des séances de prières, de méditation&nbsp;? Que fait un prêtre quand il ne peut se déplacer librement tout en restant dans son apostolat&nbsp;? Bref, comment passez-vous vos journées</em></strong>&nbsp;?</p>



<p>Etant au service de la relation particulière de chaque fidèle avec le Christ, pour le lui montrer à travers les évènements, tel Jean le Baptiste, confiné ou pas, le prêtre&nbsp; doit maintenir ce souci de faire en sorte que le Christ aille aux fidèles si ceux-ci ne peuvent plus venir jusqu’à Lui. En cela, même célébrant en privé, c’est en communion avec et pour le peuple de Dieu. Que ce soit en paroisse ou dans un service spécifique, il s’efforcera d’offrir aux uns et aux autres, quelques outils de lecture des signes du temps pour y déceler la présence de Dieu, ou du moins ce que le Seigneur veut pour chacun à travers tel ou tel évènement. Dans ce sens, les moyens de communication constituent un bel atout pour maintenir ce rôle. Ce faisant, même confiné, mes journées sont débordantes, au point qu’il me faut trouver du temps pour prier, au risque d’en manquer, parce que happé par les appareils de communication et le service auquel on est assigné, qui lui, continue malgré la situation de confinement. En somme, mes journées continuent d’être bien remplies, débordant parfois.</p>



<p><strong></strong><strong><em>Est-ce que l’Eglise est particulièrement atteinte par le Coronavirus&nbsp;? Des religieux, religieuses, prêtres, évêques et laïcs engagés ont-ils été contaminés&nbsp;?</em></strong></p>



<p>Vu que le virus se transmet sans distinction aucune, c’est sûr que l’Eglise n’y échappe pas. Mais, à ma connaissance, deux confrères prêtres et deux archevêques -l’archevêque émérite de Koupela et celui de Ouagadougou- ont été testés positifs. Du coup, les personnes de leurs contacts se sont mises en confinement particulier. Mais leur état de santé est jugé ‘‘stable et encourageant’’. C’est l’avenir qui nous précisera donc si notre Eglise est particulièrement atteinte par le Coronavirus.</p>



<p><strong>Comment le prêtre peut-il à la fois rester prudent tout en étant au service de l’Evangile dans une situation aussi exceptionnelle&nbsp;?</strong></p>



<p>Plus que jamais, le prêtre est ramené d’abord à la prière comme facteur essentiel de son apostolat et source de fécondité de celui-ci. Comme dans une sorte de grande retraite, à l’instar de Jésus lui-même qui se confinait dans la prière avant toute mission importante de sa vie, le prêtre qui se doit d’être à la disposition de toutes les âmes, apprendra ainsi à mieux les porter au Seigneur, dans son confinement. Par le biais des moyens de communion et des réseaux sociaux, il lui est possible de proposer des formes de prières ou des fruits de ses méditations à ses contacts, pour les aider aussi dans leur confinement. Personnellement, j’en envoie chaque jour aux familles, groupes et individus.</p>



<p>Cette période est également un moment où beaucoup se posent des questions existentielles. C’est une occasion propice de les accompagner dans leur questionnement et de leur proposer Jésus-Christ. Et si un contact direct s’impose avec quelqu’un dans la nécessité, il n’y a pas à hésiter, toutes les mesures de prudence pour se protéger et protéger les autres, étant respectées.</p>



<p><strong><em>Le Pape recommande des séances de pénitences collectives pour éviter le sacrement de confession. Qu’en est-il au Burkina Faso&nbsp;?</em></strong></p>



<p>A ce niveau, la question a été renvoyée à l’évêque pour qu’il en étudie les modalités, en fonction de son diocèse. Moi étant dans une mission spécifique, je ne saurais vraiment m’étendre là-dessus.</p>



<p><strong><em>Pensez-vous que cette crise peut avoir quelque chose d’utile pour le chrétien&nbsp;? Permet-elle, à défaut de pouvoir aller à la messe, de redécouvrir la prière individuelle et en famille</em></strong>&nbsp;?</p>



<p>Comme je le disais tantôt, un des gains de cette crise sera de nous ramener tous à l’essentiel, en nous donnant de purifier nos rapports et relations tant avec les autres qu’avec le tout Autre. Au terme donc de cette crise, plus rien ne devrait plus être comme avant, à tous les niveaux. Mais d’ores et déjà, et dans l’attente de cet ‘‘après’’ que viendra nous transfigurer, la Pâques du Seigneur, la promesse du Ressuscité au moment de son retour vers le Père, tient plus que jamais, et doit nous tenir en confiance absolue et nous fortifier quand il nous semble que tout chavire&nbsp;:&nbsp;<em><strong>«&nbsp;Et moi je suis avec vous tous les jours, jusqu’à&nbsp;la fin des temps&nbsp;»</strong></em>&nbsp;comme le conclut si bien le dernier verset de l’évangile selon saint Mathieu. Une telle conscience, si elle est acquise, ce temps durant, ne peut que cultiver la faim de l’Eucharistie et en donner une dimension plus profonde et plus belle dès que les circonstances le permettront, pour tous, de nouveau.</p>



<p><strong>Pensez-vous que l’Etat burkinabé fait-il face efficacement à cette crise?</strong></p>



<p>C’est sans doute trop tôt pour apprécier la gestion de cette crise, initiée il y a moins d’un mois de cela, sans oublier que la crise du Covid-19, dont les Chinois seuls semblent avoir tiré leur épingle du jeu, de manières différentes, reste un casse-tête pour beaucoup de gouvernements, et, un double casse-tête pour l’Etat burkinabé, déjà confronté à la crise terroriste et djihadiste.</p>



<p><strong><em>Les évêques du Burkina Faso ont pris, à travers diverses réactions, des décisions pour contrer la maladie. Quelles sont ces dispositions et comment sont-elles mises en pratique</em></strong>&nbsp;?</p>



<p>Le 12 mars dernier, soit trois jours après l’apparition du COVID-19 au Burkina Faso, les évêques de ce pays ont donné, comme contribution individuelle et collective de l’Eglise pour lutter contre la propagation du Covid-19, des consignes aux fidèles en sus de six recommandations du gouvernement à l’ensemble des Burkinabé, dans le cadre de cette lutte. Voici c<strong>es règles de conduites spécifiques à l’Eglise catholique</strong>&nbsp;:</p>



<ol><li>S’abstenir du baiser de la paix à la messe et des poignées de mains et accolades à l’intérieur comme à l’extérieur des célébrations liturgiques et paraliturgiques&nbsp;;</li><li>Communier au corps du Christ uniquement en recevant l’hostie à la main&nbsp;;</li><li>Communier, pour les prêtres, au sang du Christ uniquement par intinction lors des concélébrations. Il revient au célébrant principal de consommer le reste du Précieux Sang et de purifier la coupe que l’on nettoiera soigneusement avant qu’elle serve dans une autre célébration. Là où c’est possible, on utilisera des calices et des purificatoires individuels&nbsp;;</li><li>Les fidèles infectés et affectés par le Covid-19 sont invités à suivre strictement les consignes du Ministère de la Santé et à s’abstenir de participer aux célébrations communautaires jusqu’à leur guérison&nbsp;;</li><li>Suspendre l’usage d’eau bénite dans les bénitiers aux portes des églises, et si l’on fait usage de l’eau bénite au cours d’une célébration, ce sera seulement par aspersion&nbsp;; personne n’y trempera les doigts&nbsp;;</li><li>Utiliser du savon ou du gel désinfectant pour les ministres ordinaires et extraordinaires de l’Eucharistie qui se désinfecteront les mains avant et après la distribution de la communion, ainsi que pour ceux qui travaillent à la sacristie&nbsp;;</li><li>Eviter, sauf pour raison impérieuse, les voyages dans des pays significativement touchés par le Covid-19 (Cf.&nbsp;<em>Directives du Ministère de la Santé</em>&nbsp;IV, 4. 1).</li><li>Suspendre ou renvoyer à une période favorable les activités comportant un grand rassemblement&nbsp;: les pèlerinages diocésains ou paroissiaux, les marches de carême, les chemins de croix, les retraites et les veillées de prière avec grand concours de fidèles, les campagnes d’évangélisation, les rencontres provinciales des jeunes et autres rencontres de même ampleur, tout autre rassemblement qui, au jugement de l’Ordinaire du lieu présente des risques de propagation du Covid-19.</li></ol>



<p>Toutefois, l’évolution rapide de la pandémie dans le monde et sur place a rendu ces mesures épiscopales insuffisantes. Les évêques les ont donc complétées par ces six directives suivantes&nbsp;:</p>



<p><strong>Les messes publiques (dominicales, de précepte et quotidiennes) sont suspendues.</strong></p>



<p><strong>Par conséquent, les fidèles sont dispensés du précepte du dimanche et des jours de fêtes, comme de la participation à la messe quotidienne. Ils pourront être aidés par des retransmissions de célébrations (messes, chemin de croix) à la radio ou à la télévision.</strong></p>



