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	<title>Entretien &#8211; Tribune d&#039;Afrique</title>
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	<title>Entretien &#8211; Tribune d&#039;Afrique</title>
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		<title>Emmerson Mnangagwa : « Au Zimbabwe, le régime a changé ! Les discussions avec le gouvernement actuel doivent s’ouvrir »</title>
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				<pubDate>Tue, 05 Apr 2022 19:26:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
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				<description><![CDATA[Emmerson Mnangagwa, le président zimbabwéen, surnommé le « crocodile », pourrait bientôt être reconduit à la tête de son parti pour briguer un second mandat en 2023. C&#8217;est bardé de son incontournable écharpe aux couleurs nationales qu&#8217;il revient, pour La Tribune Afrique, sur les impacts économiques de la guerre en Ukraine et sur l&#8217;implication du Zimbabwe dans la...]]></description>
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<p> <strong>Emmerson Mnangagwa, le président zimbabwéen, surnommé le « crocodile », pourrait bientôt être reconduit à la tête de son parti pour briguer un second mandat en 2023. C&rsquo;est bardé de son incontournable écharpe aux couleurs nationales qu&rsquo;il revient, pour La Tribune Afrique, sur les impacts économiques de la guerre en Ukraine et sur l&rsquo;implication du Zimbabwe dans la lutte contre le terrorisme au Mozambique, sur fond de sanctions internationales.</strong></p>



<p><strong>La Tribune Afrique : Dans quelle mesure la guerre russo-ukrainienne se fait-elle déjà ressentir au Zimbabwe ?</strong></p>



<p><strong>Emmerson Mnangagwa, président du Zimbabwe</strong>&nbsp;: L&rsquo;envolée des prix du carburant impacte notre économie. Ce constat est le même pour tous les pays qui importent du pétrole. Les prix ont légèrement baissé ces derniers jours, mais nous ignorons s&rsquo;ils vont se stabiliser à ce niveau. Toujours est-il que cette tendance nous a permis de réduire les prix du carburant. Les impacts de cette crise se répercutent aussi au niveau de nos importations d&rsquo;engrais de Russie et du blé d&rsquo;Ukraine (&#8230;) Il y a peu, notre production céréalière ne nous permettait de couvrir que deux mois de notre consommation annuelle, mais grâce à notre programme de redistribution des terres associé à nos travaux d&rsquo;irrigation, le niveau de nos importations a significativement baissé. A ce jour, nous ne devons plus importer qu&rsquo;un mois de notre consommation annuelle. Nous œuvrons activement au renforcement de nos capacités de production afin d&rsquo;atteindre l&rsquo;autosuffisance alimentaire et nous pouvons d&rsquo;ores et déjà nous féliciter des bons résultats qui découlent directement des réformes engagées.</p>



<p><strong>De quelles façons les sanctions internationales à l&rsquo;encontre du Zimbabwe impactent-elles le développement national&nbsp;?</strong></p>



<p>Nous faisons l&rsquo;objet de sanctions depuis plus de deux décennies. Elles ont limité notre commerce avec la communauté internationale et entraîné une crise profonde qui ne nous a pas permis de rembourser notre dette, ni d&rsquo;être en mesure de répondre à nos besoins alimentaires. Au Zimbabwe, le régime a changé&nbsp;! Les discussions avec le gouvernement actuel doivent s&rsquo;ouvrir. Nous avons commencé à rembourser une petite partie de notre dette auprès de la Banque mondiale depuis l&rsquo;année dernière. La situation progresse. Nous avons récemment participé au Sommet Union africaine (UA)-Union européenne (UE) à Bruxelles et nous entretenons de bonnes relations avec la France, l&rsquo;Allemagne, le Portugal, la Belgique, l&rsquo;Italie, l&rsquo;Espagne et nombre de pays européens. (&#8230;) Aujourd&rsquo;hui, notre objectif principal repose sur le renforcement de notre compétitivité sur le marché international. Nous voulons attirer les investisseurs et pour ce faire, nous nous attelons à créer les conditions favorables pour un environnement des affaires attractif.</p>



<p><strong>Les relations bilatérales entre la Russie et le Zimbabwe expliquent-elles votre abstention aux Nations unies pour condamner l&rsquo;invasion russe en Ukraine ?</strong></p>



<p>Il est vrai que nous collaborons aux niveaux politique et économique avec la Fédération de Russie, cependant notre décision n&rsquo;est pas motivée par des considérations de nature économique. Notre abstention le 23 mars dernier aux Nations Unies, se justifie avant tout, par le fait que nous estimons que le dialogue reste la meilleure solution pour arriver à un règlement du conflit entre les deux pays.</p>



<p><strong>Vous avez décidé de vous impliquer dans la lutte contre le terrorisme à Cabo Delgado, au Mozambique. Une levée des sanctions permettrait-elle une plus grande implication du Zimbabwe dans la région&nbsp;?</strong></p>



<p>Le Zimbabwe est un membre de la Communauté de développement de l&rsquo;Afrique australe (SADC) et c&rsquo;est dans ce cadre que nous soutenons nos frères et sœurs du Mozambique dans leur lutte contre le terrorisme à Cabo Delgado. De plus, nous ne pouvons pas attendre que les insurgés arrivent chez nous. Au niveau régional, notre pays dispose d&rsquo;une grande expérience et d&rsquo;une connaissance du terrain qui lui permettent de faire face aux insurgés, mais nos capacités d&rsquo;intervention sont limitées par les sanctions et par l&#8217;embargo sur les armes dont nous faisons l&rsquo;objet (&#8230;) Lorsque les forces d&rsquo;intervention de la SADC seront parties, il faudra bien que le Mozambique garantisse sa sécurité et sécurise ses frontières, c&rsquo;est la raison pour laquelle nous l&rsquo;assistons en matière de renforcement de ses capacités. Nous avons déjà formé un bataillon qui est actuellement déployé dans la région de Cabo Delgado, en mobilisant 304 de nos instructeurs. Toutefois, nous ne sommes pas en mesure d&rsquo;apporter une assistance supplémentaire, car nous n&rsquo;en avons pas les capacités techniques. A l&rsquo;heure actuelle, nous sommes donc dans l&rsquo;incapacité de jouer pleinement notre rôle dans la lutte contre le terrorisme régional en raison des sanctions internationales.</p>



<p><strong>Au regard de la menace sécuritaire au Mozambique, une intervention multinationale sur le terrain impliquant des acteurs occidentaux&nbsp;est-elle envisageable ?</strong></p>



<p>Je pense que les Etats-Unis tout comme l&rsquo;EU ne souhaitent pas intervenir militairement sur le terrain. Il y a bien sûr des intérêts commerciaux considérables dans la région de Cabo Delgado. C&rsquo;est notamment le cas de la France qui y développe un projet à plusieurs milliards de dollars (le projet de construction d&rsquo;une usine de GNL par TotalEnergies pour un coût de 20 milliards de dollars, ndlr). Néanmoins, il me semble plus indiqué pour les Etats-Unis ou pour l&rsquo;UE de supporter le Mozambique en participant au renforcement de ses capacités, mais aussi à celles du Zimbabwe, de la Zambie ou du Malawi qui disposent d&rsquo;une grande connaissance du terrain et des cultures locales, afin de stopper l&rsquo;expansion de la menace djihadiste. Nous devons régler ce problème par nous-mêmes, mais s&rsquo;ils veulent vraiment s&rsquo;engager contre ces islamistes alors ils sont les bienvenus&#8230;</p>



<p><strong>Ces deux dernières années, le nombre de mosquées au Zimbabwe a augmenté de façon exponentielle, passant de 46 à 400. Quel est le risque d&rsquo;une radicalisation islamique sur le territoire zimbabwéen&nbsp;?</strong></p>



<p>Nous disposons d&rsquo;une constitution démocratique qui garantit la liberté religieuse. Elle s&rsquo;applique à toutes les religions. J&rsquo;ai personnellement rencontré les chefs religieux musulmans du Zimbabwe et ils ont tous unanimement condamné les attaques des insurgés. Il ne faut pas oublier que les djihadistes tuent et décapitent aussi les musulmans modérés qui sont très affectés par ce qu&rsquo;il se passe au Mozambique (&#8230;) Il est un fait que le nombre de mosquées au Zimbabwe a récemment augmenté et nous y sommes attentifs, car nous voulons nous assurer qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas derrière ce phénomène, un agenda caché. Pour l&rsquo;instant nous n&rsquo;avons pas eu vent d&rsquo;une quelconque menace sur notre territoire.</p>



<p><strong>Quel regard portez-vous sur l&rsquo;implication des soldats rwandais au Mozambique&nbsp;?</strong></p>



<p>Chaque pays a le droit d&rsquo;entretenir les relations bilatérales qu&rsquo;il souhaite avec un pays ami. La présence militaire du Rwanda a fait suite aux attaques de Cabo Delgado autour des sites industriels et la mission du Rwanda au Mozambique est de lutter contre les insurgés. Pour conduire leur mission à bien, les soldats rwandais devront se fondre dans la population locale.</p>



<p><strong>Comment interprétez-vous les résultats&nbsp;</strong><strong>des élections partielles qui se sont déroulées il y a quelques jours&nbsp;?</strong></p>



<p>Le 26 mars dernier, les électeurs étaient appelés à voter pour élire 28 représentants à l&rsquo;Assemblée nationale, à la suite de plusieurs décès et d&rsquo;un changement de parti dans l&rsquo;opposition qui nécessitait la tenue d&rsquo;un nouveau scrutin, conformément à notre Constitution. Nous avons réussi à reprendre deux sièges à l&rsquo;opposition. Le jour même, se déroulaient des élections locales et nous sommes parvenus à maintenir nos positions. C&rsquo;est donc un résultat encourageant dans la perspective des élections générales qui se tiendront l&rsquo;année prochaine.</p>



<p><strong>Qu&rsquo;est-ce qui vous pousserait à briguer un second mandat à la présidentielle de 2023&nbsp;?</strong></p>



<p>Quand nous sommes devenus indépendants, il n&rsquo;y avait aucune limitation de mandats. Depuis 2018, la nouvelle Constitution autorise deux mandats présidentiels. Arrivant au terme de mon premier mandat, je pourrais donc légitimement en briguer un second. Le Zanu-PF se réunira cette année pour désigner son président. Si je suis investi par mon parti alors je serai automatiquement candidat à l&rsquo;élection présidentielle (&#8230;) Notre priorité portera alors sur la modernisation de notre agriculture, car le Zimbabwe est doté de terres fertiles qui sont mises à mal par le changement climatique. Il nous faudra également moderniser notre appareil de production, en particulier dans le secteur des mines. Nous mettrons aussi l&rsquo;accent sur l&rsquo;éducation, l&rsquo;innovation et les sciences afin que notre jeunesse puisse être compétitive dans le monde technologique de demain.</p>



<p><strong>Source: La Tribune Afrique/Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>Macky Sall : « Si l&#8217;Afrique n&#8217;est pas en sécurité, le monde ne sera pas en sécurité »</title>
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				<pubDate>Thu, 17 Feb 2022 18:33:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Macky Sall]]></category>
		<category><![CDATA[paix et sécurité]]></category>
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				<description><![CDATA[A Paris, le président français Emmanuel Macron réunit ce mercredi 16 février, plusieurs dirigeants africains et européens pour officialiser le positionnement des forces françaises et européennes dans le Sahel. L’annonce d&#8217;un retrait du Mali est attendue, après neuf ans d&#8217;intervention militaire contre les djihadistes. Un départ rendu inévitable par les mauvaises relations entre la France...]]></description>
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<p><strong>A Paris, le président français Emmanuel Macron réunit ce mercredi 16 février, plusieurs dirigeants africains et européens pour officialiser le positionnement des forces françaises et européennes dans le Sahel. L’annonce d&rsquo;un retrait du Mali est attendue, après neuf ans d&rsquo;intervention militaire contre les djihadistes. Un départ rendu inévitable par les mauvaises relations entre la France et les militaires putschistes au pouvoir à Bamako. Le Mali est frappé par les sanctions de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Des sanctions une nouvelle fois défendues par le président en exercice de l’Union africaine, le Sénégalais Macky Sall, qui était en visite en Allemagne et a accordé une interview à la Deutsche Welle.</strong></p>



<h2>DW&nbsp;:&nbsp;<em>Monsieur le président, merci d&rsquo;avoir accepté de nous parler. Félicitation pour la victoire du Sénégal à la CAN. Depuis quelques jours, vous êtes à la tête de l&rsquo;Union africaine. Vous allez devoir faire face à des crises comme celle au Tigré en Ethiopie, au Mali, en Guinée, au Burkina Faso et en Guinée-Bissau, mais aussi au Tchad. Comment comptez-vous vous y prendre en tant que président de l&rsquo;Union africaine ?</em></h2>



<p><strong>Macky Sall : </strong> Merci pour <a href="https://www.dw.com/fr/les-lions-de-la-teranga-r%C3%A8gnent-sur-lafrique/a-60690237">la victoire des Lions de la Téranga à la Coupe d&rsquo;Afrique des nations</a>. C&rsquo;est une première pour le Sénégal malgré le talent des joueurs sénégalais depuis toujours. Mais bon, cette fois-ci a été la bonne. J&rsquo;espère que nous allons maintenant garder ce tempo.</p>



<p>En ce qui concerne l&rsquo;Afrique, c&rsquo;est vrai que le tableau peut paraître sombre, mais ce qu&rsquo;on oublie souvent c&rsquo;est que l&rsquo;Afrique est un vaste continent avec 54 pays où nous avons plus d&rsquo;un milliard 300 millions d&rsquo;Africains qui, déjà, vivent sur le continent au quotidien. Et on oublie souvent de parler de choses positives sur notre continent.</p>



<p>La démocratie paradoxalement se consolide, même si nous avons effectivement des crises çà et là, des crises internes aussi, mais surtout des interruptions de processus démocratiques avec des coups d&rsquo;Etat, en particulier en Afrique de l&rsquo;Ouest.</p>



<p>Car ce sont des accidents de parcours qui peuvent arriver. Mais on ne peut pas résumer l&rsquo;activité en Afrique simplement sur ces crises, il y en a partout. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;Ukraine et la Russie occupent l&rsquo;actualité en Europe et dans le monde, donc il y a des crises partout. Alors, je voudrais dire simplement que nous avons, il est vrai, beaucoup de défis en Afrique sur la question d&rsquo;abord de la sécurité. La question de la lutte contre le terrorisme.</p>



<p>Parce que lorsque le terrorisme a été vaincu en Syrie, en Libye, eh bien, il s&rsquo;est déporté en Afrique qui est en train de devenir le ventre mou du terrorisme international, le ventre mou dans la lutte contre le terrorisme. Et justement parce que, paradoxalement, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;est agi de l&rsquo;Afghanistan, on a pu bâtir une coalition mondiale avec plus de 100.000 soldats mobilisés.</p>



<p>Quand c&rsquo;est l&rsquo;Afrique, le Sahel, ça fait dix ans, douze ans que nous plaidons auprès du Conseil de sécurité pour qu&rsquo;il y ait une prise en charge plus forte, qu&rsquo;il y ait une mission avec un mandat plus robuste.</p>



<p>On n&rsquo;arrive pas à le mobiliser. Nous avons des difficultés également pour financer les opérations d&rsquo;imposition de la paix et de maintien de la paix sur le continent. Ce sont les défis sur lesquels nous travaillons avec tous nos partenaires.</p>



<p>Au premier chef, le Conseil de sécurité des Nations unies qui a la responsabilité d&rsquo;assurer la paix et la sécurité dans le monde mais également les pays partenaires, pour que véritablement qu&rsquo;on ne se fasse pas d&rsquo;illusions si l&rsquo;Afrique n&rsquo;est pas en paix et en sécurité, le monde ne sera pas en paix et en sécurité. Donc la paix et la sécurité de l&rsquo;Afrique impactent la paix du monde. D&rsquo;abord celle de l&rsquo;Europe, à cause de la proximité, celle de l&rsquo;Amérique et celle de l&rsquo;Asie. L&rsquo;Afrique fait partie du monde.</p>



<h2><em>DW&nbsp;: Alors, parmi les cinq pays que j&rsquo;ai cités tout à l&rsquo;heure, monsieur le président, trois sont frontaliers du Sénégal&nbsp;: la Guinée, le Mali, mais aussi la Guinée-Bissau qui a connu une tentative de coup de force militaire. Quel impact ou dans quelle mesure l&rsquo;instabilité politique dans ces pays impacte le Sénégal ?</em></h2>



<p><strong>Macky Sall&nbsp;:&nbsp;</strong>Oui, vous avez raison. Nous avons en voisinage le Mali, nous avons la Guinée. Nous avons également la Guinée-Bissau. Nous avons la Gambie, qui est quasiment à l&rsquo;intérieur du Sénégal.</p>



<p>Le Sénégal a toujours de voisinage avec des crises politiques. Mais cela n&rsquo;a jamais porté atteinte à la stabilité du Sénégal, puisque le Sénégal a très tôt fait le pari de travailler selon un modèle républicain démocratique. Ça ne date pas de maintenant. Ça vient de très loin. Très tôt, dès 1914 déjà, il y a eu des élections pluralistes où, pour la première fois, un Sénégalais de souche a battu des Sénégalais d&#8217;emprunt, donc de mulâtres ou des citoyens français et citoyen de Saint-Louis, dans de rudes compétitions.</p>