<p><strong>Les prêtres continueront à célébrer l’Eucharistie tous les jours dans les équipes ou dans les communautés religieuses en respectant toutes les consignes sanitaires indiquées par les autorités compétentes.</strong></p>



<p><strong>En outre les fidèles sont invités à la prière personnelle et en famille (méditation de la Parole de Dieu, Chapelet, chemin de croix et autres dévotions).</strong></p>



<p><strong>Enfin, les Ordinaires du lieu veilleront à ce que les églises restent ouvertes pendant la journée pour les dévotions individuelles.</strong></p>



<ol><li><strong>Sont également suspendus les cours de catéchèses, les stages de&nbsp;<em>baptizandi&nbsp;</em>et autres stages préparatoires aux sacrements.</strong></li><li><strong>La célébration des obsèques devra respecter scrupuleusement les consignes de l’Etat. Dans un cadre plus familial très restreint, les prêtres pourront assurer l’absoute.</strong></li><li><strong>Les Grands Séminaristes et leurs formateurs restent en confinement dans les Grands Séminaires respectifs. La participation aux offices par les fidèles venant de l’extérieur du Grand Séminaire est suspendue. Les Recteurs pourront prendre d’autres mesures nécessaires dans le cas spécifique d’une maison de formation sacerdotale.</strong></li><li><strong>Les Supérieurs Majeurs sont invités à prendre des mesures similaires pour les maisons de formation qui relèvent de leur autorité.</strong></li><li><strong>Dans les diocèses, des modalités devront être étudiées quant à l’administration de certains sacrements tels que la Pénitence et l’Onction des malades.</strong></li></ol>



<p>Les évêques du Burkina ont invité les fidèles à suivre «&nbsp;scrupuleusement ces mesures tout en intensifiant le jeûne, la prière et le partage pour que Dieu éloigne de nous ce fléau&nbsp;».</p>



<p><strong><em>Qu’est ce que l’Eglise catholique fait concrètement en ce moment pour aider le pays à faire face à cette crise&nbsp;?</em></strong></p>



<p>Devant une crise où la prévention demeure la meilleure arme à portée de tous, l’Eglise Catholique au Burkina, a vite fait de prendre des mesures et des directives, comme contribution individuelle et collective à la lutte contre le Covid-19, et, cela a eu un effet de boule de neige au niveau des autres confessions religieuses, pour limiter les rassemblements de masse aux fins&nbsp; de culte ou de dévotion. En plus, elle ne cesse de s’investir dans la sensibilisation des populations afin qu’elles adoptent les comportements appropriés pour barrer la propagation de cette maladie. Je passe outre les initiatives des diocèses ou des privés pour contribuer à cette lutte contre le Covid-19</p>



<p><strong><em>Le nombre de malades s’augmente chaque jour un peu plus, quel message portez-vous, en tant que directeur de la communication de la conférence des évêques&nbsp;?</em></strong></p>



<p>Au terme de ce carême particulier, vécu ici là dans le confinement -extérieur- et assombri chaque jour par un nombre impressionnant de décès et de malades du Covid-19 dans le monde, peut-on donner un message autre que l’espérance de Pâques, «&nbsp;jour de victoire, jour de résurrection, jour de salut de l’Homme&nbsp;». Et comme le Maître qui offre cette victoire nous garantit de sa présence à jamais, quel que soit le degré de cette épreuve que nous traversons, nous pouvons la vivre dans l’espérance de lendemains meilleurs, fort de cette garantie que nous donne le Christ lui-même&nbsp;: «<em>&nbsp;Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde. » (Jn 16,33).&nbsp;</em>Et comme nous le dit notre acte de foi, Dieu «&nbsp;ne peut ni se tromper ni nous tromper&nbsp;». Alors, il ne nous reste plus qu’à lui demander de faire de notre confiance en Lui, la pierre d’angle de notre vie.</p>



<p><strong>Propos recueillis par MAX-SAVI Carmel, Afrika Stratégies France</strong></p>
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		<title>Coronavirus au Maroc : « La réflexion se poursuit pour aider les travailleurs informels »</title>
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				<pubDate>Fri, 27 Mar 2020 14:57:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
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				<description><![CDATA[Un Comité de veille économique, chargé d’évaluer la menace économique du Covid-19 et d’en anticiper les effets, a été mis sur pied mi-mars au Maroc. À sa tête, le ministre marocain de l’Économie et des Finances, Mohamed Benchaâboun, répond aux questions de France 24. Pour lutter contre le coronavirus, les autorités marocaines ont décrété plusieurs mesures...]]></description>
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<figure class="wp-block-image is-resized"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/03/Le-ministre-marocain-des-Finances-Mohamed-Benchaâboun.jpg" alt="" class="wp-image-15587" width="719" height="428" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/03/Le-ministre-marocain-des-Finances-Mohamed-Benchaâboun.jpg 504w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/03/Le-ministre-marocain-des-Finances-Mohamed-Benchaâboun-300x179.jpg 300w" sizes="(max-width: 719px) 100vw, 719px" /></figure>



<p><strong>Un Comité de veille économique, chargé d’évaluer la menace économique du Covid-19 et d’en anticiper les effets, a été mis sur pied mi-mars au Maroc. À sa tête, le ministre marocain de l’Économie et des Finances, Mohamed Benchaâboun, répond aux questions de France 24.</strong></p>



<p>Pour lutter contre le coronavirus, les autorités marocaines ont décrété plusieurs mesures : fermeture des restaurants, bars et cafés, confinement volontaire des citoyens et incitation des&nbsp;entreprises à privilégier le travail à distance.</p>



<p>À cela s&rsquo;ajoute la création du Comité de veille économique (CVE), avec à sa tête le ministre marocain de l’Économie, des Finances et de la Réforme de l’administration, Mohamed Benchaâboun, qui va avoir notamment pour rôle de suivre l&rsquo;évolution de la situation économique du Maroc.</p>



<p><strong>France 24&nbsp;: Quelles grandes mesures le&nbsp;<a href="https://www.france24.com/fr/tag/maroc/">Maroc</a>&nbsp;a-t-il pris pour faire face à la pandémie de coronavirus&nbsp;?</strong></p>



<p><strong>Mohamed Benchaâboun :</strong>&nbsp;Tirant les leçons de ce qui se passe autour de nous dans le monde, le gouvernement, suite aux hautes instructions de&nbsp;<a href="https://www.france24.com/fr/tag/mohammed-vi/">Sa Majesté Le Roi</a>, a très tôt pris toutes les mesures préventives nécessaires afin de freiner la propagation du&nbsp;<a href="https://www.france24.com/fr/tag/coronavirus/">coronavirus</a>.</p>



<p>Ces mesures visent trois objectifs : premièrement, cerner au mieux le virus pour le garder sous contrôle, notamment à travers des mesures sanitaires et des mesures de confinement.</p>



<p>Deuxièmement, mettre en place un fonds dédié aux répercussion de cette pandémie. Initialement alimenté par l’État à hauteur de 1 milliard de dollars, ce fonds continue de recevoir des contributions volontaires qui dépassent largement ce montant, dans un grand élan de solidarité impulsé par l’initiative du Souverain.</p>



<p>Troisièmement, doter le ministère de la Santé des moyens financiers nécessaires et de procédures budgétaires agiles lui permettant d’accéder à tous les moyens techniques nécessaires et se préparer à toute éventualité. Ces moyens du ministère de la Santé s’additionneront à ceux des Forces Armées Royales, qui ont eu des directives royales dans ce sens.</p>



<p><strong>Quel est le rôle du Comité de veille économique ?</strong></p>



<p>La pandémie a des conséquences lourdes sur les plans économique et social en raison du ralentissement, voire de l’arrêt de plusieurs secteurs d’activité à l’international. Un Comité de veille économique coordonné par le ministère en charge de l’Économie et des Finances a donc vu le jour. Composé de représentants du gouvernement, du monde des affaires et des banques, il est chargé d’une part, de suivre de près l’évolution de la situation économique à travers des mécanismes rigoureux de suivi et d’évaluation et d’autre part, d’identifier les mesures appropriées d’accompagnement des secteurs impactés.</p>



<p>Le CVE a traité en priorité les mesures destinées aux salariés en arrêt de travail. Il s’est ensuite penché sur les premières mesures à l’adresse des TPME en difficulté. Des mesures fiscales transitoires ont été adoptées, qui resteront en vigueur jusqu’à juin 2020&nbsp;: suspension du paiement des charges sociales&nbsp;; mise en place d’un moratoire pour le remboursement des échéances des crédits bancaires et des leasings sans paiement de frais ni de pénalités&nbsp;; activation d’une ligne supplémentaire de crédit de fonctionnement octroyée par les banques et garantie par l’État. Enfin, les entreprises dont le chiffre d’affaires de l’exercice 2019 est inférieur à 20 millions de dirhams (environ 1,9 million d’euros). pourront, si elles le souhaitent, bénéficier d’un report du dépôt des déclarations fiscales jusqu’au 30 juin 2020.</p>