<p>De plus, cette bataille électorale s&rsquo;est ancrée au Sénégal, par exemple, vous avez le ressort social des chefs religieux qui, lorsqu&rsquo;il y a une crise majeure, peuvent intervenir socialement et parler aux uns et aux autres. Vous avez par exemple le sport. Vous avez vu comment il a réunifié la nation sénégalaise. Moi déjà j&rsquo;ai fait un appel à l&rsquo;opposition, à tout le monde, toutes les forces vives, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une fête nationale, d&rsquo;une victoire nationale&nbsp;d&rsquo;une équipe.</p>



<p>Donc, ce n&rsquo;est pas une seule partie, fut-elle de la majorité qui doit profiter en laissant l&rsquo;autre partie du peuple. Donc, nous avons une certaine conscience de l&rsquo;unité nationale et une certaine conception de la nation sénégalaise. C&rsquo;est à dire cette commune&nbsp;volonté de vivre ensemble. Le pays est au-dessus de nous tous, et ça, on en a une claire conscience. Nous avons aussi une armée républicaine qui a compris que sa mission, c&rsquo;est la défense du territoire.</p>



<p>Sa mission se doit au service de l&rsquo;autorité politique et ça, l&rsquo;armée sénégalaise le sait très bien. Et on a d&rsquo;éminents soldats, d&rsquo;éminents généraux qui ont fait leurs missions dans ce cadre et pas dans un autre cadre. Mais je ne fais pas de critiques aux autres. Je dis seulement ce qui a aidé le Sénégal à ne pas connaître ces crises. Maintenant, devant les nouvelles crises qui sont là, nous nous sommes là pour aider à apporter des solutions. Le Mali, ce qui se passe me fait mal, ça me fait mal.</p>



<figure class="wp-block-image"><a href="https://www.dw.com/fr/macky-sall-si-lafrique-nest-pas-en-s%C3%A9curit%C3%A9-le-monde-ne-sera-pas-en-s%C3%A9curit%C3%A9/a-60806327#"><img src="https://static.dw.com/image/60133333_401.jpg" alt="L'Afrique est confronté à plusieurs défis notamment sécuritaires."/></a><figcaption> L&rsquo;Afrique est confronté à plusieurs défis notamment sécuritaires. </figcaption></figure>



<h2><em>DW&nbsp;: Justement, au sujet du Mali, monsieur le président, si le Sénégal est politiquement très stable, on peut dire que sur le plan économique, la crise dans les pays voisins du Sénégal peut avoir&nbsp; un impact négatif sur l&rsquo;économie sénégalaise.</em></h2>



<p><strong>Macky Sall&nbsp;:</strong>&nbsp;Il est indéniable que&nbsp;<a href="https://www.dw.com/fr/les-sanctions-de-la-c%C3%A9d%C3%A9ao-contre-le-mali-narrangent-pas-le-s%C3%A9n%C3%A9gal/a-60490290">la crise malienne impacte négativement notre économie</a>&nbsp;puisque pour l&rsquo;essentiel, près de 60% des importations maliennes passent par le port de Dakar. Donc vous voyez le trafic qu&rsquo;il y a avait? Par jour, on avait plus de 1.000 à 1.500 camions.</p>



<p>Donc, si ces trafics s&rsquo;arrêtent, cela a évidemment une incidence. Justement, nous, nous l&rsquo;avons dit, nous sommes solidaires des décisions de la Cédéao, mais nous sommes solidaires également des souffrances du peuple malien.</p>



<p>C&rsquo;est pourquoi nous disons qu&rsquo;il faut mettre tout le monde ensemble, travailler avec les autorités de la transition pour que nous venions à l&rsquo;essentiel. L&rsquo;essentiel, c&rsquo;est de s&rsquo;accorder sur un chemin raisonnable de transition qui permette au Mali de revenir dans le concert des nations, de revenir avec des autorités politiques élues, parce que c&rsquo;est ça la règle.</p>



<h2><em>DW&nbsp;: Et justement, la Cédéao et l&rsquo;Union africaine sont sévèrement critiquées par les populations africaines, mais aussi par les intellectuels africains qui reprochent assez à ces institutions et à ces organisations de ne pas agir en amont, c&rsquo;est à dire en prévenant les conflits. Est ce qu&rsquo;il ne faudrait pas peut être revoir les sanctions contre le Mali aujourd&rsquo;hui&nbsp;?</em></h2>



<p><strong>Macky Sall :</strong>&nbsp;Non&nbsp;! Vous savez, chacun doit agir selon ses responsabilités. La société civile, les populations, elles sont dans leur rôle, n&rsquo;est-ce pas ? Les Etats sont dans leur rôle. Maintenant, la Cédéao c&rsquo;est l&rsquo;Organisation des Etats de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, ce sont les Etats qui ont harmonisé et qui ont partagé un destin commun en voyant déjà tous ces problèmes qui existaient avant. Les coups d&rsquo;Etat existaient avant. C&rsquo;est pour apporter des solutions à ces crises et à ces interruptions du pouvoir politique&nbsp;légitimement acquis que nous avons eu une charte pour la gouvernance démocratique qui bannit les coups d&rsquo;Etat et qui exige, qui fixe des règles lorsqu&rsquo;on enfreint un processus démocratique acquis.</p>



<p>Regardez le cas du Burkina Faso, le président a été réélu, il n&rsquo;y a pas eu de contestation, son opposition était à la cérémonie d&rsquo;investiture. Moins d&rsquo;une année après, il a été mis hors état d&rsquo;exercer. Et vous dites à la Cédéao de ne rien faire&nbsp;? Quand elle prend les textes qui sont prévus justement dans ce cadre, on dit&nbsp;: c&rsquo;est une réunion des chefs d&rsquo;Etat, c&rsquo;est un syndicat des chefs d&rsquo;Etat. Ce n&rsquo;est pas un syndicat.</p>



<figure class="wp-block-image"><a href="https://www.dw.com/fr/macky-sall-si-lafrique-nest-pas-en-s%C3%A9curit%C3%A9-le-monde-ne-sera-pas-en-s%C3%A9curit%C3%A9/a-60806327#"><img src="https://static.dw.com/image/60564611_401.jpg" alt="Manifestation contre la Cédéao au Mali."/></a><figcaption> Manifestation contre la Cédéao au Mali. </figcaption></figure>



<p>Non, la Cédéao a beaucoup fait dans la lutte contre le terrorisme, la solidarité entre les Etats, l&rsquo;accompagnement des forces de défense et de sécurité dans notre espace. L&rsquo;intégration pour une Cédéao des peuples. La libre circulation des personnes et des biens, tout ça, ce sont des sujets sur lesquels la Cédéao travaille au quotidien. Lorsqu&rsquo;il y a crise, nous avons accompagné, le Mali a été accompagné et je vous rappelle qu&rsquo;on est au 18e mois en ce mois de février. Les sanctions ne durent que depuis un mois. Pendant 17 mois, la Cédéao a accepté les propositions des autorités de transition. Donc on ne peut pas faire ce procès à la Cédéao.</p>



<p>Je crois que le débat n&rsquo;est pas là, le débat, c&rsquo;est d&rsquo;amener les deux pôles&nbsp;; les autorités de la Cédéao et les autorités du Mali à travailler sur un schéma qui permette au Mali de s&rsquo;en sortir parce que le peuple malien ne mérite pas cette souffrance.</p>



<p>Cela nous fait de la peine, mais je crois qu&rsquo;il y a des derniers signaux qui sont à noter avec les autorités. J&rsquo;ai bon espoir que dans les prochains mois, le dialogue sera repris et que nous pourrons sortir de ce problème.</p>



<h2><em>DW&nbsp;: Quel dialogue avec la Cédéao et l&rsquo;Union africaine, quand on sait que la Cédéao n&rsquo;est pas en bons termes avec les autorités de transition au Mali&nbsp;?</em></h2>



<p><strong>Macky Sall :</strong>&nbsp;Je ne crois pas que la Cédéao n&rsquo;est pas en bons termes avec le Mali. Vous n&rsquo;avez jamais entendu un chef d&rsquo;Etat de la Cédéao dire du mal des autorités de la transition, je n&rsquo;ai pas entendu cela. Il ne faut pas qu&rsquo;on mélange es problèmes. Il y a une contradiction, il y a un différend de perception, mais on ne peut pas dire qu&rsquo;il y a des difficultés entre les autorités et nous-même. Hier j&rsquo;ai pris moi-même l&rsquo;initiative d&rsquo;appeler le président Goita avant de venir en Allemagne, donc on n&rsquo;a pas de problème avec les autorités. Il faut simplement qu&rsquo;il y ait un menu autour du programme de transition et des élections. C&rsquo;est ça le problème, ce n&rsquo;est pas autre chose.</p>



<h2><em>DW&nbsp;: Mais on considère les sanctions de la Cédéao comme dures parce que les prix des denrées de première nécessité augmentent.</em></h2>



<p><strong>Macky Sall :&nbsp;</strong>Là aussi, il y a beaucoup de confusion. Le texte qui sanctionne a bien précisé que les denrées de première nécessité ne sont pas concernées&nbsp;par ces sanctions, les produits pharmaceutiques, les produits médicaux, les produits énergétiques ne sont pas sous le régime de sanctions, et ça c&rsquo;est clair.</p>



<h2><em>DW&nbsp;: Comment entrevoyez-vous la présence sur le terrain africain des groupes de sécurité privés comme le groupe russe Wagner ? Et comment vous allez faire avec vos homologues africains pour juguler la sécurité dans le Sahel qui est menacée et qui devient le terrain privilégié pour des sociétés de sécurité privées comme le groupe russe Wagner ?</em></h2>



<p><strong>Macky Sall :&nbsp;</strong>Vous savez, nous vivons aujourd&rsquo;hui en Afrique aussi la rivalité entre puissances sur le continent et j&rsquo;ai toujours dit en ce qui nous concerne, que pour le moment, l&rsquo;enjeu stratégique, c&rsquo;est la lutte contre le terrorisme.</p>



<p>Et pour nous, la lutte contre le terrorisme, elle a un cadre. D&rsquo;abord les Nations unies, avec les missions des Nations unies. C&rsquo;était aussi la coopération avec la France, parce qu&rsquo;il ne faut quand même pas oublier que la France a été appelée par le Mali, les autorités du Mali.</p>



<figure class="wp-block-image"><a href="https://www.dw.com/fr/macky-sall-si-lafrique-nest-pas-en-s%C3%A9curit%C3%A9-le-monde-ne-sera-pas-en-s%C3%A9curit%C3%A9/a-60806327#"><img src="https://static.dw.com/image/60678607_401.jpg" alt="Les autorités de la transition au Mali doivent gérer les conséquences négatives des sanctions de la Cédéao."/></a><figcaption> Les autorités de la transition au Mali doivent gérer les conséquences négatives des sanctions de la Cédéao. </figcaption></figure>



<p>Elle a apporté son rôle dans la lutte contre le terrorisme au Mali à travers différentes opérations Serval, Barkhane, puis la force Takuba européenne. Tout ça pour lutter contre le terrorisme. L&rsquo;Afrique à travers les Etats d&rsquo;abord, un pays comme le Nigeria, ça fait douze ans qu&rsquo;il se bat contre Boko Haram. Le Tchad a payé&nbsp;un lourd tribut. Donc, les pays africains se battent au quotidien contre le terrorisme et il y a différents cadres. Il y a le G5, c&rsquo;est une force conjointe qui réunit cinq pays du Sahel.</p>



<p>Et il y a au niveau de l&rsquo;Afrique australe, le Rwanda avec les pays de la Sadec qui sont venus à la rescousse du Mozambique. Il y a des combats partout, en Somalie pour lutter contre les Shebabs, donc le continent se bat au quotidien.</p>



<p>Nous avons effectivement une présence, ce que les Maliens nous disent, c&rsquo;est qu&rsquo;ils ont une coopération avec la Russie sur le plan militaire, sur le plan de l&rsquo;encadrement. D&rsquo;autres disent que ce sont des milices privées. Eh bien, il ne m&rsquo;appartient pas à moi de donner un jugement là-dessus mais ça fait partie de la corbeille de problèmes que nous devons examiner et avec les autorités maliennes et de façon globale, sur la question des crises en Afrique qui n&rsquo;est pas une question simple.</p>



<p>D&rsquo;abord, la question libyenne, c&rsquo;est d&rsquo;autres puissances qui sont en Libye et qui font que trouver une solution est extrêmement difficile. C&rsquo;étaient d&rsquo;autres puissances qui sont venues détruire la Libye, donc le sujet n&rsquo;est pas simple, un sujet de géopolitique mondiale.</p>



<p>L&rsquo;Afrique n&rsquo;est pas un lieu isolé du monde. Donc, l&rsquo;Afrique subit des conséquences, des influences. Tout cela, bien sûr, nous devons pouvoir l&rsquo;examiner et voir progressivement des solutions.</p>



<h2><em>DW&nbsp;: Et ça va se faire avec le sommet Afrique-Union européenne à Bruxelles. Quel rôle doit jouer l&rsquo;Allemagne, monsieur le président, justement, dans ce dossier ? Dans ce jeu stratégique dans le Sahel, on sait que l&rsquo;Allemagne est aussi présente.</em></h2>



<p><strong>Macky Sall :&nbsp;</strong>Vous savez que l&rsquo;Allemagne est la première puissance économique de l&rsquo;Europe. Elle a forcément un rôle à jouer, un rôle de locomotive. Je sais qu&rsquo;elle a toujours travaillé dans le cadre du couple franco-allemand. Mais c&rsquo;est toute l&rsquo;Europe qui est aujourd&rsquo;hui engagée avec l&rsquo;Afrique sur un nouveau partenariat, un partenariat décomplexé. Mais un partenariat qui tient compte aussi, de nos problèmes et des solutions que nous proposons.</p>



<p>Nous ne sommes pas dans une époque où nous venons prendre de solutions, qu&rsquo;on nous donne comme ça et qu&rsquo;on va appliquer. Nous disons qu&rsquo;il faut coconstruire les réponses entre l&rsquo;Europe et l&rsquo;Afrique, l&rsquo;Europe a besoin de l&rsquo;Afrique et l&rsquo;Afrique a besoin de l&rsquo;Europe.</p>



<p>Un partenariat nouveau, c&rsquo;est ce que nous voulons bâtir.</p>



<p>Et Bruxelles sera un point de départ très important dans cette nouvelle perspective où chacun de nous a besoin de l&rsquo;autre mais dans le respect strict de nos identités. Et c&rsquo;est ce je dis et nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;injonction civilisationnelle à recevoir de l&rsquo;Europe mais nous sommes ouverts à ce partenariat et nous le voulons vraiment en toute bonne foi. Mais nous sommes différents. Il faut également que la partie européenne reconnaisse cette différence et essaye de travailler avec nous dans des solutions mutuellement bénéfiques.</p>



<p><strong>Source: Deutsche Welle Afrique/Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>La stratégie algérienne dans le conflit au Sahel</title>
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				<pubDate>Tue, 14 Sep 2021 21:33:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
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		<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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				<description><![CDATA[À l’heure où l’Algérie affirme son retour sur la scène régionale, comment s’implique-t-elle dans le conflit sahélien ? L’Algérie qui est la plus grande puissance de la région, notamment sur le plan militaire, envisage-t-elle une autre forme d’engagement face au terrorisme islamique qui embrase le Sahara et le Sahel au sud de son territoire ? Entretien avec le chercheur...]]></description>
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<p><strong>À l’heure où l’Algérie affirme son retour sur la scène régionale, comment s’implique-t-elle dans le conflit sahélien ? L’Algérie qui est la plus grande puissance de la région, notamment sur le plan militaire, envisage-t-elle une autre forme d’engagement face au terrorisme islamique qui embrase le Sahara et le Sahel au sud de son territoire ? Entretien avec le chercheur Djallil Lounnas.</strong></p>



<p>Djallil Lounnas&nbsp;est un chercheur algérien spécialiste de la mouvance jihadiste, professeur associé de relations internationales à l&rsquo;université al-Akhawayn, au Maroc. Il est l&rsquo;auteur de l&rsquo;ouvrage&nbsp;<em>Le jihad en Afrique du Nord et au Sahel</em>&nbsp;<em>: d’Aqmi&nbsp;à Daech</em>, aux éditions Les Presses de la Fondation pour la recherche stratégique/Harmattan.</p>



<p><strong>RFI&nbsp;: L’Algérie, qui s’est battue contre le terrorisme islamique sur son territoire, ne s’est pas engagée hors de ses frontières lorsque le terrorisme a migré dans le Sahara et le Sahel, dans les pays qui bordent sa frontière sud (Mauritanie, Mali, Niger).&nbsp;Djalill Lounas, comment analysez-vous ce qui a été, depuis le début de la guerre au Sahel, la position de l’Algérie face à ce conflit</strong>&nbsp;<strong>?</strong>&nbsp;</p>



<p><strong>Djalill Lounas&nbsp;:&nbsp;</strong>Dans les années 1990, le chef de l’état-major de l’armée algérienne,&nbsp;le général Mohamed Lamari et plus tard son successeur&nbsp;le général Ahmed Gaid Salah, estimaient que l’armée n’avait pas vocation à être déployée à l’étranger. Pour eux, l’armée algérienne devait défendre les frontières et lutter contre le terrorisme à l’intérieur de l’Algérie. C’est ce qui explique pourquoi, jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas eu de déploiement à l’étranger et pourquoi toutes les opérations menées par l’armée pour éliminer des groupes terroristes se sont toujours déroulées sur le sol algérien.&nbsp;</p>