<p><strong>Qu’en est-il des salariés&nbsp;?</strong></p>



<p>Si les mesures précitées ont pour objet d’accompagner les entreprises en difficulté et les encourager à maintenir les emplois, des dispositions urgentes, qui resteront en vigueur là-encore jusqu’à fin juin 2020, ont été retenues en faveur des salariés. Tous les salariés affiliés à la Sécurité sociale, en arrêt d’activité car travaillant dans une entreprise en difficulté, bénéficieront d’une indemnité forfaitaire mensuelle de 2 000 dirhams net (185 euros), des allocations familiales, et de la couverture médicale. Cet appui sera apporté par le fonds spécial pour la gestion de la pandémie du coronavirus. Ces salariés pourront également bénéficier du report du remboursement des échéances des crédits bancaires (crédit consommation et crédit acquéreur) jusqu’au 30 juin 2020.</p>



<p><strong>Le secteur informel pèse très lourd sur l’économie marocaine. Il repésente, selon une récente étude de la Confédération générale des entreprises du Maroc, un total de 2,4 millions d’emplois. Qu’est ce qui est prévu pour les familles qui dépendent de ce secteur et qui se retrouvent, à cause du confinement, en grande difficulté&nbsp;?</strong></p>



<p>Pour ce qui est des salariés non affiliés à la Sécurité sociale et qui opèrent dans le secteur informel, de par la difficulté à les identifier de manière ciblée, la réflexion se poursuit pour leur apporter le soutien nécessaire et adapté. À&nbsp;ce sujet, la réunion du CVE du 23 mars a été consacrée aux mesures d’accompagnement en faveur du secteur informel, directement impacté par le confinement obligatoire.</p>



<p>Il faut souligner ici la complexité et l’ampleur de cette problématique qui touche un nombre important de nos concitoyens. Il est donc nécessaire de préparer une plateforme dédiée qui assure la célérité de traitement des dossiers ainsi que le respect des consignes de confinement. À cet effet, une équipe technique a été constituée pour préparer les procédures de mise en œuvre.</p>



<p><strong>Comme l’utilisation de smartphones pour transférer les aides aux travailleurs concernés&nbsp;?</strong></p>



<p>Il est trop tôt pour en parler. Nous examinons toutes les pistes mais rien n’est encore tranché. Nous n’avons pris aucune décision à ce jour.</p>



<p><strong>Nombreux sont les secteurs sinistrés, à leur tête le tourisme. Qu&rsquo;est-ce qui est fait pour sauver ce secteur ?</strong></p>



<p>Les premières mesures adoptées jusqu’à présent ont une portée globale sur l’ensemble des secteurs touchés, sans différenciation. Effectivement, le secteur du tourisme est l’un des premiers secteurs affectés par les décisions sanitaires préventives. Il ne subit pas un ralentissement de l’activité, mais un arrêt total.</p>



<p><strong>Un fonds spécial a été créé pour faire face à cette crise sanitaire. À qui profitera cet argent&nbsp;? Qui décidera de sa répartition&nbsp;?</strong></p>



<p>Ce fonds a été créé le 15 mars sur hautes instructions de Sa Majesté Le Roi. Il sera réservé, d’une part, à la prise en charge des dépenses de mise à niveau du dispositif médical en termes d’infrastructures adaptées et de moyens supplémentaires à acquérir dans l’urgence. Il servira, d’autre part, au soutien de l’économie nationale, à travers une batterie de mesures qui seront proposées par le CVE, notamment en termes d’accompagnement des secteurs vulnérables aux chocs induits par la crise du coronavirus, ainsi qu’en matière de préservation des emplois et d’atténuation des répercussions sociales de cette crise.</p>



<p><strong>Outre l’aide qui sera apportée aux entreprises, qu’en est-il des familles marocaines&nbsp;les plus démunies&nbsp;? Comment vont-elles faire face aux charges, factures et autres dépenses&nbsp;?</strong></p>



<p>L’ensemble des mesures prises visent principalement à préserver l’emploi et à assurer un minimum de revenus pour les salariés issus des familles marocaines les plus démunies. Le Souverain nous incite toujours à mettre le social au cœur de toutes les interventions, et la santé du citoyen n’a pas de prix. En parallèle, le gouvernement assurera un suivi rapproché de l’état d’approvisionnement des marchés locaux en denrées alimentaires et ce, en renforçant les contrôles de manière à éviter toute hausse des prix ou spéculation.</p>



<p><strong>Source: France 24/Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>Professeur Awa Marie Coll Seck : « Il ne faut pas rejeter la piste de la chloroquine, qui en plus est à la portée des pays africains »</title>
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				<pubDate>Fri, 27 Mar 2020 12:34:16 +0000</pubDate>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/03/WhatsApp-Image-2020-03-27-at-12.32.58-952x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-15568" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/03/WhatsApp-Image-2020-03-27-at-12.32.58-952x1024.jpeg 952w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/03/WhatsApp-Image-2020-03-27-at-12.32.58-279x300.jpeg 279w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/03/WhatsApp-Image-2020-03-27-at-12.32.58-768x826.jpeg 768w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/03/WhatsApp-Image-2020-03-27-at-12.32.58.jpeg 1488w" sizes="(max-width: 952px) 100vw, 952px" /><figcaption>Professeur Awa Marie Coll Seck </figcaption></figure>



<p><strong>Le Coranovirus a surpris le monde entier y compris l’Europe et les États-Unis, où le virus fait des ravages. L’Afrique, qui semblait au tout début de l’épidémie épargnée, est-elle aussi contrainte de prendre des mesures drastiques &nbsp;pour éviter la propagation de la maladie, qui prend chaque jour un peu plus d’ampleur sur son sol. Quel est l’état de la situation sur le continent ? La riposte de l’Afrique face au Covid-19 est-elle à la hauteur ? La chloroquine, qui fait actuellement tant débat, pourrait-elle être la solution pour les malades ? Le professeur Awa Marie Coll seck, médecin spécialiste des maladies infectieuses, ancienne ministre de la Santé du Sénégal (2001-2003 et 2012-2017), livre son analyse de la situation à Afrika Strategies France.</strong></p>



<p>En matière de santé, le professeur Awa Marie Coll Seck est une voix incontournable au Sénégal. Cette mère de famille de quatre enfants, qui raffolent des séries américaines scientifiques tels que&nbsp;<em>Les Experts</em>, a formé des générations de médecins qui exercent aujourd’hui aux quatre coins de la planète. Il faut dire que l’expérience de terrain de cette infectiologue, ancienne basketteuse de l’équipe de basket-ball de Dakar, ne date pas d’aujourd’hui. En 1984, à tout juste 33 ans, elle est la première femme agrégée de médecine au Sénégal. Deux ans plus tard, en 86, elle diagnostique le premier cas de sida dans le pays. La médecine n’empêche pas le professeur Seck de s’engager dans le syndicalisme puisqu’elle devient membre fondateur du Syndicat unique des travailleurs de la santé et de l’action sociale (Sutsas). En 89, sa carrière professionnelle décolle avec sa nomination comme professeur titulaire de la chaire des maladies infectieuses à l’Université de Dakar et chef du service des maladies infectieuses au centre hospitalier universitaire de Fann. Elle a notamment eu une carrière internationale fulgurante. Chercheuse très impliquée dans la lutte contre le sida, auquel elle consacre de multiples publications, elle a dirigé le département de la recherche à l’ONUSIDA de 1996 à 2001, et le Partenariat Roll Back Malaria (RBM) de 2004 à 2012, à Genève. Elle fait son entrée en politique en 2001, où elle est nommée ministre de la Santé, sous la présidence d’Abdoulaye Wade, jusqu’en 2003. Une fonction qu’elle exerce de nouveau sous le mandat du président Macky Sall, de 2012 à 2017. Aujourd’hui au pays de la Téranga, aucune grande mesure sanitaire, surtout en cas d’épidémie, n’est prise sans qu’elle ne soit consultée. Lorsque l’épidémie d’Ebola s’est déclarée en Afrique de l’ouest, elle a organisé de bout en bout la riposte du Sénégal, qui n’a eu qu’un cas, un jeune Guinéen de passage dans le pays, traité sur place, jusqu’à l’annonce de sa guérison complète. Désormais c’est face au Covid-19, qu’elle compte une fois de plus mettre son expertise au service de son pays et du continent.</p>



<p><strong>Face au Coronavirus, de nombreux pays d’Afrique ont pris une multitude de mesures pour protéger leurs populations. Leurs ripostes sont-elles à la hauteur de l’enjeu?</strong></p>



<p>C’est très important que les pays africains réagissent au plus haut niveau face au Covid-19. Chacun l’a fait en fonction de ses réalités, ce qui fait qu’on a différents exemples dans les mesures prises comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal qui n’ont pas hésité à décréter l’état d’urgence. D’autres pays du continent ont choisi le confinement pour contrer la propagation de la maladie. Chaque Etat est en train d’essayer de prendre des mesures à la hauteur de ses moyens. D’autant que certains pays ont été confrontés à Ebola et ont déjà eu à prendre des mesures sanitaires strictes. La propagation de l’épidémie à Coronavirus à partir de la Chine et faisant aujourd’hui des ravages en Europe doit nous interpeller sur la gravité de la situation. C’est la première fois que je vois une détermination aussi importante de nombreux pays africains, qui ont été sensibles aux alertes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et ont pris des mesures concrètes pour contrer l’épidémie. Les pays qui ont compris la gravité de la situation sont sur la bonne voie. Mais attention, malheureusement, ce n’est pas le cas de tous les Etats africains. Certains n’ont pas encore mis en place les mesures à la hauteur de la menace et constituent les maillons faibles du continent.</p>



<p><strong>On voit en effet beaucoup de pays annoncer des mesures contre le Coronavirus mais qu’en est-il réellement de leur mise en application ?</strong></p>



<p>En effet prendre des mesures ne suffit pas car encore faut-il les mettre en application. Pour cela, il faut une coordination au plus haut niveau, une approche multisectorielle inclusive et communautaire. Une communication appropriée et une sensibilisation des communautés sont déterminantes. En effet si les populations ne suivent pas les directives ou recommandations et n’ont pas le sens de la discipline ou continuent à avoir des comportements à risques, ces grandes décisions ne porteront pas leurs fruits. Concernant le Sénégal, le président de la République, en plus des mesures fortes, a décidé d’impliquer tout le monde. Il a reçu les partis d’opposition et les leaders religieux, qui ont aussi été mis à contribution face à cette crise sanitaire. Tout le monde doit s’impliquer et aller dans le même sens pour en venir à bout, non seulement les décideurs mais aussi les populations qui, encore une fois, doivent être disciplinées.</p>



<p><strong>Plusieurs gouvernements en Afrique ont choisi de confiner leur population. Mais n’est-il pas risqué de confiner un pays entier, quand la majorité de la population vit du secteur informel,&nbsp; sans ressources, et est contrainte de vivre au jour le jour pour se nourrir? Les populations africaines ont-elles vraiment les moyens du confinement ?</strong></p>



<p>Pour le cas du Sénégal, on a décrété un état d’urgence mais pas le confinement. On a décidé d’abolir les rassemblements, de fermer les lieux publics, de sensibiliser sur une large échelle les populations afin de les inciter à rester chez elles et à ne sortir juste qu’en cas de nécessité. Dans la dernière déclaration à la Nation, le Président a annoncé aussi la création de fonds de solidarité pour les denrées de premières nécessité et d’appui des secteurs comme le tourisme qui souffrent particulièrement de cette crise. Toutes ces mesures ont été mises en place pour soutenir la population en cas de confinement. Un confinement se prépare&nbsp;! On ne peut pas décider de confiner les gens sans n’avoir pris aucune disposition en amont pour les soutenir dans une telle situation.</p>



<p><strong>Etes-vous de l’avis de l’OMS qui estime que l’Afrique doit se préparer « au pire » face au Covid-19?</strong></p>



<p>Il faut savoir dans un premier temps dans quel contexte le directeur général de l’OMS a fait cette déclaration. Il a affirmé cela car il sait pertinemment que les systèmes de santé en Afrique sont fragiles et que si l’on ne réagit pas rapidement et qu’on se laisse déborder on ne pourra pas gérer cette crise. Cette déclaration n’a pas été dîte de manière péjorative contre les Etats africains mais uniquement pour qu’ils prennent la mesure de l’urgence de la situation et prennent au sérieux cette pandémie. Effectivement, on doit s’attendre au pire, c’est la raison pour laquelle il faut agir vite et mettre en place sans attendre les mesures nécessaires.</p>



<p><strong>Concrètement quelles sont les mesures les plus adaptées à l’Afrique pour lutter contre le Covid-19&nbsp;?</strong></p>



<p>Premièrement, il faut une bonne coordination de la lutte au plus haut niveau. Deuxième, il faut avoir une riposte organisée et multisectorielle. Les mesures prises par les ministères particulièrement concernés par ce types de crise, à savoir les ministères de la Santé, de l’Education, de l’Intérieur, ou encore des Transports sont capitales. Il faut aussi une réponse décentralisée, c’est-à-dire que les dispositifs sanitaires et les mesures de prévention ne doivent pas juste concerner la capitale. Il faut travailler sur tout le territoire et ne surtout pas oublier les zones reculées. Et il faut que la communication soit une communication vraie, que l’Etat soit transparent dans les informations qu’il donne aux populations car si elles apprennent qu’on leur a caché des éléments elles peuvent se méfier et ne plus avoir confiance en leurs décideurs, ce qui complique les choses. Il est aussi très important d’avoir une approche communautaire, c’est-à-dire faire en sorte que la communauté soit compétente face à la situation, comprenne ce qui se passe et ait les outils pour mettre en œuvre les mesures préventives, comme le lavage des mains avec du savon, les règles d’hygiène à respecter… Il faut appeler les populations à la discipline sans oublier de les accompagner psychologiquement et socialement. Et le dernier point c’est d’avoir un système de santé qui fonctionne correctement. Si vous n’avez pas un système de santé solide, il finit par s’écrouler en cas de crise de ce genre. On ne le redira jamais assez : la santé a un coût ! Il faut lui donner les moyens qu’elle requiert. En Afrique,on ne donne pas suffisant de moyens à la santé et c’est un vrai problème. Par exemple partout sur le continent, il y a peu de système de réanimation, ce qui est vraiment problématique pour les formes grave de Covid 19. Les décideurs du continent doivent comprendre qu’il est primordial d’investir dans la santé.</p>



<p><strong>Aujourd’hui, l’utilisation de la chloroquine pour soigner les malades du Covid-19 fait polémique. Quelle est votre avis sur la question&nbsp;? Ce médicament est-il efficace ? Permet-il aux patients qui l’utilisent de guérir? Et pourquoi en fin de compte fait-il polémique?</strong></p>



<p>Je n’ai pas une expérience de l’utilisation de la chloroquine contre le Covid-19 puisque c’est un nouveau virus. Mais à mon avis il ne faut négliger aucune piste.&nbsp; Le travail effectué par le professeur Didier Raoult me semble prometteur et est une piste à ne pas négliger. Il ne faut pas rejeter la chloroquine. Certains affirment qu’elle est toxique mais c’est surtout le cas lorsqu’elle est utilisée à forte dose. Et si le patient est cardiaque, une surveillance assidue est nécessaire en cas de prise de ce médicament. Cette piste est intéressante, d’autant que ce médicament est à la portée des pays africains. Il faut donc pousser plus loin les investigations et ne pas négliger également les autres pistes qui permettraient la guérison des malades, sans oublier la recherche vaccinale.</p>



<p><strong>Comment expliquez-vous, que pour le moment, le continent ait peu de cas, en comparaison à l’Europe où la pandémie fait des ravages… Peut-on penser que son expérience avec Ebola, lui aurait servi ?</strong></p>



<p>Le virus est passé de la Chine à l’Europe puis aux Etats-Unis, où il y a des vols réguliers avec la Chine. Ce n’est pas le cas pour l’Afrique qui n’a pas de vols réguliers avec la Chine contrairement à ce qu’on pourrait penser. Les cas qui ont été recensés ont été contaminés à partir de l’Europe et non de la Chine. L’Afrique ne fait pas exception face au Covid-19. Tous les pays ont commencé avec six ou huit cas avant que la maladie ne se propage rapidement. Il faut être vigilant pour éviter que le nombre de malade augmente de jour en jour et être ferme par rapport aux mesures prises. L’épidémie d’Ebola a aidé certains pays, notamment en Afrique de l’ouest, largement touché. Actuellement elle est encore présente en République démocratique du Congo (RDC), bien qu’elle semble s’éteindre. Mais on ne peut pas malgré tout dire que l’Afrique a l’expérience d’Ebola car ce n’est pas toute l’Afrique qui a été touché par ce virus.</p>



<p><strong>Que tirez-vous de votre expérience face à Ebola, qui pourrait vous être utile contre le Covid-19&nbsp;?</strong></p>



<p>Ebola nous a montré que quand il y a une épidémie importante il faut mettre toute son énergie pour surveiller, diagnostiquer, traiter, identifier les contacts des malades. Actuellement, pour en revenir au Covid-19, dans le cas du Sénégal, dès qu’une personne soupçonne d’être malade elle doit appeler un numéro mis à la disposition de la population et une équipe médicale se rend vers elle afin de pouvoir faire des prélèvements ensuite à l’institut pasteur pour confirmer ou non l’infection. La même démarche est faite par le personnel de santé dans les structures sanitaires devant un malade suspect. Les personnes susceptibles d’être infectées sont confinées dans un premier temps dans l’endroit où elles se trouvent avant d’être prises en charge par des structures médicales spécialisées si le résultat revient positif. Par ailleurs, la préparation et l’unique cas que nous avions eu durant l’épidémie d’Ebola nous a pris tout notre temps au risque de négliger les autres priorités sanitaires. Nous avons alors pensé créer un centre d’urgence des opérations sanitaires, qui s’occuperait de la gestion et coordination de la lutte contre les épidémies. Aujourd’hui, la mise en place de ce dispositif est une fierté pour le Sénégal. La preuve est que beaucoup de pays voisins en Afrique nous demande de les aider à mettre en place un tel centre, qui, bien utilisé, est d’une efficacité remarquable.</p>