<p>Les frontières entre le sud algérien et le Mali sont poreuses et sont habitées de part et d’autre par des populations touarègues&nbsp;qui circulent beaucoup dans la région et de fait, tout ce qui touche au Sahel affecte directement la sécurité nationale et la stabilité de l’Algérie.&nbsp;Dans les années 1990, l’Algérie a joué un rôle de médiation dans les crises qui opposaient les rébellions touarègues&nbsp;et les gouvernements du Mali et du Niger. Dans ce contexte, l’actuel chef du&nbsp;Groupe de soutien à l&rsquo;islam et aux musulmans (GSIM), affilié à al-Qaïda, Iyad Ag Ghali, qui n’était à l’époque qu’un des principaux chefs des rebelles touaregs, a participé avec d’autres à ces médiations avec les autorités de l’époque. Des liens se sont créés, d’autant que les positions d&rsquo;Iyad Ag Ghali rejoignaient souvent celles de l’Algérie, quitte à être parfois en porte-à-faux avec ses compagnons de rébellion. Il signe les premiers&nbsp;accords d’Alger censés mettre fin à la crise, intervient dans des affaires d’otages et plus récemment, en 2020, il montre qu’il est prêt à ouvrir un dialogue avec Bamako. C’est pourquoi les autorités algériennes ont longtemps pensé, et pensent encore, qu’il est possible d’ouvrir un dialogue avec lui.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>L’Algérie a toujours été un acteur majeur de la région et elle a toujours œuvré pour préserver l’intégrité du Mali, tout en comprenant qu’il y avait des revendications légitimes des populations touarègues, notamment du fait de la pauvreté, de l’exclusion sociale et économique. La position de l’Algérie a toujours été d’intégrer les Touaregs dans le tissu politique malien, tout en reconnaissant certaines de&nbsp;leurs demandes et en investissant dans des projets économiques et sociaux de développement dans le nord du Mali. Une approche qui a toujours visé à amener les Touaregs à renoncer à leurs revendications autonomistes ou indépendantiste&nbsp;pour maintenir l’unité nationale du Mali. C’est un point très important pour l’Algérie, car elle a toujours craint que ce type de revendication autonomiste ne se développe aussi sur son territoire, notamment parmi ses populations du sud. L’Algérie a cherché à intégrer ses populations touarègues et l’a a fait avec succès, et c’est cette stratégie qu’elle a proposé au Mali.</p>



<figure class="wp-block-image"><img src="https://s.rfi.fr/media/display/9ff9febc-0f8c-11ea-9f0f-005056a99247/000_Par7625691_0.webp" alt="Dans la région de Kidal, des Touaregs brandissant le drapeau de l'Azawad, le 28 juillet 2013."/><figcaption>Dans la région de Kidal, des Touaregs brandissant le drapeau de l&rsquo;Azawad, le 28 juillet 2013.&nbsp;AFP PHOTO/KENZO TRIBOUILLARD</figcaption></figure>



<p><strong>Mais depuis la dernière rébellion touarègue&nbsp;qui revendiquait l’autonomie de l’Azawad, la situation a totalement changé sur le terrain, avec le développement des organisations jihadistes et de la guerre qui a aujourd’hui embrasé l’ensemble du Sahel.</strong></p>



<p>Effectivement. Vous avez d’abord les problèmes structurels qui ont amené les crises touarègues&nbsp;qui ont perduré. Les accords de 1991, de 2006 et de 2009, qui ont été passés avec les Touaregs, n’ont jamais été réellement appliqués. Et dans les années 2000,&nbsp;le problème terroriste est venu se superposer. Zone de passage pour les groupes terroristes dans les années 1990, le Sahel s’est transformé à partir de 2003&nbsp;en zone de déploiement permanent pour le GSPC (le Groupe salafiste pour la prédication et le combat). La faiblesse des États sahéliens, l’existence de trafics en tous&nbsp;genres et le fait que l’armée algérienne empêche tout retour des combattant du GSPC en Algérie, en fermant les frontières, va amener le GSPC à rester au Sahel et à s’insérer.&nbsp;Cela attire al-Qaïda et Ben Laden, qui sont alors à la recherche de nouveaux fronts et de nouveaux partenaires, et cela facilitera l’adhésion du GSPC à al-Qaïda sous le nom d’Aqmi&nbsp;(al-Qaïda au Maghreb islamique).&nbsp;</p>



<p>Iyad Ag Ghali, qui était un interlocuteur crédible pour Alger, qui avait joué un rôle de médiateur dans les années 2000 pour obtenir la libération d’otages, qui avait même été nommé à l’issue d’une nouvelle rébellion en 2006 conseiller du président puis consul à l’ambassade du Mali en Arabie saoudite avec le soutien d’Alger, va alors se radicaliser, et&nbsp;cela, Alger ne l’avait pas prévu. À&nbsp;l’occasion de son séjour en 2006 et 2007 en Arabie saoudite, il se convertit au wahhabisme.&nbsp;De retour au Mali, Iyad Ag Ghali, qui bénéficie d’un grand prestige parmi les Touaregs, s’affirme comme un islamiste radical. Il se détache des rébellions et s’engage dans un autre combat pour l&rsquo;islam. Il crée&nbsp;Ansar Dine au début 2012, monte en puissance et devient un élément très important dans la stratégie d’Aqmi, avec qui il s’allie. D’autant qu’il entretient depuis les années 2000 de très bonnes relations avec les chefs d’Aqmi, Belmokhtar et Abou Zeid, qui cherchent à cultiver des relations avec les populations touarègues, pour pouvoir se maintenir sur place. Iyad va y contribuer et en remerciement un membre de sa famille, Abdelkrim al-Targui&nbsp;est nommé chef d’une katiba (une unité combattante) d’Aqmi, un fait unique à l’époque pour un chef touareg.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image"><img src="https://s.rfi.fr/media/display/e2d88d80-1184-11ea-bdfe-005056bf7c53/w:1024/p:16x9/MALI-Par7261976_0.webp" alt="Iyad ag Ghali, le chef du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM)"/><figcaption>Iyad ag Ghali, le chef du Groupe de soutien à l&rsquo;islam et aux musulmans (GSIM)&nbsp;AFP PHOTO / ROMARIC OLLO HIEN</figcaption></figure>



<p><strong>Face à cette évolution, quelle est la stratégie algérienne</strong>&nbsp;<strong>?</strong></p>



<p>L’Algérie va alors essayer d’appliquer à la question malienne la stratégie de réconciliation qu’elle a déjà utilisée sur le plan national, quand elle a combattu le terrorisme sur son sol, ce qu’elle appelle «&nbsp;la solution politique&nbsp;».</p>



<p>Pour les autorités algériennes, le terrorisme se nourrit d’abord du soutien des populations et ensuite des finances. Donc pour elles, la priorité est de séparer la population du groupe terroriste. De plus, l’Algérie pense qu’il est possible de dialoguer avec des brigades et même avec des individus, pour les convaincre de se rendre et de renoncer à la violence, en échange d’une amnistie et de mesures favorisant leur réinsertion sociale.&nbsp;C’est ce qu’elle a fait et l’Algérie estime&nbsp;que c’est comme ça qu’elle a réussi. Entre 1999 et 2015, environ 15&nbsp;000 terroristes ont bénéficié de ces mesures, le recrutement s’est tari et la violence terroriste a quasiment cessé. Cette stratégie a débouché sur un cessez-le-feu avec l’Armée islamique du salut (AIS) en 1997, sur la destruction du GIA en 2004 et la quasi-disparition d’Aqmi&nbsp;en Algérie.</p>



<p>Donc pour Alger,&nbsp;au Sahel, il faut distinguer les groupes jihadistes des groupes touaregs. Les groupes comme Aqmi, al-Mourabitoune, Mujao, JNIM sont des groupes terroristes à vocation transnationale, qu’il faut séparer des groupes touaregs à visée locale. Pour cela, Alger préconise d’abord de séparer les groupes jihadistes des populations locales.&nbsp;Et ensuite d’engager une lutte anti-terroriste avec le soutien des populations locales contre les jihadistes. Tout en laissant&nbsp;la porte ouverte pour ceux qui veulent se rendre.&nbsp;Les autres restant totalement isolés sont alors éliminés ou contraints de se rendre.&nbsp;</p>



<p>Alger pense que l’échec des rébellions et la non mise en place des accords dans les années 1990-2000 ont été des catalyseurs de radicalisation. Aussi pour Alger, un dialogue avec le Groupe de soutien à l&rsquo;islam et aux musulmans (JNIM) est possible et souhaitable, ce qui n’est pas le cas pour l&rsquo;État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Cette «&nbsp;solution politique&nbsp;» est un dialogue inclusif avec tous les acteurs pour un accord politique. Au niveau des demandes territoriales, cette approche propose plutôt&nbsp;une régionalisation, un système fédéral,&nbsp;avec une véritable politique d’intégration sociale des Touaregs, mais pas&nbsp;une indépendance.</p>



<p>Cependant, le processus de réconciliation nationale engagé à la fin des années 1990 en Algérie, et dont est dérivée cette approche, s’est fait dans un contexte de victoire militaire sur les groupes armés et de rejet large et massif des Algériens pour les groupes terroristes. C’est cela qui a permis l’application de cette stratégie. Au Sahel, les conditions sont différentes, les groupes jihadistes sont en position de force et l’État est en situation de déliquescence, de plus les zones rurales qui constituent l’essentiel du Sahel sont totalement hors du contrôle de l’État.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>



<p><strong>L’Algérie est-elle parvenue à appliquer cette approche&nbsp;au Sahel&nbsp;?&nbsp;&nbsp;&nbsp;</strong></p>



<p>L’Algérie a été confrontée à plusieurs problèmes dans la mise en place de sa méthode au Sahel. Il y a eu d’abord les accords d’Alger de 2012, qui n’ont pas fonctionné. Iyad Ag ghali qui avait signé un accord en décembre, le rejette deux semaines plus tard, en janvier 2013, pour des raisons qui ne sont pas très claires, et a attaqué avec le Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) les troupes maliennes. Alger est pris&nbsp;de court et considère que Iyad les a doublés.</p>



<p>En avril 2013, le président Bouteflika est victime d’un AVC. Or, en Algérie&nbsp;à cette époque, la diplomatie est l’affaire du président. Cependant, après une période de flottement, les autorités algériennes décident de réagir et rappellent un grand connaisseur du Sahel,&nbsp;Ramtane Lamamra, qui est à l’époque le&nbsp;commissaire pour la paix et la sécurité de l&rsquo;Union africaine, et le nomment ministre des Affaires étrangères avec pour mission de regagner le terrain perdu par l’Algérie dans les négociations au Sahel, ce qu’il fait.</p>



<figure class="wp-block-image"><img src="https://s.rfi.fr/media/display/192d88ac-0500-11ec-b83a-005056bfb2b6/000_9LL4AA.webp" alt="Le ministre des Affaires étrangères algérien Ramtane Lamamra lors de sa conférence de presse à Alger le 24 août 2021."/><figcaption>Le ministre des Affaires étrangères algérien Ramtane Lamamra lors de sa conférence de presse à Alger le 24 août 2021.&nbsp;AFP &#8211; &#8211;</figcaption></figure>



<p>Pendant les deux ans qui vont suivre, alors que le président est malade et que le pays est affaibli, l’Algérie va reprendre ses médiations au Sahel et en parallèle, elle va renforcer de manière considérable la fermeture de ses frontières en déployant 80&nbsp;000 hommes aux frontières libyenne et sahélienne. Le but étant d’interdire tout retour de jihadistes en Algérie, d’autant qu’il y a eu la&nbsp;<a href="https://www.rfi.fr/fr/afrique/20140115-algerie-in-amenas-mokhtar-belmokhtar-otages-al-qaida-terrorisme-aqmi-mali"><strong>prise d’otages d’In Amenas en 2013</strong></a>.&nbsp;Ce renouveau d’activité débouche sur les accords d’Alger de 2015, qui sont, bien qu’imparfaits,&nbsp;les accords les plus aboutis à ce jour, où toutes les parties renoncent à accéder à l’indépendance, prévoyant l’intégration des rebelles touaregs dans l’armée et des enquêtes sur tous les massacres et les crimes commis de part et d’autre. Les accords sont signés par toutes les parties, même si certaines ont signé sous pression. Mais en 2015,&nbsp;le Mali est extrêmement affaibli. Les jihadistes de retour sont très offensifs. Les accords ne sont pas mis en place et l’Algérie plonge dans une très grave crise économique et politique interne, qui se traduit par un retrait de l’Algérie de la scène régionale et internationale pendant plusieurs années.&nbsp;&nbsp;</p>



<p><strong>Avec le président Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie est-elle de retour au Sahel</strong>&nbsp;<strong>?&nbsp;</strong>&nbsp;&nbsp;</p>



<p>À partir de janvier 2020, le président Abdelmadjid Tebboune, qui veut surtout s’inscrire en porte-à-faux par rapport à son prédécesseur, s’active pour faire revenir l’Algérie sur la scène internationale, à commencer par son environnement immédiat au Sahel et en Libye. Sur le Sahel,&nbsp;l’Algérie redevient très active pour obtenir la mise en application des accords d’Alger. Il y a des réunions de travail avec différents acteurs comme à Kidal pour mettre en place des institutions transitoires, ou plus récemment avec la visite du ministre des Affaires étrangères, Ramtame Lamamra, au Mali. On observe aussi un fort rapprochement de l’Algérie avec le Niger, qui va abriter à Niamey le siège de Takouba (le nouveau dispositif militaire qui prend la relève de Barkhane).</p>



<p>En décembre 2020, le président Tebboune modifie la Constitution. Alors que l’Algérie s’interdisait toute intervention militaire extérieure, le président intègre deux nouveaux articles dans la Constitution&nbsp;: l’article 91 et l’article 31. L’article 91 dit en substance&nbsp;: «&nbsp;<em>Le président de la République après accord des deux chambres&nbsp;peut déployer l’armée à l’étranger</em>&nbsp;», et l’article 31 dit que l’armée peut participer dans le cadre de mission de la paix, à des opérations de l’ONU, de la Ligue arabe et de l’Union africaine. Un changement qui va susciter beaucoup d’interrogations à l’extérieur et beaucoup de spéculations sur une possible intervention de l’armée algérienne.&nbsp;</p>



<p>Cependant, en mars 2021, le président affirme que l’armée ne va pas intervenir. Il dit alors dans une communication&nbsp;: «&nbsp;<em>Je n’ai pas envie d’envoyer les enfants du peuple se faire tuer pour les autres</em>&nbsp;», et dans une référence à l’Occident, il laisse entendre&nbsp;: «<em>&nbsp;Nous n’irons pas remplacer les Français au Sahel.</em>&nbsp;»</p>



<p>En juin, le ton change. Le président Tebboune fait une nouvelle communication à l’occasion d’une interview du journal&nbsp;<em>Le&nbsp;Point</em>&nbsp;dans laquelle il déclare que «&nbsp;<em>l’Algérie ne laissera pas le Mali devenir un sanctuaire pour les jihadistes</em>&nbsp;», et précise&nbsp;: «&nbsp;<em>Nous pensons que la résolution du conflit ne peut se faire que dans le cadre des accords d’Alger</em>&nbsp;», confirmant l’option de la solution politique. Toutefois, à la question&nbsp;: «&nbsp;<em>L’Algérie va-t-elle intervenir militairement</em>&nbsp;<em>?</em>&nbsp;», le président répond&nbsp;: «&nbsp;<em>On n’en est pas encore là pour l’instant.</em>&nbsp;»&nbsp;Donc l’Algérie ne compte pas intervenir militairement mais ne l’exclut pas si la situation l’exigeait.</p>



<p>Alger reste extrêmement prudent sur l’option militaire. L’Algérie a toute la puissance et les moyens de projection mais sa principale crainte, c’est un enlisement. Elle se contente pour l’instant de renforcer sa présence aux frontières. Alger a réactivé récemment son initiative de 2009 pour la création d’un comité d’état-major opérationnel conjoint avec le Niger, la Mauritanie et le Mali, basé à Tamanrasset. Elle développe sa coopération militaire en formation et en armement avec le Niger, tout en multipliant les initiatives au Mali pour mettre en place un accord de paix. L’Algérie est donc bien de retour et elle entend prendre toute sa part dans la résolution du conflit au Sahel.</p>



<p><strong>Source: RFI Afrique/ Mis en ligne: Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>Mohamed Bazoum, président du Niger : « Ce n’est pas à la France de faire la guerre au Sahel »</title>
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				<pubDate>Sat, 10 Jul 2021 12:35:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
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				<description><![CDATA[Le président du Niger, Mohamed Bazoum, a accordé un entretien à France 24, suite à son entrevue avec le président Emmanuel Macron à l’Élysée. Le chef d&#8217;État&#160;se dit « d&#8217;accord » avec la fin prochaine de l&#8217;opération Barkhane au Sahel, et y lit une décision guidée par la « rationalité ».&#160;Il affirme que Paris « n&#8217;a pas à faire la...]]></description>
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<p><strong>Le président du Niger, Mohamed Bazoum, a accordé un entretien à France 24, suite à son entrevue avec le président Emmanuel Macron à l’Élysée. Le chef d&rsquo;État&nbsp;se dit « d&rsquo;accord » avec la fin prochaine de l&rsquo;opération Barkhane au Sahel, et y lit une décision guidée par la « rationalité ».&nbsp;Il affirme que Paris « n&rsquo;a pas à faire la guerre à la place des Sahéliens ».</strong></p>