<p><strong>Assanatou Baldé, Afrika Stratégies France&nbsp;</strong></p>
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		<title>Seidik Abba : « Il y a tout une économie de la guerre autour de Boko Haram qui assure sa survie »</title>
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				<pubDate>Mon, 03 Feb 2020 13:39:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/02/seidik13-750x430-1.jpg" alt="" class="wp-image-13902" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/02/seidik13-750x430-1.jpg 750w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/02/seidik13-750x430-1-300x172.jpg 300w" sizes="(max-width: 750px) 100vw, 750px" /><figcaption>Seidik Abba</figcaption></figure>



<p><strong>Dans son nouveau livre «&nbsp;Au coeur de Boko Haram&nbsp;», avec la participation de Mahamadou lawaly Dan Dano, aux éditions l’harmattan, le journaliste nigérien Seidik Abba est allé à la rencontre des repentis qui ont déserté les rangs de l’organisation armée nigériane Boko Haram. Il a recueilli leurs témoignages afin de mieux comprendre le fonctionnement de la meurtrière secte.</strong></p>



<p>Créé en&nbsp; 2002 par le prédicateur nigérian Mohamed Yusuf, Boko Haram, qui était au départ un mouvement pacifiste, signifiant «&nbsp;l’enseignement d’inspiration occidentale est un sacrilège&nbsp;» s’est radicalisé en 2009 sous la coupe d’Abubakr Shekau après que son fondateur Mohamed Yusuf ait été tué par la police nigériane. Depuis, le groupe multiplie les tueries au sein des populations du nord Nigeria, du nord Cameroun, mais aussi du&nbsp; Niger, dans la région de Diffa, ou encore au Tchad. L’insurrection armée a fait pas moins de 36 000 morts et causé le déplacement de plus de 2 millions de personnes selon l’ONU. Aujourd’hui encore, les Etat confrontés au groupe armé peinent à lutter efficacement à son encontre tant il est insaisissable et minutieusement organisé. Pour inciter ceux qui ont rejoint le mouvement à déserter ses rangs, le Niger a lancé en décembre 2016 le programme «&nbsp;Repentir contre pardon&nbsp;», qui a permis de donner une seconde chance aux ex-membres nigériens et Nigérians du mouvement. Leurs innombrables témoignages recueillis par Seidik Abba permettent de comprendre le fonctionnement de la secte de l’intérieur, mais aussi les différentes stratégies militaires qu’elle emploie, sans compter l’existence d’une économie souterraine qui garantie son autosuffisance, ou encore la brutalité de ses pratiques à l’encontre de ses propres éléments, comme ce combattant dont la main a été amputée puis plongée immédiatement dans de l’huile bouillante.</p>



<p><strong>Qu’est-ce qui a tant motivé les repentis que vous avez interrogés à rejoindre Boko Haram&nbsp;?</strong></p>



<p>La plupart des repentis qui avaient rejoint Boko Haram appartiennent à la catégorie de ceux qui sont partis parce qu’ils n’avaient pas de perspectives d’avenir sur place. Que ce soit au nord du Cameroun, au Nigeria, au Niger, dans le bassin du Lac Tchad Boko Haram a donc trouvé un terreau favorable pour grossir ses rangs. Toutes ces régions ne sont pas favorisées par les politiques de développement des Etats, poussant beaucoup de jeunes, guidés par le désespoir, à rejoindre Boko Haram. Par exemple dans le cadre du Niger, avant même que Boko Haram ne s’y implante, des jeunes du pays allaient régulièrement rejoindre le groupe armé au Nigeria du fait de la proximité des deux Etats. Quand on a interrogé les repentis qui sont revenus, ils nous ont dit&nbsp;que c’est en voyant les premiers qui sont partis rejoindre Boko Haram revenir avec beaucoup d’argent et des motos, qu’ils ont eux aussi décidés de partir grossir ses rangs. Pour beaucoup de ces jeunes, sans perspectives d’avenir, Boko Haram a été comme une bouée de sauvetage. C’est surtout l’argent qui les a motivés à intégrer l’insurrection armée et non le fait religieux. D’ailleurs on constate que beaucoup de jeunes ne sont pas des fervents pratiquants de l’islam. Malheureusement c’est une fois qu’ils ont intégré Boko Haram, qu’ils ont découvert son vrai visage et que la réalité est toute autre.</p>



<p><strong>Dans votre ouvrage, vous rappelez régulièrement que les repentis regrettent leurs actes et révèlent les horreurs commises par Boko Haram. Comment expliquez-vous malgré tout que le groupe armé ait toujours autant de nouvelles recrues&nbsp;?</strong></p>



<p>Le désespoir est dangereux. Beaucoup de ces jeunes sont perdus. On peut faire la comparaison avec ceux qui embarquent dans des bateaux pour traverser la mer. Malgré le fait qu’ils voient les images terribles de migrants en détresse à la télé, ils se disent qu’ils auront plus de chance que les autres et que cela ne peut pas pire que de rester chez eux où ils meurent à petit feu. Beaucoup de jeunes préfèrent découvrir par eux-mêmes que c’est une impasse avant de se rendre compte de la réalité malgré les nombreuses mises en garde contre les dangers qui les attendent.</p>



<p><strong>Le programme du Niger pour les repentis semble avoir donné des résultats. Jusqu’où peut-on dire qu’il est efficace&nbsp;?</strong></p>



<p>Il faut dégarnir Boko Haram. Et le programme mis en place par le Niger peut-être un moyen d’atteindre cet objectif. C’est une des solutions qui semble avoir prouvé son efficacité. Aujourd’hui, militairement, on ne peut pas vaincre Boko Haram car c’est un ennemi invisible. Comment voulez-vous combattre militairement un ennemi que vous ne voyez pas&nbsp;? Les éléments de Boko Haram se faufilent partout au sein même de la population. Non seulement on ne connait pas leurs visages mais ils se dissimulent dans les lieux publics, les marchés…Je pense que pour lutter véritablement contre ce groupe armé, il faut redonner massivement de l’espoir aux jeunes de la région. C’est ce que tente de faire le programme repentir au Niger. Auparavant quand les jeunes partaient, ils étaient dans l’impasse car ils avaient envi de rentrer mais la peur d’être mis en prison les en dissuadait. Finalement le fait que le programme leur ait garanti qu’ils n’avaient rien à craindre et qu’une fois rentré ils ne seraient pas emprisonnés les a encouragés à quitter les rangs de Boko Haram. L’efficacité de ce programme se révèle aussi dans la formation professionnelle qui est proposé aux repentis, leur garantissant de meilleures perspectives d’avenir.</p>



<p><strong>Mais le fait de soutenir les repentis en leur proposant une réinsertion professionnelle, un encadrement qui leur permettra d’aller de l’avant…Ne pourrait-il pas susciter l’incompréhension au sein notamment de la jeunesse minée par le chômage ?</strong></p>



<p>Effectivement c’est la raison pour laquelle le Niger a décidé de former également les jeunes qui ne sont pas partis rejoindre Boko Haram en même temps que les repentis. Si on ne formait que ceux qui avaient rejoint Boko Haram, cela pourrait laisser penser qu’on attribue une prime à tous les repentis. Du coup avec le soutien des bailleurs de fond, qui ont compris l’enjeu et accompagnent le gouvernement, il a été décidé que pour un jeune repenti formé, on formera à chaque fois quatre jeunes du pays qui ne sont pas partis rejoindre Boko Haram.</p>



<p><strong>Les actes commis par Boko Haram même à l’encontre de ses propres membres sont particulièrement cruels. Est-ce une stratégie de la terreur sciemment orchestrée par le groupe armé&nbsp;?</strong></p>



<p>Les actes de cruauté régulièrement commis par Boko Haram sont en effet une stratégie pour faire régner la terreur. Dernièrement une vidéo a circulé et on y voit un élément du groupe égorger une vieille femme avec un couteau. Non seulement la scène a été filmée mais la tête de la victime a été exposée comme un trophée de guerre pour terroriser la population. Ils ont réservé ce sort à cette femme en prétendant qu’elle livrait des informations à l’armée nigériane. Leur objectif est d’effrayer tous ceux qui seraient susceptibles de donner des renseignements à ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis. Donc tous ceux qui seraient tentés de collaborer avec l’armée sont dans la crainte d’être exécuté. Pour comprendre la brutalité de Boko Haram envers les populations il faut voir la manière dont ses propres éléments sont traités. Pour un rien ils peuvent être exécutés ou subir les pires sévices comme un de leur combattant qui a vu sa main coupée puis plongée dans de l’huile bouillante après un procès expéditif. Ils sont sans pitié.</p>



<p><strong>Est-ce par crainte qu’on comprenne son fonctionnement et ses pratiques que Boko Haram s’est toujours coupé du reste du monde…</strong></p>