<p>Le président du Niger salue le changement du dispositif militaire français au Sahel, affirmant qu’il sera plus adapté à la menace et plus coopératif avec les pays de la région. Il confirme que le commandement unifié du nouveau dispositif sera basé à Niamey. Il affirme que l’organisation État islamique est en recul dans son pays, que ce soit dans la région du Lac Tchad où dans la zone dite des trois&nbsp;frontières. Il appelle de ses vœux un retour de l’armée malienne dans les zones du nord où sévissent les groupes jihadistes. Il marque son désaccord avec les critiques du président français sur la réaction trop timide de la Cédéao&nbsp;au double coup d’tat au Mali. Il soutient la décision de l’union africaine de ne pas avoir sanctionné la transition au Tchad, soulignant que la priorité devait être la stabilité malgré les risques d’atteinte à la démocratie. Enfin, il nie avoir tenté une médiation entre les militaires tchadiens et les rebelles du FACT.</p>



<p><strong>Source : France 24 Afrique/Mis en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>Anne-Marie Idrac :  «L&#8217;Afrique possède ses solutions pour faire face aux crises d&#8217;urgences médicales»</title>
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				<pubDate>Thu, 03 Dec 2020 15:00:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
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				<description><![CDATA[En novembre, l&#8217;ONG ALIMA dévoilait sa campagne « Désormais c&#8217;est nous qui apportons l&#8217;aide humanitaire dans nos pays&#160;», révélant un modèle d&#8217;urgences médicales reposant sur les compétences locales, loin des schémas portés par les légendaires french doctors du siècle dernier. Dans la foulée, l&#8217;association médicale annonçait la création d&#8217;une fondation présidée par Anne-Marie Idrac.&#160;Retour sur...]]></description>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/12/anne-marie-idrac.jpg" alt="" class="wp-image-20391" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/12/anne-marie-idrac.jpg 612w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/12/anne-marie-idrac-300x150.jpg 300w" sizes="(max-width: 612px) 100vw, 612px" /><figcaption>Crédits : Fondation Alima)</figcaption></figure>



<p>En novembre, l&rsquo;ONG ALIMA dévoilait sa campagne « Désormais c&rsquo;est nous qui apportons l&rsquo;aide humanitaire dans nos pays&nbsp;», révélant un modèle d&rsquo;urgences médicales reposant sur les compétences locales, loin des schémas portés par les légendaires french doctors du siècle dernier. Dans la foulée, l&rsquo;association médicale annonçait la création d&rsquo;une fondation présidée par Anne-Marie Idrac.&nbsp;Retour sur les enjeux d&rsquo;une réponse locale sur fond de stratégie globale, face aux défis sanitaires du continent.</p>



<p><strong>La Tribune Afrique &#8211;&nbsp;</strong><strong><em>The Alliance for International Medical Action</em></strong><strong>(ALIMA) vient de se doter d&rsquo;une fondation, le 24 novembre dernier. Que recouvrent en substance les activités de l&rsquo;ONG&nbsp;?</strong></p>



<p><strong>Anne-Marie Idrac &#8211;&nbsp;</strong>L&rsquo;association humanitaire ALIMA est spécialisée dans les urgences médicales en Afrique. Elle a été fondée en 2009 son siège est à Dakar. Depuis sa création, les 2 000 salariés&nbsp;ont pris en charge 7 millions de patients. Nous sommes présents dans 12 pays et nous disposons d&rsquo;un budget global de l&rsquo;ordre de 80 millionseuros par an, issus de financements institutionnels et de dons. Parallèlement, ALIMA a lancé une trentaine de projets de recherche relatifs à la malnutrition, au paludisme, au virus Ebola, à la Covid-19 ou encore à la fièvre de Lassa.</p>



<p>L&rsquo;association propose un nouveau modèle humanitaire, fondé sur 3 principes. Premièrement, la prise en charge des situations d&rsquo;urgences médicales par les ressources humaines locales -en d&rsquo;autres termes, ALIMA est une ONG où «&nbsp;les Africains soignent les Africains&nbsp;». Le second principe repose sur le développement de&nbsp;la recherche et de l&rsquo;innovation sur les sujets de médecine d&rsquo;urgence et humanitaire et enfin, le dernier principe recouvre la formation et le partage de connaissances.&nbsp;C&rsquo;est précisément ce qui a été défendu à travers notre campagne «&nbsp;Nous sommes les nouveaux humanitaires&nbsp;». Actuellement, 98% des équipes ALIMA sont issues de ses pays d&rsquo;intervention. La campagne «&nbsp;Yes Afri-CAN » met d&rsquo;ailleurs à l&rsquo;honneur les médecins africains, pour démontrer que l&rsquo;Afrique possède ses solutions pour faire face aux crises d&rsquo;urgences médicales.</p>



<p><strong>Quel type de recherches et d&rsquo;innovations ont été conduites par ALIMA ces dernières années&nbsp;?</strong></p>



<p>Depuis 2014-2015,&nbsp;l&rsquo;association est en pointe en termes de recherche et d&rsquo;innovation sur Ebola. Elle fait partie de l&rsquo;équipe qui a identifié deux traitements en 2019 et participe aux essais cliniques sur les vaccins. Elle a aussi développé un outil d&rsquo;intervention innovant,&nbsp;la C.U.B.E (Chambre d&rsquo;urgence biosécurisée pour les épidémies)&nbsp;permettant de sécuriser aussi bien les malades que les personnels soignants [&#8230;] ALIMA est aussi très active en matière de malnutrition infantile. L&rsquo;an dernier, 155 000 enfants souffrant de malnutrition aigüe sévère ont été pris en charge par l&rsquo;association. L&rsquo;ONG a équipé les familles de petits bracelets de suivi médical, résultant de recherches socio-médicales croisées, qui facilitent la détection des risques de malnutrition. Le président d&rsquo;ALIMA, Dr Richard Kojan, médecin anesthésiste congolais et l&rsquo;ensemble de nos médecins s&rsquo;attèlent à transmettre les connaissances issues de leurs recherches. Ils forment également les personnels soignants locaux et sensibilisent les familles (&#8230;) Plusieurs travaux sont menés conjointement par les établissements universitaires africains et étrangers, dont l&rsquo;Inserm. Des partenariats existent notamment entre l&rsquo;Hôpital Bichat de Paris et des Facultés de Médecine européennes et&nbsp;internationales comme Oxford ou Yale. (&#8230;) Aujourd&rsquo;hui, ALIMA est arrivée à un stade de maturité qui nous a poussés à passer à l&rsquo;étape supérieure, en lançant une fondation, qui nous permettra de favoriser la diffusion de nos valeurs et principes : les nouveaux humanitaires seront selon nous locaux, et devront bénéficier par la transmission des connaissances des meilleurs apports de la recherche.</p>



<p><strong>Quels sont précisément, les objectifs&nbsp;de la Fondation ALIMA, annoncés le 24 novembre ?</strong></p>



<p>La Fondation ALIMA, abritée par la Fondation de France, n&rsquo;interviendra pas sur des questions liées à l&rsquo;urgence médicale, mais sur la recherche et la formation (&#8230;) Elle fonctionnera à partir de dons de personnes physiques et morales, et de legs. Pour le moment, les membres fondateurs se sont engagés à apporter une première contribution de l&rsquo;ordre de 200 000 euros sur les 5 prochaines années. Nous espérons que nous mobiliserons le plus de fonds possibles à travers nos différentes initiatives de collectes de dons&nbsp;pour porter des projets mobilisateurs, en particulier en matière de partage des connaissances, et ce, dès le début 2021&nbsp;(&#8230;) En termes de ressources humaines, les membres fondateurs (ndr&nbsp;: Anne-Marie Idrac, ancien ministre et présidente de la Fondation ALIMA, Augustin Augier, Directeur Général d&rsquo;ALIMA, Thierry Déau, PDG du fonds Meridiam &#8211; Dominique Gaillard, ancien Président de France Invest et Senior Advisor chez Ardian, Frédéric Lemoine, ancien secrétaire général adjoint de l&rsquo;Elysée, ancien président de Wendel, trésorier bénévole du Conseil d&rsquo;Administration de l&rsquo;ONG ALIMA, Sandra Sancier-Sultan, Directrice associée de Mc Kinsey France et&nbsp; Serge Morelli, président Santé et Innovation médicale et assistance d&rsquo;AXA) sont appuyés par un certain nombre de personnalités qui se proposent de nous apporter leurs expertises, comme le&nbsp;Dr Raoul Moh, Directeur du programme PAC-CI, le Dr Dominique Taoko, Directeur médical d&rsquo;AXA Assistance, et Lyna-Laure Amana Priso, Directrice chez Knowtify Partners.</p>



<p>&nbsp;<strong>L&rsquo;arrivée de la pandémie de la Covid-19 a-t-elle influencé le choix de la date du lancement de cette fondation&nbsp;?</strong></p>



<p>Cette création est plutôt en lien avec la célébration de nos 10 ans d&rsquo;existence, qui s&rsquo;est matérialisée par la mobilisation significative de fonds, l&rsquo;année dernière. Avec le temps, ALIMA a gagné en notoriété et en 2019, notre président a reçu un prix des mains de Bill Gates (ndr&nbsp;: le 19 novembre 2019, le Dr Kojan, a reçu le prix «&nbsp;Game Changing Innovator&nbsp;» à Abou Dhabi lors du&nbsp;<em>Forum Reaching the Last Mile</em>, pour la création de la CUBE, une chambre d&rsquo;urgence biosécurisée pour les épidémies). A ce moment-là, on a pensé qu&rsquo;il fallait essaimer nos valeurs&nbsp;&nbsp;&nbsp;et principes de renouveau de l&rsquo;action médicale humanitaire&nbsp;au-delà de l&rsquo;association.</p>



<p><strong>De quelle façon ALIMA s&rsquo;est-elle mobilisée depuis l&rsquo;arrivée du SARS-CoV-2 sur le continent&nbsp;?</strong></p>



<p>Dès la fin du mois de janvier, ALIMA s&rsquo;est mobilisée pour coordonner avec les autorités sanitaires locales et internationales, une réponse à la pandémie. L&rsquo;ONG a déployé jusqu&rsquo;à 1000 lits dédiés à la&nbsp;prise en charge médicale des cas confirmés de COVID-19 et deux projets de recherche sont engagés. Une étude est actuellement conduite avec l&rsquo;Université de Bordeaux pour mesurer l&rsquo;efficacité de différents traitements contre la Covid-19. Nous avons également formé 5 000 soignants aux protocoles COVID-19.</p>



<p><strong>Le 9 août 2019, ACTED perdait 6 salariés dans une attaque à 60km au sud-est de Niamey. La solution locale pour des problèmes locaux n&rsquo;est-elle pas en train de devenir un impératif et non un facteur différenciant d&rsquo;ALIMA, au regard de la recrudescence d&rsquo;attaques contre des humanitaires expatriés ?</strong></p>



<p>La Fondation ALIMA n&rsquo;interviendra pas sur des questions d&rsquo;urgence donc nous ne serons pas confrontés à ce type de configuration. Cela étant, ALIMA comme d&rsquo;autres ONG, est confrontée à la question de la sécurité de ses personnels, à celle de la gouvernance dans un certain nombre de pays, mais aussi aux questions d&rsquo;évolution climatiques qui entraînent maladies et déplacements des populations (&#8230;) Je ne m&rsquo;exprimerais pas en qualité de présidente de la Fondation, mais à titre personnel, je pense que le recours aux personnels locaux peut, toutes proportions gardées, avoir un effet sur la question de la sécurité.</p>



<p><strong>Vous avez été successivement Secrétaire d&rsquo;Etat aux Transports, députée, présidente de la RATP puis de la SNCF avant d&rsquo;être nommée Secrétaire d&rsquo;Etat chargée du Commerce extérieur. Qu&rsquo;est-ce qui vous a conduite à prendre la présidence de cette fondation médicale d&rsquo;urgence en Afrique&nbsp;?</strong></p>



<p>Cela fait déjà plusieurs années que j&rsquo;accompagne l&rsquo;association ALIMA, à travers le Comité de campagne, qui participe notamment aux levées de fonds. Je connais assez bien certains dirigeants de l&rsquo;association et j&rsquo;ai été attirée par leur démarche innovante, aussi bien adaptée au cours qu&rsquo;au long terme, centrée sur l&rsquo;action et sur les idées, avec une approche locale doublée d&rsquo;une analyse globale. Enfin, je me suis reconnue dans la sensibilité portée par les membres de cette association qui se sont engagés à mettre leurs compétences et leurs talents, au service d&rsquo;une grande cause, renonçant à de lucratives carrières dans des secteurs plus attractifs comme la finance ou dans toute autre activité commerciale.</p>



<p><strong>Source: La Tribune Afrique/Mis en ligne : : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>Alain Mabanckou : « Les dictateurs croient avoir le temps, mais la montre est au peuple »</title>
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				<pubDate>Thu, 03 Dec 2020 03:49:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Alain Mabanckou]]></category>
		<category><![CDATA[Dictatures en Afrique]]></category>

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				<description><![CDATA[L’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou vient de publier&#160;Le monde est mon langage&#160;(Grasset, 2016), un essai engageant et vagabond d’excellente facture. L’auteur de&#160;Verre cassé&#160;rend hommage aux auteurs qui l’ont nourri, de la Sénégalaise Aminata Sow Fall au Français Jean-Marie Gustave Le Clézio, en passant par l’académicien d’origine haïtienne Dany Laferrière. Attentif aux revendications des jeunesses africaines, Alain...]]></description>
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<figure class="wp-block-image is-resized"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/12/téléchargement.jpeg" alt="" class="wp-image-20374" width="323" height="402"/><figcaption>L’auteur franco-congolais Alain Mabanckou</figcaption></figure>



<p>L’écrivain franco-congolais Alain Mabanckou vient de publier&nbsp;<em>Le monde est mon langage</em>&nbsp;(Grasset, 2016), un essai engageant et vagabond d’excellente facture. L’auteur de&nbsp;<em>Verre cassé</em>&nbsp;rend hommage aux auteurs qui l’ont nourri, de la Sénégalaise Aminata Sow Fall au Français Jean-Marie Gustave Le Clézio, en passant par l’académicien d’origine haïtienne Dany Laferrière. Attentif aux revendications des jeunesses africaines, Alain Mabanckou pressent un vent contestataire se lever sur le bassin du Congo. Prophétique&nbsp;?</p>



<p><strong>Dans votre dernier essai, vous mettez à nouveau en avant Pointe-Noire, votre ville natale. Pourriez-vous nous parler un peu plus de Brazzaville&nbsp;?</strong></p>



<p><strong>Alain Mabanckou</strong>&nbsp;Pointe-Noire demeure mon obsession dans la création, tandis que Brazzaville est une ville que j’ai découverte un peu plus tard lorsque j’étais étudiant. Pourtant, on ne rappelle jamais assez que Brazzaville était la capitale de la France libre de 1940 à 1942, et on ne parle souvent que de l’Appel lancé le 18&nbsp;juin 1940 par le général de Gaulle à Londres&nbsp;! Cette ville demeure le lieu de notre histoire africaine, mais aussi le refuge de la France pendant qu’elle était occupée par les nazis. C’est pour cela que j’avance souvent que tous les Français sont des Congolais et qu’au regard de la place que Brazzaville a occupée dans l’Histoire, on ne devrait même plus embêter les Congolais mais leur dire merci tous les jours, voire décréter en France une journée de mémoire pour cette page de l’histoire des Français…</p>



<p><strong>Vous avez récemment mis en évidence cette entité que vous avez appelée le bassin du Congo&nbsp;? Qu’est-ce qui la caractérise&nbsp;?</strong></p>



<p>J’ai en effet parlé de&nbsp;<em>«&nbsp;révolution du bassin du Congo&nbsp;»</em>&nbsp;pour circonscrire ce qui se passe actuellement en Afrique centrale sur le plan politique. Je fais référence au Congo-Brazzaville, à la République démocratique du Congo (RDC), au Gabon, au Cameroun, à la République centrafricaine et à l’Angola, à cette boucle qui constitue le bassin versant du fleuve Congo. Le fleuve Congo, on le sait, est l’un des plus importants au monde, et le bassin du Congo réunit donc tout un vaste ensemble de pays s’étendant sur plus de quatre millions de kilomètres carrés, avec presque une centaine de millions d’habitants. La population dans ces espaces doublera d’ici à 2035, avec de plus en plus de jeunes. Or les pratiques politiques dans cette région sont des plus archaïques et parmi les plus dictatoriales de l’histoire du Continent noir. Je pourrais même avancer que c’est le dernier territoire de la Françafrique, théâtre des bidouillages de Constitutions pour le maintien des monarques qui sont au pouvoir, en moyenne, depuis trente ans&nbsp;!</p>



<p>Une révolution globale est inéluctable et des signes sont de plus en plus visibles avec l’exaspération des populations – comme récemment au Gabon et au Congo-Brazzaville où on a assisté à une mascarade d’élections présidentielles. Progressivement donc, la conscience des peuples s’inscrit dans une lutte collective, les problèmes des uns ayant forcément des similarités avec ceux des voisins. Dans ces conditions, les frontières héritées de la colonisation et les nationalités deviennent subsidiaires puisque les causes et les effets des tragédies sont les mêmes ici et là. La révolution du bassin du Congo traduit la prise de conscience d’un destin commun des peuples opprimés et appauvris face à des pouvoirs qui, eux, sont solidaires dans leur dictature et se donnent la main pour maintenir leur autocratie.</p>



<p><strong>Vous êtes aujourd’hui l’écrivain africain le plus en vue en France. Est-ce que cela vous donne une responsabilité autre qu’artistique&nbsp;? Est-ce là la raison de votre engagement politique contre les dictatures africaines en général et celle de Denis Sassou-Nguesso en particulier&nbsp;?</strong></p>



<p>Je reste convaincu que le rôle de l’écrivain – ou d’un artiste – n’est pas seulement de fabriquer les rêves&nbsp;: il doit aussi les accompagner. Les politiciens africains actuels sont responsables de la dégradation de la vie des Africains qui n’auront jamais appris le jeu de l’alternance en politique. La révolution du bassin du Congo suppose donc un réveil de ces peuples, la fin d’un sommeil qui dure depuis les indépendances et le refus systématique de ces politiques qui relèvent de l’époque de l’homme de Cro-Magnon. La raison de mon engagement est liée aux pleurs de cette jeunesse que j’entends, aux larmes de ces filles et de ces garçons que je rencontre en France ou qui m’écrivent d’Afrique. C’est un engagement destiné à éradiquer l’opprobre que ces dictateurs accrochés au pouvoir jettent sur tout un continent, au point que l’image que l’on retient désormais de nous dans le monde est en accord avec les préjugés des siècles passés où les Africains étaient considérés comme des êtres frappés d’une malédiction atavique sur un continent de ténèbres, de barbarie et d’éternels conflits ethniques.</p>



<figure class="wp-block-image"><img src="https://img.lemde.fr/2016/09/19/0/0/3600/2400/688/0/60/0/5fc33bd_5750727-01-06.jpg" alt="Lors des manifestations de partisans de l’opposition à Joseph Kabila, le 19 septembre 2016, à Kinshasa."/><figcaption>Lors des manifestations de partisans de l’opposition à Joseph Kabila, le 19 septembre 2016, à Kinshasa. EDUARDO SOTERAS/AFP</figcaption></figure>



<p><strong>Adversaire déclaré du régime dictatorial d’Ismaël Omar Guelleh à Djibouti, je ne peux plus mettre les pieds dans mon pays natal depuis sept ans, qu’en est-il pour vous&nbsp;? Que risquez-vous concrètement&nbsp;?</strong></p>



<p>J’admire votre courage – et vous honorez non seulement les Djiboutiens, mais toute la jeunesse africaine qui, plus que jamais, a besoin de notre voix. Vous aurez compris que, comme vous, je suis <em>persona non grata</em> au Congo parce que je m’exprime. La dictature et la littérature n’ont jamais fait bon ménage. Victor Hugo a été banni en 1851 et n’est revenu de son exil qu’en 1870. Parce qu’il s’indignait contre le coup d’Etat perpétré par Louis-Napoléon Bonaparte. Hugo était constant, opiniâtre et disait qu’on pouvait arracher l’arbre de ses racines, mais on n’arrachera jamais le jour du ciel ! Je ne suis pas en exil, ce sont les dictateurs qui sont en exil car, en ce qui me concerne, le Congo n’est plus au Congo, il est partout où les gens comme vous se lèvent pour mettre un terme au viol de la liberté d’expression des peuples de notre continent.</p>



<p><strong>Achille Mbembe, le penseur camerounais que vous avez invité au Collège de France lors de votre cours, estime que «&nbsp;si les</strong>&nbsp;<strong>Africains veulent la démocratie ils doivent en payer le prix&nbsp;». Qu’en pensez-vous&nbsp;?</strong></p>



<p>J’ai de l’admiration pour Achille Mbembe qui est le plus brillant des penseurs africains actuels. C’était un honneur pour moi de l’inviter à mon colloque organisé au Collège de France en mai. Je suis conscient que, face à une dictature, la réponse du peuple prend toujours du temps. Qui aurait par exemple imaginé un jour que le monarque Blaise Compaoré, président pendant vingt-sept ans, aurait fui comme un larron dans une foire devant la détermination du peuple burkinabé ?</p>



<p><strong>Vous avez écrit une lettre ouverte au président François Hollande puis vous avez été reçu à l’Elysée par le chef de l’Etat et au Quai d’Orsay par M. Ayrault. Quel est votre sentiment général&nbsp;? Quel bilan tirez-vous de ce militantisme&nbsp;?</strong></p>



<p>Les discussions que nous avons eues ont été enrichissantes. Je reste toutefois sur ma faim, car le peuple congolais n’est toujours pas libre et des prisonniers politiques sont de plus en plus nombreux dans les geôles. La France est, semble-t-il, le premier partenaire économique du Congo. Cela implique-t-il aussi de cautionner ou de sponsoriser les dictatures&nbsp;? Nous ne devons pas attendre que la France fasse quelque chose de spectaculaire&nbsp;: ce serait non seulement une attitude de soumission, mais une preuve que, malgré les indépendances africaines, les nations du Continent noir n’auraient pas encore atteint l’âge de puberté. C’est dans ce sens que les propos d’Achille Mbembe que vous avez rappelés sont d’actualité.</p>



<p><strong>Vous vous définissez comme un oiseau migrateur évoluant entre trois continents, l’Afrique, l’Europe et l’Amérique, où vous enseignez les littératures francophones à l’Université de Californie de Los Angeles. Comment voyez-vous l’Afrique de demain&nbsp;?</strong></p>



<p>Je ne suis pas un pessimiste. Il y a des pays – comme le Bénin – qui montrent qu’une autre forme de politique est possible en Afrique, avec de vrais changements, avec des femmes et des hommes politiques qui mettent en avant l’intérêt collectif et qui ont le souci de laisser aux générations futures des ressources nécessaires pour le rayonnement du pays et le bien-être de la communauté. C’est l’Afrique de demain, celle de la culture de la tolérance, de l’alternance et de l’acceptation d’une fin de cycle pour l’avènement d’un autre par la volonté populaire.</p>



<p>Quand je parle de&nbsp;<em>«&nbsp;révolution du bassin du Congo&nbsp;»</em>, cela peut faire sourire certains, mais elle est là, proche, imperceptible pour les dictateurs qui portent encore leurs lunettes noires des années 1960. Elle est là, cette révolution, silencieuse et inéluctable comme tous les grands bouleversements sociopolitiques que ce monde a connus. Les autocraties du bassin du Congo ne savent pas qu’elles portent en elles les fissures qui engendreront progressivement leur destruction. On peut déjà noter la présence de ces fissures que ces mêmes dictateurs essaient de maquiller par un lifting grossier de leur Constitution et le recours immodéré aux ténèbres afin de couper les nouveaux réseaux de communication et de commettre sans vergogne des tricheries pendant les élections présidentielles. Combien de temps cela va-t-il durer&nbsp;? Les dictateurs croient toujours avoir le temps, mais la montre appartient au peuple.</p>



<p><strong>Producteur de musique congolaise, promoteur de la Sape, vous débordez allègrement les disciplines et les cases…</strong></p>



<p>J’aime aider les artistes&nbsp;: c’est pour cela que je fais de temps à autre de la production musicale avec le label Lusafrica, distribué par Sony Music. J’ai produit deux albums de Black Bazar sous la direction artistique de Caroline Blache. Je reste toujours dans cette dynamique de production lorsque je rencontre des musiciens qui me plaisent et font preuve de professionnalisme. Actuellement, j’écris des textes pour le prochain album du Franco-Rwandais Gaël Faye, qui est devenu également un écrivain à succès avec son premier roman&nbsp;<em>Petit pays&nbsp;</em>(Grasset, 2016).</p>



<p>Pour la Sape, c’est sans doute un appel de mes origines congolaises. Je le fais aussi pour faire connaître des talents : je pense au styliste <a href="https://www.franceinter.fr/emissions/d-ici-d-ailleurs/d-ici-d-ailleurs-18-septembre-2015">Jocelyn Armel, « Le Bachelor », </a>que j’ai immortalisé dans <em>Le monde est mon langage</em>… La Sape est donc un langage, un moyen de recourir à l’esthétique, loin des conventions. C’est cette rupture qui m’intéresse.</p>



<p><strong>Source: Le Monde Afrique/Mis en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>Mo Ibrahim : « Il est crucial de rétablir la confiance au plus vite »</title>
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				<pubDate>Thu, 26 Nov 2020 15:04:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Tribune d'Afrique]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Afrique]]></category>
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		<category><![CDATA[entretien]]></category>

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				<description><![CDATA[L&#8217;indice Mo Ibrahim de la gouvernance en Afrique envoie des signaux pour le moins inquiétants. Son fondateur explique les urgences en la matière. «&#160;Compter sur le développement économique et humain pour compenser un déficit en matière de droits et de démocratie conduit tôt ou tard à l&#8217;échec.&#160;»&#160;Ce&#160;propos qui sonne&#160;comme un avertissement&#160;est de Mo Ibrahim, le...]]></description>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/08/mo-ibrahim-1.jpg" alt="" class="wp-image-18661" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/08/mo-ibrahim-1.jpg 612w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/08/mo-ibrahim-1-300x150.jpg 300w" sizes="(max-width: 612px) 100vw, 612px" /><figcaption>Mo Ibrahim </figcaption></figure>



<h4>L&rsquo;indice Mo Ibrahim de la gouvernance en Afrique envoie des signaux pour le moins inquiétants. Son fondateur explique les urgences en la matière.</h4>



<p>«&nbsp;Compter sur le développement économique et humain pour compenser un déficit en matière de droits et de démocratie conduit tôt ou tard à l&rsquo;échec.&nbsp;»&nbsp;Ce&nbsp;propos qui sonne&nbsp;comme un avertissement&nbsp;est de Mo Ibrahim, le milliardaire anglo-soudanais, connu pour son combat pour la bonne gouvernance en Afrique depuis maintenant dix ans.&nbsp;À 72&nbsp;ans, «&nbsp;D<sup>r</sup>&nbsp;Mo&nbsp;» comme on l&rsquo;appelle avec respect sur le continent est loin d&rsquo;en avoir terminé avec son combat. Bon an, mal an, cet infatigable ingénieur soudanais qui compte parmi les personnalités les plus influentes de la planète&nbsp;prend&nbsp;le pouls de l&rsquo;Afrique en ce qui concerne la&nbsp;politique publique, celle des droits de l&rsquo;homme et du développement. Et ce, malgré les interrogations sur le rapport annuel de sa fondation, sans compter le nombre de dirigeants qui s&rsquo;accrochent au pouvoir, ou encore les débats qui s&rsquo;entrechoquent sur les migrations.</p>



<p>Pour la première fois depuis ses débuts,&nbsp;<a href="https://mo.ibrahim.foundation/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">l&rsquo;indice Ibrahim se veut «&nbsp;alarmiste&nbsp;», car il note une dégradation de la situation</a>. Une conclusion qui a pu surprendre alors même que les analystes ont bouclé leurs travaux avant l&rsquo;apparition du&nbsp;Covid-19 et les troubles récents en Éthiopie, en Côte d&rsquo;Ivoire ou encore en Guinée. Pas de quoi bousculer Mo Ibrahim, convaincu qu&rsquo;il faut renforcer les outils de lutte contre la mal-gouvernance. Optimiste, toujours. Entretien.<em>close</em><em>volume_off</em></p>



<p><strong>Le Point Afrique&nbsp;: Les conclusions de l&rsquo;édition&nbsp;2020&nbsp;de l&rsquo;indice Mo Ibrahim sont extrêmement pessimistes sur la gouvernance. L&rsquo;Afrique est-elle à un tournant&nbsp;?</strong></p>



<p><strong>Mo Ibrahim&nbsp;:</strong>&nbsp;Je ne dirais pas «&nbsp;extrêmement pessimistes&nbsp;». D&rsquo;abord, et c&rsquo;est important de le souligner aussi, le niveau de gouvernance globale sur le continent a progressé au cours de la dernière décennie. En 2019, six&nbsp;Africains sur dix vivent dans un pays où la gouvernance s&rsquo;est améliorée depuis 2010. Mais c&rsquo;est vrai que les progrès ont ralenti depuis quelques années, et ce, à un point tel que, pour la première fois depuis 2010, le niveau de gouvernance moyen recule en 2019. C&rsquo;est un recul léger de moins 0,2 point, mais c&rsquo;est un signal d&rsquo;alerte.&nbsp;Par ailleurs, nous parlons ici de la moyenne du continent. L&rsquo;Afrique, c&rsquo;est&nbsp;54&nbsp;pays avec des réalités et des trajectoires bien différentes. Ainsi, sur ces&nbsp;54&nbsp;pays, au cours de la décennie 2010-2019, vous en avez par exemple&nbsp;13&nbsp;dont la détérioration s&rsquo;aggrave (Afrique du Sud, Maurice, Mozambique, Nigeria, Cameroun…),&nbsp;10&nbsp;qui se mettent à décrocher et décliner à partir de&nbsp;2015&nbsp;(Tanzanie, Ghana…), mais vous en avez aussi&nbsp;12&nbsp;qui progressent de plus en plus rapidement (Égypte, Angola, Somalie…) et&nbsp;14&nbsp;qui progressent encore mais de manière ralentie à partir de&nbsp;2015&nbsp;(Sénégal, Maroc, Rwanda, Kenya, Éthiopie…).</p>



<p><strong>Vous situez le point de rupture à peu près à l&rsquo;année 2015. Que s&rsquo;est-il passé&nbsp;?</strong></p>



<p>La gouvernance ne se limite pas seulement au respect de la démocratie, du droit et de la transparence. Il s&rsquo;agit de la capacité des États à délivrer l&rsquo;ensemble des&nbsp;biens et services auxquels tout citoyen est en droit de prétendre. Lorsqu&rsquo;on regarde plus en détail&nbsp;les évolutions sur la décennie 2010-2019, on constate que les progrès, incontestables, réalisés depuis&nbsp;2010&nbsp;en termes de développement humain et d&rsquo;opportunités économiques, ont commencé à ralentir. Or parallèlement, vous avez une détérioration de la dimension relative à la sécurité et à l&rsquo;état de droit, même si elle a tendance à s&rsquo;atténuer en fin de période. Mais surtout, la composante participation, droits et inclusion se dégrade de plus en plus vite. Au total, les progrès enregistrés d&rsquo;un côté ne suffisent plus à compenser les détériorations ailleurs. Et vous avez là un élément essentiel&nbsp;: l&rsquo;équilibre. Il n&rsquo;y a pas de trade-off possible entre les différentes composantes de la gouvernance. Compter sur le développement économique et humain pour compenser un déficit en matière de droits et de démocratie conduit tôt ou tard à l&rsquo;échec.</p>



<p><strong>Est-ce que votre rapport n&rsquo;intervient pas un peu tard au regard des crises observées actuellement&nbsp;dans divers pays comme l&rsquo;Éthiopie, la Côte d&rsquo;Ivoire, la Guinée, ou encore la Tanzanie&nbsp;?</strong></p>



<p>L&rsquo;indice de gouvernance repose sur près de&nbsp;250&nbsp;variables&nbsp;collectées auprès de&nbsp;40&nbsp;sources différentes. Elles vont de la Banque mondiale au World Justice Project. Les dernières données disponibles s&rsquo;arrêtent toutes à 2019. Au-delà, nous sommes dans le domaine de la prévision. L&rsquo;intérêt majeur de l&rsquo;IIAG, c&rsquo;est de fournir le tableau le plus complet possible de la situation et surtout des tendances qui y conduisent. Certes, l&rsquo;année 2020, qui n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas terminée, n&rsquo;apparaît pour aucun des pays que vous évoquez. Mais les tendances lourdes et l&rsquo;évolution de certains indicateurs fournissent des éléments précieux, déjà présents dans nos précédentes éditions.</p>



<p><a href="https://www.lepoint.fr/afrique/ethiopie-l-ultimatum-d-abiy-ahmed-aux-dirigeants-du-tigre-23-11-2020-2402217_3826.php">En Éthiopie, la progression générale s&rsquo;est affaissée</a>, et certains indicateurs comme les migrations forcées ou les relations de travail se dégradent de plus en plus. En Côte d&rsquo;Ivoire aussi, les progrès ralentissent, et certains indicateurs comme les procédures de passation de marchés publics ou l&rsquo;espace accordé à la société civile se détériorent de plus en plus vite. En Tanzanie, la performance générale décline clairement à partir de 2015, et&nbsp;22&nbsp;des&nbsp;79&nbsp;indicateurs de l&rsquo;indice affichent depuis&nbsp;2010&nbsp;une dégradation qui empire avec le temps. En Guinée, on assiste au même type d&rsquo;évolution&nbsp;en termes de sécurité, d&rsquo;état de droit, de participation, de droits et d&rsquo;inclusion, avec certains indicateurs qui perdent plus de&nbsp;20&nbsp;points (impartialité du système judiciaire, passation des marchés publics, espace de la société civile, violences à l&rsquo;encontre des femmes).</p>