<p>Tout à fait. Boko Haram n’a jamais voulu qu’il y ait un regard extérieur sur son mouvement. Quand vous prenez les mouvements armés dans le nord Mali certains ont accepté qu’on les filme pour comprendre leur fonctionnement. Boko Haram a conscience que si les gens découvraient son vrai visage plus personne ne tenterait de l’intégrer. Un mouvement qui n’a pas de compassion pour ses propres combattants comment en aurait-il pour la population&nbsp;? Même en cas de défaite lorsque des combattants du groupe sont tués il est ordonné aux éléments encore en vie de ne pas récupérer les corps mais de ne prendre du défunt que ce qui pourrait être utile&nbsp;: objet de valeur, argent, munitions… Il est très difficile de combattre Boko Haram sans services de renseignements performants capables par exemple de capter toutes les conversations dans un rayon donné. Boko Haram a compris cette faille au sein des Etats où il s’est implanté et continue d’œuvrer en toute impunité, en pillant et tuant. Parfois ils n’hésite pas à tuer les chefs de villages, prétendant qu’ils ont renseigné l’armée sur leurs positions</p>



<p><strong>Selon-vous, il y a-t-il un déficit de médiatisation sur les exactions du groupes qui dissuaderait tous ceux qui veulent le rejoindre à le faire&nbsp;?</strong></p>



<p>Il y a surtout un problème de méconnaissance de Boko Haram. Concernant la médiatisation, les médias ne s’y intéressent que par rapport aux statistiques, en énumérant le nombre de morts dû à Boko Haram ou encore en décrivant leurs diverses attaques. Le fait que Boko Haram enlève des gens quasiment chaque soir, dont des jeunes filles et femmes, qui sont ensuite mariées de force à ses combattants ou vendues comme esclave, n’est pas suivi. L’opinion publique s’imagine que seules les jeunes filles de Chibok, enlevées en avril 2014, ont été victimes du groupe armé. Des jeunes filles sont quotidiennement enlevées, seulement cela n’a pas le même écho que les jeunes filles de Chibok dont la captivité avait été largement médiatisé et ému des personnalités comme Michelle Obama, qui avait fait campagne pour qu’on les retrouve au plus vite.</p>



<p><strong>Au départ quand Mohammed Yunus a créé Boko Haram, le mouvement était pacifiste avant de se radicaliser sous la direction d’Abubakr Shekau. Comment expliquer un tel revirement&nbsp;?</strong></p>



<p>Quand le mouvement a été fondé en 2002 à la frontière entre le Niger et le Nigeria, il pointait essentiellement du doigt les valeurs de l’école occidentale, qui est assimilé à la dépravation des mœurs. Le mouvement dénonçait aussi la corruption à grande échelle menée par l’élite nigériane, qui voyageait en jet privée alors que la majorité de la population était pauvre. Mohammed Yunus expliquait aux gens que tout cela venait de l’école occidentale, multipliant les prêches, allant de mosquée en mosquée, recrutant des éléments. Les rangs du mouvement ont commencé alors à grossir peu à peu. Quand le Nigeria a décidé de réagir en 2009 face au mouvement, il était déjà trop tard. Les autorités ont laissé Boko Haram se développer pendant sept ans, lui laissant largement le temps de s’installer et de se construire.</p>



<p><strong>Comment expliquez-vous une réaction aussi tardive de la part de l’Etat nigerian qui dispose pourtant de services de renseignements&nbsp;?</strong></p>



<p>Comme dans beaucoup d’Etats en Afrique, les autorités ne prennent conscience d’un problème que quand il est déjà trop tard. Lorsque les autorités nigérianes ont décidé de réagir elles l’ont fait de manière disproportionnées ce qui a aggravé les choses. Le gouvernement a débuté sa répression contre Boko Haram à Kanama, dans un petit village de Maiduguri, tuant 800 personnes et exécutant sommairement le fondateur du mouvement Mohamed Yusuf, alors qu’il venait d’être arrêté par l’armée. Donc sans s’y attendre il a mis le feu aux poudres et finalement beaucoup de gens ont décidé de rejoindre le mouvement pour se venger de ce qu’ils considéraient comme une injustice à leur encontre parce qu’on a tué un de leur parent et qu’on a touché à leur village. Donc même les gens qui pouvaient les aider à arrêter Boko Haram ont été tué. La réaction du gouvernement tardive et disproportionnée a entrainé un engrenage puisque Boko Haram se radicalise et choisit la violence, en attaquant les casernes, les gendarmeries. C’est d’ailleurs de cette manière qu’ils se sont fait leur premier arsénal de guerre en récupérant les armes dans les casernes qu’ils attaquaient.</p>



<p><strong>Les Etats confrontés à Boko Haram évoquent régulièrement l’idée d’une coalition militaire contre le groupe armé. A ce jour rien de concret n’a émergé. Pourquoi ont-ils autant de difficultés à s’entendre dans cette lutte&nbsp;et à faire face à ce groupe armé&nbsp;?</strong></p>



<p>Il y a en effet des intentions, des proclamations de ces Etats pour lutter ensemble contre Boko Haram. Mais concrètement il n’y a pas de coordination des services entres eux ni de partage de renseignements ou encore d’état major conjoint pour que la lutte contre le groupe armé soit efficace. En attendant, Boko Haram se joue des frontières et a la voie libre dans toutes les zones où il est implanté. Il y a une grande faiblesse au niveau de la coopération régionale qui n’a en réalité pas de stratégie globale. Chaque pays a son propre contingent et combat dans son coin. Et ça ne marche pas. Ce qui est d’autant plus grave c’est que Boko Haram a compris que les armées ont des habitudes. Le mouvement œuvre donc surtout la nuit car il sait que les forces nationales n’ont pas les moyens techniques pour combattre la nuit et de voir les mouvements de leurs ennemis. Boko Haram profite ainsi de cette faille pour attaquer des villages entiers la nuit et repart comme si de rien n’était avant le lever du jour. La réponse des Etats face à Boko Haram n’est pas adaptée et si on ne l’adapte pas au plus vite rien ne changera.</p>



<p><strong>Boko Haram a mis en place une économie souterraine pour assurer sa propre subsistance. Comment cela marche concrètement&nbsp;?</strong></p>



<p>Boko Haram a profité d’une situation économiquement favorable et dynamique au sud du Niger qui commerçait déjà avec le Nigeria, bien plus d’ailleurs qu’avec le reste du Niger. Quand Boko Haram s’est implanté il a mis en place tout une économie soutteraine, pour assurer son autonomie, en trouvant par exemple ses propres fournisseurs en tout genre, en pièces détachées pour ses voitures, ou en essence… Tous ces fournisseurs au sein de la population commercent avec Boko Haram et n’ont pas intérêt à ce que le groupe armé disparaisse car cela n’arrangerait pas leurs affaires. A côté de cela, Boko Haram a aussi ce qu’on appelle des intermédiaires qui vont revendre par exemple dans les marchés le butin de guerre, comme du bétail, obtenu lors des attaques dans les villages. Comme les combattants de Boko Haram ne peuvent pas vendre cela eux-mêmes ils le confient à des intermédiaires qui récupèrent une commission une fois la tâche effectuée. Il y a tout une économie de la guerre qui s’est créée autour de Boko Haram qui brasse de l’argent et profite à des personnes au sein de la population qui gagnent leur vie ainsi.</p>



<p><strong>Vous voulez dire qu’il y a au sein des populations beaucoup de personnes qui vivent de l’économie soutteraine créée par Boko Haram&nbsp;?</strong></p>



<p>Il y a ceux qui gagnent de l’argent en achetant des choses moitié prix à Boko Haram pour les revendre ensuite au prix standard dans des marchés et ceux qui travaillent pour Boko Haram en revendant sa marchandise. Certains commerçants n’hésitent pas à acheter à Boko Haram du bétail à moitié prix pour ensuite le revendre au prix standard, leur permettant d’avoir des bénéfices. Donc ceux qui profitent de cette guerilla instaurée par Boko Haram sont nombreux. La stratégie d’autosuffisance de Boko Haram a été payante, lui garantissant sa pérennité. Parfois on entend des spéculations sur le fait que Boko Haram reçoit de l’argent des pays du golfe. Mais à ce jour cela n’a pas été concrètement prouvé. Ce qui est avéré en revanche c’est son autofinancement qui lui a permis de gagner de l’argent constamment. Il y a toute une logique économique au sein de Boko Haram. Dans le Lac Tchad, par exemple, le groupe armé taxent les pécheurs qui y pêchent pour assurer leur survie et celle de leur famille. Par exemple, pour l’équivalent d’un carton de poisson pêché, les pêcheurs sont contraints de payer 1000 nairas. Tout cela montre bien que contrairement aux idées reçues, Boko Haram est loin d’être composé d’illuminés. ils ont une stratégie bien définie, qui assure leur pérennité.</p>