<p><strong>Quelle est votre réaction face aux violations des droits de l&rsquo;homme&nbsp;observées notamment lors des dernières élections en Côte d&rsquo;Ivoire ou en Guinée&nbsp;?</strong></p>



<p>Je condamne en termes absolus les violations de droits de l&rsquo;homme, où qu&rsquo;elles aient lieu et à quelque moment que ce soit.</p>



<p><strong>L&rsquo;indice Ibrahim&nbsp;20&nbsp;ne tient pas compte de la crise sanitaire du Covid-19. L&rsquo;Afrique a plutôt été épargnée jusqu&rsquo;ici sur le plan sanitaire. Quelles sont les conséquences que vos analystes redoutent le plus et qui auront un impact sur la gouvernance&nbsp;?</strong></p>



<p>Effectivement, le continent africain semble jusqu&rsquo;à présent relativement épargné sur le plan sanitaire, notamment par rapport à des régions équivalentes, comme l&rsquo;Amérique latine. Je crois toutefois qu&rsquo;il faut demeurer prudent. La première vague continue de monter inexorablement – nous en sommes maintenant à plus de 2&nbsp;millions de cas déclarés, soit une augmentation de plus de 25&nbsp;% en un mois. Mais pour l&rsquo;Afrique, l&rsquo;impact le plus dévastateur est d&rsquo;abord économique. La chute massive de la demande en matières premières, la mise à l&rsquo;arrêt du tourisme et les mesures drastiques de confinement ont déjà provoqué la disparition définitive de nombreuses entreprises et réduit encore les perspectives d&#8217;emplois, voire de simple survie.</p>



<p>Pour la première fois depuis 25&nbsp;ans, l&rsquo;Afrique va rentrer en récession.&nbsp;Face à ce choc exogène très fort, les ressources –&nbsp;notamment fiscales –&nbsp;des gouvernements africains pour compenser les effets économiques sont beaucoup plus limitées qu&rsquo;ailleurs. Le risque de voir s&rsquo;arrêter, voire reculer, les progrès importants enregistrés depuis&nbsp;2010&nbsp;sur le plan des développements humain et économique est donc conséquent. En même temps, vous connaissez la formule de Churchill&nbsp;: ne gâchons pas une bonne crise. Nous savons tous que seule une crise profonde est en mesure de susciter un changement majeur. C&rsquo;est donc le moment ou jamais de construire un nouveau modèle de croissance, plus durable, plus inclusif et plus autonome.</p>



<p><strong>Votre fondation a décidé pour la première fois de prendre en compte l&rsquo;opinion des citoyens. Quel éclairage peut nous apporter ce nouvel indicateur, et pourquoi maintenant&nbsp;?</strong></p>



<p>Dès l&rsquo;origine, nous avons estimé que l&rsquo;opinion des citoyens sur le terrain était essentielle pour évaluer la qualité de la gouvernance, qui ne se résume pas aux engagements politiques et budgétaires. Ces indicateurs ont toujours été inclus dans l&rsquo;Indice de gouvernance, mais ils l&rsquo;étaient de manière dispersée. Nous avons donc décidé de mieux les mettre en valeur&nbsp;en les regroupant dans une section dédiée. Cette nouvelle section fait apparaître une insatisfaction croissante des citoyens à l&rsquo;égard de la gouvernance dans leur pays. Celle-ci est particulièrement sensible en ce qui concerne le développement humain et les opportunités économiques. Cela tient sans doute au fait que les progrès enregistrés ont suscité de nouvelles attentes, mais surtout à ce que la croissance économique et les progrès sociaux, bien que conséquents, demeurent très en deçà de la croissance démographique.</p>



<p><strong>Avez-vous envisagé une mue de votre fondation afin de peser un peu plus sur les décisions des politiques&nbsp;? Depuis 2017, vous n&rsquo;avez pas remis votre prix annuel de leadership. Malgré un grand nombre d&rsquo;élections ces dernières années, les dirigeants ne changent pas. Est-ce que la dégradation de la situation de la gouvernance a un lien avec ce peu de renouvellement&nbsp;?</strong></p>



<p>L&rsquo;excellence en matière de leadership ne court pas les rues.&nbsp;<a href="https://www.lepoint.fr/economie/prix-mo-ibrahim-2014-hifikepunye-pohamba-les-raisons-d-un-choix-03-03-2015-1909600_28.php">S&rsquo;il avait fallu remettre ce prix à un dirigeant européen</a>, je ne suis pas sûr que le résultat aurait été meilleur. La complexité et la juxtaposition des défis auxquels nos dirigeants africains sont confrontés, avec des institutions encore fragiles, sont à mon avis nettement plus lourdes que celles de leurs homologues européens mieux armés. Je ne suis pas sûr non plus qu&rsquo;en termes de démocratie, de droits de l&rsquo;homme ou de transparence, nos dirigeants africains soient vraiment les pires. Il faut vraiment changer cette façon de voir et de raconter les choses.</p>



<p>À vrai dire aussi, je ne pense pas que la meilleure façon de faire évoluer les choses soit le&nbsp;<em>name and shame</em>. Mieux vaut plutôt fournir les outils adéquats pour évaluer l&rsquo;efficacité de la gouvernance et le bien-fondé du leadership. Il est essentiel de savoir exactement d&rsquo;où on part, où on veut aboutir, et si on y va correctement.</p>



<p><strong>À votre avis, la «&nbsp;bonne gouvernance&nbsp;» est-elle l&rsquo;unique moyen de générer de la confiance pour tous les pays quelles que soient leurs ressources, leur histoire, leur dynamique&nbsp;?</strong></p>



<p>Oui absolument. La démocratie, c&rsquo;est un contrat. La gouvernance, c&rsquo;est la capacité à délivrer correctement l&rsquo;ensemble de biens et services auxquels tout citoyen est en droit de prétendre. Le facteur clé, c&rsquo;est la confiance. Et nous sommes tous en train de la perdre. Ce qui préside aujourd&rsquo;hui à la détérioration de la gouvernance comme à la «&nbsp;fatigue&nbsp;» démocratique, ici comme ailleurs, c&rsquo;est une méfiance croissante envers la capacité des États à maîtriser les choses et à «&nbsp;délivrer&nbsp;», qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des défis qui dépassent les frontières, tels que les pandémies, le changement climatique et le terrorisme, ou qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la simple vie quotidienne des citoyens, qui ont des attentes très pratiques et immédiates. Il est crucial de rétablir la confiance au plus vite.</p>



<p><strong>Qu&rsquo;en est-il de la juste répartition des richesses au sein de la population&nbsp;?</strong></p>



<p>La juste répartition des richesses doit certainement constituer un objectif essentiel de politique publique&nbsp;qui garantit d&rsquo;ailleurs leur viabilité et leur efficacité sur le long terme. De façon plus générale, un des objectifs essentiels de l&rsquo;Indice Ibrahim est de parvenir à capter correctement l&rsquo;impact effectif des politiques publiques sur le terrain&nbsp;: ni les engagements politiques, ni même les seules dépenses budgétaires ne suffisent à qualifier une politique publique. Ce qui compte, c&rsquo;est ce que le citoyen en bout de chaîne perçoit et reçoit. C&rsquo;est pourquoi notre indice incorpore également des indicateurs issus d&rsquo;enquêtes de terrain.</p>



<p><a href="https://www.lepoint.fr/economie/gouvernance-classement-mo-ibrahim-l-afrique-en-alerte-23-11-2017-2174648_28.php">La question des inégalités est évidemment un sujet majeur.</a>&nbsp;On ne peut pas se contenter d&rsquo;observer seulement, pour s&rsquo;en féliciter, la croissance du PIB, ni même celle du PIB moyen par habitant. Car, de façon générale, et pas seulement au niveau du continent africain, la croissance économique s&rsquo;est de façon croissante accompagnée, voire traduite, par un creusement massif et préoccupant des inégalités. Nous manquons encore d&rsquo;indicateurs de qualité sur ce sujet, de nature à être incorporés dans notre indice et nous y travaillons activement.</p>



<p><strong>La corruption et la mauvaise gouvernance sont des plaies pour&nbsp;l&rsquo;Afrique tandis que la culture et l&rsquo;immatériel sont des valeurs que de nombreux Africains veulent aujourd&rsquo;hui défendre. Quelle est votre réflexion à ce propos&nbsp;?</strong></p>



<p>La corruption et la mauvaise gouvernance sont des plaies partagées bien au-delà du continent africain. En outre, de même que&nbsp;<em>it takes two to tango, it takes two to corrupt…</em>&nbsp;Derrière chaque officiel africain corrompu, il y a généralement plusieurs entreprises non africaines en quête de licence d&rsquo;exploitation ou d&rsquo;exemption fiscale. Il est essentiel de mesurer combien la corruption et l&rsquo;absence de transparence sont en fait synonyme&nbsp;d&rsquo;inefficacité et de pertes de richesses pour un pays et pour ses concitoyens.</p>



<p><a href="https://www.lepoint.fr/afrique/restitution-culturelle-il-n-y-a-pas-que-les-biens-il-y-a-aussi-les-traditions-orales-africaines-24-12-2018-2281636_3826.php">Quant à la culture et l&rsquo;immatériel</a>, qui sont un tout autre sujet, oui, effectivement, ce sont des éléments essentiels pour le continent africain, parce que ce sont des synonymes et des vecteurs de partage, et que la culture africaine, c&rsquo;est d&rsquo;abord et avant tout, et ce depuis toujours, une culture de partage.</p>



<p><strong>Dans ce contexte, comment redonner toute sa place au politique&nbsp;?</strong></p>



<p>Nous sommes rentrés dans un monde d&rsquo;inquiétude, face à la multiplication, à&nbsp;la complexité croissante des défis du monde contemporain. L&rsquo;inquiétude des peuples conduit toujours à l&rsquo;instabilité et aux crises, au renforcement des extrêmes, à l&rsquo;exclusion de l&rsquo;autre. Plus que jamais, nous avons besoin de voir émerger des leaders politiques responsables et éclairés, capables de prendre la mesure de risques aujourd&rsquo;hui inévitablement partagés et d&rsquo;identifier les priorités, pour les communiquer sereinement mais fermement à leurs concitoyens.</p>



<p><strong>La question de la migration des jeunes est clairement posée à l&rsquo;Afrique depuis plusieurs années. Comment faire pour rendre plus audible&nbsp;la voix des Africains sur ce sujet où ils sont en première ligne&nbsp;?</strong></p>



<p>En réalité, le phénomène migratoire n&rsquo;est ni récent&nbsp;ni exclusivement africain. Il fait partie intégrante de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanité depuis son origine. Il a contribué à la formation et à la richesse actuelle de nombreuses nations. Les migrants africains ne représentent qu&rsquo;une faible part du nombre total de migrants au niveau mondial. La plupart d&rsquo;entre eux en réalité circulent au sein du continent africain&nbsp;: 70&nbsp;% des migrants subsahariens demeurent à l&rsquo;intérieur du continent. Malheureusement,<a href="https://www.lepoint.fr/afrique/fondation-mo-ibrahim-l-afrique-n-est-pas-un-continent-d-exode-10-04-2019-2306972_3826.php">&nbsp;le débat actuel sur les migrations est trop souvent fondé sur des préjugés</a>&nbsp;qui reposent&nbsp;sur des données inexactes, et conduisent à des réactions émotionnelles et donc des politiques inappropriées. D&rsquo;où l&rsquo;intérêt du débat que nous venons d&rsquo;organiser au cours du week-end dernier à Abidjan, en terre africaine, fondé&nbsp;sur des données factuelles et avec la participation active des jeunes du continent, parce que ce sont eux les premiers concernés.</p>



<p><strong>Comment la bonne gouvernance peut-elle intervenir dans la résolution de ce défi&nbsp;?</strong></p>



<p>Sur le continent africain, le facteur principal à l&rsquo;origine des mouvements migratoires n&rsquo;est pas la fuite face à un conflit ouvert – comme en Syrie par exemple –, mais la recherche d&rsquo;un emploi. L&rsquo;explosion démographique de la jeunesse africaine se trouve en effet confrontée à&nbsp;l&rsquo;insuffisance de perspectives socio-économiques pour sa&nbsp;génération. Quoique conséquente, la croissance économique de la dernière décennie, essentiellement fondée sur l&rsquo;exportation de matières premières à cours&nbsp;soutenus, n&rsquo;a été que faiblement créatrice d&#8217;emplois. Dépourvue de perspectives, la jeunesse africaine a donc tendance à se tourner, dans le meilleur des cas, vers la migration, dans le pire, vers l&rsquo;enrôlement dans les réseaux terroristes. Par ailleurs, quoique conséquents également, les efforts consentis en matière d&rsquo;éducation, par les gouvernements africains comme par les partenaires, sont restés trop déconnectés des besoins et perspectives du marché de l&#8217;emploi.</p>



<p>Il est donc essentiel de travailler sur une meilleure adéquation de l&rsquo;offre d&rsquo;enseignement avec les perspectives d&#8217;emplois et les besoins des entreprises, de mesurer les effets de la 4<sup>e</sup> révolution industrielle déjà en marche, mais aussi d&rsquo;investir dans le secteur agricole, un des grands potentiels du continent africain, de renforcer les structures de formation professionnelle et d&rsquo;enseignement technique, d&rsquo;améliorer les conditions de travail et de rémunération sur le continent, y compris d&rsquo;ailleurs dans le secteur public, de travailler au renforcement et à l&rsquo;amélioration des conditions de mobilité tant géographique que professionnelle ou éducative. D&rsquo;aborder dans le fonds la question migratoire non pas sous l&rsquo;angle d&rsquo;une fuite qu&rsquo;il faut juguler, mais sous celui d&rsquo;une mobilité qu&rsquo;il faut organiser.</p>



<p><strong>Source : Le Point Afrique/Mus en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>« La liberté d’expression recule au Bénin », estime le journaliste d’investigation Ignace Sossou</title>
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				<pubDate>Tue, 24 Nov 2020 19:26:20 +0000</pubDate>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/12/Bénin-IgnaceSossou.jpeg" alt="" class="wp-image-12650" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/12/Bénin-IgnaceSossou.jpeg 980w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/12/Bénin-IgnaceSossou-300x169.jpeg 300w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2019/12/Bénin-IgnaceSossou-768x432.jpeg 768w" sizes="(max-width: 980px) 100vw, 980px" /></figure>



<p><strong>En décembre&nbsp;2019, Ignace Sossou, journaliste d’investigation béninois, participe à un atelier sur les fausses informations (</strong><em><strong>fake news</strong></em><strong>) organisé par Canal France International (CFI), une agence de développement des médias financée en grande partie par le Quai d’Orsay. Il relaie alors sur Twitter les propos tenus par l’un des intervenants, le procureur béninois Mario Metonou, en ces termes&nbsp;:&nbsp;</strong><em><strong>«&nbsp;La législation béninoise, telle qu’elle est, n’offre pas une sécurité judiciaire aux justiciables&nbsp;»</strong></em><strong>&nbsp;;</strong><em><strong>&nbsp;«&nbsp;La coupure d’Internet le jour du scrutin du 28&nbsp;avril est un aveu de faiblesse des gouvernants&nbsp;»</strong></em><strong>&nbsp;;</strong><em><strong>&nbsp;«&nbsp;Le Code du numérique est comme une arme braquée sur la tempe des journalistes&nbsp;».</strong></em></p>



<p>Après la conférence, Mario Metonou estimera que ses propos ont été tronqués et sortis de leur contexte. Ignace Sossou est accusé par les autorités béninoises de<em>&nbsp;«&nbsp;harcèlement par le biais de moyens de communication électroniques&nbsp;»</em>. Il sera condamné de dix-huit mois de détention ferme. Une peine finalement commuée à six mois fermes en appel. Le journaliste de 31&nbsp;ans est sorti de prison en juin. Dans une interview exclusive accordée au&nbsp;<em>Monde Afrique</em>&nbsp;le 16&nbsp;octobre, il sort du silence pour défendre la liberté d’expression dans son pays alors que le pays votera pour élire un nouveau président en avril&nbsp;2021.</p>



<h4>Vous êtes resté six mois derrière les barreaux. Comment s’est passée votre incarcération&nbsp;?</h4>



<p><strong>Ignace Sossou</strong>&nbsp;J’ai été traité comme tout détenu. Je n’ai pas été torturé ni maltraité outre mesure. J’en ai profité pour enquêter. J’ai pu retrouver des personnes mises en cause dans certaines affaires dont j’avais entendu parler. Je ne compte pas changer de boulot.</p>



<h4>Vous vous êtes pourvu en cassation. Qu’attendez-vous de la justice, aujourd’hui&nbsp;?</h4>



<p>J’attends l’annulation de ma condamnation. Il n’y a aucun rapport entre les chefs d’accusation et les faits. On m’accuse de harcèlement en ligne alors que j’ai relayé des propos tenus par un procureur dans un espace public, devant une cinquantaine de journalistes et de blogueurs. J’ai été ciblé parce que ses mots ont eu un écho politique assez important. Mais je n’ai harcelé personne&nbsp;! Cette condamnation est totalement bidon.</p>



<h4>Le Code du numérique adopté en&nbsp;2017 a permis votre condamnation. Selon Amnesty International, au moins seize autres Béninois ont été, comme vous, poursuivis ou arrêtés pour violation de ce Code. Que pensez-vous de ce texte&nbsp;?</h4>



<p>Le Code du numérique permet d’attaquer un journaliste comme un simple citoyen, à partir du moment où ce qu’il dit est publié en ligne. Mais aujourd’hui, quasiment tous les médias sont en ligne&nbsp;! Notre loi de l’information protège les journalistes en dépénalisant le délit de presse. Le Code du numérique, lui, les jette en pâture à ceux qui leur en veulent. Alors, quand à cette conférence, j’entends un procureur, un garant des textes, dire que ce Code est&nbsp;<em>«&nbsp;une arme braquée sur la tempe des journalistes&nbsp;»</em>, évidemment, je trouve ça important de le relayer, car c’est une réalité.</p>



<h4>Quel bilan dressez-vous de la liberté d’expression dans votre pays&nbsp;?</h4>



<p>Elle recule. Ma condamnation a été un signal envoyé à la presse. Les journalistes, s’ils se prononcent sur des sujets épineux, savent qu’ils risquent d’être condamnés. Nous sommes dans un pays où les gens ont peur de parler, parce qu’ils craignent des représailles. On tend de plus en plus vers un régime autoritaire. Moi, on m’a dit que j’étais à la solde des opposants, que j’ai voulu nuire au régime. Mais je n’ai pas de camp. Je suis journaliste, mon travail est de livrer l’information pour que les gens se fassent leur propre opinion sur des faits.</p>



<h4>Dans une lettre d’excuse adressée au ministre de la justice le jour de votre arrestation, Canal France International (CFI), qui vous avait invité, vous a jugé&nbsp;«&nbsp;peu scrupuleux&nbsp;». Comment l’avez-vous vécu&nbsp;?</h4>



<p>On m’a fait lire cette lettre pendant que j’étais en garde à vue. J’étais sonné. Je n’avais que très peu collaboré avec CFI. Comment pouvaient-ils se permettre de dire que je suis&nbsp;<em>«&nbsp;peu scrupuleux&nbsp;»</em>&nbsp;? Le rôle qu’ils ont joué dans ma condamnation est déplorable. Je n’ai fait que retweeter trois ou quatre phrases pendant un panel. On nous encourageait d’ailleurs à le faire. Ce qui m’a choqué, c’est qu’à la fin de cette conférence, CFI m’a appelé pour me demander de retirer mes tweets, en me disant que si je ne le faisais pas, ils ne m’inviteraient plus à partir en voyage pour participer à leurs activités. J’ai refusé, parce que ce n’était pas des fausses informations. Je ne suis pas responsable des propos du procureur&nbsp;! J’ai trouvé ça vraiment déplacé.</p>



<h4>En&nbsp;2019, vous avez déjà été condamné pour&nbsp;<em>«&nbsp;</em>publication de fausses informations&nbsp;<em>»</em>&nbsp;suite à la publication d’une enquête sur de faits d’évasion fiscale. Vous sentez-vous ciblé pour votre travail&nbsp;?</h4>



<p>Beaucoup de personnes m’ont mis en garde, en me conseillant d’abandonner ce dossier car je m’attaquais à des personnes influentes. En l’occurrence, il s’agissait d’un conseiller au commerce extérieur de la France au Bénin, qui était aussi directeur d’un grand supermarché. Des événements étranges se sont produits. Quand j’enquêtais, j’ai échappé à un accident intentionnel. J’ai été pris en filature alors que je revenais d’un rendez-vous avec un témoin clé. Un véhicule a voulu me mettre dans le fossé. Et puis, deux semaines avant mon procès, une voiture m’a percuté alors que j’étais en moto. J’ai eu une fracture de la clavicule et j’ai dû être opéré.</p>



<h4>Aujourd’hui, vous sentez-vous libre d’exercer votre métier&nbsp;?</h4>



<p>Mon travail a commencé à me stresser. Je ne fais plus vraiment ce que j’ai envie de faire. Je contrôle mes sorties, je ne conduis plus et j’ai déménagé. J’essaie de préparer ma famille au pire, car on ne sait pas quand un malheur peut arriver… Mais j’essaie de rester serein. Je n’ai pas peur et je ne vais pas me taire. Les pressions et les intimidations font partie des risques du métier.</p>



<p><strong>Source: Le Monde Afrique /Mis en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>Francine Ntoumi : « Entre les financements mobilisés pour la Covid-19 et le paludisme, il n&#8217;y a pas match  !  »</title>
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				<pubDate>Wed, 18 Nov 2020 17:21:30 +0000</pubDate>
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				<description><![CDATA[Directrice du Centre de recherche biomédicale Christophe Mérieux à Brazzaville, Francine Ntoumi a été la première femme africaine responsable du secrétariat de l&#8217;Initiative multilatérale sur le paludisme (MIM). Spécialiste des maladies infectieuses, bardée de récompenses et membre de plusieurs comités scientifiques internationaux, dont le fameux Global Health Scientific Advisory Committee&#160;de la&#160; fondation Bill &#38; Melinda...]]></description>
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<figure class="wp-block-image"><img src="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/11/francine-ntoumi.jpg" alt="" class="wp-image-20104" srcset="http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/11/francine-ntoumi.jpg 612w, http://www.tribunedafrique.com/wp-content/uploads/2020/11/francine-ntoumi-300x150.jpg 300w" sizes="(max-width: 612px) 100vw, 612px" /><figcaption>Francine Ntumi</figcaption></figure>



<p>Directrice du Centre de recherche biomédicale Christophe Mérieux à Brazzaville, Francine Ntoumi a été la première femme africaine responsable du secrétariat de l&rsquo;Initiative multilatérale sur le paludisme (MIM). Spécialiste des maladies infectieuses, bardée de récompenses et membre de plusieurs comités scientifiques internationaux, dont le fameux Global Health Scientific Advisory Committee&nbsp;de la&nbsp; fondation Bill &amp; Melinda Gates, elle est aujourd&rsquo;hui aux avant-postes de la lutte contre la Covid-19.</p>



<p><strong>La Tribune Afrique &#8211; Que recouvre le Centre Christophe Mérieux de Brazzaville, que vous avez fondé en 2018 ?</strong></p>



<p><strong>Francine Ntoumi &#8211;&nbsp;</strong>Le centre de recherche sur les maladies infectieuses a été lancé il y a 2 ans, grâce au Prix Christophe Mérieux (ndr&nbsp;: dont elle est la lauréate 2016). Nous y conduisons des recherches relatives au VIH-Sida, à la tuberculose, au paludisme, aux maladies diarrhéiques, mais aussi au chikungunya et à la Covid-19 et nous y formons des scientifiques. Le centre compte une trentaine de collaborateurs dont un data analyste, des étudiants, des biologistes et des techniciens de laboratoire et il fait aussi office de centre de dépistage du SARS CoV-2 en ce moment.</p>



<p><strong>Qu&rsquo;est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans une carrière scientifique&nbsp;?</strong></p>



<p>Je rêvais de devenir pilote de ligne, mais de sérieux problèmes oculaires sont venus balayer cette ambition. Comme j&rsquo;avais le goût de l&rsquo;énigme, en désespoir de cause, je me suis orientée vers la science, mais rien ne me prédisposait à cette carrière. Je suis née à Bacongo, un quartier populaire de Brazzaville, de père ingénieur-électricien et de mère infirmière-puéricultrice. Mes grands-parents étaient très pauvres et j&rsquo;ai vite compris que la réussite passerait par les études. J&rsquo;ai vu mes parents affronter les difficultés du quotidien avant qu&rsquo;ils obtiennent une bourse du gouvernement pour poursuivre leurs études en France. Mon enfance a été ponctuée par des allers-retours entre la France et le Congo. J&rsquo;ai obtenu un Doctorat en physiologie de la reproduction sur une thématique qui n&rsquo;a rien à voir avec l&rsquo;Afrique puisque je réalisais des recherches financées par des éleveurs de visons pour accélérer la pousse des poils de l&rsquo;animal. J&rsquo;ai finalement trouvé une solution grâce à la fameuse mélatonine [Rires]. Après ce doctorat, j&rsquo;ai eu la chance d&rsquo;être acceptée en post-doctorat à l&rsquo;Institut Pasteur où j&rsquo;ai découvert le paludisme. J&rsquo;y ai également rencontré mon premier rôle-modèle, Dr.&nbsp;<em>Odile</em>&nbsp;Mercereau-<em>Puijalon</em><em>,</em>&nbsp;qui est une femme d&rsquo;une simplicité et d&rsquo;une intelligence remarquables.</p>



<p><strong>En entrant dans la ville de Brazzaville, une immense affiche à votre image accueille les visiteurs&nbsp;: serait-ce une initiative pour promouvoir les femmes et la science au Congo&nbsp;?</strong></p>



<p>Cette campagne d&rsquo;affichage est une initiative en lien avec la Fondation L&rsquo;Oréal qui promeut les femmes et la Science. Les différents prix que j&rsquo;ai reçus [<em>Prix Kwame Nkrumah de l&rsquo;<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Union_Africaine" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Union africaine</a>&nbsp;pour les femmes scientifiques (2012), Prix scientifique Georg Forster de la fondation Alexander von-Humboldt (2015),&nbsp;<a href="https://youtu.be/A0GZy23rSsU" target="_blank" rel="noreferrer noopener">prix Christophe Mérieux de l&rsquo;Institut de France (2016)</a>, etc., ndlr</em>] permettent d&rsquo;associer la réussite scientifique à la réalité. Cette campagne d&rsquo;affichage est relayée par des sessions de sensibilisation dans les écoles, des bourses pour les étudiants et des stages de découverte. Nous souhaitons encourager les jeunes filles à s&rsquo;orienter vers la science au lycée, car au Congo, une femme doit d&rsquo;abord se marier et avoir des enfants avant de penser à s&rsquo;épanouir dans une carrière professionnelle. Or, la science reste synonyme de longues études et de «&nbsp;voie de garage&nbsp;», faute d&rsquo;infrastructures scientifiques et de débouchés suffisants à l&rsquo;échelle nationale.</p>



<p><strong>Après une carrière amorcée en France où vous disposiez des dernières technologies de pointe, pourquoi avoir décidé de rentrer en République du Congo&nbsp;?</strong></p>



<p>L&rsquo;expression du retour s&rsquo;est matérialisée à travers le choix de ma recherche sur le paludisme. Malheureusement, pendant que je réalisais mon postdoctorat en France, la guerre civile a éclaté au Congo, bloquant toute velléité de retour. L&rsquo;un des directeurs de l&rsquo;Institut Pasteur m&rsquo;a alors proposé de rejoindre le Centre international de recherche médicale de Franceville au Gabon. J&rsquo;y suis restée cinq ans. J&rsquo;y ai appris à diriger une équipe de recherche, mais aussi à m&rsquo;intégrer dans un pays que je ne connaissais pas (&#8230;) Après quelques années, il était clair qu&rsquo;il me fallait rentrer au Congo pour avoir la possibilité de suivre la progression de mes recherches sur la durée (&#8230;) Mes parents s&rsquo;en étaient sortis grâce à une bourse d&rsquo;études, mais ils ont décidé de rentrer alors qu&rsquo;ils auraient pu vivre tranquillement en France. Il m&rsquo;a semblé assez évident qu&rsquo;il fallait que je rentre à mon tour.</p>



<p><strong>Vous êtes reconnue comme une experte mondiale en matière de paludisme. Quelles sont les principales découvertes que vous avez faites&nbsp;à ce jour ?</strong></p>



<p>J&rsquo;ai été l&rsquo;une des premières en Afrique à étudier les parasites tels qu&rsquo;on les trouve dans leur environnement naturel, et non pas ceux qui sont cultivés en laboratoires et qui présentent des propriétés sensiblement différentes. J&rsquo;ai également montré les mutations du virus en fonction de l&rsquo;état de santé du porteur, j&rsquo;ai conduit des travaux relatifs à l&rsquo;immunité naturelle au Gabon et à la résistance du virus.</p>



<p><strong>Comment êtes-vous devenue membre de la Fondation Bill et Melinda Gates&nbsp;(en 2016, le fondateur de Microsoft déclarait vouloir éradiquer le paludisme en une génération&nbsp;en investissant plus de 4 milliards d&rsquo;euros)?</strong></p>



<p>Deux fois par an, Bill Gates réunit un groupe de scientifiques internationaux pour décider des grandes orientations. Un jour, j&rsquo;ai reçu un courriel du directeur à ce sujet. J&rsquo;ai d&rsquo;abord cru à un «&nbsp;faux&nbsp;», mais en observant le logo, je me suis dit que cela pouvait être vrai&#8230; C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai rejoint cette fondation qui est très impliquée dans la lutte contre le paludisme. Mais la question est la suivante&nbsp;: pourquoi n&rsquo;arrive-t-on pas à l&rsquo;éradiquer ? Peut-être parce que l&rsquo;argent pour financer la recherche vient encore à manquer&#8230;</p>



<p><strong>Le paludisme est-il encore considéré comme une «&nbsp;maladie de pauvre&nbsp;» ou fait-il l&rsquo;objet d&rsquo;un regain d&rsquo;intérêt avec la perspective de son retour sous d&rsquo;autres latitudes&nbsp;?</strong></p>



<p>Aujourd&rsquo;hui, le risque de migration des moustiques&nbsp;est réel et le changement climatique va changer la donne. C&rsquo;est à partir de ce postulat que certains anticipent, conscients de l&rsquo;importance de résoudre des pathogènes dont on ne se préoccupait pas suffisamment jusqu&rsquo;ici [&#8230;] Cela dit, la rapidité de la connaissance du virus SARS-CoV-2 contraste avec celle du paludisme auquel on ne s&rsquo;intéresse que trop peu et qui manque cruellement de financement. Un vaccin est en cours de validation par l&rsquo;OMS, mais son efficacité est de l&rsquo;ordre de 35% seulement [&#8230;] En ce moment, la fondation Bill &amp; Melinda Gates finance notamment des travaux de recherche dans un laboratoire de haute sécurité situé à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, qui travaille sur des moustiques transgéniques. D&rsquo;ailleurs, cette année, deux femmes ont reçu le Prix Nobel de Chimie [<em>la Française Emmanuelle Charpentier et l&rsquo;Américaine Jennifer A. Doudna, ndlr</em>] pour leur méthode de modification qui a été utilisée sur les moustiques par exemple.</p>



<p><strong>Sommes-nous déjà engagés sur la voie d&rsquo;un néo «&nbsp;<em>Jurassic Park</em>&nbsp;»&nbsp;?</strong></p>



<p>Exactement&nbsp;!&nbsp;<em>Jurassic Park</em>&nbsp;n&rsquo;est plus de la science-fiction. Le procédé permettra notamment de rendre les mâles stériles. On peut aussi imaginer la solution du remplacement qui consiste à transformer des moustiques par manipulation génétique avant de les réintégrer dans leur milieu naturel afin qu&rsquo;ils s&rsquo;y répandent et qu&rsquo;ils transforment de façon exponentielle la population de moustiques dans son ensemble, en quelques générations. Bien sûr, tout cela doit se faire avec les plus grandes précautions, car il ne s&rsquo;agit pas de jouer aux «&nbsp;apprentis-sorciers&nbsp;» en transformant impunément la nature.</p>



<p><strong>Comment expliquez-vous les réserves de l&rsquo;OMS concernant les propriétés de l&rsquo;<em>Artémisia annua</em>, cette plante utilisée pendant des siècles par les Chinois, qui avait permis aux soldats Viêt-Cong de résister au paludisme pendant la guerre du Vietnam ?</strong></p>



<p>En 2015, la Chinoise Tu Youyou a reçu le Prix Nobel de Médecine pour sur ses travaux concernant l&rsquo;<em>Artémisia annua</em>. Les médicaments qui nous soignent du paludisme aujourd&rsquo;hui viennent de cette plante, c&rsquo;est un fait. Cela étant dit, l&rsquo;OMS ne peut pas valider le fait qu&rsquo;il faille prendre 3 sachets de thé par jour pour lutter contre une maladie comme la Covid-19, il faut le prouver [l<em>a tisane d&rsquo;Artémisia annua est préconisée par les autorités malgaches, ndlr</em>]. Les plantes peuvent guérir, mais elles peuvent aussi tuer. L&rsquo;OMS ne dit pas que l&rsquo;<em>Artémisia annua</em>&nbsp;ne guérit pas, mais elle demande un protocole, avant de prescrire des infusions.</p>



<p>Beaucoup d&rsquo;Africains utilisent les plantes en raison du prix élevé des médicaments et c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pour cela qu&rsquo;il existe des tradi-thérapeutes qui prescrivent les dosages des phyto-médicaments.</p>



<p><strong>Quels ont été les impacts sanitaires de la Covid-19 en République du Congo&nbsp;?</strong></p>