<p><strong>Propos recueillis Assanatou Baldé, Paris, Afrika Stratégies France</strong></p>
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		<title>« Sans la Monusco, ce serait pire » (Denis Mukwege, prix Nobel de la paix)</title>
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				<pubDate>Thu, 28 Nov 2019 19:28:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
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<figure class="wp-block-image is-resized"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/11/45764411_404.jpg" alt="" class="wp-image-11768" width="611" height="343" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/11/45764411_404.jpg 340w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/11/45764411_404-300x169.jpg 300w" sizes="(max-width: 611px) 100vw, 611px" /></figure>



<p><strong>La Monusco, mission des Nations unies en RDC, est accusée d’inaction face aux massacres des civils. Mais sa présence est nécessaire, selon Denis Mukwege. Interview avec le prix Nobel de la paix.</strong></p>



<p>Ce mercredi, un porte-parole de la Mission des Nations unies au Congo, a annoncé la mort d&rsquo;au moins 13 civils, des personnes tuées près d&rsquo;Oicha, à 30 km au nord de Beni dans l&rsquo;est du pays. Un nouveau massacre attribué au groupe armé des ADF. </p>



<p>Au total ce sont 94 civils qui ont été tués depuis le 5 novembre dans des massacres attribués au groupe armé d&rsquo;origine ougandaise ADF, d&rsquo;après des souces proches de la Monusco.</p>



<p>La présidence congolaise a annoncé lundi, des opérations militaires « <em>conjointes</em> » avec les Casques bleus des Nations unies (16.000 au total en RDC). En visite à Paris, la présidente de l&rsquo;Assemblée nationale congolaise, Jeanine Mabunda, s&rsquo;est publiquement interrogée sur le rôle de l&rsquo;ONU dans son pays, jugeant « <em>légitime que les populations se demandent pourquoi cette force persiste en RDC</em>« .</p>



<p>Le Conseil de sécurité des Nations unies doit renouveler le mandat de la Monusco d&rsquo;ici à la fin de l&rsquo;année.</p>



<p>Pour le gynécologue congolais, Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018,&nbsp;<em>« les attaques contre la Monusco ne sont pas la solution »</em>. Il appelle&nbsp;au calme. Un appel lancé de Bonn en Allemagne où il est en visite.</p>



<p>Mukwege: La population du Bénin subit des atrocités depuis plus de cinq ans. Sa colère peut se comprendre. Mais de l&rsquo;autre côté, je ne pense pas que s&rsquo;attaquer à la&nbsp;Monusco,&nbsp;c&rsquo;est une solution. Je pense qu&rsquo;il faut plutôt négocier, dialoguer pour trouver des bonnes solutions. La violence ne peut engendrer que la violence.</p>



<p>Je crois que la&nbsp;Monusco, même si elle n&rsquo;a pas su enrayer la crise – son absence serait plutôt dramatique&nbsp;! Et ça vraiment, il faut le reconnaître. Le message que je peux donner à la population, c&rsquo;est qu&rsquo;on puisse réfléchir comment trouver d&rsquo;autres solutions, surtout dans le cadre du chapitre 7 des Nations-unies. Je crois que ce qui s&rsquo;était passé en&nbsp;Ituri&nbsp;avec Artémis et l&rsquo;armée française, cela avait montré son efficacité puisque c&rsquo;était une opération de courte durée mais qui a été très,&nbsp;très&nbsp;efficace et qui a évité tout simplement un génocide. Au lieu de s&rsquo;attaquer à la&nbsp;Monusco,&nbsp;je pense qu&rsquo;il faut penser à des solutions alternatives.</p>



<p><em>DW: Comment comprendre qu&rsquo;en dépit de la présence de plus de 15.000 Casques bleus des milliers de soldats congolais des massacres sur les populations civiles se&nbsp;poursuivent&nbsp;dans cette région de la RDC?</em></p>



<p>Mukwege: C&rsquo;est pour cette raison que je crois fermement qu&rsquo;il faut réfléchir à d&rsquo;autres solutions. On ne peut pas continuer à utiliser les mêmes recettes pendant 10 ans sans qu&rsquo;il y ait une solution. A mon avis, il faut utiliser le chapitre 7. Si on l&rsquo;utilise correctement – et je répète comme on l&rsquo;a fait en&nbsp;Ituri&nbsp;– je pense&nbsp;qu&nbsp;il peut y avoir des solutions. Aujourd&rsquo;hui, la violence que la population est en train de commettre sur les forces des Nations unies, ce n&rsquo;est pas une solution.</p>



<p>Qui est responsable? Je pense que le grand problème au Congo c&rsquo;est que tout le monde veut trouver des boucs émissaires. Mais les vrais responsables sont connus, et je pense qu&rsquo;il faudrait à un moment de la justice au Congo&nbsp;: qu&rsquo;on puisse établir un tribunal pour déterminer qui a fait quoi.</p>



<p><em>DW: Pour vous, le grand responsable c&rsquo;est qui?</em></p>



<p>Mukwege: Je crois qu’à partir du moment où les Nations unies mettent des moyens à un gouvernement pour mettre fin à des groupes armés et que pour contrecarrer l&rsquo;action des Nations unies, le gouvernement nomme des généraux sous sanctions pour collaborer avec les Nations unies, ces&nbsp;gens-là&nbsp;doivent répondre de toutes ces atrocités qui se passent à l&rsquo;est du Congo aujourd&rsquo;hui. Et je pense que ne pas poser les problèmes comme ça, on va continuer à chercher des boucs émissaires et ça ne va pas nous arranger. Malheureusement ce sont nos frères ce sont nos sœurs qui sont tuées de façon atroce et je crois qu&rsquo;il y a des images qu&rsquo;on voit aujourd&rsquo;hui circuler sur les réseaux sociaux et qui sont tout simplement inacceptable et je trouve qu&rsquo;à partir du moment où le gouvernement peut refuser d&rsquo;être soutenu pour enrayer ces groupes armés, il devrait répondre de ses actes.</p>



<p><em>DW: Votre champ d&rsquo;action ce sont les violences sexuelles à l&rsquo;encontre des femmes. Quelle est la situation aujourd&rsquo;hui depuis l&rsquo;arrivée au pouvoir de Félix&nbsp;Tshisekedi&nbsp;? Qu&rsquo;est-ce qui a changé?</em></p>



<p>Mukwege: Moi, je me réserve de donner toute opinion puisque je considère qu&rsquo;il n&rsquo;est pas encore temps.Sinon je serai dans des spéculations partisanes. Je crois qu&rsquo;il faut juger sur les faits. Aujourd&rsquo;hui je dois dire que s&rsquo;il y a la violence, si on est en train d&rsquo;égorger les gens à la machette, vous ne pouvez pas dire que les femmes sont préservées. Je crois qu&rsquo;on a vu des images des femmes tuées de façon tout simplement déshumanisante. Et c&rsquo;est inacceptable. Je crois qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, tant qu&rsquo;il y aura des conflits tel que nous le connaissons où on ne connaît même pas qui se bat contre qui, malheureusement ce sont les femmes et les enfants qui se trouvent entre les belligérants. Donc la situation des femmes ne s&rsquo;est pas améliorée, tant qu&rsquo;il y aura des groupes armés qui s&rsquo;attaquent à la population civile et spécialement aux femmes et les enfants.</p>



<p>DW: Vous êtes co-lauréat du Prix Nobel de la paix 2018. Qu&rsquo;est ce qui a changé chez vous dans vos activités depuis l&rsquo;obtention du Prix Nobel de la paix?</p>



<p>Mukwege: Je crois qu&rsquo;il y a eu beaucoup de choses qui ont changé par le fait de nous avoir attribués ce prix Nobel de la paix. Cela a permis à ce que questions de violences sexuelles dans les conflits puissent être mis au piédestal. Aujourd&rsquo;hui, on parle de cette question beaucoup plus qu&rsquo;on ne le faisait avant. Personnellement, j&rsquo;étais co-président du Comité consultatif des G7 pour l&rsquo;égalité hommes-femmes. Les hommes ont le sentiment d&rsquo;avoir des droits sur les femmes. Je pense que l&rsquo;éducation pour cette égalité et l&rsquo;éducation pour une masculinité positive, donner aux femmes le droit à la santé reproductive à l&rsquo;éducation pour tous etc., ce sont des pratiques qui aident. Normalement, on devrait les voir dans tous les pays.</p>



<p>Nous avons également avec le gouvernement allemand la résolution 2467 cette résolution pour la première fois à demander au secrétaire général des Nations unies de faire des propositions concrètes pour les enfants nés issus du viol. Vous savez qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui nous avons ces enfants qui sont abandonnés à eux-mêmes, sans identité, sans filiation, et parfois les mères sont obligées tout simplement de les abandonner. Et ils n&rsquo;ont pas demandé de naître, ces enfants. Nous avons une responsabilité par rapport à ces enfants.</p>