<p>Près de 5 500 cas ont été recensés au Congo pour 92 décès [au 30 octobre 2020, ndlr]. J&rsquo;appartiens à plusieurs comités comme l&rsquo;Africa CDC ou celui de l&rsquo;OMS sur la médecine traditionnelle et la Covid-19, qui dresse une feuille de route pour l&rsquo;évaluation de plantes médicinales contre cette maladie justement. Deux pays africains ayant développés des protocoles locaux qui semblent fonctionner et sur lesquels je ne peux pas me prononcer pour l&rsquo;instant, nous ont déjà sollicités pour revoir des&nbsp;<em>guidelines</em>&nbsp;(lignes directrices) qui leur permettront le cas échéant, d&rsquo;être homologués.</p>



<p><strong>Alors que le Secrétaire général de l&rsquo;ONU alertait d&rsquo;un chaos sanitaire susceptible d&rsquo;entraîner des millions de morts, le continent semble avoir mieux résisté que prévu à la pandémie et les populations n&rsquo;ont pas toutes fait du coronavirus, leur priorité sanitaire. Comment l&rsquo;expliquez-vous&nbsp;?</strong></p>



<p>Si l&rsquo;Afrique semble mieux résister que d&rsquo;autres régions du monde, cela peut tenir à plusieurs explications comme à la jeunesse de sa population ou à son environnement. Le pangolin ayant été dédouané, l&rsquo;un des réservoirs du SARS-CoV-2 identifié a été la chauve-souris qui est assez largement consommée en Afrique centrale [&#8230;] Les scientifiques africains doivent apporter des réponses scientifiques à toutes leurs hypothèses comme celle de l&rsquo;immunité croisée par exemple. Pour ce faire, ils doivent disposer des financements nécessaires pour conduire leurs recherches or, 75% des ressources viennent de l&rsquo;étranger.</p>



<p>Cependant, les fonds pour la lutte contre la Covid-19 ont rapidement été débloqués. Au niveau de notre laboratoire, nous devrions atteindre près de 1M€ de subventions pour nos activités de recherche contre la Covid-19, essentiellement de l&rsquo;Europe.</p>



<p><strong>Combien avez-vous reçu simultanément de subventions pour la recherche contre le paludisme&nbsp;?</strong></p>



<p>La Covid-19 a provoqué la mort de 92 personnes au Congo. C&rsquo;est un chiffre qui n&rsquo;a aucune commune mesure avec ceux du paludisme [<em>plus de 450 000 morts par an au niveau mondial, selon l&rsquo;OMS, ndlr</em>] dont les financements représentent pourtant peu de chose comparativement. Ils doivent osciller entre 200 000 et 250 000 euros. Entre les financements mobilisés pour la Covid-19 et le paludisme&nbsp;: il n&rsquo;y a pas match&nbsp;!</p>



<p><strong>En 25 ans, la contribution obligatoire des pays membres de l&rsquo;OMS est passée de 50% à 18%, faisant dire à Germain Velasquez, ancien directeur à l&rsquo;OMS, que&nbsp;<em>«&nbsp;le secteur privé et les fondations ont pris le contrôle de l&rsquo;organisation&nbsp;».&nbsp;</em>Ne pensez-vous pas que cette situation a fragilisé l&rsquo;OMS?</strong></p>



<p>Il existe des organisations sous-régionales de la santé dans toute l&rsquo;Afrique, mais sont-elles suffisamment efficaces&nbsp;? On jette la pierre à l&rsquo;OMS, mais c&rsquo;est une organisation très importante sur le continent, peut-être plus qu&rsquo;en France où le président Macron peut facilement appeler ses conseillers scientifiques pour prendre un avis alors qu&rsquo;en Afrique, nos dirigeants appellent l&rsquo;OMS qui conserve une solide influence.</p>



<p><strong>L&rsquo;influence de l&rsquo;OMS n&rsquo;a-t-elle pas été fragilisée par l&rsquo;épidémie d&rsquo;Ebola en 2014, dont elle relativisait l&rsquo;ampleur alors que MSF tirait la sonnette d&rsquo;alarme&nbsp;?</strong></p>



<p>Ebola a quelque peu ébranlé la toute puissance de l&rsquo;OMS en Afrique. C&rsquo;était un épisode violent et l&rsquo;OMS a peut être oublié qu&rsquo;il ne fallait pas seulement venir&nbsp;«&nbsp;faire le job&nbsp;», mais qu&rsquo;il fallait aussi l&rsquo;organiser avec les populations. Les morts ont du sens dans nos pays. En Guinée par exemple, on ne peut pas imaginer se débarrasser d&rsquo;un corps sans cérémonie. A cette époque, des émissaires de l&rsquo;OMS ont été parfois malmenés par des populations qui ne comprenaient pas la situation, ni la dangerosité de la maladie. Il y a eu des réactions, non pas contre l&rsquo;OMS, mais contre cette «&nbsp;non préparation&nbsp;».</p>



<p><strong>En 2012, Jacques Chirac lançait à Cotonou, une campagne contre les faux médicaments qui représentent encore près de 10% de la production mondiale selon l&rsquo;OMS. Fake news&nbsp;et faux médicaments, ne risquent-ils pas de freiner l&rsquo;adhésion des populations à de nouveaux vaccins&nbsp;?</strong></p>



<p>Il faut rester vigilant face à la désinformation et aux fake news. Quant aux tests de médicaments pratiqués sur les populations africaines, ils ne peuvent se réaliser sans la complicité des Africains eux-mêmes. Sans minimiser la responsabilité des étrangers qui testent ces médicaments en Afrique, il faut que ceux qui ont fait entrer la menace en toute connaissance de cause dans le pays soient aussi considérés comme responsables.</p>



<p><strong>En 2019, vous apparaissiez dans le film documentaire&nbsp;<em>Femmes et Science en Afrique&nbsp;: une révolution silencieuse,</em>&nbsp;écrit par Kate Thompson-Gorry et Michel Welterlin. En 2021, vous serez à l&rsquo;honneur d&rsquo;une bande dessinée. Etes-vous en passe de devenir le prochain rôle modèle scientifique en Afrique&nbsp;?</strong></p>



<p>(Rires). Même si elles sont encore peu nombreuses, il existe déjà des femmes « rôles-modèles » comme la Sénégalaise Awa Marie Coll Seck [<em>médecin, chercheuse et femme politique, ex-responsable de département à l&rsquo;ONUSIDA à Genève de 1996 à 2001, ndlr</em>] qui est une véritable source d&rsquo;inspiration ou encore Wangari Maathai [1940-2011, ndlr], la Kenyane qui avait reçu le Prix Nobel de la Paix en 2004 pour son engagement en matière d&rsquo;environnement. A titre personnel, je rencontre souvent des femmes scientifiques brillantes en Afrique du Sud ou en Zambie par exemple, mais faute de visibilité, elles ne sont pas encore en mesure de jouer les rôles-modèles&#8230;</p>



<p><strong>Source : La Tribune Afrique/ Mis en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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		<title>Félix Moloua :  « Nous ne pouvons pas construire des infrastructures avec des dons  !  »</title>
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				<pubDate>Wed, 14 Oct 2020 11:02:13 +0000</pubDate>
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<p><strong>La République centrafricaine enregistrait un taux de croissance de 4,5% en 2019, selon le Fonds monétaire international (FMI), mais la Covid-19 est venue perturber les prévisions haussières de l&rsquo;institution de Bretton Woods qui table désormais sur une croissance négative pour 2020. Félix Moloua, le ministre de l&rsquo;Economie, du Plan et de la Coopération de Centrafrique, revient pour La Tribune Afrique, sur la stratégie gouvernementale pour contenir les effets de la pandémie.</strong></p>



<p><strong>La Tribune Afrique &#8211; Après des années marquées par l&rsquo;instabilité sécuritaire, la République centrafricaine a vu son économie se redresser, passant de 3,8% en 2018 à 4,5% en 2019. Quels sont les&nbsp;</strong><strong>impacts escomptés suite à l&rsquo;arrivée de la pandémie de coronavirus&nbsp;?</strong></p>



<p><strong>Félix Moloua :&nbsp;</strong>L&rsquo;an dernier, nous avions une croissance de 4,5% et cette année, nous pensons enregistrer une croissance de 0,5% [prévue à 5% pour 2020, la croissance devrait chuter à -1% selon le FMI, ndlr] [&#8230;] Lorsque les frontières ont été fermées, nous avons rencontré des problèmes d&rsquo;approvisionnement concernant notre alimentation, car nous vivons dans un pays enclavé géographiquement [en juin dernier, 2,4&nbsp;millions de personnes étaient en&nbsp;&nbsp;insécurité alimentaire sévère ou aiguë, selon le&nbsp;Programme alimentaire mondial, ndlr].&nbsp;Nous avons lancé un Comité national multisectoriel de sécurité alimentaire et de nutrition à Bangui et heureusement, la Communauté économique et monétaire des Etats de l&rsquo;Afrique centrale a pris des mesures rapides pour rouvrir les frontières et permettre la libre circulation des marchandises. Je soulignerais par ailleurs que les acteurs du secteur informel ont eux aussi, été sévèrement touchés par cette crise sanitaire&#8230;</p>



<p><strong>Quelle a été la stratégie du gouvernement pour faire face à la pandémie et avec quels moyens&nbsp;?</strong></p>



<p>Nous avons demandé à ce que le moratoire sur la dette soit prorogé. Le FMI nous a accordé une Facilité de crédit rapide (FCR) d&rsquo;un montant de 27,9 M DTS assorti d&rsquo;une annulation pour six mois des créances qui lui sont dues, suite à l&rsquo;arrivée de la pandémie de Covid-19. Nous bénéficions aussi d&rsquo;un moratoire sur la dette extérieure bilatérale, accordé par un certain nombre de pays du G20 [&#8230;] Nous avons élaboré un Plan national de riposte contre la Covid-19 pour un coût global de 133 milliards de Fcfa en cours d&rsquo;actualisation, qui comprend 3 axes&nbsp;: sanitaire, socio-économique et sécuritaire. Nous avons également reçu des aides extérieures. La Banque mondiale nous a accordés 7,5 millions de dollars pour la mise en œuvre du plan de riposte ainsi qu&rsquo;un appui budgétaire, dont une partie des ressources est destinée aux mesures d&rsquo;atténuation de l&rsquo;impact socio-économique de la Covid-19.</p>



<p>L&rsquo;Union européenne a instauré un pont aérien et nous a livré 40 tonnes d&rsquo;équipements [promettant une aide financière de 30 millions d&rsquo;euros, ndlr], la Chine nous a aidés avec des dons de kits de protection [Jack Ma, le fondateur d&rsquo;Alibaba avait notamment fait un don de&nbsp;20&nbsp;000 kits de tests, 100&nbsp;000 masques et de 1&nbsp;000 combinaisons de protection à usage médical et d&rsquo;écrans faciaux à chacun des 54 pays d&rsquo;Afrique, ndlr]&nbsp;et les Etats-Unis nous ont envoyé 3 millions de dollars [&#8230;] Au niveau du gouvernement, nous avons pris des décisions rapides pour enrayer la pandémie et nous avons été en mesure de produire 10 millions de masques que nous avons distribués gratuitement à la population.</p>



<p><strong>La&nbsp;</strong><strong>Communauté économique et monétaire de l&rsquo;Afrique centrale</strong><strong>(CEMAC)prépare une levée de fonds de 4&nbsp;milliards d&rsquo;euros destinés à une douzaine de projets infrastructurels. Quel rôle peut jouer la CEMAC&nbsp;dans la transformation infrastructurelle de l&rsquo;Afrique centrale?</strong></p>



<p>Nous avons activement participé à la sélection de ces projets. Le désenclavement de notre pays passera non seulement par des initiatives nationales, mais aussi par l&rsquo;espace communautaire de la CEMAC. Ces projets infrastructurels devraient nous permettre une meilleure intégration vers le marché commun d&rsquo;une part, tout en facilitant la libre circulation des personnes et des biens d&rsquo;autre part, ce qui se répercutera nécessairement de façon positive sur notre économie [&#8230;] Parmi les projets intégrateurs de la CEMAC qui permettront une meilleure intégration de la République centrafricaine, je citerai le Corridor Brazzaville-Ouesso-Bangui-Ndjamena, l&rsquo;aménagement hydroélectrique de Chollet et des lignes électriques [Cameroun, Congo, Gabon et RCA, ndlr], mais aussi la construction du port sec de Beloko [Corridor Douala-Bangui, ndlr].</p>



<p><strong>Au-delà de la libre circulation des biens et des marchandises, il faudra également rassurer les investisseurs en matière d&rsquo;environnement des affaires et de risque sécuritaire. Comment comptez-vous vous y prendre&nbsp;?</strong></p>



<p>Nous avons tout d&rsquo;abord renforcé le cadre de la sécurité juridique qui posait problème jusque-là, en modifiant certaines dispositions de la loi relative au licenciement abusif et au plafonnement des indemnités à verser en cas de litiges. Ensuite, nous comptons sur la Société financière internationale pour nous accompagner à améliorer le climat des affaires et pour rassurer les acteurs privés dont nous avons besoin pour développer des partenariats publics-privés. Nous espérons que le bureau de la SFI à Bangui [fermé après les crises, ndlr], sera prochainement rouvert.</p>



<p><strong>Comment développer le potentiel énergétique de la Centrafrique&nbsp;?</strong></p>



<p>L&rsquo;énergie représente l&rsquo;une de nos priorités. Nous avons reçu l&rsquo;appui de la Banque mondiale, pour développer une production solaire de 25 MW, la Chine nous aidera à générer 15 MW supplémentaires et la BAD va nous permettre de développer 10 MW en énergie hydroélectrique. Ces projets sont destinés à renforcer les capacités énergétiques de la capitale, car actuellement, nous ne disposons que de 18 MW, tout au plus. Nous sommes également en train de mener des discussions avec nos partenaires pour mettre l&rsquo;accent sur l&rsquo;énergie en zones rurales [&#8230;] Il est nécessaire de placer l&rsquo;énergie au cœur des projets intégrateurs régionaux, car nous sommes dans un pays qui sort d&rsquo;une crise sévère et, compte tenu de notre situation, nous ne pouvons pas demander de prêts concessionnels aux institutions de Bretton Woods. Les dons représentent donc une part importante de notre budget, pourtant, nous ne pouvons pas construire des infrastructures avec des dons&nbsp;! Nous devons donc mutualiser nos efforts au niveau régional pour mobiliser davantage de ressources.</p>



<p><strong>Quels sont les résultats du Fonds Bêkou (un fonds multi-bailleurs européen lancé en 2015 pour le redressement de la Centrafrique)?</strong></p>



<p>Ce fonds [plus de 253 millions d&rsquo;euros en 2019, selon l&rsquo;UE, ndlr] nous a permis de faire des progrès en matière de désenclavement, mais aussi dans l&rsquo;agriculture, la santé et la cohésion sociale. Il nous a permis de passer d&rsquo;une réponse humanitaire à une réponse de reconstruction, de développement et de renforcement des capacités. Nous avons relancé la formation professionnelle en milieu rural, renforcé nos capacités sanitaires et adopté un programme de promotion de la cohésion sociale et de réconciliation, grâce à ce fonds. Nous avons également soutenu le développement du secteur numérique pour réduire le poids du secteur informel dans notre économie. D&rsquo;ailleurs, à travers le projet de fibre optique, financé parla Banque africaine de développement et l&rsquo;UE [à hauteur de 33.7 millions d&rsquo;euros, ndlr], nous espérons augmenter la connectivité en Centrafrique, ce qui nous permettra à terme, de mobiliser davantage ressources domestiques.</p>



<p>La Centrafrique est un pays où l&rsquo;âge médian se situe autour de 20 ans. Comment intégrer ce capital humain dans le secteur formel&nbsp;?Effectivement, la population centrafricaine est jeune, mais le dernier recensement de la population a été réalisé en 2003 [estimée aujourd&rsquo;hui à plus de 5 millions d&rsquo;habitants, ndlr], nous travaillons donc sur la base de projections.</p>



<p>Néanmoins, nous testons différentes formations professionnelles auprès de la jeunesse centrafricaine, afin qu&rsquo;elle s&rsquo;intègre demain, dans l&rsquo;économie formelle, que ce soit dans l&rsquo;agriculture, l&rsquo;énergie ou la technologie. Un programme conjoint des jeunes est actuellement mis en œuvre avec l&rsquo;appui des Nations unies. Par ailleurs, plusieurs cycles de formation professionnelle et d&rsquo;entreprenariat des jeunes sont actuellement financés par différents partenaires.</p>



<p>Le 27 décembre, les Centrafricains se rendront aux urnes pour les élections présidentielles, faisant craindre un nouveau risque sécuritaire. Comment y répondez-vous ?Nous n&rsquo;avons pas réussi à tout faire en 4 ans, mais nous avons progressé, ce qui n&rsquo;apparaît pas sur les réseaux sociaux qui noircissent les actions menées par le gouvernement. Aujourd&rsquo;hui, les Centrafricains ne veulent plus de crise. Le risque est nettement surestimé [&#8230;] Nous savons qu&rsquo;il subsiste des poches de résistances, mais cela reste sans commune mesure avec ce que l&rsquo;on peut lire sur Internet. Nous pourrons aller voter sans risquer les coups de feu, car la situation s&rsquo;est nettement améliorée depuis la fin de la crise, et ceux qui craignent l&rsquo;insécurité, jugeront par eux-mêmes.</p>



<p><strong>Source :  La Tribune Afrique/Mis en ligne : Lhi-Tshiess Makaya-Exaucée</strong></p>
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