<p><strong>Source: Deutsche Welle /Mis en ligne: Lhi-tshiess Makaya-exaucée</strong></p>
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		<title>Tunisie – Nabil Karoui : « Si je ne suis pas libéré, quel sens auraient ces élections ? »</title>
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				<pubDate>Wed, 18 Sep 2019 17:48:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Afrique]]></category>
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		<category><![CDATA[Elections présidentielles]]></category>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/09/nabil-karouiiiiiiiiiii.jpg" alt="" class="wp-image-8920" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/09/nabil-karouiiiiiiiiiii.jpg 960w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/09/nabil-karouiiiiiiiiiii-300x193.jpg 300w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/09/nabil-karouiiiiiiiiiii-768x494.jpg 768w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></figure>



<h4>Le magnat des médias, qualifié pour le second tour de la présidentielle, accuse le gouvernement et le parti islamiste Ennahdha d&rsquo;avoir orchestré son arrestation.</h4>



<p>Le 23&nbsp;août, alors qu&rsquo;il revenait d&rsquo;une journée de campagne dans le nord-ouest de la&nbsp;<a href="https://www.lepoint.fr/tags/tunisie">Tunisie</a>, à Béja, le candidat à la présidentielle Nabil Karoui a été arrêté sur une aire d&rsquo;autoroute par une escouade de policiers. L&rsquo;homme d&rsquo;affaires est depuis&nbsp;2016&nbsp;sous le coup d&rsquo;une enquête pour&nbsp;blanchiment d&rsquo;argent, mais l&rsquo;affaire est encore en cours d&rsquo;instruction. Aucun jugement n&rsquo;a été prononcé. Un mandat de dépôt a été signé par le juge d&rsquo;instruction le 23&nbsp;août au matin. Depuis, incarcéré à la prison de La Monarguia, dans la banlieue de Tunis, il ne peut faire campagne et n&rsquo;a pas pu voter&nbsp;<a href="https://www.lepoint.fr/afrique/tunisie-petit-guide-de-la-presidentielle-03-09-2019-2333316_3826.php">au premier tour de la présidentielle</a>, dont il est arrivé en seconde position avec 15,6&nbsp;% des suffrages exprimés.&nbsp;<a href="https://www.lepoint.fr/afrique/tunisie-presidentielle-kais-saied-contre-nabil-karoui-au-second-tour-17-09-2019-2336304_3826.php">Il sera opposé au second tour, prévu le&nbsp;6&nbsp;ou 13&nbsp;octobre, au candidat conservateur Kaïs Saïed</a>, en tête avec 18,4&nbsp;% des voix. Quelque 95&nbsp;000 voix séparent les deux hommes. Les règles sont très claires&nbsp;: un candidat qui n&rsquo;a pas été condamné ne peut être invalidé.&nbsp;<a href="https://www.lepoint.fr/monde/tunisie-arrestation-de-nabil-karoui-candidat-a-la-presidentielle-23-08-2019-2331348_24.php">Nabil Karoui demeure candidat</a>.</p>



<p>Nabil Karoui a répondu au&nbsp;<em>Point</em>&nbsp;depuis sa prison, où son avocat lui a lu nos questions. L&rsquo;homme d&rsquo;affaires lui a ensuite dicté ses réponses et l&rsquo;avocat nous a transmis ses notes.</p>



<p><strong><em>Le Point&nbsp;</em>: Quelles sont vos conditions de détention&nbsp;?</strong></p>



<p><strong>Nabil Karoui&nbsp;:</strong>&nbsp;Elles sont correctes. Quand je me lève, le matin, je fais du sport, après je rencontre mes avocats. Une fois par semaine, je vois ma famille à travers une vitre. À 16&nbsp;heures, ils ferment la cellule où j&rsquo;ai la télé et des conditions d&rsquo;hygiène correctes. Je la partage avec deux détenus de droit commun. Cela reste une prison. Je ne peux pas savoir si mes conditions sont différentes, car je suis totalement isolé et je ne vois pas les autres détenus.</p>



<p><strong>Quelles sont les raisons de votre arrestation&nbsp;?</strong></p>



<p>Le chef du gouvernement, Youssef Chahed, ainsi que ses alliés islamistes m&rsquo;ont incarcéré illégalement pour que je ne puisse pas faire ma campagne pour les élections présidentielle et législatives. Cependant et malgré tout ce que j&rsquo;ai subi, je suis au second tour. Cela revient à dire que, aujourd&rsquo;hui, sans faire campagne et ayant subi tout ce harcèlement ainsi que les pressions dont a souffert mon équipe à l&rsquo;extérieur, n&rsquo;ayant pas pu apparaître comme les autres candidats dans les médias pour expliquer mon programme et mes idées aux électeurs, je suis quand même au second tour. Je représente donc un poids électoral et politique, je suis une réalité dans la Tunisie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.</p>



<p><strong>Pensez-vous être libéré afin de pouvoir faire campagne&nbsp;?</strong></p>



<p>Si je ne suis pas libéré, quels sens auraient ces élections&nbsp;? Elles deviendraient une vraie mascarade démocratique. Chahed et son parti voulaient me mettre sous les verrous, car ils pensaient que, moi éliminé, ils auraient un boulevard vers le second tour. Vous avez vu le résultat, ces gens sont déconnectés du pays profond, d&rsquo;où leur échec cuisant. Ses complices islamistes sont plus concernés par les législatives où mon parti, Au cœur de la Tunisie, les devance largement. Les islamistes d&rsquo;Ennahdha vont tout faire pour me garder derrière les barreaux jusqu&rsquo;au 6&nbsp;octobre. Ils pensent gagner en m&rsquo;écartant. Nous sommes dans une situation surréaliste où les gens actuellement au pouvoir pensent, s&rsquo;ils me gardent en prison, gagner.</p>



<p><strong>Depuis votre cellule, pouvez-vous participer à votre campagne&nbsp;?</strong></p>



<p>Je n&rsquo;arrive pas à faire campagne depuis ma cellule puisque l&rsquo;on m&rsquo;interdit l&rsquo;accès aux médias, ils ne leur permettent pas de venir me rencontrer, ils ne me permettent pas, non plus, de sortir pour participer aux débats télévisés ou autres. D&rsquo;après vous, quel danger je représente pour la sécurité publique s&rsquo;ils me sortent pour deux ou quatre heures&nbsp;? Actuellement, je ne peux communiquer qu&rsquo;à travers mes avocats qui me permettent des échanges avec mon équipe et ma famille.</p>



<p><strong>Quelle est votre analyse politique des résultats du premier tour&nbsp;?</strong></p>



<p>J&rsquo;ai vécu une journée surréaliste pendant laquelle j&rsquo;ai été interdit de voter. J&rsquo;étais en grève de la faim et coupé du monde, ce fut une journée angoissante et stressante. Quand les estimations sont tombées, mon sentiment était mitigé. J&rsquo;étais content d&rsquo;être au second tour et très déçu d&rsquo;avoir perdu pratiquement dix points par rapport aux sondages 48&nbsp;heures avant. C&rsquo;est l&rsquo;effet de mon incarcération et celui de «&nbsp;machines&nbsp;» électorales sur le terrain, déployées par les islamistes et le gouvernement pour dissuader les gens d&rsquo;aller voter pour moi en leur faisant croire que j&rsquo;étais inéligible. En dépit de tout cela, j&rsquo;étais surtout très fier du peuple tunisien qui a quand même voté en toute liberté et qui a puni les partis au pouvoir.</p>



<p><strong>Comment voyez-vous la bataille du second tour entre vous et votre adversaire Kaïs Saïed&nbsp;?</strong></p>



<p>Aujourd&rsquo;hui en Tunisie, à l&rsquo;instar de 2014, la bataille va être cruciale entre un axe islamo-conservateur représenté par M. Kaïs Saïed et Ennahdha et en face un axe moderniste socio-libéral représenté par moi et Au cœur de la Tunisie. Chacun devra choisir son camp. Notre projet a toujours été un projet global (présidentiel et législatif) pour pouvoir avoir l&rsquo;amplitude pour réformer et transformer le pays de manière efficace. Si demain M. Saïed gagne sans avoir une majorité au Parlement, quel programme pourra-t-il appliquer&nbsp;?</p>



<p><strong>Si vous êtes élu, quel président serez-vous&nbsp;?</strong></p>



<p>Je serai un président moderne, défenseur des valeurs démocratiques, tolérant, respectueux des droits des minorités. Un président qui va être proche de ses concitoyens, qui va sillonner le pays pour essayer d&rsquo;améliorer leur quotidien. Un président qui va libéraliser l&rsquo;économie, soutenir les entreprises, encourager les investisseurs, qui va porter haut le drapeau commercial et diplomatique de la Tunisie, encourager les investisseurs étrangers, encourager les artistes et la culture. Je serais le président des décisions courageuses et non pas celui du consensus mou, je vais combattre le terrorisme, renforcer la sécurité, amener la Tunisie à s&rsquo;intégrer dans son contexte régional, maghrébin et méditerranéen. Je suis pour une Tunisie fière optimiste, créative, le président qui va encourager les jeunes à développer leurs talents, à développer le digital et à bien les ancrer dans la mondialisation.</p>



<p><strong>Source: Le Point Afrique/Mis en ligne: Lhi-tshiess Makaya-exaucée</strong></p>
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